No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Soft Hills: « Departure »

Departure porte bien son nom puisqu’il marque l’arrivée du groupe de Garrett Hobba en Californie, celui-ci ayant du quitter Seatlte pour des raisons de santé.

On retrouvera une partie de la morosité du Nord-Ouest sur des titres comme « Goden Hour » mais les textes seront, la plupart, du temps contrebalancés par des arrangements propres à sa destination du groupe, c’est-à-dire un tant soit peu ensoleillés. Les climats americana sont partis, même si on entend, ça et là, des harmonies à la Fleet Foxes mais le climat est moins à la dérive ou aux méandres et offre, par conséquent, un mélange plaisant d’indie britannique et d’influences soft-rock.

Il faudra donc voir le morceau précité comme une déclaration d’intention digne des Pale Saints avec ses vocaux pop angéliques er son fuzzy-rock tout comme on dénichera des réminiscences des Eagles ou des Jayhawks sur « Black Flowers » alors que « Road To The Sun » rappellera I Like Trains ou Mogwai mais encore The Flaming Lips et le Pink Floyd.

Les racines americana sont toutefois encore présentes : la lamentation accompagnée à la laspsteel de White Queen » avec son climat et ses vocaux poussiéreux à la Midlake ou « Here It Comes » qui emprunte aussi bien au post-rock qu’à l’alt-country.

Departure, même s’il traîne un peu des pieds, a le mérite de se terminer comme il commence sur des touches plus rock (« Stairs »). Ce dernier morceau est musclé (guitares post-punk façon 80’s à la Factory) à l’inverse des autres chansons, plutôt cérébrales. Ces influences louchant vers l’Europe sont autant de raison d’écouter Soft Hills avec des oreilles différentes et plus ouvertes que précédemment.

 

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17 mars 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Wild Beasts: « Present Tense »

Wild Beast est un groupe qui n’est jamais resté sur un orbite stationnaire depuis ses débuts. Chaque album a montré leur volonté de creuser toujours plus profond dans les endroits où se niche la créativité et de prendre des risques musicaux capables de toucher les têtes aussi bien que les cœurs. Present Tense va continuer cette tendance, l’appesantir même, en les emmenant encore plus loin dans ce monde où siège une électronique luxuriante et captivante.

Le combo s’appuie toujours sur deux voix extraordinaires ; celles de Hayden Thorpe et de Tom Fleming, deux atouts qu’ils ont appris à accepter plutôt qu’à vouloir les faire rivaliser et, de par la même, exploiter au mieux.

Sur Present Tense ils sont ainsi donné plus d’espaces et de sonorités aptes à complémenter le tendre falsetto de Thorpe et le grondement plus émotif et charnel de Fleming.

La musique va également puiser plus lourdement dans des tonalités analogiques mais toujours avec des synthés et des boîtes à rythme mais Wild Beasts s’y entend toujours aussi bien à véhiculer cette chaleur et cette connexion émotionnelle qui manquent trop souvent dans la pop électronique ou d’avant garde.

 

« Daughters » introduit de la dramaturgie comme un Depeche Mode qui aurait décidé de se monter plus subtil et délicat, bridant les abrasions soniques porteuse de tension , le tout dans le cadre d’une chanson à la structure assez standard. « Sweet Spot » est une autre de ces compositions dont la dynamique est encadrée par la voix spectrale de Thorpe sur les chorus, performance vocale qui voit Fleming ne pas être en reste avec un « New Life » sans doute une de ses meilleures interprétations.

C’est grâce à cette collision que ce quatrième album se fait si intime. Le groupe semble avoir été enregistré tout près des hauts-parleurs et le résultat en est une expérience dans laquelle on ne peut que s’immerger. Voilà un disque au titre absolument approprié, totalement contemporain et doté d’une tension qui affleure en permanence sous la surface de leur musique. Present Tense est un hymne à la vie moderne qui ne peut que nous absorber tant il est parfaitement mesuré et qu’il respire la confiance.

 

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20 février 2014 Posted by | Quickies | , , | Un commentaire

Asia Argento: « Total Entropy »

Total Entropy réunit plusieurs collaborations de la fille de Dario Argento avec des artistes comme Tim Burgess, Brian Molko ou The Legendary Tiger Man. Il s’agit d’une album poétique et direct, viscéral et oscillant entre la rêve et la folie. Évocateur de cette impossible d’Argento pour l’Amour et la Vie et celle-ci va se manifester par des ballades orchestrales alternant avec du blues-rock, de l’expérimentation new-wav, de la techno minimaliste, quelques effluves de guitares et la voix profonde et intense de Argento. De par son éclectisme musical, Total Entropy est difficile à catégoriser d’autant qu’il cultive à merveille des contrastes charmeurs entre lumière et obscurité.

Artiste complète (cinéaste, photographe, DJ et metteuse en scène, par exemple une vidéo de Marilyn Manson) Asia semble avoir voulu ici s’inspirer de la musique de son arrière grand-père, le compositeur futuriste Alfredo Casella, pour décompartimentaliser les genres tout comme elle le fait avec ses activités artistiques.

Ayant débuté avec un groupe de punk, Kids Sparkle Fun, elle s’est très vite intéressée à des registres musicaux obscurs et a ainsi collaboré avec de nombreux musiciens depuis plus de 11 ans. Notons ainsi Hector Zazou, une reprise du « je t’Aime, Moi non Plus » de Gainsbourg, une collaboration avec Kid Chocolat ; bref tout un arsenal d’activités dont Total Entropy est le reflet. Ajoutons, enfin, un échange suivi avec Anton Newcombe, le leader de The Brian Jonestown Massacre et nous aurons le panorama presque exhaustif d’un album qui vaut par sa représentativité, si ce n’est pas sa direction et son originalité.

★★½☆☆

9 septembre 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

The Love Language: « Ruby Red »

Le deuxième album de Stuart Mc Lamb, Libraries, avait musclé la lo-fi de son projet alternatif, The Love Language grâce à ses orchestrations lustrées et ses mélodies accrocheuses. Ruby Red, trois ans après, pousse un peu plus loin son territoire musical constitué d’énergie et d’expérimentation, tout en laissant de côté le relâchement tintinnabulant qui lui conférait un aspect « fun ».

À la limite, on trouve parfois une interprétation joyeuse qui donne à ses tourments émotionnels un peu de lumière et d’élan, y compris dans les titres les plus intimes mais cette touche personnelle est en grande partie absente de ce nouvel album. Elle l’est d’autant moins que le disque a été enregistré avec plus de 20 musiciens venant de plusieurs parties des USA ce qui donne efficacité à cette machinerie complexe mais lui ôte une grande partie de son âme.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté de création artistique collective mais, en se préoccupant trop souvent de nous délivrer des épopées indie-pop expansives, l’excentricité non dépolie de McLamb semble se perdre dans cette activité.

Ruby Red est ainsi chargé de compositions ambitieuses, avec des instrumentaux qui forment ici un véritable arsenal où l’attention prêtée à la structure se fait si méticuleuse qu’elle appesantit ce qui était la point fort de McLamb, ses mélodies enlevées et légères.

« Calm Down » va démarrer sur une guitare familière puis évoluer très vite vers des claviers au frappé comme asséné puis une glockenspiel en distorsion. Cette clameur est, ici comme ailleurs, contrôlée, tout comme les six cordes cacophoniques de « First Shot ». Ça n’est que sur une ballade sophistiquée « Golden Age » que le disque parvient alors à nous toucher ou sur l’épique morceau final, « Pilot Light » que l’artiste semble enfin trouver la faculté de pondre un hymne à la hauteur de ses ambitions.

The Love Language feraient peut-être bien de réécouter leurs opus précédents pour fournir un véritable cœur à des chansons qui, précisément, parlent de chagrins d’amour.

★★½☆☆

9 août 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Kurt Vile: « Wakin on a Pretty Daze »

Un nouvel album de Kurt Vile est toujours source de spéculations. Avec un titre comme Wakin on a Pretty Daze, une première plage s’étendant sur près de dix minutes et une dernière les excédant, on pourrait se dire que l’artiste se frotte ici, ambitieusement, au rock progressif. Les apparences seront pourtant trompeuses, plutôt que de faire preuve de gigantisme, le disque se délecte avant tout de sa durée, plus de 70 minutes.

Il s’agit essentiellement d’un album de psyche-pop, aux tonalités ensoleillées, dans lequel Vile montre qu’il qu’il a appris de son album précédent,Smoke Ring for My Halo. Pas d’amateurisme « slacker » ici, pas de refrains pessimistes ou gorgés d’un brouillard enfumé mais des compositions qu’on pourrait écouter à n’importe quel moment de l’année.

Néanmoins, ça n’est pas pour autant que le soleil n’est pas clairsemé. Il ne s’agit pas d’un disque impétueux et flamboyant car, même si les titres sont aérés, ouverts et accessibles, ils demeurent curieusement retenus. Cela permet aux morceaux les plus longs de ne pas sembler durer de façon outrancière d’autant que l’interprétation du groupe qui épaule Vile est volontairement directe.

On donne à la musique un traitement qui est juste adéquat, ni trop, ni trop peu ; un flux et reflux harmonieux et équilibré. Ce qui distingue aussi Wakin on a Pretty Daze du rock progressif est qu’il ne jouit d’aucune approche conceptuelle. « Pure Pain » et l’exceptionnel « Too Hard » se complètent harmonieusement placés l’un derrière l’autre. Ce dernier morceau en particulier est une merveille de composition musicale par la façon dont il impose son laconisme sur près de huit minutes. Ce titre spectaculaire est un des temps forts d’un disque qui en comporte un sacré nombre.

Autre qualité, l’allure régulière et solide, légère dans ses apprêts. Des chansons aussi complexes que «  Wakin on a Pretty Day » sont rendues merveilleusement simples et le puissant « rocker » « KV Crimes » maintient son impact même si il donne l’apparence de se perdre dans des digressions épiques. Sur un registre similaire qui voit le chanteur adopter un tempo plus rapide, il parvient à sonner parfaitement naturel, que ce soit sur « Snowflakes are Dancing » ou les synthés qui égrainent « Was All Talk ».

Cette chanson est d’ailleurs presque une confession dans la mesure où elle résume par ces mots : « Il y a eu une période de ma vie où on pensait que je n’étais capable que de parler » ce qui a constitué jusqu’à présent la carrière de l’artiste.

Cet aspect autobiographique s’exemplifiera alors dans ce que la chanson qui termine l’album a d’organique. « Goldtone » est une composition aérienne en équilibre parfait entre introspection et insouciance, une mélodie « pop » tant elle est infectieuse infectieuse mais contrebalancée par les vocaux mélancoliques de Vile.

La sensation ultime sera, par conséquent, que cet artiste excentrique et désinvolte regarde en direction du futur et qu’il ne l’a jamais fait aussi bien qu’avec ce disque à la rémanence intemporelle…

12 avril 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Haiku Salut: « Tricolore »

« Baroque-Pop-Folktronic-Neo-Classical-Something-Or-Other » : c’est ainsi que Haiku Salut se décrivent. Ça n’est pas pour autant que ce trio féminin du Derbyshire est exhaustif dans la présentation qu’il fait de lui-même.

Dès l’écoute Tricolore vous happera pour ne plus vous lâcher et vous serez entraîne de plus en plus profond dans un univers fait d’instrumentaux bizarroïdes, de nouveaux bruits et de panoramas soniques qu’on a en permanence envie de réécouter. L’album peut s’avérer un peu apprêté parfois mais ça n’est pas une mauvaise chose car cela permet de contrebalancer les petites structures électroniques qui jalonnent les compositions. Le disque pourrait très bien d’ailleurs être une bande-son et, quand on sait que les principales influences du groupe sont Yann Tiersen et Benoît Carest, ça n’est pas réellement une surprise.

Haiku Salut a un large éventail d’instruments à sa disposition et ses trois musiciens semblent également à l’aise dans l’un comme dans l’autre, donnant ainsi à leur premier opus un côté fantaisiste et ludique, certes mais hautement professionnel.

Bien sûr, on ne pourra pas différencier une plage parmi les autres tant Tricolore se veut avant tout une échappée sous forme d’odyssée que l’on pourrait apparenter à l’atmosphère particulière de Amélie Poulain. On goûtera, ainsi, sur « Los Elefantes » par exemple, la façon harmonieuse dont le piano passera de notes hautes à notes basses, se combinera à un accordéon, à de brefs sons électroniques ou à des rythmes tribaux. Le fait que les titres soient instrumentaux soulignera, en outre, la complexité de l’instrumentation. Tricolore est un petit bijou de baroque enchevêtré qui ne se départit pas d’un climat « fun » et enjoué, ceci étant pour notre plus grand bonheur !

★★★½☆

8 avril 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Eat Skull: « III »

Tout étonnant que cela puisse paraître, Eat Skul est un groupe qui parvient à cumuler noise pop à approche lo-fi. Pour cela, ce combo de Portland emprunte ses influences dans une façon d’enregistrer semblable à ce que faisait Guided By Voices à ses débuts, à savoir le « home recording » et ses premières amours à savoir le hardcore.

Sa pop va donc être assez sombre et immédiate mais enterrée sous d’assez importantes couches instrumentales. Des morceaux comme « How Do You Know When To Say Goodnite ? » et « Dead Horses » sont ainsi témoignages d’une pop récitative et presque primaire dont l’impact est amplifiée par les assonances des vocaux. On peut y entendre un lointain écho des Go-Betweens avec une sensation d’esthétique lo-fi passée au crible d’un micro qui aurait été posé dans une pièce par hasard. Cette impression d’amateurisme est pourtant trompeuse et le laisser aller est soigneusement canalisé. On sent que les effets sonores très connotés Beatles sur « Goodnite » ou ceux, plus menaçants, de « Twin Sikk Moons », émanent d’une construction mûrement élaborée puisque, entre ces deux titres, figure un « Stupid Moon » dont les synthétiseurs gargouillants accompagnent l’ébranlement annoncé. « Summer Inside » et ses vocaux fantomatiques n’aura aucun mal à nous embarquer dans ce voyage austère dont la tonalité chaloupée se poursuivra avec le « singalong » ravagé de « Amnesty Box ».

À ce niveau-là, Eat Skul maîtrisera parfaitement usage de l’électro minimaliste sur des refrains acoustiques, preuve supplémentaire qu’une démarche « slacker » ne s’improvise pas. Gardons pour la fin « Space Academy » qui ouvre III avec une chanson pop essentielle, comme pour montrer que cette sensibilité ne sera pas obscurcie par l’étrangeté d’arrangements sonores au minimalisme sauré.

★★★☆☆

22 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

LIsa Germano: « No Elephants »

Lisa Germano a toujours marché sur une ligne séparant sérénité paisible et chaos dissonant. Elle est capable de passer de l’un à l’autre simplement par son jeu de piano alors que sa voi semble ne pas en être perturbée.Quand il s’agit de la première humeur des cordes délicates et splendides enrobent alors ses compositions ; quand elle est contrite les morceaux font comme se distordre et accumuler les faussetés sous le poids de l’affliction.

Toujours, pourtant, s’exerce une chorégraphie parfaitement contrôlée, patiente comme si le fait-même d’écrire était un don qu’il ne fallait pas gâcher. No Elephants est uniquement construit sur une instrumentation dépouillée, un songwriting lucide et la production adroite et immersive de Jamie Candiloro permettant aux mots de flotter puis de déployer leur cinématographie.

Germano sera ici le plus à l’aise quand seront mises en place tensions inquiétantes, une dissection d’accords pris sur le mode mineur qui, assemblés, vont emprunter des tonalité bizarres semblant, comme s’il s’agissait de fuir, les éloigner du réel. Une fois de plus, en retrouve cette familière sensation d’apesanteur, y compris quand la fièvre est palpable.

Condiloro est alors d’une assistance fondamentale apportant sa contribution par des « loops » de percussions électroniques, une pléthore d’enregistrements pris sur le vif comme s’il s’agissait de documentaires (sonneries téléphoniques, avertisseurs, sirènes…).Bien que àça ne soit pas une nouveauté chez l’interprète, c’est la première fois que ces procéds sont utilisés à ka façon d’instruments véritables (« No Eleghants », « Dance of the Bees »). Cette dissonance est plutôt effective, fonctionnant paradoxalement quand elle est associée à la douceur d’une mandoline ou d’un piano.

À d’autres moments, Germano tente de capturer l’éphémère, par exemple sur « Snow » qui en est l’archétype. Il n’y faut pas voir pourtant une contradiction mais plutôt un approfondissement de sa « méthode ». Ces morceaux contribuent à apporter une signification à ces sensations de légèreté et d’espace que véhicule No Elephants. Il ne s’agit, au fond, que d’apporter une pause aux exaltations, un équilibre entre titres accrocheurs et compositions où Lisa Germano vise avant tout à instaurer un climat méditatif, même si ce dernier n’est pas toujours serein.

Au final, ce qui prime sera cette impression de faire une excursion ensommeillée au travers d’une brume qui jamais ne lève son voile. L’atmosphère reste en effet étale, et, même si certains titres sont moins porteurs, ile ne font que mettre en valeur ceux qui témoignent d’intensité, de ferveur ou d’arachnéen.

Le cache ne sera ôté qu’à la fin, comme s’il s’agissait de se débarrasser d’un suaire. Ce sera sur le titre clôturant No Elephants : « Stranded Bird » apportera une touche certes mélancolique mais surtout un réveil qui nous fera nous reposer sur le sol.

Depuis Magic Neighbor en 2009, Germano a encore plus affiné et décharné son style, comme si, fondamentalement, elle cherchait à se dissocier du monde. C’est une délicate recherche de la retraite qui ne peut être simulée. Le seul risque sera de s’éliminer du monde et de s’aliéner ceux qui ne la suivent pas dans cette plus grande plongée au sein de son univers.

13 février 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Boats: « A Fairway Full of Miners »

Il est certain qu’une grande part du saugrenu sera perdu aux oreilles françaises, toujours est-il qu’on peut se rattraper en appréciant l’électro-pop « Animated Gifts » traversé par des bruits informatiques comme s’il s’agissait de nous rappeler l’origine « pixellisée » du morceau.

La plupart des morceaux sont donc à prendre au second dégré ; « Advice on Bears » ou « Advice on Bioluminescent Bears » sont tout sauf des avis éclairés et un titre comme « Getting Worse.jpeg » entérine encore plus ce qu’il peut y avoir de virtuel dans les émotions qui nous animent en ce monde quaso virtuel (ici une atmosphère déprimante dont on se demande si elle doit être prise pour ce qu’elle est ou pas).

Le style vocal de Matt Klachefsky a cette coloration fausse de chanteur qui serait avant tout un branleur, ce qui donne à A Fairway Full of Miners un petit côté dadaïste qu’on retrouve aussi chez d’autres artistes de Winnipeg comme The Cannon Bros.

Tout cela confère aux compositions un statut qui ne permet pas, malgré les apparences, de les reprendre en choeur dans la mesure où les anecdotes qui sont narrées sont traversées par des constructions musicales non conventionnelles comme l’absence de tout chorus, des harmonies vocales décalées, des synthés à foison, des xylophones et, de temps en temps, un petit solo de guitare pour qu’on n’oublie pas l’instrument.

Un titre d’album qui ne dément en rien ce qui attend lelui qui l’écoutera, un disque pour les fans qui se rappellent aussi que la pop rock n’est pas seulement destinées aux prétentieux et aux snobinards.

★★★☆☆

11 février 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Rick Redbeard: « No Selfish Heart »

Cela fait un certain temps déjà que le leader de The Phantom Band, Rick Anthony, souhaitait sortir un album solo sous un alter-ego, Rick Redbeard. Voilà qui est fait avec un No Selfish Heart après un EP, Now We’re Dancing, qui suivait le sentier traditionnel du folk en « finger picking ».

Notons que The Phantom Band avaient déjà une approche folk, simplement elle était plus sombre et que le groupe écossais se montrait capable de dissimuler ses chansons aux refrains souvent maritimes sous d’épaisses couches soniques expérimentales. De ce point de vue, ce disque solo peut très bien être considéré comme un lever de voile ou de rideau de la part de Redbeard.

Le nouvel acte qu’il nous offre ne conserve qu’une fine couche de menaçe ; il fait preuve au contraire d’une démarche plus douce et nostalgique dans lequel son cœur ne serait pas égoïste (selfish) mais centré sur la langueur et la frustration.

Une première écoute met en avant sa voix de baryton, propre à soulever l’émotion et à en explorer les recoins les plus obscurs mais aussi les plus beaux. Les arrangements vont être dépouillés, un léger « drone » sur « Clocks » qui ouvre le disque, un piano délicat sur « We All Float » ou sur un « Anyway I Can » qui bénéficie en outre d’un accompagnement léger et presque pop.

Le phrasé de Redbeard est riche et profond, proche de la narration, accentuant ainsi le côté dramatique et vécu qu’il souhaite donner à ses histoires. Celles-ci ont une thématique traditionnelle, amour, mort, désillusion qu’il s’emploie à ne pas rendre trop offensive en accentuant les sentiments d’espoir qui peuvent surgir par des cantiques à l’amour éternel comme ce « Cold As Clay » qui débute pourtant par une instrumentation folk tout ce qu’il y a de plus rebattue.

Néanmoins, on ne peut être assuré que le chanteur tend à se détacher totalement d’un héritage gothique. Une part de causticité se niche sous les plus belles envolées. Sur « Cold As Clay » par exemple, on s’apercevra à la fin que le narrateur s’adresse à une personne déjà morte et sur « Anyway I Can » le joli chorus ornant le titre s’accompagnera d’un texte où les références à des films d’horreurs sont légion.

No Selfish Heart est par conséquent un album de fausses pistes mais il n’en est pas pour autant un simulacre ou un leurre. À qui, ou à quoi, avons-nous à faire finalement ? Un homme solitaire, avec pour seule arme sa guitare et pour seuls compagnons ses son univers et ses émotions. Il ne viendrait à personne l’idée qu’elles puissent suivre une ligne droite ; ces circonvolutions, ces oscillations entre optimisme et vague à l’âme sont le le lot de l’être humain en général. Rick Redbeard a choisi de les traduire avec toutes les facettes qu’elles peuvent revêtir. Un album solo étant, presque naturellement, une confession il est presque naturel que la versatilité soit de mise. L’impression finale est au fond celle de ce même homme, marchant le long des rues diverses que constitue son existence, la véracité qui s’en dégage et que seul le dépouillement orchestral peut apporter ici. C’est dans cette mise à nue que se trouve toute la profondeur de ce troubadour, solitaire enfin, muni de cet instrument dont Woody Guthrie disait qu’elle tuait Fascistes. Disons simplement que ceux qui violentent l’esprit de Redbeard sont plus intérieurs mais non moins plus létaux.

4 février 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire