TOY: « Happy In The Hollow »

TOY n’a jamais retrouvé la flamboyance de son premier album. Clear Shot, leur précédent effort, était plutôt en demie-teinte ; ce quatrième chapitre constitue probablement un coup de poker. Le combo, ou plutôt son label, ont multiplié les « teasers » avec des « singles » mystères ainsi qu’un maxi vinyle, le tout cessant préparer le terrain pour Happy In The Hollow.

Le disque s’ouvre sur «  Sequence One » ; une plage avec une basse aux accents krautrock, un synthé et un beat percutant, le tout donnant un aperçu de vsers quoi TOY veut s’orienter. Le climat est downtempo, plutôt agréable avec un « Mistake A Stranger » qui lui fait suite en accentuant encore les tonalités lancinantes.

Le climat reste posé et la guitare acoustique révèle encore plus cette qualité qui se veut captivante et y parvient comme sur «  Last Warmth Of The Day » même si on peut être désarçonné par certaines aventurées soniques expérimentales.

« Jolt Awake » sera une des compositions les plus sombres de l’album avec des envolées hypnotiques à la guitare et des vocaux qui rendent le titre addictif et témoigneront du fait que le groupe se refuse à suivre un style musical à proprement parler.

Cependant TOY restent encore beaucoup sur le versant synthétiseur ce qui peut parfois les desservir. Malgré cela, « Strangulation Day » s’avèrera tout de même une bizarrerie électro-psychédélique plutôt réussie. On retiendra également la petite instrumentale acoustique « Charlies House » tout comme l‘épitaphe, « Move Through The Dark » constituant une synthèse emblématique de ce qu’on peut attendre du combo aujourd’hui.

Progressif et modéré, plutôt lumineux et attachant, ce disque est un vrai moment de singularité ; celui de musiciens qui n’ont plus la fougue d’antan mais qui conservent ce côté noir même si il peut sembler et sonner moins ténébreux.

***1/2

Atreyu: « In Our Wake »

Les Californiens d’Atreyu étaient apparus sur le devant de la scène en 2015 avec Long Live, un album en guise de retour aux sources, six ans après un Congregation Of The Damned qui confirmait un virage plus rock alors amorcé avec l’excellent Lead Sails Paper Anchor. Nous sommes aujourd’hui face à In Our Wake, leur septième opus, pour lequel ils se sont associés à une figure bien connue de la scène, John Feldmann.

Le combo avait déjà travaillé avec ce derniersur Lead Sails Paper Anchor, c’est donc tout naturellement dans cette lignée que l’on attendait ce nouvel opus. Sans surprise on a droit à une grosse production, un son énorme et des refrains catchy comme jamais.

Le revers de cette médaille est un rendu un peu lisse, creux et sans âme. L’album s’ouvre pourtant en frappant fort avec la chanson-titre avec une mélodie pop addictive et des changements rythmiques on ne peut plus bien charpentés.

Auter point important de l’album, la dualité vocale entre Brandon Saller et Alex Varkatzas ; elle se fait souvent en voix claire, les cris metalcore bien puissants de ce dernier étant ici utilisés avec plus de parcimonie, tandis que le batteur-chanteur rayonne tout au long de In Our Wake.

Le disque repose également sur l’utilisation appropriée d’arrangements électroniques apportant un plus certain, sans pour autant qu’ils prennent le dessus sur les guitares qui demeurent bien brutes et costaudes.

On flirtera alors avec le punk puissant («  Blind Deaf & Dumb ») et le metalcore ravageur («  Nothing Will Ever Change ») ; assaisonnement du plus bel effet.

In Our Wake s’avère être un opus varié, allant de la ballade parfaitement executée avec « Terrified », et des titres aux allures de rock moderne calibrés comme peuvent l’être « Safety Pin » ou le surprenant stadium rock de « The Time Is Now ».

Il serait injuste de ne pas parler de la fin de l’album, d’une première part avec « Anger Left Behind », impressionnant de maîtrise et d’efficacité, alternant riffs bien rock et ambiance plus légère, mais c’est surtout « Super Hero » qui marquera les esprits avec une prestation toute en finesse et pourvue d’un solo efficace. 

Précis, millimétré et calibré, Atreyu produit ici un album sans réel temps mort ou titre faiblard. Le groupe était attendu sur un terrain peut-être un peu plus audacieux ; ce sera put-être chose faite une fois prochaine.

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The Intersphere: « The Grand Delusion »

The Intersphere sait se faire désirer. Il aura donc fallu patienter quasi cinq ans pour s’envoyer le successeur de Relations In The Unseen. Pour autant le combo de Mannheim n’a jamais vraiment été inactif avec pas mal de tournées en contrées teutonnes principalement.
Pour leur cinquième opus, Christoph Hessler aux vocaux, Thomas Zipner aux grattes, Moritz Müller aux baguettes et leur nouveau bassiste Daniel Weber ont reconduits la formule des deux galettes précédentes. Les quatre larrons ont choisi d’enregistrer ensemble tous les instruments en prises directes dans le studio pour capter et restituer l’énergie des concerts. Ce parti pris s’avère judicieux. Musicalement, nous naviguons ici en territoire de Rock metal alternatif bien moderne.

Les chansons se veulent archi-mélodiques et souvent bien accrocheuses. Plusieurs titres (« Antitype », « Linger »»ou bien encore le nerveux morceau éponyme) s’installent délicatement dans nos esprits : hyper accessibles, les hits Pop/Rock en puissance s’enchaînent et sont distillés avec énergie et conviction. Entraînante, entêtante même (« Overflow »), qu’elle soit dynamique ou plus légère, chaque piste est redoutable d’efficacité. Les riffs metal (« Secret Place’ » côtoient des moments d’agressivité maîtrisée (« Mind Over Matter ») et d’autres plus modérés (« Don’t Think Twice’ ». Hessler alterne entre chant apaisé (« Shipwreck ») et parties plus énervées (« Smoke Screen ») avec la même antienne ; mélodies, phrasés, refrains, choeurs, rien ne sera délaissé en matière de formules archétypales.

Néanmoins, tout cela marche à merveille faisant de The Grand Delusion une oeuvre travaillée, à la production léchée comme il faut. The Intersphere nous livre un rock metal alternatif résolument moderne, énergique et convaincant qui justifie l’attente qu’il a suscité.

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Yawning Man: « The Revolt Against Tired Noises »

The Revolt Against Tired Noises est le sixième album de Yawning Man un trio de « desert rock », un sous-genre du stoner metal qui se caractérise par des riffs hypnotiques, simples et répétitifs.

Depuis la fin des années 80, Yawning Man a pris une dimension toute particulière au sein de la scène Desert Rock. Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge, qui sévissent lors des fameuses “generators parties” de la vallée de Coachella, Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

Produit par Mathias Schneeberger (Mark Lanegan, Greg Duli, Sunn O))) ou encore Earth. Le résultat est un véritable kaléiodoscope de couleurs, parfaite bande son pour se sentir transporté entre les mesas, vallées et canyons californiens, alors que nous voici plongé en pleine torpeur estivale. Yawning Man trouve l’alchimie parfaite entre riffs dantesques et de longues plages progressives, qui font appel à l’imaginaire de l’auditeur.

Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

On n’est pas loin du post-rock teinté de psychédélisme comme en témoigne la pièce maîtresse, qui donne son nom à l’album « Revolt Against Tired Noises ». Ainsi, les mélodies de Gary Arce se font pleines d’échos, méditatives et relaxantes, avant de rebondir sur les riffs qui vous prennent profondément aux tripes ‘ »Skyline Pressure » ou les huit minutes de « It ».

« Grant’s Heart » apportera une courte pause, sous forme d’envolée à la guitare, signe que la créativité du groupe ne souffre pas d’éclipse et est encore capable d’engranger pléthore des titres à la fois denses, mélodiques et inspirés.

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Daughters: « You Won’t Get What You Want »

L’existence de Daughters donne la plupart du temps des signes de ne tenir qu’à un fil. You Won’t Get What You Want est , dailleurs, leur album le plus inquiétant tant le combo a été la proie à divers changements de labels et de line-up.

Il y a encore quelques traces du vieux Daughters dans les passages plus rapides et cacophoniques du disque, mais le trio fait désormais profession de ce qu’il est en train de devenir : l’incarnation sonore de nos pires cauchemars.

Comme pour ces mauvais rêves, cela ne donne pas envie de taper du pied ou de faire de l’air guitar; ça perturbe sans qu’on sache comment les arrêter, ou si on veut même qu’ils s’arrêtent. La transition entre les titres se succédant requiert pour tout mélomane métalleux un petit grain de masochisme auditif.

En plus de mettre le doigt sur quelque chose de neuf, Daughters se diversifie en enregistrant les pièces plus enjouées (« The Reason They Hate Me ») et les plus harmonieuses (« Satan in the Wait) » de leur carrière, sans jamais dégonfler ni détendre l’ambiance. La réalisation commet ce qui en toute logique devrait être des erreurs (des coups de grosse caisse qui bavent sur tout le reste, des échos synthétiques qui brisent le rythme, etc.), mais la clarté de l’ensemble témoigne à la fois de la vision du combo et du savoir-faire du réalisateur Seth Manchester, du réputé studio Machines With Magnets.

On n’a jamais entendu un album aussi mal nommé que You Won’t Get What You Want. On avait toutes les raisons de croire que cet disque ne tiendrait pas ce qu’il promettait et qu’on serait déçu par ce qui aurait été généra parles aléas passés de Daughters. On voulait, malgré tout ce nouvel opus avec intensité. On l’a désormais et on a exactement ce qu’on voulait !

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Uniform: « The Long Walk »

Le métal alternatif a beaucoup évolué depuis la fn des années 80, passant des sommets commerciaux à une obscurité qui le cantonnait dans la marge. Dans ce dernier cas, tout comme dans la sphère « indie DYU » tout le monde semblait collaborer avec tout le monde il n’est donc pas surprenant que les New-Yorkais de Uniform se soient acoquinés, comme beaucoup d’autres combos, avec The Body.

Pour un second album, c’est une palette on ne peut plus adéquate tant elle est en mesure de nettoyer un peu les griffes de leur premier opus ; Wake In Fright.

The Long Walk fait en quelque sorte marche arrière ; la production est lo-fi, minimaliste semblant presque bricolée voire hâtive. Les riffs à la Black Sabbath demeurent solides (« Transubstantiation ») mais le disque sonne comme si plus d’espace lui avait été donné et qu’il avait été jugé superflu de lui donner une tonalité ramassée.

Le vocaliste, Michael Berdon, lui aussi opère un retour en arrière puisque ses textes s’inspirent d’une religiosité qu’il avait pourtant fermement rejetée. On a donc droit à des paroles oùs sont inqués l’amour, la paix, l’espoir et le tolérance. Un titre comme « Anointing of the Sick » parle ainsi de lui-même même semble quelque peu l’occulter.

Il faudra alors garder une oreille attentive, par exemple sur les accords du « closer » « Peaceable Kingdom » pour retrouver une lichette de boue.

À ce titre, The Long Walk aurait pu constituer un merveilleux E.P. : il aurait été un récit traitant d’isolation il n’est ici qu’un conte réservé aux optimistes.

**1/2

Power Trip: « Nightmare Logic »

Être dans un « power trip », c’est vouloir assumer le pouvoir sous toutes ses coutures ; pour ce trio texan, il s’agit, depuis plus de 10 ans, de travailler le terrain du « metal » underground qui a eu son heure de gloire dans les années 80.

Power Trip n’est sans doute pas le seul ensemble à explorer ce filon, à cet égard, un combo comme Iron Reagan l’exemplifie à merveille, mais il est sans doute un des meilleurs à oeuvrer dans cette veine.

Pour cela, ils ont une recette efficace, des riffs qui ont la précision d’une horloge atomique et des textes dans lesquels la conscience sociale n’est jamais éloignée.

Nightmare Logic va, à cet égard, éviter toute affabilité sonique pour viser, du début à la fin, la jugulaire.

Le vocaliste Rilay Gale gronde et rôde sur un « Waiting Around to Die » qui incrimine l’industrie pharmaceutique et « Crucifixion » montre du doigt l’hypocrisie et la cupidité des religions.

La critique se veut encore plus glaçante quand, plutôt que d’opter pour une approche didactique, on s’aperçoit que les observations incisives de Gale viennent de son propre vécu.

Un adjuvant, celui dont tout groupe « metal » a besoin, est l’instrumentation sur laquelle il peut s’appuyer. Ici, les rifs sont suffisamment puissants pour exercer sur nos oreilles une intensité torride (« Executioner’s Tax (Swing of the Axe) ») et la section rythmique fait montre d’une vélocité impitoyable.

Power Trip a indéniablement raison de se nommer ce cette manière hyperbolique, de cette façon intelligente qui navigue plutôt vers le succès que vers l’excès.

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Faith No More: « Sol Invictus »

Faith No More a toujours été un groupe anti-conformiste et son retour avec la voix râpeuse de Mike Patton vociférant sur « Matador » : « We’ve servedyou well, now we’re comin’ back » montre que le combo n’est pas prêt de lâcher l’affaire.

Faith No More a toujours su se situer sur le fil du rasoir en matière d’esthétique et Sol Invictus suivra la règle qui le verra approcher le vulgaire et le distingué, le chaotique et le suprêmement ordonné.

Patton peut se montrer ce terroriste vocal dur et aigu mais aussi verser dans l’émollient et épais funk, le tout rythmé par l’impeccable Mike Bordin à la batterie, les deux véhiculant un sentiment de danger et d’approche formelle.

Tout comme sur leur 3° album, The Real Thing, Sol Invictus parvient à traiter des moments contemporains et des problèmes qu’ils soulèvent ; c’est un disque ancré dans la désillusion et la dystopie où super héros et faucille et marteau ne servent plus d’idéaux..

L’album balance ainsi continuellement entre folie et délicatesse ; ce n’est certainement pas le meilleur opus du groupe mais, si FNM est capable de passer une couche de minium pour enrayer la rouille, ce retour sera plus que salutaire.

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The Melvins: « Rip It Up »

The Melvins sont déjà dans leurs quarante ans de carrière et le changement demeure toujours la constante chez eux. Le line-up bien sûr avec deux membres des Butthole Surfers remplaçant guitariste et second batteur.

D’une façon générale, les albums des Melvins tombent dans deux catégories : les œuvres qui cherchent la cohésion de manière obsessionnelle (The Maggot, The Bootlicker) et d’autres qui sont des patchworks stylistiques qui sonnent comme ces versions disparates existant dans les multiples univers de leur leader Buzz Osborne.

Hold It In fait partie de cette deuxième variété. On y trouve bien sûr toujours ces refrains bilieux et caustiques que l’on associe généralement avec le groupe, mais on y trouve également une mélancolie indie-pop sur «  You Can Make Me Wait » avec des vocaux filtrés par des effets robotiques doucement mis en relief, présent aussi est le glam-punk de « Eyes On You » un titre addictif, tapageur et plein de peps ou un hommage musclé, rockabilly vertigineux, à ce que serait un Kiss s’aventurant dans une power pop puissante. Notons enfin un « The Bunk Up » agité et mâtiné de prog-metal étonnamment mélodieux.

Cet éclectisme nous offre quelque chose de fort plaisant mais il n’occulte pas le fil cohérent qui court tout au long du disque. Celui-ci se nomme Paul Leary (guitariste des Butthole Surfers) dont les vagues éclatantes et psychédéliques jalonnent le disque ; elles peuvent être désorientantes ou narcotiques, elles demeurent toujours d’une fluidité exemplaire ajoutant une nuance aux climats précis et caustiques qu’affectionnent The Melvins.

Rip It Up est un disque au registre incroyablement varié, riche et même joueur. Ilconserve cet esprit régénérant guère éloigné des meilleurs productions du groupe (Houdini) ; après environ 24 albums c’est une réalistion qui peut nous laisser pantois.

***1/2

Deafheaven: « Sunbather »

Deafheaven est un groupe de metal pas ordinaire. Il s’inspire autant du post-rock que du hard pour créer une sorte de black metal atmosphérique inspiré de Godspeed.

Sunbather est le deuxième album de ce combo de San Francisco et, tout comme le premier Roads To Judah, il va diviser ceux qui s’émerveillent de ses qualités transcendantales et les plus puristes qui les considèrent comme perdu toute authenticité. Le problème est que cette distinction ne rend pas justice à un ensemble qui est beaucoup plus proche du courant « screamo » (style qui reprend le lyrisme de l’emo et lui greffe une musique hardcore) et de groupes comme Envy.

Distinction de cuistres metalleux faite, le titre d’ouverture « Dream House » en est une très bonne représentation, s’étirant sur neuf minutes d’émotions mais aussi de rythmes explosés et de cris qui en feraient une idéale BO de Freedy.

Tout ceci pourrait être convenu et stéréotypé si chaque morceau ne se singularisait pas par des moments surprenants et atypiques évitant à l’album de tomber dans le redondance. Chaque pause dans le vacarme va nous faire nous demander si celle-ci sera suivie d’une nouvel accès de fièvre sonique montant encore plus haut ou si celui-ci va s’écraser bruyamment au sol.

Sunbather est donc composé de 9 titres qui vont s’écouter avec fluidité, comme s’il était porteur d’une mission et que la destruction se devait d’être soigneusement contrôlée et voisiner avec la relaxation. « Vertigo » durera 14 minutes et ne cessera de nous solliciter, nous faisant comprendre qu’il ne s’agit pas de jouer le plus fort possible mais de déceler la beauté qui se niche dans les interstices et les transitions.

Cela peut se faire de manière trompeusement simple (un « Irresistible » exempt de distorsion) ou « ambient » façon Godspeed avec « Windows » qui débouchera sur le chaos, deux titres dont la présence sur cet renforcera l’impact.

Sunbather est un disque de metal exceptionnel, son l’attrait ne résidera pas dans la force, mais par ses éléments constitutifs, dissociés ailleurs ou chez autrui, qui, ici, permettent de former un tout : qui a parlé de « transcendance » ?

★★★★☆