Chris Garneau: « The Kind »

18 mars 2021

« C’est l’album le plus intentionnel que j’ai fait », dit Chris Garneau. « Ces chansons couvrent une fenêtre de temps très spécifique pendant laquelle je me remettais essentiellement de décennies de traumatismes. »

Sur son cinquième album, The Kind, Garneau déterre des souvenirs profondément enfouis. Reflétant, savourant et libérant les blessures émotionnelles de l’enfance, à l’exemple d’un « Not the Child » qui perce délicatement l’intrigue de The Kind. Soutenu par la voix angélique de Garneau et une instrumentation luxuriante, le titre est une ode émouvante à la jeunesse, à l’enfance homosexuelle et à la traversée des chemins tortueux de l’âge adulte dans la mesure où il évoque des siècles de comportements, de codes, d’homophobie intériorisée, de constructions sociales, de relations intimes et de secrets, d’obscurité et de guérison.

En fin de compte, « Not the Chil » » parle de l’obtention de la clarté et du contrôle de sa condition de vie. Il n’y a pas de zone grise autour de sa liberté en tant qu’adulte d’autant que Garneau souligne que, « en tant qu’enfant, cependant, nous ne sommes pas libres, nécessairement, parce que les enfants n’ont pas toujours une voix. En tant que personne ayant subi un profond traumatisme dans son enfance, j’ai toujours eu à cœur de défendre ceux qui sont sans voix. Dénoncer les injustices est et a toujours été notre devoir. »

Tournée autour de la maison de Garneau dans le nord de l’État de New York, la vidéo retrace son enfance homosexuelle jusqu’à son âge adulte actuel. Réalisé par Jeremey Jacob avec la direction des mouvements de Jack Ferver, Garneau danse entre divers paysages fantastiques, coiffé d’une couronne florale, évoquant l’innocence et la douleur, à travers les différentes époques de sa vie. Jacob ayant construit la majeure partie de la vidéo à la main, Jack Ferver s’est ensuite appuyé sur le mouvement et sur ce qu’il fallait faire autour de « Not the Child ».

Il n’y a pas eu de précipitation avec The Kind. Écrit et enregistré entre août 2018 et août 2020, Garneau a rassmblé une collection de chansons, travaillées ensuite « à la méin »

L’entreprise a donné lieu à une exécution moins intentionnelle et moins cohérente sur le plan des paroles : « Je n’étais pas dans un très bon état créatif et cela a affecté le travail en studio. » 

Produit par Patrick Higgins, la majeure partie de The Kind a été enregistrée en direct et tout est essentiellement produit dans sa forme la plus vivante. De nombreuses prises de voix et de piano ont eu lieu simultanément, un peu comme pour son premier album alors que chaque chanson était complète, entièrement écritel’entrée en studio sans changement d’accord de dernière minute ou de réécriture des paroles, ce qui a permis une producion où la forme et la structure sonore étaient à leur plus haut potentiel.

Tout est, dailleurs, représentatif de l’histoire de Garneau, jusqu’au titre de l’album, faisant référence à différents sentiments, comportements et codes.

Ainsi, le matériel contenu dans les morceaux de l’album parle beaucoup de la capacité que l’on a en tant que personne libre, notamment en tant que personne blanche libre, d’accepter et d’assumer la responsabilité de notre condition de vie : « La peur de ne pas être à sa place s’arrête une fois que vous avez compris comment vous êtes à votre place ici et ce que cela signifie réellement, et cela a très peu à voir avec les autres. »

Garneau ajoute : « J’ai toujours eu des problèmes profonds avec mon sentiment d’appartenance et je n’ai jamais été le genre de personne capable de parler en surface ou d’exister en eau peu profonde. »

Selon lui, les people pleasers sont difficiles à accepter car on ne peut jamais plaire à tout le monde. Ils finissent par donner à la plupart des gens trop peu d’eux-mêmes et ils se retrouvent dans une situation difficile qui est de ne jamais s’être vraiment montrés pour eux-mêmes ou pour les gens dans leur vie et, Garneau le souigne : « Nous ne pouvons pas distribuer de petits morceaux de nous-mêmes à des milliers de personnes. Dans toutes nos relations, nous devons protéger les choses, établir et maintenir des limites, construire lentement la confiance et la maintenir en permanence. »

Réfléchissant à ce que signifie être une bonne personne, il dit qu’il y a beaucoup d’idées fausses, chacun étant enveloppé dans sa propre « persona » ou ses affichages sociaux : « Je suppose que c’est pour cela que je vis à distance et que je vois aussi peu de gens que possible », dit-il. « Cet album parle beaucoup du genre de personne que l’on peut et que l’on veut être, et de l’intention et du but que l’on poursuit pendant que l’on est brièvement ici sur cette planète magnifique et follement violente.

Écrite après Yours, chaque chanson est nouvelle pour l’album et représente un énorme changement dans sa vie. La première, «  Not the Child », a été composée durant l’été 2018 pendant plusieurs changements de vie majeurs. Garneau venait de quitter son partenaire depuis huit ans, de déménager de la Californie et d’apprendre que son père était mourant, tout cela alors que son album, Yours, était sur le point de sortir. Se sentant complètement déconnecté de Yours, à l’hiver 2019, d’autres chansons ont commencé à jaillir pour The Kind.

«  J’ai commencé à faire mon travail le plus fort et les chansons sortaient les unes après les autres pendant environ six mois d’affilée » , dit-il. « Le travail était très axé sur la guérison de décennies de traumatisme, en regardant les vérités qui se cachent sous ma honte et ma culpabilité. Mon père est mort. J’ai continué à écrire et à écrire. J’ai essentiellement commencé à faire le deuil de toute ma vie d’une manière que je n’avais jamais connue auparavant. »

Il ajoute : « Cela m’a vraiment ouvert à écrire sur des choses qui comptent vraiment. J’étais extrêmement brut. J’avais l’impression d’avoir à nouveau 20 ans, mais j’en ai presque 40, alors c’est cool et bizarre. Mais ce qui change le plus maintenant, c’est que je me sens complètement maître de ma vie. »

****


Ben Varian: « One Hundred Breakfasts With The Book »

15 mars 2021

Le dernier album de Ben Varian se termine par une affirmation surprenante : il n’y a pas de Ben Varian. « Bonne nouvelle / Il n’y a pas de Ben Varian / Bonne nouvelle / Il n’y a pas de cheveux de Ben Varian / Bonne nouvelle / Il n’y a pas de page de discographie de Ben Varian », chante la personne qu’on supposait être Ben Varian. Il s’agit ici une embardée surprenante et drôle qui résume parfaitement les charmes de la musique de Varian. One Hundred Breakfasts With The Book est, à cet égard, un album pop caméléon, tour à tour séduisant, irrévérencieux et beau. C’est une musique qui éclaire la condition humaine sans se prendre trop au sérieux.

Il y a une certaine agitation sonore dans ce disque, et elle ressemble à un voyage dans le monde de la radio, Varian essayant tout, de la country tordante (« Goodbye Scoundrels ») au psychédélisme à la Beatles (« Spend Some Time (With Your Mind » ») en passant par le disco (« Teardrops ») et l’électro-funk (« I’m Listening »). Plutôt que d’encombrer l’album, Varian utilise ces modèles sonores pour compléter les histoires de ses textes. Les moments disco de « Teardrops » accompagnent les souvenirs du narrateur d’une nuit d’abandon. « Après le spectacle, il y a du boogie et de la transe / Je fais face à la musique et je danse même / Il y a de la musique après la musique et je ne peux pas rentrer chez moi » ( After the show there’s boogie and trance / I face the music and I even dance / There’s music after the music and I can’t go home) se souvient-il. Le message introspectif de « Spend Some Time (With Your Mind) » est renforcé par sa piste d’accompagnement légèrement sinistre et psychédélique. Chaque note semble avoir un but précis.

Mais ce qui fait vraiment briller ces chansons, c’est l’écriture. La spécificité des textes de Varian donne vie à ses sujets. Dans « Jonie », le septuagénaire en question chante Peter, Paul et Mary dans le train et essaie des Doritos pour la première fois. « Period Chart » raconte l’histoire d’une relation depuis ses débuts. Le couple passe des journées entières à traverser Richmond et Berkeley dans une Volvo et à s’endormir tôt en regardant Long Island Medium. Il trouve la beauté dans la banalité, transformant l’acte de cuisiner en une danse sur « I’m Listening ». Varian a le don de se concentrer sur ce genre de petits détails, ceux qui dessinent instantanément une image ou évoquent un sentiment dans votre esprit.

Ce qui nous ramène à la dernière piste et on ne sait pas pas s’il y a une seule interprétation correcte de ces dernières minutes. Au début, jon peut penser qu’il s’agissait d’un moment d’autodérision effronté ; Varian chante « il n’y a pas de Ben Varian pour que ce soit incomplet » (there is no Ben Varian to make it incomplete) mais il n’y a clairement rien d’incomplet dans ce que fait Varian ici. Il est un observateur avisé de la condition humaine, et ces chansons sont pensées jusqu’à la dernière note. La diversité sonore que Varian et son groupe offrent sur cet album prouve peut-être qu’il n’existe pas une seule version de Ben Varian. C’est peut-être une déclaration sur la fragilité de la vie. Ou peut-être s’agit-il d’une blague idiote que jl’on interprète trop (on rit, n’est-ce pas ? à chaque fois qu’on entend « Il n’y a pas de page de discographie de Ben Varian »). Là réside magie de cet album. Peut-être que c’est drôle, peut-être que c’est profond, ou peut-être que ça ne l’est pas. Mais quand la musique est aussi agréable, cela n’a pas vraiment d’importance.

****


Jane Weaver: « Flock »

10 mars 2021

Voici un disque qui fonctionne subrepticement ; ill est possible que vous puissiez écouter le nouveau LP de Jane Weaver, Flock, fredonner, peut-être même vous montrer un peu frugal de temps en temps en faisant la vaisselle, et ne pas soupçonner que quelque chose ne va pas dans le monde. Ce n’est que de temps en temps que des phrases comme « briser le patriarcat » ( smash the patriarchy) flottent dans votre conscience à travers les motifs de la chanteuse Weaver, pour vous rappeler qu’elle est vraiment sérieuse.

Pour une raison quelconque, Jane Weaver nous rappelle la regrettée Victoria Wood, une autre marchande de leçons de vie sur la furtivité et l’esprit. Tout comme Wood, Weaver reste heureuse d’établir ses sorts dans un espace intermédiaire, même si elle semble assez maladroite. Trop vive pour faire partie d’une meute, Weaver a toujours placé son étal dans les limites du feu de joie de la pop. Ce positionnement, que ce soit par chance ou par jugement, a fait que son regard n’a jamais été trop brûlé ou aveuglé par l’éblouissement impie de l’industrie, et permet à sa musique de conserver un mauvais sens de la perspective et de la légèreté du toucher. De ce fait, s’accorder pleinement à des morceaux tels que « Lux » et « Sunset Dreams » et au glorieux bopper qu’est « Solarised », c’est un peu comme comme plonger le doigt dans un chaudron pour acquérir des connaissances, et se rendre compte qu’il s’agit d’un monde beaucoup plus dangereux, changeant et complexe.

Pourtant, il est impossible de ne pas être charmé par ce disque. Comment pourrait-on, en effet, rester immobile à l’écoute d’un « single » comme « The Revolution Of Super Visions » ou « Stages of Phases » (une version glam-pop de l’air du thème des Archers, sûrement), ? Ceci serait un mystère. Chaque morceau est comme une nouvelle perspective réconfortante et fructueuse, comme si Weaver nous faisait visiter la Grande Maison, nous conduisant dans une pièce meublée différemment, pleine de petits coins et de caractéristiques soigneusement choisis. Et cette maison que Weaver a construite est suffisamment solide pour permettre à des pistes aussi différentes dans leur esprit que les superbes « All The Things You Do » et « Pyramid Schemes » de s’emboîter les unes dans les autres sans trop de friction.

Jane Weaver a parlé par énigmes de sa nouvelle musique : par exemple, « Heartlow » a été écrit en hibernation dans une ville côtière française hors saison, entourée d’anciens cercles de pierre et de forêts arthuriennes. Bien sûr, un million d’artistes tentent de dire des choses de ce genre pour justifier leur travail, surtout à notre époque, où de telles descriptions et la magie du copier-coller sont aussi dénuées d’âme que la surveillance des stocks de bitcoin. Mais ce n’est pas le discours promotionnel multiplateforme le plus sérieux d’aujourd’hui. Jane Weaver le pense ; et c’est le genre de propos que l’on associe à ceux de Ithell Colquhoun 60 ans plus tôt, à la recherche d’une fusion entre l’occultisme, la religion celtique et le surréalisme.

En effet, compte tenu de ses précédents travaux et de son riche passé de collaborations (de Coldplay à la bande originale du réalisateur hongrois Marcell Jankovics), la recherche par Weaver du véritable chemin à suivre pour gravir la montagne est une forme de pérennité de la pop. Flock est, à cet égard, un LP à visage de Janus, qui se penche sur les groupes de filles des années 60, les grooves des années 90, les LP d’effets sonores des années 50 et revisite de vieilles cassettes faites en écoutant Peelie sous les couvertures. Cet album joue le rôle d’une sage-femme, vous procurant le sentiment de plaisir que vous éprouvez lorsque vous écoutez des choses qui sont restées en plan au fond du meuble, ou que vous réévaluez des souvenirs usés par le temps en les polissant bien.

S’agit-il d’une forme de renouveau ? Flock pourrait certainement être la dernière pétition d’une fin de ligne sur tout ce qui aurait dû être bon dans les années 1990 en Bretagne. Regarder en arrière comme une façon de regarder vers l’avenir, de comprendre le temps créatif (et le temps créatif des autres) est une ressource énorme et généreuse plutôt qu’une chose à mettre en boîte et à recevoir ce terrible sceau du Lion britannique de l’approbation « Mindie ».

Flock, c’est les années 1990, avec les versions télévisées de Naked et les projets de vanité de KLF, les rythmes des compilations transeuropéennes et américaines, le grimoire électrique de Suede, les bêta-bandes, le LP de The Family of God et l’idiotie collective psychédélique d’Ochre Records, Giant Steps de divers groupes de Scouse et Wool, l’animisme de Superfurry, les divinations de Broadcast dans les courants souterrains d’Eurofilm, Stereolab posant ses grooves subliminaux à la manière d’un concert amplifié de Philip Sidney, et un Krautrocksampling Cope jouant le rôle de pom-pom girl underground. Des gens intéressants et décalés qui font leur truc, en d’autres termes. Et Jane Weaver est l’une d’entre elles.

****


Lael Neale: « Acquainted with Night »

8 mars 2021

Lael Neale est née en Virginie, mais son album Acquainted with Night est imprégné de la nostalgie de Los Angeles où l’auteure-compositrice-interprète vit depuis dix ans. L’album est un tout unifié, et les chansons s’entrelacent comme une tapisserie. Rien ne semble déplacé ou superflu, et ce n’est pas une coïncidence. Neale a passé des années à enregistrer des albums avec d’autres musiciens, pour ensuite les mettre de côté parce qu’ils ne sonnaient pas bien. Elle rêvait d’un certain son, et elle l’a trouvé quand elle a acquis un Omnichord, une sorte d’autoharpe électronique. Le son qu’elle avait en tête était celui des chansons dans leur forme la plus simple et la plus pure.

Guy Blakeslee, qui a aidé Lael Neale pour l’accompagnement et l’ingénierie, a fait référence au concept de « bandes perdues » et, de ce fait, ils voulaient situer l’album « hors du contexte du temps ». L’idée des cassettes perdues qui attendent d’être découvertes dans un grenier me rappelle la discographie retrouvée de Sibylle Baier et Connie Converse, et le sifflement du magnétophone 4 pistes ajoute à l’impression de vintage qui n’est pas dénué du contexte du temps mais qui est plutôt intemporel.

Neale mélange les influences du passé avec les meilleures chanteuses indépendantes d’aujourd’hui. Sur son morceau Every Star Shivers in the Dark, sa voix me rappelle la morosité d’Angel Olsen, et tout comme le dernier album d’Olsen Whole New Mess, Acquainted with Night de Neale contemple également la solitude. « Je vais peut-être te quitter/ Parce que je suis aussi un pèlerin » (I might be leaving you/ Because I am a pilgrim too), chante Lael Neale. Dans une autre chanson, « hird Floor Window », elle affirme que « le seul étranger est vous-même » (the only stranger is yourself).

Le disque aborde d’autres thèmes universels, comme la mortalité dans « How Far Is It to the Grave, » avec des paroles comme « Jusqu’où ira la fin ? / Seulement une vie, cher ami » ( How far is it to the end?/ Only a life, dear friend). Mais bien que les thèmes puissent sembler transcendants, l’écriture des chansons déborde encore de vulnérabilité. « Comment le soleil se révèle/ étourdi et sûr d’un matin lointain/ J’ai senti la chaîne sur ma peau/ enfermé dans mon ancien désir » (How the sun reveals herself/ dazed and sure of a distant morning/ I felt the chain upon my skin/ caged inside my ancient longing), confesse Lael Neale dans « White Wings ». Elle est comme ce soleil, qui éclaire nos désirs lointains.

Dans « For No One For Now », cependant, le banal transparaît, avec des descriptions d’activités quotidiennes comme porter des toasts et « plier des draps dans la chambre pour personne pour l’instant » (folding sheets in the bedroom for no one for now). Le done des parties percussives fait écho au rythme de la vie et à la façon dont nous nous comportons sans réfléchir. Cette monotonie est rompue dans la chanson suivante « Sliding Doors & Warm Summer Roses », où une flûte rejoint l’Omnichord, donnant l’impression que quelqu’un l’a prise pour la première fois depuis qu’il a joué de la flûte à bec au lycée, et remplissant les espaces entre les mots d’un émerveillement introspectif.

L’arrangement épuré des chansons empêche toute chanson de se démarquer, et l’écoute de l’album donne l’impression de conduire sur une autoroute – en douceur, sans encombre, sans effort. Tout y est juste suffisant. Les chansons crépitent comme de l’électricité au bout des doigts de quelqu’un, bourdonnant d’une tension qui ne se libère pas, mais qui, à la place, réchauffe l’auditeur.

****


Lina Tullgren: « Visiting »

6 mars 2021

Lina Tullgren a déjà deux albums à son actif, et elle a, ici, pensé à faire plus que de la musique basée sur des chansons ». Alors que les albums Won et Free Cell étaient des opus de slowcore habile et de paroles conflictuelles, ils n’aspiraient pas vraiment à être écoutés comme du rock indie typique. L’écoute attentive de ces deux albums a révélé des cadres qui englobaient la réverbération délavée « « Red Dawn ») ou l’improvisation folklorique (« Golden Babyland »). Même leurs concerts pour Free Cell, avec Tullgren soutenu par un ami jouant « un synthé atmosphérique, une clarinette et un saxophone », puisaient dans des idées de musique plus éparses et plus singulières. Entre-temps, ils ont préparé l’émission de radio « Back to You » sur KPISS.FM, qui semble dénicher un éventail éclectique de pop et d’improvisation.

Le timing de cette nouvelle sortie ne pouvait donc pas être meilleur pour Tullgren. La série est, en effet, un effort pour mettre en avant des artistes qui créent de la musique comme ils ne l’ont jamais fait auparavant. Pour l’édition inaugurale, Tullgren a retrouvé son premier instrument, le violon. Alors qu’il est présenté dans des moments fugaces sur Free Cell, Tullgren retrace leur destin avec cet instrument sous la forme d’improvisations véraces. Il transmet un nouveau langage sonore, parcourant les quelques zones cristallines avec tendresse et curiosité.

En commençant par « Gravel Foot », Tullgren commence à prendre de la hauteur avec le bourdonnement caverneux de cette matière première, se déplaçant subtilement et s’imprégnant du silence. En barattant avec grâce le son aiguisé du violon, ils construisent méticuleusement d’immenses murs mélodiques, étirant ces notes pour se délecter de la délicatesse de ce dessin pointu et brutal. À d’autres moments, Tullgren transmet de faibles tremblements, mais les manœuvres rapides des cordes font éclater de grandes dissonances tonales. Elles se déroulent comme des ressorts de rasoir. Dans les dernières minutes, l’artiste utilise des filtres de porte, empiétant de manière ludique sur un point limite de rebondissement où leur violon se désintègre pratiquement.

C’est un mouvement bienvenu qui s’affine encore sur les deux pistes de la face B. La première, « Put a Pin in It », se concentre sur les entailles glaciaires d’une note. Bien que cela puisse sembler minime, lorsqu’elles sont mises en boucle et collées les unes sur les autres, elles créent un sublime bourdonnement où le temps est rendu immobile. Ce dernier, « Centerline Rumble Strip », minimise encore plus ses sons. Des bandes de silence fétide font appel à l’acoustique de la pièce et à des bruits précis. Soudain, de robustes passages de violon percent, s’envolant littéralement vers le ciel. En maintenant un équilibre constant des deux éléments, la piste finit par atteindre un état d’équilibre.

Les trois improvisations de Visiting se consacrent à travailler l’une sur l’autre. Utilisant les leçons apprises sur le mouvement de la face A, Tullgren fait déformer le violon dans des fouilles éblouissantes du temps et de l’espace sur la face B. Tout cela ne sert pas seulement à réintroduire Lina Tullgren comme nouveau chef d’orchestre de bourdons vicieusement denses, mais vous fait vous demander quand Tullgren sera, pour de bon, le fer de lance du quatuor Astral Spirits.

****


CARM: « CARM »

5 mars 2021

Pour ceux qui publient des articles, la recherche de l’Album de la Semaine fait partie d’un ritel et, de ce point de vue, n’est parfois pas du tout une recherche – il s’agit simplement d’écrire des choses sur la musique que l’on écoute. D’autres fois, la recherche se fait pour toutes sortes de raisons, mais la principale est le désir de quelque chose de différent, de nouveau. Aussi, lorsque l’on tombe sur « Land », un « single » du premier album éponyme de CARM (en tant que tel), opus qui contientégalement les paroles et la voix de Justin Vernon de Bon Iver, on se dit que l’on a trouvé ce que l’on cherchait.

En effetn, CARM est le trompettiste et co-fondateur de yMusic et le dénommé CJ Camerieri et les collaborateurs de CARM se lisent comme le who’s who de la culture indie avec, en vedette, les voix de Sufjan Stevens, Shara Nova, Justin Vernon, Georgia Hubley, Ira Kaplan, Lupin, Cliff Rhymes et Benson Ramsey.

Ajoutons, pour bien faire, également Mouse on Mars, Francis Starlite, Jake Hanson, Mike Boschen, Chris Bierden, Mark McGee, Amati, Joe Westerlund, Dustin Zahn, Alex Nutter, Trever Hagen, Nick Camerieri, Hideaki Aomori, Mick Rossi, Bryan Nichols, Rob Moose, Gabe Cabezas. Excusez du peu.

C’est une grande distribution de personnages mais Camerieri les tisse dans sa musique avec l’habileté du joueur de cor qu’il est. De l’album « Song of Trouble », qui ouvre les hostilités avec Sufjan Stevens, au susmentionné « Land », CARMnous offre un monde d’émerveillement orchestré qui brille par son ampleur. Il y a beaucoup de drameturgie et d’ampleur sur le disque et le centre de trompette de Camerieri élargit le vocabulaire sonore de la musique indie pour toucher Morricone, Miles, et plus encore. Quelque part on se dit alors que le label album de la semaine, peut s’étendre sur une durée qui va bien au-delà des sept jours.

***1/2


Lande Hekt: « Going to Hell »

4 mars 2021

L‘excellent premier album solo de la chanteuse des Muncie Girls, Lande Hekt, Going to Hell, est une histoire puissante qui montre non seulement que vous avez accepté votre sexualité, mais aussi que le fait d’accepter qui vous êtes vraiment enrichit votre vie et celle de ceux qui vous entourent. Il y a des moments de déchirement et d’émotion, et certainement d’énormes difficultés à affronter en cours de route, mais lls sont aussi très amusants – et c’est, apr§s tout, un peu le but.

Les chansons de Hekt ont toujours des paroles d’un impact désarmant, et son talent avec les mots est pleinement mis en évidence sur le morceau d’ouverture « Whiskey ». Celui-ci retrace son expérience d’apprentissage de l’homosexualité et le cheminement de remise en question qu’elle a suivi en se posant littéralement la même question de cent façons différentes, pour finalement se demander « Est-ce que c’est dire au revoir à qui vous étiez à l’époque ? Est-ce le sentiment de ne pas avoir à faire semblant ? » ( Is it saying goodbye to who you were back then? Is it the feeling that you don’t have to pretend?). Le titre retient une grande partie de son instrumentation, se limitant à une seule guitare acoustique à paumes, faisant lentement intervenir d’autres instruments avant d’éclater enfin avec un solo de guitare hurlant pour clore le tout – une fin cathartique et triomphante à un voyage incroyablement important.

Le second morceau, « 80 Days of Rain », partage également l’ADN d’une série de Russell T. Davies, Years and Years, qui utilise la vision sombre de notre avenir environnemental – dans laquelle le Royaume-Uni connaît 80 jours de pluie – comme une lentille pour explorer le changement climatique. Mais une fois de plus, Hekt l’explore d’un point de vue profondément personnel. Elle explique que la chanson parle de « s’éloigner et de manquer quelqu’un, et comment cette personne m’a appris à me mettre en colère à propos du changement climatique » (moving away and missing someone, and how that person taught me to get angry about climate change).

Cette idée de personnes disparues, et peut-être de ressentir une distance entre vous et vos amis, revient sans cesse tout au long du disque. Sur « Winter Coat », elle chante comment elle reverra ses amis « lorsque le temps passé à l’écart m’aura à nouveau donné froid » (when time apart has made me cold again). Dans « Undone », elle s’interroge, « Je me demande si je te reverrai, je me demande si tu te sentiras bien un jour » (I wonder if I’ll see you again, I wonder if you’ll ever feel alright), avant de déclarer  « je veux être quelqu’un que tu connais » (I want to be someone you know).

Comme indiqué, le disque est très amusant, même s’il est aux prises avec un parcours profondément personnel, et même si Going to Hell trouve Hekt dans un mode d’auteur-compositeur-interprète beaucoup plus que son travail dans Muncie Girls, il recèle des titres autrement plus solides. Ainsi, « Hannover » est un hit indie pop en puissance qui a plus qu’une petite touche d’Allo Darlin, « 80 Days of Rain » possède un rythme irrésistible qui fera certainement danser les foules, et « December » rebondit sur une superbeaccroche pop.

La chanson titre « Going to Hell » voit Hekt confronter les thèmes de l’album de front. Comme le titre l’indique, la chanson confronte les attitudes homophobes qui ont si longtemps affligé les homosexuels, mais aussi l’impact plus envahissant et dommageable de la culture hétéronormative qui peut vous faire vous sentir isolé et avoir peur d’être vous-même. Il y a un pouvoir indéniable lorsque Lande chante comment « vos amis de chez vous commencent à agir bizarrement, quand vous essayez d’être vous-même pour changer » (your friends from home start acting strange, when you try to be yourself for a change).

En réfléchissant aux thèmes de la chanson titre, Hekt dit : « L’homophobie et la culture hétéronormative peuvent vous faire vous sentir isolé et avoir peur d’être vous-même – j’ai intériorisé une grande partie de cette culture pendant longtemps et ce n’est que lorsque je me suis retrouvé entouré de personnes et d’amis queer et trans, que j’ai réalisé que je pouvais vivre heureux d’une manière qui me semblait juste. Je sais que je ne suis pas la seule à ressentir cela et ce sont d’autres personnes qui ont partagé leurs expériences avec moi qui m’ont aidée, c’est pourquoi j’ai donné à l’album le nom de cette chanson pour essayer d’atteindre les gens qui pourraient vouloir être atteints ». 

Cette attitude est à la base de ce disque remarquablement chaleureux et incroyablement honnête, et même lorsque Hekt est au moins sûre d’elle et la moins heureuse, le sentiment dominant est celui de la paix et du bonheur que l’on ressent en se retrouvant soi-même. Il est clair que Going to Hell est un disque profondément personnel, et vous pouvez comprendre pourquoi elle a ressenti le besoin de le présenter comme un travail solo plutôt que comme quelque chose qu’elle ferait avec son groupe, mais c’est aussi un message merveilleusement ouvert aux personnes qui sont dans une situation similaire que tout va bien se passer.

***1/2


Cassandra Jenkins: « An Overview on Phenomenal Nature »

2 mars 2021

Le deuxième album de Cassandra Jenkins, An Overview on Phenomenal Nature, est fondé sur l’espoir d’une année meilleure et la promesse d’une reconstruction personnelle. D’après les références de l’album, cette année-là aurait probablement été 2020, au lendemain du suicide de David Berman, dont elle a été enrôlée dans la brigade de tournée des Purple Mountains. Si l’année 2020 n’a pas fait beaucoup de bien à beaucoup d’entre nous, elle a donné le temps de réfléchir et a permis de prendre une distance par rapport à ce qui s’était passé avant. Et si le 1er janvier n’a pas d’enchantement particulier, ou comme les chakras référencés sur la piste centrale de Phenomenal Nature, « Hard Drive », les gens autour de Jenkins détiennent des réserves infinies de magie. Et ils le font activement. La mère de Jenkins ne s’inquiète pas pour elle sur « New Bikini », elle s’inquiète pour elle. Perry, qui apparaît dans « Hard Drive », tape sur son épaule pour invoquer un nouveau départ.

L’album commence assez innocemment sur « Michelangelo » et fait écho aux débuts teintés d’Americana de Jenkins, Play Till You Win datant de 2017. Mais à partir de là, les choses dérivent vers des moments plus jazzy et plus élevés, mais plus calmes. Les cors et les cordes qui ornent le reste de l’album portent l’équilibre des moments les plus patients de Van Morrison. Et sur les chansons les plus dépouillées, « Ambiguous Norway » et « Hailey », les synthés en déclin sont appelés à susciter des puits d’émotions. Ce qui n’est pas sans rappeler le travail récent de Sharon Van Etten et de Vagabon.

Car si « Hard Drive » attire l’attention, d’autres chansons sont tout aussi efficaces, à juste titre. « New Bikini » révèle ainsi es conséquences de la mort de Berman et des amis qui peuvent supporter Jenkins avec la même viscosité de l’eau de mer qui l’entoure. « Hard Drive » doit un clin d’oeil à Laurie Anderson, et c’est l’inverse de la crainte telle qu’elle est véhiculée du «  de nous allons tomber, ensemble… ce sera un jour » de ladite Anderson. Mais l’album brille le plus sur ses trois chansons qui clôturent la houle et gagne sa place à côté des débuts infiniment calmes de sa coéquipière Julie Byrne. « Ambiguous Norway » a peut-être lieu là où il le dit, mais il n’est guère ambigu. La réflexion de Jenkins sur le fait que Berman est parti et qu’il est partout est d’une logique intrinsèque. « Haile » », brève mais pleine de prières, est révérencieuse, tandis que le sujet fournit également à Jenkins la promesse de la nouvelle année. Et que Jenkins nous donne le reflet de sa promenade dans les bois sur une « The Ramble »,colorée par le bruit des camions à ordures, des sirènes, des enfants, du chant des oiseaux, et le bruit d’un arroseur à impact, offrant tous ainsi le cadeau d’un espace sûr. Le même que ceux qui ont vécu dans la vie de Jenkins lui ont offert.

Pour toutes ses machinations cérébrales, ce que An Overview on Phenomenal Nature n’oublie jamais de faire, c’est d’établir un lien humain. Jenkins se place au centre de l’histoire et offre la vulnérabilité d’être le patient dont le corps a besoin qu’on lui pose des mains guérisseuses. Laura Marling a fait appel à son propre apaisement et Morrison à la guérison « par les pylônes ». Sur « Hard Drive », Jenkins se voit proposer que sa propre voie soit aussi simple que « un, deux, trois », même si elle sait mieux que cela. Un aperçu de la nature phénoménale est un témoignage de la rupture et du réassemblage aussi exposé que tout ce que vous pouvez trouver. Les réponses peuvent se trouver de l’autre côté de l’océan en Norvège ou juste au sud de la 79e rue transversale de Central Park (le cadre de « The Ramble »), mais il est fort probable que vous les trouverez où que vous soyez.

***1/2


Albertine Sarges: « The Sticky Fingers »

1 février 2021

Certains albums ont presque plus la réputation d’être des œuvres d’art que de musique, et c’est le cas de The Sticky Fingers, l’œuvre de la chanteuse et compositrice Albertine Sarges, basée à Berlin, avec son nouveau groupe du même nom. Non seulement les paroles sont de nature fortement conceptuelle, abordant des thèmes complexes tels que le féminisme et la sexualité, le genre et la mémoire, l’expérience de la vie et les pressions de la société, mais le son lui-même a une complexité qui n’est pas simplement due à la composition. Il est audacieux de choisir ce titre pour un disque, étant donné l’inévitabilité d’évoquer le classique des Rolling Stones qui porte presque le même nom ; si l’album de Sarges évoque d’une certaine manière le même sentiment de libération sexuelle, il s’agit cependant d’une bête complètement différente, plus intellectuelle par nature, qui prend des rythmes familiers puis pivote brusquement dans des directions inattendues.

Le premier « single » tiré de l’album, « Free Today », en est un excellent exemple. Il incorpore un rythme pop-dance croustillant et le mélange avec des voix qui seraient parfaitement à l’aise dans une performance de spoken word. On a également l’impression qu’un certain nombre d’influences internationales se sont réunies dans ce disque, qui contient des paroles en anglais et en allemand (voir le lancinant « Stille » pour ce dernier), mais qui contient aussi des suggestions qui semblent venir de plus loin. On pense à Philip Glass et Klaus Nomi, mais aussi au rock britannique des années 70 et à des sonorités plus liquides et expérimentales qui proviennent aussi bien du disco américain que du rock asiatique.

Cette qualité charismatique de la manière dont les paroles sont livrées, qui rappelle sans aucun doute le monde de la parole et de la poésie, n’est pas unique à ce seul endroit, et elle fait surface ailleurs. Dans d’autres endroits, la prestation de Sarges s’inspire de suggestions glamour : voyez les moments délicieusement aigus de « The Girls », un morceau qui contient en général plus qu’un petit peu des années soixante-dix et qui, peut-être pas par hasard, donne le nom du titre de l’album. Le rythme rapide de certains morceaux n’exclut pas la possibilité de se laisser aller occasionnellement à des chansons plus mélodiques et plus lentes. Elle est certainement une chanteuse forte et n’a pas peur de le montrer, délivrant ses notes aiguës en particulier avec confiance mais sans besoin d’emphase excessive. En parlant d’ambiance rétro, « Fish » – pour nous une pièce maîtresse de ce disque – possède une splendide atmosphère de la fin des années 70 et du début des années 80, à la fois dans ses paroles ironiques et dans la section rythmique rebondissante qui lui sert de colonne vertébrale. Plus encore, le dernier titre, « Roller Coaster », a un son sale dans ses guitares et son chant qui remonte à cinquante ans tout en restant fermement ancré dans le présent. C’est presque une chanson de Blondie pour le nouveau siècle.

La production est l’un des points forts de ce disque : tout sonne propre et concentré sans se retrouver sur le côté trop poli. Le résultat est net mais à sa manière décontracté, ce qui permet une écoute agréable (et dansante), parfaitement capable de révéler un certain nombre de couches plus profondes sous une considération plus attentive. Dans le flou, la quasi-ballade que constitue « Beat Again », la production contribue efficacement à générer une sensation de suspension et de coton, aidée par une distorsion subtile et bien contrôlée. Ailleurs (comme dans « Oh My Love », par exemple), la production sait quand prendre du recul, laissant le corps entier de la voix de Sarges occuper le devant de la scène – une autre qualité que l’on ne voit pas toujours dans les disques pop de nos jours.

Les arrangements instrumentaux présentent un intérêt particulier, les éléments électroniques se mêlant harmonieusement aux guitares pop et à une section rythmique qui plonge ses racines très profondément dans la musique disco des années d’or, avec quelques points forts acoustiques inattendus (pour lesquels il faut se tourner vers « Post Office », qui utilise aussi habilement les chœurs et possède un potentiel auditif certain). Il y a plus d’une ligne de basse intrigante, quelque chose qui est souvent négligé dans la musique pop ; mais là encore, il semble quelque peu limitatif d’appeler la musique de Sarges simplement pop, étant donné son potentiel à être tour à tour du rock doux, de la danse effrontée, et dans l’ensemble une créature de son propre genre.

Une chose est sûre : Sarges a déjà développé une voix claire et confiante qui lui est propre, et cela s’entend clairement tout au long du disque. The Sticky Fingers pourrait être plus poli par endroits, mais en même temps il est admirable pour son audace et sa fraîcheur, pour sa culture musicale et sa capacité à puiser dans le passé sans devenir trop dérivé. Il a un bon potentiel de réécoute et, ce qui importe le plus, une personnalité. Un début prometteur pour une artiste qui a certainement beaucoup plus à offrir.

****


grandson: « Death Of An Optimist »

28 janvier 2021

Selon Jordan Benjamin, le premier album de grandson est une juxtaposition. À la fois une « histoire d’origine » et une « nécrologie », c’est cette esthétique des deux côtés d’une pièce de monnaie qui domine Death of an Optimist à tout moment. 

Un disque qui parvient à faire la lumière sur les ombres ou à trouver une ombre lyrique dans l’optimisme le plus vif, il peut être audacieux et fanfaron à un moment donné (comme sur le disque « Dirty », un disque radiophonique qui a un rythme soutenu), puis en colère et direct à l’instant suivant (« Identity »). 

Mais surtout, ce n’est jamais ennuyeux. Il s’agit plutôt d’un rôle de meneur dans son propre cirque de fous ; un dialogue interne qui se déroule à cent à l’heure mais qui est d’un sens impeccable. Ne jamais rester immobile assez longtemps pour empêcher le monde autour de lui de tourner, c’est de la musique rock – mais pas telle que nous la connaissons.

****