Quaker City Night Hawks: « QCNH »

11 décembre 2019

Pas de titre et juste leurs initiales, ce qui ressemble à un premier album carte de visite est en fait le quatrième opus des Quaker City Night Hawks, trio (Patrick Adams, bassiste et chanteur, ne fait plus officiellement parti du groupe) qui nous vient de la banlieue de Dallas au Texas. Un des coins du monde qui peut revendiquer être à l’origine du blues et donc du rock, deux styles qu’affectionnent particulièrement nos oiseaux de nuit qui livrent 10 titres écrits avec la chaleur du son des seventies, quelques notes d’instruments empruntés au jazz (saxophone, trompette), un bon vieux piano de saloon et quelques litres de whisky.

On a du cool, du très cool, de la chanson de feu de camp, du solo bien envoyé mais aussi un peu d’élan stoner (« Hunter’s moon », « Freedom ») qui font de cet album un ensemble cohérent et pas chiant pour deux sous même si les Américains n’inventent rien, leur americana version hard plus que folk vaut le détourpour réchauffer l’atmosphère en hiver ou diffuser une musique d’ambiance aux belles saisons.

**1/2


Howe Gelb: « Gathered »

15 octobre 2019

Nul ne peut nier que Howe Gelb continue de tracer son bonhomme de chemin sereinement. On avait laissé l’auteur-compositeur-interprète originaire de Tucson avec son Future Standards il y a deux années de cela. Le vétéran n’a pas pour autant dit son dernier mot car voici venir son successeur intitulé Gathered.

Avec quinze nouvelles compositions à la clé, Howe Gelb continue d’incarner son rôle de crooner à la perfection. Gathered trace une route plutôt sereine avec des titres folk-rock lo-fi teintés de rétro comme « On The Fence » qui ouvre le bal mais également « Anna » et « Flyin’ On The Rails » où il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter par ces douces ritournelles.

Bien entendu, Howe Gelb n’est pas tout seul sur cette virée musicale. On peut retrouver M. Ward sur « A Thousand Kisses Deep » ou bien encore Anna Karina de La Nouvelle Vague sur le tendre « Not The End Of The World ». Avec sa voix rugueuse et savamment chuchotée, le musicien nous emporte avec ces morceaux d’une douceur extrême comme « All You Need To Know » et « The Park At Dark ». Résolument abouti et homogène, ce nouveau voyage musical intitulé qui se clôture avec le lancinant « Storyteller » durant six bonnes minutes et « Steadfast » saura trouver un public comme à son habitude comme est habituel le talent musical de Howe Gelb.

***1/2


Ohtis: « Curve of Earth »

4 mai 2019

Curve of Earth est le premier album du trio américain Ohtis, composé de Sam Swinson (chanteur-compositeur), Adam Pressley (bassiste, guitariste et producteur) et le multi-instrumentaliste Nate Hahn (pedal-steel notamment).  Mais leur histoire est dans les faits un brin plus complexe, chaotique et ancienne. Elle débute sous les meilleurs auspices dans les travées du lycée de la petite ville de Normal (Illinois). En 2008, un premier album autoproduit If This Country Had a Heart, That’s Where I Was Born voit même confidentiellement le jour. En 2009, le guitariste Adam Pressley est contraint de lâcher l’affaire pour s’installer à Detroit. Le groupe est dissout. Huit années fileront durant lesquelles les deux amis (Adam et Sam) vivront à distance des trajectoires bien différentes. Pressley rejoindra la formation Prussia jusqu’en 2012 et enchaînera ensuite avec un nouveau collectif – les Jamaican Queens. Quant à Swinson il luttera contre une dépendance sérieuse à l’héroïne cause exclusive du départ de son acolyte. Sam et Adam garderont tout de même un lien tenu et composeront à distance et à une fréquence erratique quelques titres.

En 2016, toujours éclaté géographiquement, les musiciens renouent plus activement avec leur passé commun. Les pieds sur terre et sorti de l’enfer de la dépendance le songwriter américain Sam Swinson installé aujourd’hui à LA fuit désormais ses démons passés. Mais pour véritablement faire table rase du passé il se devait de tout extérioriser. Curve of Earth est sa confession intime et le miroir de tous ses désordres antérieurs. Tout y est écrit – la teneur des propos est explicite – mais à l’oreille rien ne transparaît, car le spectre sonore est doux et avenant. Le trio de musiciens sur un équipement analogique distille huit compositions joliment folk ou gentiment country-pop. Elles ne raclent pas nos tympans, sont régulièrement mélancoliques mais ne plombent pas le moral.

Cette collection de vignettes ne cache rien du passé troublé (hôpital, violence et cruauté de la situation (perte d’un ami, période sans domicile fixe)) de son auteur principal. La religion et ses thèmes connexes (transgression, culpabilité et réhabilitation) sont aussi omniprésents. Mais ne cherchez pas le pathos ici car sous ce vernis de sincérité Swinson fait preuve d’humour (noir) et d’autodérision.

« Pervert Blood » par exemple, fut écrit durant un moment de crise aigüe et capté dans sa salle de bain sur un enregistreur nomade. Lo-fi aux entournures et country-folk dans la forme, la ligne mélodique est tracée par des accords de guitare acoustique.

Les musiciens vont spécialement rechercher sur cet opus la clarté et la simplicité musicale combinée à une modestie de la production. Le premier 45t extrait – « Runnin » (avec sa magnifique face B « Settling” »non présente sur cet opus) – s’étoffe musicalement. Cette pop song angélique et minimale disperse ses notes country et suscite une dépendance positive dès la première écoute.

« Rehab » est la petite folie de son auteur, la mélodie virevolte au rythme de quelques percussions rebondissantes ; l’ensemble très pop et country fleure bon l’exotisme. Le songwriter déborde ici d’optimisme. « Black Blood » est son jumeau rythmique à un détail près : les percussions y sont plus lourdes et rock. Les paroles sont aussi bien sombres. Swinson a ici judicieusement choisi de prendre le contre-pied musical du contenu textuel. La voix du musicien de l’Illinois insouciante et claire emmène cette chanson pop-rock  jusqu’au bout de son vaillant tempo.

Le final de ce disque bien convaincant expose une facette plus dénudée et acoustique. La ballade épurée et introspective « Junkie Heaven » à l’instrumentation clairsemée signe un retour sur soi empli de mélancolie.
Ce tour de chant du condamné qui reprend goût à la vie se clôt sur « Serenity Prayer ». Une intro folk et minimale à la Sufjan Stevens se déploie sur une instrumentation rustique et pittoresque.

Ce premier album a été conçu par le songwriter Swinson comme un exorcisme de son existence passée dans les méandres de ses addictions. Dorénavant, un futur (moins pesant) peut sérieusement être envisagé pour lui-même et ses acolytes.

****1/2


Greensky Bluegrass: « All For Money »

17 février 2019

Greensky Bluegrass est un combo américain qui nous propose aujourd’hui son septième album studio. Grâce à son nom de scène, on peut déduire que la musique dudit groupe prend ses racines dans l’Amérique profonde et on n’aura pas tort.

Pourtant, ce n’est pas sous cette bannière que Greensky Bluegrass nous accueille avec « Do it alone ». On y trouve certes une belle guitare country-folk, des accents typiques, mais c’est le côté rock qui ressort ; très bon titre d’intro. « Murder of crows » embraye sur quelque chose de beaucoup plus modern bluegrass effectivement, mais très réussi et entraînant.

Une fois mis de côté le groove-folk de « What you need » , on est ensuite en route pour une ballade tranquille (« Ashes »), un titre bien enlevé (« Courage for the road »), , un peu de mélancolie au soleil couchant (« Collateral damage » et « Like rRflections »). Le reste du disque est tout aussi country / folk / americana/ bluegrass.

Pas d’autres excursions que ce qui est offert ici ; que cela n’empêche pas d’apprécier la plupart des titres, petite parenthèse sympathique à haute teneur en cordes concoctée par cette americana qui reste pérenne.

***


Juanita Stein: « Until The Lights Fade »

8 novembre 2018

Il y a tout juste un an, Juanita Stein nous invitait à découvrir l’Amérique, celle qu’elle a connue sur la route, en rendant hommage à ces horizons lointains et à leurs racines musicales teintées de Blues, de Folk, et de Country. C’était également son premier album solo, après quatre disques de haute tenue avec Howling Bells. Cette escapade qui semble lui avoir donné des ailes et l’Australienne installée à Londres semble désormais passer plus de temps aux États-Unis, un pays qui l’inspire particulièrement.

Ses deux disques ont en commun cette ADN américain, mais ils sont pourtant assez différents dans leur forme. Alors que America était sous influence Country Folk, Until The Lights Fade est un retour aux guitares électriques, parfois pas si lointaines de ce que son groupe nous avait d’ailleurs proposé sur ses derniers albums.

Ainsi, elle alternera ballades contemplatives telles que « All The Way », et des titres beaucoup plus directs : « Get Back To The City », « Forgiver » ou le brûlant « Easy Street ». Ajoutons, au milieu de tout cela, une pléthore de références aux années 50 et 60 (« In Your Hands » et « Release Me »), un enregistrement à Austin, Texas, avec le producteur Stuart Sikes (Cat Power, White Stripes, Loretta Lynn) et gageons que Until The Lights Fade s’imposera comme un album affirmé et ambitieux et, surtout, un opus marqué par une voix, celle de de Juanita Stein, qui ne laissera personne de marbre.

***1/2


Rivulets: « In Our Circle »

5 novembre 2018

Encore un artiste qui s’exprime en choisissant un nom de groupe ; Rivulets c’est, en vérité, Nathan Annundson et In Our Circle son sixième album. Il sera aisé de cataloguer l’opus sous le registre de l’americana celle qui pourrait se reconnaître si on a beaucoup écouter le Nebraska de Springsteen et, de manière plus surprenante, ce que P.J. Harvey véhiculait dans Dry.

Archétypal de l’americana, le disque l’est sans doute : sensibilité aux relations humaines examinées avec bienveillance y compris quand elles sont heurtées, calme sous les aspérités (« You Can Never Come Back » ou « Everything Goes »).

Le tout est accompagné par une guitare rude et sèche masquant, sous le grumeleux, la chaleur qui peut se former en vapeurs évanescentes.

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