Peter Buck/Luke Haines: « All the Kids are Super Bummed Out »

29 octobre 2022

Absurdement prolifique et jamais à court de sujets à chanter, Luke Haines pourrait probablement écrire un opéra dans le temps que la plupart d’entre nous mettent à faire une liste de courses. Ancien leader des Auteurs et de Black Box Recorder, Haines a poursuivi une carrière solo qui lui a permis de mettre sa verve en avant et, avec l’aide de son ami Peter Buck, il nous a offert une nouvelle série d’envolées surréalistes sur All the Kids Are Super Bummed Out. Haines semble invariablement plus intéressé par l’ambiance et les jeux de mots délicats que par une ligne narrative claire, mais sur cet ensemble de chansons (17 titres en 68 minutes), il est obsédé par la collision entre la politique de la confrontation armée et les excès de la culture jeune de la génération précédente. « The Commies Are Coming », « The British Army on LSD » et « 45 Revolutions » offrent tous un niveau divertissant de paranoïa poétique enveloppée d’une part égale d’esprit surréaliste et d’une concentration cynique aiguisée. Avec cette dernière série de salves d’une longueur de deux albums, c’est une bonne chose que Haines ait Peter Buck à bord pour l’aider à écrire et produire la musique.

Comme sur la précédente collaboration entre Haines et Buck, Beat Poetry for Survivalists en 2020, l’ancien guitariste de R.E.M. a mis de côté son jangle caractéristique pour adopter un ton plus sombre qui convient mieux au fatalisme enthousiaste de la voix de Haines ; ses mélodies et ses arrangements s’accordent parfaitement aux paroles, et son utilisation créative d’un synthétiseur Moog démodé s’accorde parfaitement avec la nostalgie inversée des chansons. (Comme à son habitude, Buck a également fait appel à quelques amis talentueux pour l’aider dans ces sessions, notamment Scott McCaughey du Minus 5, Linda Pitmon du Baseball Project et Lenny Kaye, guitariste de longue date du Patti Smith Group). All The Kids Are Super Bummed Out fait l’erreur de concentrer les morceaux les plus excitants dans la première moitié de l’album, ce qui rend le dernier acte plus difficile qu’il ne devrait l’être, les angoisses verbales de Haines commençant à l’emporter sur son esprit. Mais aucun fan des précédents travaux de Haines ne risque d’être déçu par All the Kids Are Super Bummed Out, et il a la chance d’avoir trouvé en Peter Buck un collaborateur dont la musique est aussi forte, idiosyncrasique et pleine d’esprit que les textes qu’elle soutient.

***1/2


CMON: « Confusing Mix Of Nations »

29 juillet 2020

Bien qu’ils viennent de sortir leur premier album, le duo CMON n’est pas un nouveau venu sur la scène musicale. Auparavant, deux morceaux du groupe de rock alternatif Regal Degal, Josh Da Costa et Jamen Whitelock, étaient connus pour leur esthétique rock psychédélique insaisissable et en constante évolution. Costa et Whitelock transmettent à CMON la même palette musicale et le même esprit ludique. Leur premier album, Confusing Mix of Nations, marie des éléments nostalgiques et futuristes, donnant naissance à une œuvre unique et passionnante.

CMON utilise au maximum les guitares et le chant spatiaux familiers, tout en accentuant leur composition par des choix de production audacieux et accrocheurs. Sur le morceau d’ouverture de l’album, « Coo », les synthés inspirés par la réverbération des années 80 s’associent à la batterie pour créer un groove hypnotique. Si le groove est impressionnant en soi, la chanson est plus intéressante lorsque le groove est interrompu par les bruits industriels inattendus de la section breakdown.

« Zoo » montre également cet esprit. Cette chanson pop atmosphérique et nostalgique utilise avec goût les ruptures dans ses motifs mélodiques pour jouer avec une intensité subtile. Le titre infectieux « Mindboggling » montre leurs talents de producteurs dans ce savoureux mélange de pop beat direct et de mélodies vocales douces avec des synthés abrasifs et des cris frustrés. La capacité de CMON à mettre en place des motifs répétitifs accrocheurs et leur tendance à perturber ces répétitions, et donc les attentes, font que les compositions sont incroyablement engageantes.

Ce motif de répétition/perturbation n’est que la surface du sens aigu de la composition de CMON. Au fond, les points forts de Confusing Mix of Nations sont réussis parce qu’ils sont ludiques, audacieux et avant-gardistes. « Celluloid » illustre cet esprit. Alors qu’il existe d’innombrables groupes qui s’accrocheraient fermement au beat énergique et aux guitares spatiales du morceau pendant toute la durée de leur album, CMON décide de ne pas ennuyer les auditeurs, et cela les distingue.

Incarnant des techniques issues de l’expérience du duo en live, la section breakdown contient des échantillons vocaux déformés et hachés qui dansent avec les percussions imaginatives et cliquantes pour faire un refrain désorientant mais accrocheur et futuriste. Dans « Base », la ligne vocale intentionnellement monotone et robotisée joue le rôle de second plan sur les tambours et les synthés qui attirent l’attention, ne revendiquant le devant de la scène que vers la fin lorsqu’elle est agrémentée d’audacieuses harmonies métalliques. Chaque fragment mélodique de « Base » tient son propre poids, mais s’assemble également pour créer une fugue attachante.

Si Da Costa et Whitelock ne sont pas des étrangers pour les fans de musique, leur premier effort en tant que CMON, à savoir Confusing Mix Of Nations, vient comme une bouffée d’air frais. L’album combine des instrumentations nostalgiques avec des choix de production futuristes tout comme il mélange des éléments psychédéliques familiers aux fans de Regal Degal avec des grooves serrés et orientés vers la pop. Confusing Mix Of Nations établit CMON comme un groupe à suivre dans le monde de la pop alternative.

***1/2


Demitasse: « Perfect Life »

29 février 2020

On ne connaissait pas encore ce projet (même si c’est la troisième sortie de Demitasse), mais il y a des éléments que l’on n’aurait pas attendus d’un groupe dont les deux membres – le guitariste Joe Reyes et le chanteur Erik Sanden – comptent parmi leurs principaux concerts le groupe Buttercup qui officie à San Antonio. Le premier de ces éléments eux est une pop interne, propre à l’éthique Buttercup, à la fois aussi stable et variable qu’une aiguille de boussole soumise à des accès de magnétisme innés. Parmi les seconds, il y a une intensité intime qui – aussi étrange que cela puisse paraître – permet à une certaine somnolence de s’épanouir, la dévoilant pour ce qu’elle est, l’ombre qui est inévitablement jetée par ce que nous allons appeler « l’espoir obstin » ». C’est cette tension yin-yang entre les exigences de la structure mélodique et la force tranquille des récits uniques de ce duo qui fait que le matériau s’épanouit et, bien, chante. Ajoutez à cela la nature « do-or-die » du processus d’enregistrement – chaque morceau est une première ou une deuxième prise – et vous obtenez l’une des écoutes les plus fraîches et les plus intrigantes de cette jeune année, une conclusion suggérée de manière convaincante dès le début.

S’installant sur les sens comme le ferait une « Field Music » élégamment dépouillée si les frères Brewis avaient subi une conversion complète à la John Howard, le « Flamenco » au timbre doux, scintillant de fragilité et incarnant toute la virtuosité et la grâce de fin de soirée que ces références impliquent. Quelques morceaux plus tard, « Little Blonde Boy (for Kurt Cobain) » greffe une vibe pop mariachi curieusement efficace à un rythme indie doucement entraîné qui séduit par sa triste joie tout en émergeant comme le point culminant de l’album. Associez cette paire avec le titre magnifiquement ruminatif – calme, spacieux et plein de détails sculptés – et « Free Solo (for Alex Honnold » – perturbant, ardent et personnel comme un morceau de Go-Betweens attaqué par le Galaxie 500 dans son plus grand vacarme – et un schéma vaguement dichotomique ous suggère où se trouvent les dix morceaux parfaits de Perfect Life. Dans leur essence, ils sont partagés entre une mansuétude troublante (et en fait sans peur) et des arrangements plus décontractés qui permettent une touche d’abandon, même s’ils sont structurellement limités. En penchant principalement vers la première pypothèse, on obtiendra une estimation qui n’a guère d’importance ; comme le disque dans son ensembl avec un enchaînement si astucieux qu’il donne l’impression d’être sans couture, des coups de poing tranquilles au-dessus de son poids rythmique, une subtilité tonique qui lie le tout. Un bijou.

****


Courtney Barnett: « Sometimes I Sit And Think and Sometimes I Just Sit « 

20 mars 2015

Courtney Barnett est une chanteuse basée à Melbourne dont la musique présente une façade dure et désabusée qui la tient éloignée du « mainstream » et son étiquette de vocaliste au répertoire routinier et souriant.

Sometimes I Sit And Think and Sometimes I Just Sit est son premier album et il met en évidence les talents éclectiques de la compositrice. Depuis plusieurs mois elle est son, groupe sont constamment en tournées (Australie, Europe, USA) ce qui peut expliquer les textes de « An Illustration of Loneliness (Sleepless in NY) » ou de cette autre narration qui semble se lire comme un roman, « Elveator Operator ». C’est un titre qui traite de la façon dont nos cerveaux fonctionnent, différemment mais avec des similtudes, une réflexion accentuée par une guitare à la fois « clean » et en surmultipliée donnant élan aux contradictions de la composition.

« Pdestrian At Best » a été choisi comme « single », le son de guitare grungy n’y est pas de ces plus original mais le morceau est rattrapé par un phrasé vocal à la Dylan propre à bous faire oublier le côté répétitif du morceau. « Pedestrian » en Anglais signifie « prosaïque », cet intitulé n’a peut-être pas été mal choisi.

La diction de Barnett est assez fluide mais sèche et sarcastique , ses textes sont le reflet des contradictions et de la confusion dans lesquelles elle se débat ce qui s’harmonise assez bien aux tonalités de sa voix ; on pourra leur reconnaître cette honnêteté née de le la perturbation ce qui, quelque part, ajoute véracité à ses chansons.

Musicalement on aura droit à des ferments de blues sur un « Small Ppppies » pastoral, à des bouffées d’optimisme sur un « Depreston » enlevé ou à un effet Southern country rock désertique avec la slide guitar de « Dead Fox ». Barnett s’y montre consciente de notre environnement tout comme de la condition humaine qui s’efforce à l’inverse de façonner la nature pour purger un monde qu’elle a fabriqué.

Sometimes I Sit And Think and Sometimes I Just Sit est le « debut album » par excellence. Il est à la fois éthéré et intense ; il nous propose ainsi un visite agréablement interprétée des contradictions de nos âmes. On pourra les retenir ou alors se laisser entraîner par les nuances de sa musique.

***


Marina and the Diamonds: « Froot »

18 mars 2015

Ouvrir un album sur une composition telle que « Happy » en dit long sur l’état d’esprit de Marina and the Diamonds. C’est un morceau dépouillé, accompagné d’un seul piano et des vocaux, qui semble vouloir à laisser se déverser les courants qui agitent l’âme de la chanteuse. En même temps, cest un titre que sa simplicité rend d’autant plus efficace tant un chorus comme « Finally ? I have found a way to be hay » sonne véridique et honnête. C’est une manière parfaite d’introduire Froot.

Si on regarde trois ans en arrière, Marina Diamandis était dans une toute autre situation ; son second disque, Electra Heart, était bichonné comme ça n’était pas permis et ressemblait avant tout à un pastiche d’émotions : le coeur brisé ou la prima donna, et elle semblait fin prête pour adopter la pause de la pop star dans toute sa splendeur et les défauts qui vont avec. Ce nouvel effort la voit, et c’est tant mieux, changer considérablement de braquet.

Les co-compositeurs ont disparu et, à leur place, elle a construit une structure de groupe plus conventionnelle mais dont l’effet est étonnant. Une guitare aux riffs funk donne vie à « Foot » et « Forget » nous offre une dynamique dans la dramatisation pleine de corps. Elle reste bien sur la figure prédominante du spectacle qu’est l’opus mais celui-ci est imprégné d’un feeling organique et d’un accompagnement musical qui lui conviennent beaucoup plus.

Ça n’est pas pour autant qu’elle se soit débarrassé de cette pop ludique et pleine d’accroches antérieure. Mais celle-ci est plus accomplie et, de ce fait, plus intrigante : « I’m A Ruin » est un titre plein d’élévation et d’emphase et « Can’t Pin Me Down » en est un autre exemple, rempli qu’il est de groove. Simplement, toutes ces références sont faites avec le clin d’oeil qui en dit long sur son interprète : c’est une artiste qui se veut non domestiquée, indifférente à l’attitude cool qui était la loi du genre et la nécessité de plaire à la foule. Marina and the Diamonds est passée du statut de pétasse bubblegum à celui de reine pop ; ce disque couronne cette ascension.

***1/2

 


Guster: « Evermotion »

14 janvier 2015

Guster est un groupe de rock alternatif de la Côte Est assez expérimenté (Evermotion est son septième album) et dont la caractéristique que, loin d’être dans la virulence, sa musique pourrait être définie comme affable. Quelque part ils sont un peu à part de cette scène et on les a même qualifiés de faire montre d’ambition (sous entendu trop) et de populisme.

Sur ce disque, Guster conserve toujours une approche mélodique et directe de l’architecture pop mais ils se sont éloignés du college rock acoustique de leurs débuts. Soutenu par des nappes de séquenceurs, de percussions basées sur des synthés et d’harmonies caverneuses, les onze plages de Evermotion produites par Richard Swift (The Shins, Damien Jurado, Foxygen) s’efforcent de trancher d’avec les précédents sorties du groupe.

On conserve pourtant ici le penchant de Guster à mêler une brit-pop grandiose faite pour être interprétée en stades ou festivals avec un guitar rock américain traditionne et puisant dans des racines prolétariennes.

Le brillant electro est également là, comme si il fallait déguiser une nourriture confortable mais sans apprêt sous un vernis haute cuisine. Les mélodies demeurent peu complexes, ce qui montre leur capacité à composer des titres immédiats (le propulsif « Simple Machine », l’éthéré road song qu’est « Never Coming Down » ou la somptueuse ouverture que constitue un « Long Night »réminiscent de The Beta Band).

Les autres titres méritent tous une écoute même si celle-ci de fait plus distraite, résultat sans doute d’une volonté d’aller à une cadence plus mesurée que même la psychedelia de « Lazy LOve » ne perturbera pas. Voilà un disque pour les dimanches matins, détendant et rassurant ; bref une agréable parenthèse mais rien de plus.

***


Dinosaur Feathers: « Control »

18 novembre 2014

Sur les premiers albums de Dinosaur Feathers, on constatait que ce groupe de Brooklyn suivait de près les traces de ses précurseurs locaux comme Vampire Weekend ou Yeassayer.

En 2012, Whistle Tips mêlait plaisamment indie pop et world music mais n’offrait rien de plus que quelque chose de dérivatif. C’est pourtant cette caractéristique que Greg Sullo, leader du combo, a décidé d’accentuer sur Control, et ce troisième opus est peut-être leur meilleur jusqu’à présent.

De par son titre ainsi que tout le déroulé du disque, celui-ci se montre sans honte influencé par le son pop-R&B post-Prince de la fin des années 80, un son inauguré par Janet Jackson en 1986 avec son Control à elle, disque qui était d’ailleurs son troisième album également.

Ça n’est pas pour autant que Sullo s’est converti à ce type de tonalités et nous avons toujours à faire à des titres rock bien ancrés en 2014 mais ces riffs de guitare à la Prince, ces boîtes à rythmes, ces vocaux en falsetto passés à la moulinette de section de cuivres aux synthétiseurs, ces choeurs teintés de gospel et ces lignes de basse synthétisées irriguent la majorité des neuf titres.

On notera toutefois une exception originale, l’instrumental « Afternoon Sun » qui ouvre l’album sur un mode vociféré ; signe , peut-être, que Dinosaur Feathers veut délivrer un autre message de type « nous sommes capables de faire aussi de la musique expérimentale mais on préfère pour l’instant faitre des disque pop ».

Les résultats sont à la hauteur de ce qui était annoncé : bêtement plaisants, mais certains titres, moins légers, montrent que Dinoseur Feathers ne s’est pas embarqué dans cette direction avec désinvolture (« Fools » ou « For Jonathan »).

Le morceau central, « Anything You Want », sera indicateur de par son titre de la volonté qui prédomine : composer des chansons instantanées et accrocheuses. On peut ajouter alors une influence qui, elle, a son pesant de crédibilité, le Scritti Polliti de Cupid and Psyche 85.

***


Sonny & The Sunsets: « Antenna To The Afterworld « 

23 juin 2013

Sonny Smith a porté plusieurs casquettes tout au long d’une carrière musicale assez prolifique confectionnant, tel un artisan, une myriade de chansons sous couvert de groupes fictifs. Son précédent opus était un disque de alt-country, Longtime Companion, avec Antenna To The Afterworld il s’attaque au space-rock et explore les concepts de mortalité, de romantisme et d’identité, le tout servi sous un enrobage garage-pop garni de synthétiseurs.

Ce genre a toujours été considéré comme un artifice, une phase transitoire, permettant à un artiste de dramatiser certaines histoires en les plaçant dans un environnement étranger. Le choix aurait été d’approfondir sérieusement le côté « space » à grands renforts de drones ou utiliser le rock basique et convenu comme instrument de détournement.

Smith a choisi de rafraîchir le genre en utilisant les éléments de science-fiction pour explorer la psyché humaine. Les directions qu’il va utiliser seront celles du garage-rock, de la country rétro et surtout celle d’un jeu de guitare indolent allant de pair avec des arrangements primitifs. La ballade « Path of Orbit » mêlera ainsi douceur pop et émotion exacerbée, avec des climats oscillant entre soleil et ombre, « Void » va cheminer sur les lisières de la folies à grand renfort d’accords de claviers frénétiques et « Mutilator » jouera habilement de la concomitance entre séduction et maléfice.

Si on devait relier Antenna To The Afterworld à un écrivain de science fiction, ce serait certainement plus Vonnegut ou Van Vogt que Heinlein, dans la mesure où toute intrigue est prétexte à une interrogation spirituelle. Le titre qui clôturera l’album, « Green Blood », en est comme l’apogée, mettant en scène une conversation entre un humain et un cyborg parcourue par une suite d’accords en crescendo. Celle-ci est si bizarre qu’elle en devient charmante et qu’elle suscite empathie. Alors que Ziggy Stardust utilisait l’idiome rock pour en faire une extension de l’aliénation et de l’isolation ne laissant comme seule issue que la mort, Sonny Smith explore un « afterworld » dans lequel ce qui s’annonce est une réparation, un peu comme si la power-pop d’un titre aussi révélateur que « Primitive » retrouvait sa source non pas dans des rêveries sidérales mais dans ces chansons primales énoncées au coin d’un feu de camp dénicheur de sens et d’âme.

Pour Smith, la composition a toujours été un jeu étrange. Ça n’est pas un moindre paradoxe que ce soit l’exploration de l’extra-terrestre en nous et hors de nous qui représente la possibilité de réconciliation des contraires. Ce nouvel album, loin d’être une conceptualisation est peut-être l’album le plus humainement réaliste jamais produit par Sonny Smith, un équilibre on ne peut plus idéal entre pop songs et réflexions existentielles.


Lost Lander: « DRRT »

4 janvier 2013

Matt Sheehy, Sarah Fennell, Dave Lowensohn et Patrick Hughes sont les qutare membres fondateurs de Lost Lander, groupe formé à Portland, Oregon. Ce premier album est un choc et pourrait véritablement être appelé une œuvre d’art tant il sidère par son édification intelligente et son inventivité, ceci dans un genre aussi cantonné que celui de la pop-rock, voire même plus étroit parfois : la chamber pop.

Les compositions se caractérisent souvent par des instrumentaux aux luxuriantes harmonies aux échos vocaux souvent faibles et répétitifs. Ce qui frappe c’est la façon dont le groupe est capable de s’emparer de chaque titre et de le construire soigneusement, mesure après mesure, une couche au-dessus de l’autre, le tout ad libitum forgeant ainsi un véritable environnement musical. Les vocaux de Sheehy peuvent alors établir une présence, écrire une histoire, comme si elle était née du travail orchestral et en devenait une extension autonome.

C’est flagrant sur « Kangaroo », ça l’est encore plus sur un morceau comme « Dig » où le récit semble être né d’un rythme plutôt que l’inverse où les textes dicteraient la mélodie et l’arrangement.

Deux titres, réminiscents des Black Keys, avec cette production audacieuse mais raffinée, ce côté farouche mais contrôlé ; un peu comme si le duo avait opté pour la fluidité plutôt que pour l’affrontement.

La procédure est simple, presque limpide, mais sa mise en œuvre est tout bonnement incroyable. Les sons acoustiques épousent l’électronique et s’intègrent à une voix doucereuse aux mélodies mélancoliques et énigmatiques (la plupart des morceaux n’excèdent pas trois vers). Ce qui est fascinant est que, précisément, tous ces éléments, complexes en soi, se fondent plutôt qu’ils ne s’entrechoquent.

On pourrait de pas être impressionné par la facilité de cet amalgame si elle ne s’exerçait pas sur des registres diversifiés sans nuire à cette unité de son.

Ainsi « Through Your Bones », « Wonderful World », ou « Dead Moon » cultivent à merveille des climats de semi-sommeil, « Your Name Is A Fire » et « Belly of The Bird/Valentina » mêlent chamber-folk et Adult Oriented Rock avec leurs élusives interventions électroniques et « Cold Feet », « Gossamer » and « Afraid of The Dark » se montreront, peu à peu, furieusement infectieuses.

Le groupe estime faire de l’« alternative orchestral synth rock » ce qui n’est pas faux. On trouve, en effet, tous ces éléments dans DDRT. Mais leur musique va bien au-delà de ces définitions. Elle est plus qu’une musique d’ambiance car elle semble voyager au travers de nos oreilles et faire vibrer toutes les émotions possibles et inimaginables. Il suffit simplement de la laisser infuser pour que cette magie opère et que la prouesse se réalise. Que celle-ci ne se fasse pas uniquement avec de la maîtrise technique mais aussi par l’exacerbation de nos sensibilités va au-delà du simple exercice méthodique. Et s’il y avait une seconde prouesse, c’est bien là qu’elle se situerait !