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Benjamin Clementine: « At Least For Now »

Benjamin Clementine a eu un itinéraire curieux ; élevé avec une éducation chrétienne très stricte, il s’est retrouvé chanteur dans le métro de Paris quelques temps avant de retourner au Royaume Uni. Cela lui a donné maintes choses, de style beatnik, à raconter ainsi qu’une personnalité atypique (sa coiffure de cheveux arborée sur une pochette qui fait penser à Magritte et où on le voit tenant ce qui semble être une pomme et se tenant debout devant une porte).

Son épiphanie, il la découvrit en regardant une spectacle de Anthony & The Johnsons à la télévision ce qui a sans doute été le catalyseur pour entreprendre une véritable carrière musicale.

Au chapitre des influences, citons Tom Waits, Philip Glass ainsi qu’un climat qui évoquerait Ennio Morricone ; pot pourrai dont le résultat est un registre de singer-songwriter alternatif font le principal instrument serait le piano.

Son répertoire se veut émotionnel, pas nécessairement affectif même si le lyrisme désespéré de « Cornerstone » sera un des morceaux phares de At Least For Now. Son phrasé n’échappe pas au mélodrame qui affecte également Anthony Hegarty (par exemple sur « Quiver A LIttle ») ce qui est parfois à contre courant d’une vision moins « torchy » que celle des Johnsons mais il sait se faire expressif tout en étant mesuré dans le sarcasme qui accompagne sa voix sur le titre d’ouverture « Winston’s Churchill’s Boy ».

Clementine sait, heureusement, varier néanmoins les climats : « St Clementine on Tea and Crossants » est une bien jolie ode poétique alors « London » ou « Nemesis » mêle pop alternative et grands renforts de cordes et on a conscience d’être en face d’un artiste dont le potentiel à s’emparer d’autres genres comme le jazz ou même le bric-à-brac surréaliste.

At Least For Now bénéficie en fait des risques que prend Clementine, une bravoure inhabituelle pour un « debut album » et, en tenant compte de ce qui l’a mené à ce premier disque, ce ne peut qu’être un opus qui nous incite à en attendre plus.

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9 avril 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Joan As Police Woman: « The Classic »

En dépit de son histoire personnelle et de sa contribution au travail de nombreux artistes comme Antony and the Johnsons et Rufus Wainwright, Joan Wasser sous le nom de Joan As Police Woman n’est pas parvenue, après quatre albums, au-delà d’un cercke réduit de fans inrréductibles dont certains ont d’ailleurs été échaudé par son disque précédent, The Deep Field.

Sa sensibilité a toujours été présente mais son mérite est de l’avoir accompagnée de variations musicales présentes ici dans un The Classic qui semble être taillé dans la même veine.

Ici les styles sont plus divers et ils visent à couvrir le spectre du répertoire de la chanteuse tout comme les hauts et les bas émotionnels par lesquels elle passe.

Sa voix reste pourtant toujours aussi apathique, indiquant par là qu’elle est dans le registre qu’elle aime. Sur l’album elle sera aidée par Joseph Arthur qui apportera un esprit doo-wop à un album qui pourrait se résumer à sa chanson titre, au climat issu des 50’s ou 60’s.

Le son sera donc celui des « big bands » et des atmosphères enfumées. Mais, plutôt que d’adopter une ligne directrice solide, l’artiste se réfugie plutôt dans des titres où ce qui est véhiculé et plus une lointaine ambiance (presque un cliché) alors qu’il aurait fallu faire preuve de plus de perçant. Ce mix électrique aura inévitablement des hauts et des bas comme ce « Get Direct » qui s’enlise tout au long de ses sept minutes et qui exemplifie à merveille cette sensation que la chanteuse ne fait que picorer plutôt que s’imprégner.

The Classic n’en est donc pas un et son « neo soul » vaut avant tout par le premier terme de sa définition. On ne pourra en vouloir pourtant à Wasser de vouloir surprendre et innover ; sa sensibilité demeure intacte, ne lui reste plus qu’à trouver la conduite à laquelle elle a droit.

guitareguitare

11 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

Basia Bulat: « Tall Tall Shadow »

Heart of My Own en 2010 avait vu Basia Bulat s’extraire des confins du folk par des choeurs et des arrangements à cordes qui n’obéraient pas pour autant sa sensibilité folk. Sur Tall Tall Shadow elle va encore plus loin en y ajoutant une touche d’électronique discrète dans un disque toujours produit par Mark Lawson qui s’était occupé du Suburbs de Arcade Fire et Tim Kingsbury dudit Arcade Fire.

Ce qui émerge alors est un disque un peu plus axé vers la pop où voisinent compositions explorant toujouts la thématique de la perte mais aussi mâtinées d’optimisme. Le tout est lié par la voix de Bulat toujours aussi hallucinante (en particulier ses trémolos et les variations de ses trilles) et dont la profondeur sonique sera mise en valeur par des procédés électro-acoustiques qui ont la qualité de ne pas s’imposer.

Les tonalités seront particulières et presque irréelles,avec une atmosphère souvent étouffée et comme aquatique qui pourrait sortir tout droit de disques travaillés par Daniel Lanois. Cette mesure donne retenue à des tires épiques comme « Tall Tall Shadow » ou les rythmes atypiques en 5/4 de « Five Four » qui nous emmènent presque du côté de Dave Brubeck.

Cet amalgame est engageant et Bulat se permet même le luxe de se lancer dans la ritournelle pop avec « Promise Not To Think About Love ». le reste de TallTall Shadow sera pourtant marqué par une sensibilité qui ne se démobilise pas sur « It Can’t Be You » ou « Wires » et son harmonium. « Paris or Amsterdam » sera comme une « road ballad » sentimentale à l’humeur posée alors que « Never Let Me Go » sera, a contrario, un « torch song » où la voix de Bulat verse dans un pathos dont on ne peut que se sentir proche.

« From Now On » terminera sur une touche gospel qui ne pourra qu’atteindre ceux qui sauront apprécier l’évolution d’une artiste s’éloignant de sa zone de confort.

★★★☆☆

21 octobre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Ed Harcourt: « Back Into The Woods »

Ed Harcourt fut, un temps, considéré comme le nouveau Jeff Buckley. Il est vrai que son répertoire était relativement similaire à ce dernier. Il ne déroge d’ailleurs pas à cette règle avec ce nouvel album Back Into The Woodsoù on retrouve des compositions menées par un piano et teintées de mélancolie, servies par une production toujours aussi chaude et lustrée.

Une fois de plus, Harcourt nous montre qu’avec sa voix de baladin il est un pro à véhiculer le désespoir et c’est peut-être par rapport à cela que ce huitième disque ne parvient pas à nous captiver. Il est certain qu’il a réussi à hausser la notion d’abattement au niveau d’un art, mais, quelque part, cette maîtrise ressemble à un exercice qui en devient convenu.

L’intonation vocale est là, mais les chansons sont comme des exercices de style sans vie, sans âme et n’offrant aucune réelle intimité. En ouvrant avec « The Cusp & The Wave »nous sommes immédiatement transposés dans ce schéma avec une proclivité à vouloir susciter l’émoi et le spleen, le tout au moyen d’un phrasé profond et chuchoté. Sur « Wandering Eye » on retrouve tous les tics du chanteur : diction théâtrale et mélodramatique, avec un piano omniprésent accentuant chaque phrase.

Ce serait un moindre mal si les compositions étaient à la hauteur mais, dans le cas présent, cette insistance à vouloir les rendre apprêtées ne fait que mettre en exergue leur relatif manque d’inspiration. Au fond, c’est peut-être là que se situe le problème pour Harcourt : sa machine tourne à vide et ne parvient pas à nous enchanter. C’est un peu la paradoxe de quelqu’un qui revendique le statut d’auteur-compositeur.

★★☆☆☆

1 mars 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire