Museum of Love: « Life of Mammals »

2 août 2021

Avec très peu de frontières musicales, Life of Mammals est une merveilleuse introduction au monde fou de Museum of Love. Ainsi,il suffit d’écouter les trois premières chansons du deuxième album de Museum of Love, Life of Mammals, pour se rendre compte que le duo américain n’adhère pas aux limitations.

Le morceau d’ouverture, « Your Nails of Grown », est formé d’un rythme répétitif de huit minutes – la voix de Pat Mahoney, qui se situe juste au-dessus du bourdon, rappelle Lou Reed dans son désintéressement le plus glorieux. Mais de cette monotonie surgissent des moments de cuivres fulgurants qui passent devant vos oreilles comme un wagon de métro déchaîné. Oui, ce sont des éclairs, mais dans l’obscurité sinistre, ils sont exaltants.

Mais la chanson titre, « Life of Mammals », est comme l’ouverture d’une fenêtre, car toute la claustrophobie de l’ouverture est libérée. Pat Mahoney, faisant sa meilleure imitation Scott Walker période Scott 4, laisse échapper un croonage envoûtant – soutenu par des percussions brillantes et des houles chorales. Et pour ceux qui reconnaissent le nom, Mahoney est un membre fondateur d’un des groupes les plus spéciaux de New York, LCD Soundsystem – et cela prend tout son sens sur Marching Orders, qui empile tout le groove que l’on peut attendre du travail le plus dansant de James Murphy – avec plus qu’un soupçon de Talking Heads aux CGGB – dans le troisième morceau du disque.

Cette attitude libérale à l’égard du genre se poursuit dans le reste de l’album. La piste d’accompagnement lourdement synthétisée de Dennis McNany sur « Cluttered World » est éclairée par des volutes de piano à la Aladdin Sane. Avec « Before Ridiculous Body », il est pratiquement impossible de deviner ce qui va se passer ensuite, ou vers quoi les arrangements du duo vont se diriger.

Après avoir sorti leur premier album éponyme sur DFA Records en 2014, Life of Mammals est sorti sur le label Skint, qui vient d’être revigoré. En rejoignant leur large catalogue, il semble être la maison parfaite pour cet album amusant, excentrique, stimulant et sans compromis.

***1/2


Tiña: « Positive Mental Health Music »

13 novembre 2020

Avec ce poignant Positive Mental Health Music, Tiña, fait ses débuts en tant que producteur sur le label Speedy Wunderground. Une première sur deux fronts – pour Tiña, et pour le label Speedy après 7 ans de sorties de et de compilations – ce recit confessionnel de onze titres est une expérience soignée de production et d’écriture de chansons : un ensemble de musique grunge incisive, prudente et attentionnée.

Vous aurez déjà entendu quelques-uns des morceaux de la musique de Positive Mental Health. « I Feel Fine » est une production de Speedy, sortie l’année dernière seulement, suivie de « Dip », « Rosalina » et « Golden Rope ». Avec ces succès, Tiña a créé un précédent : faire du grunge sain sur lequel on peut danser. Sur leur album, le groupe élargit ce mandat pour inclure le psychédélisme, l’indie, la pop et le post-punk, tout cela servant à canaliser les luttes très personnelles mais totalement universelles de l’auteur-compositeur Josh Loftin, qui a écrit beaucoup de ces chansons pour surmonter une dépression nerveuse.

« Rosalina » et « I Feel Fin » » s’inclinent, puis s’élancent comme le sombre espoir d’un dépressif en convalescence tandis que « Rooste » » relève lentement la tête pour s’élancer vers le ciel, la batterie et la guitare s’ouvrant sur le falsetto de Joshua Loftin. Ces coupures démontrent la capacité de Tiña à maintenir la douleur et l’espoir ensemble dans un même espace. 

« Golden Rope » poursuivra l’expérience, explorant les idées suicidaires à travers des ciselures légères et des percussions éclaboussantes, tandis que « It’s No Use » entre dans une tonalité mineure pour représenter ces moments terrifiants de maladie mentale où l’espoir s’envole complètement. Cependant, des chœurs intelligents se joignent à la ligne titulaire vers la fin, représentant que notre souffrance n’est jamais complètement isolée, peu importe à quel point elle peut être ressentie. Pendant ce temps,  » »Closest Shave » va examiner les éléments ennuyeux de la souffrance – « J’ai failli me couper la tête » » (I almost cut off my own head) – Loftin chantantcette impasse de découragement avant que les touches tourbillonnantes n’offrent à nouveau une pointe d’espoir.

Bien qu’elles soient toutes différentes, ces chansons ont en commun leur volonté de dire la vérité. Pour atteindre ce but, Tiña a enregistré directement sur cassette de la musique de santé mentale positive ; l’analogique se déroule chaleureusement et honnêtement dans un ruban de courageux confessionnaux. Présentés comme ces confessionnaux sur des riffs brillants, souvent à la gomme à bulles, et des compositions réfléchies et mémorables, Tiña a trouvé une formule à la fois unique et accessible.

Loftin évoquera ainsi, sur le remarquable titre d’ouverture, « Buddha », qu’il se sent bien s lorsque sa maison brûle autour de lui. Dans ce morceau comme dans tous les autres, Positive Mental Health Music s’ouvre à chaque écoute, révélant de nouveaux joyaux lyriques – un moment relaté par-ci, un rire à gorge déployée par-là – alors qu’il retrace les hauts et les bas, ces éléments divers qui prennent possession du cerveau humain.

***1/2