Nevermen: « Nevermen »

12 avril 2016

Nevermen se décrivent comme un « trio sans leaders ». Les vocaux sont ainsi partagés de chanson à chanson, chaque personne en charge devant se fondre dans le manifeste collectiviste du combo. À cet égard, Il sera intéressant de quelle manière les trois personnalités distinctes (Doesone, Tunde Adebimpe de TV On The Radio et Mike Patton, Faithg No More) sont agglomérées pour former un tout.

Même si ce « debut album » est une collectron de pop songs psychédéliques qui ne laissent pas indifférent, l’influence de Adebimpe est si forte et singulière que Nevermen sonne comme une compilation de chutes de studio émanant de TV On The Radio. De ce point de vue, il y a matière à déception tant la gestation de l’opus semble ampoulée par rapport à une produit qui a débuté en 2008.

On regrettera, à cet égard, la similitude qui entourera le triptyque « Dark Ear », « Treat ‘Em Right » et « Wrong Animal Right Trap » qui n’apporte qu’ennui et impression de rebattu.

Tout ne tombe pas, heureusement, dans ce registre et il est des morceaux comme le « lead single » « Tough Town » (un trip-hop caursique) ou « Hate On » (une méditation électronique aux parfums épiques) s’élèvent au dessus de cette catégorie au même titre que la fusion de hip-hop et de comédie musicale qu’est « Non Babylon » nous permet des aventurées risquées vers des territoires plus novateurs.

Entre l’intention affichée et le résultat tel qu’il est abouti, on pourra, en guise de conclusion, considérer que Nevermen reste au stade où la vanité perce encore beaucoup plus que le projet.

***


Patrick Watson: « Love Songs for Robots »

9 mai 2015

Après quatre albums où Patrick Watson mettait en avant son falsetto dépouillé, l’artsite a décidé que ce cinquième opus serait un disque mêlent R&B, science-fiction, Vangelis et un zetes de musique folk.

Le son tranquille a été décoré de petites babioles soniques qu’on associerait facilement avec une production façon Coldplay. On y discerne donc échos à profusion, nappes instrumentales et cette approche délibérément épique fonctionne en partie sur le funk de « Places You Will Go To ». A contrario celle-ci noie le fragile « Good Morning Mr Wolf » dans une sorte de soupe sonique.

Le titre de l’album fait référence à une émotion particulière qui nous différencierait des machines que nous utilisons chaque jour et Watson l’investit de textes de type « Don’t feel at home in this world any more ». Le climat est celui d’une mélancolie ouatée parsemée parfois de passages plus rudes tels des riffs glam à la Bowie ou des lignes de basses à faire frissonner.

On pourra être étonné par cette approche mais on y trouvera sur « Grace » et la chanson titre matière à plaisante satisfaction.

***1/2


White Violet: « Stay Lost »

1 novembre 2014

Le premier album de White Violet était né du cerveau du vocaliste:guitariste Nate Nelson. C’était un disque mélancolique et introspectif dont l’atmosphère était accentuée par un jeu où les six cordes étaient doucement grattées.

Stay Lost est de la même nature même si l’alchimie entre ce qui est désormais un groupe de quatre musiciens lui apporte un rendu différent. Malheureusement il faut bien avouer que, à la base, le disque est assez fade à l’image du titre d’ouverture, « Weights », avec ses synthés en sustain puis les vocaux de Nelson à peine audibles au-dessus de l’instrumentation. Le morceau n’a ni flux ni reflux, mais reste à un niveau d’énergie et de volume étale.

« Fernandina » apportera une bouffée d’air frais et de vie dans un opus particulièrement terne. La chanson évoque une journée d’amour dans un motel en bord de plage et ses vocaux sont, ici, bien joliment amalgamés à des arrangements garage. C’est une composition parfaite pour une longue virée en voiture mais pas nécessairement avec des amis.

En effet, il semble qu’une grande partie de la musique de White Violet embrasse la solitude et le confinement ce qui n’est pas systématiquement un défaut. « All That I’ve Become » qui suit nous ramènera à la réalité du combo avec des riffs de synthés pleins de mollesse et des vocaux qui sonnent comme issus d’une séquence rêveuse.

DE toute évidence, la production de Stay Lost a bénéficié d’un très grand soin et elle n’est pas destinée au « mainstream ». Mais peut-être est-elle trop tournée vers elle-même comme si ses musiciens étaient seuls au monde. On pourra, toutefois, lui reconnaître le mérite de l’authenticité même si ce type de motivation n’est garant de rien.

Stay Lost est un album pour les rêveurs qui ont perdu espoir mais qui se réfugient trop souvent dans des pensées nostalgiques et peu viables. C’est, quelque part, une zone de confort qui permet de survivre, on peut regretter que White Violet n’ait as songé à l’étendre.

**1/2


Bishop Allen: « Lights Out »

19 septembre 2014

Bishop Allen est un duo de résidents éduqués à Harvard ce qui implique que leur approche du rock indie et de leur projet qui persiste à se présenter comme de la pop enlevée n ‘est qu’une de leurs nombreuses activités.

Depuis dix ans, ils ont en effet joué dans plusieurs films et une série présente sur le web, co-dirigé un documentaire sur Bob Dylan (Justin Rice) ou même co-fondé un site de rencontres (Christian Rudder). À eux deux ils ont composé la bande-son de Bully et trouvé le temps de sortir quatre albums et 12 EPs. Leur dernier disque, Grrr…, date de 2009 il était donc normal d’être en attente de Lights Out.

Cet album ne se différencie pas pourtant du précédent. « Star Again » est estival à souhait et va ouvrir la voie à d’autre titres du même genre, riffs addictifs et harmonies garçon/fille éthérées avec, ici et là, un « Why I Had To Go » chaud et mélancolique qui ralentit un peu la cadence mais pas la sensation de bien-être.

Quelque part, dix ans après, Lights Out est une tentative de nous faire croire que les années vingt ne se sont jamais terminées avec un son très « old school » plutôt surprenant aujourd’hui mais qui nous procure un émoi où la nostalgie a la part belle.

Certains morceaux néanmoins parviennent à dépasser le sentimentalisme et le regret de choses qui, pour beaucoup, n’ont jamais été vécues. « Hammer And Nail » est une de ces plages où le groove prédominera et « Shadow » terminera Lights Out sur une note joliment acoustique.

Le succès de cet album résidera, au bout du compte, de capturer un sentiment et nous le rendre accessible. Ça n’est sans doute pas prodigieux, surtout après un hiatus de cinq ans, mais leur talent à confectionner des chansons pop ne devrait pas être boudé.

***


The Psycho Sisters: « Up On The Chair Beatrice »

10 septembre 2014

Psycho Sisters : psycho peut-être. Soeurs ? Certainement pas dans son sens familial. Susan Cowsill (oui des Cowsills !) et Vicki Peterson ont commencé à chanter ensemble dans les années 90 à Los Angeles au sein d’un groupe nommé The Continental Drifters.

À la fin des Drifters, Peterson est retournée vers The Bangles et Coswill s’est installée à la Nouvelle Orléans. Toutes deux avaient mijoté précédemment un projet nommé The Psycho Sisters et ainsi est enfin né Up On The Chair Beatrice.

La famille Coswill y a participé amplement : Russ Broussard le partenaire de Susan à la batterie en compagnie de John Cowsill (frère de Susan et mari de Peterson) et Bob Cowdill (frère de Susan et ancien membre des Drifters) contribue à la composition avec Peter Holsapple.

Le résultat est un album nuancé, dans lequel aucune des deux voix ne prend le pas sur l’autre, les deux vocalistes étant naturellement de merveilleuses harmonistes. Les mélodies sont claires mais propres à vous hanter, la plupart des morceaux accentuant le côté sombre de l’existence.

Des flashbacks 60’s ouvrent et ferment le disque et on en trouve des réminiscences dans « Never Never Boys » qui ne peut qu’évoquer The Byrds ou « Timberline » qui se situe sur le versant plus lascif de l’époque.

« Heather Says » est une repris plus gothique de l’original enregistré par The Cowsills alors que Susan avait 10 ans et s’avère on ne peut plus prenant grâce au violon de Sam Craft. « Cuddly Toy » de Harry Nilsson a ici un impact beaucoup plus fort (atmosphère cabaret)  que la version que The Monkees en avaient faite avec un mélange de cruauté et d’empathie étonnant par sa gymnastique.

La même sensibilité se dégage avec « The Painting » et son rendu ironique sur une séparation amoureuse et on en côtoiera un versant encore plus extrême avec un « Numb » sinistre à souhait dans sa référence explicite au sex, chose qui affleurait à peine chez The Bangles.

Au bout du compte, les vingt ans qui ont présidé à l’enregistrement de Up On The Chair Beatrice semblent avoir bénéficié aux deux artistes. Elles savent avec habileté navigué entre joie (« Fun To Lie ») et un regard plus circonspect sur ce qui les a fait mûrir. Comme quoi être décalé prouve, une fois de plus, n’est pas un statut qui freine la résonance.

***1/2


Tunng: « Turbines »

19 juin 2013

Le fait que Tunng sorte un cinquième album est assez surprenant dans la mesure où Mike Lindsey, le leader de ce groupe de « folktronica » puisque c’est ainsi qu’il a été caractérisé, est parti vivre en Islande et s’est réinventé sous le pseudonyme de Cheek Mountain Thief.

Ceci dit, une séparation officielle n’aurait pas fait grand bruit tant la carrière de Tunng était,depuis dix ans, restée confidentielle.

Turbines est donc un véritable disque et, peut-être en raison de ce cheminement resté « underground », il s’avère être leur album le plus accessible. Sur ses neuf plages, on les voit en effet mettre sous l’éteignoir les composants les plus expérimentaux qui leur avait donné cette étiquette hybride par les critiques, qualification qu’il avaient toujours accepté avec réticence.

Les chansons vont être plus immédiates, par exemple le « single » « The Village » avec sa mélodie infectieuse ou, dans un autre style, le titre phare « So Far From Here » dont la lente combustion est irrésistiblement addictive.

Il ne faudra pourtant pas se fier à ce type de considération, Tunng a toujours été capable de distiller enchevêtrement et dissonance à des compositions qui semblent chaleureuses et délicates. La complexité mélodique de « Follow Follow » devient très vite apparente, tout comme celle qui accompagne le rush avenant mais vertigineux de « Bloodlines » ou, encore, la façon dont la voix de Lindsay épouse celle de Ashley Bates sur « Once ».

Tunng donnent le sentiment d’être plus enclins à embrasser l’élément folk de leur musique mais les morceaux qui ferment l’album (« Embers » ou « Heavy Rock Warning ») conservent la signature dérangeante qu’ils ont toujours mise en avant. « Trip Trap » sera le titre qui leur ressemble le mieux avec son alliage d’electronica scintillante et de mélodie étourdissante ; il sera signe que Tunng sonnent toujours comme le meilleur d’eux-mêmes.

Ici, néanmoins, « The Village » est signe qu’il nous a conduit dans un endroit fictif, assez semblable ou Village Green des Kinks, avec pour différence qu’il ne se complait pas dans une utopie bucolique mais aborde des climats qui peuvent y être vecteurs de malaise, vague certes, mais prégnants.

guitareguitareguitare1/2


John Vanderslice: « Dagger Beach »

17 juin 2013

John Vanderslice est un compositeur pop californien qui s’emploie à renverser le genre par sa narration subversive et des arrangements méticuleux voire maniérés. Dagger Beach est son troisième album et, s’il continue dans cette même tonalité musicale, il diffère dans la mesure où il a été écrit après une rupture et que Vanderslice s’est évertué à trouver un équilibre entre compositions articulées et un songwriting plus personnel.

DaggerBeach n’est pas pour autant un « breakup album » dans la mesure où un petit nombre de ses titres se focalisent explicitement sur le sujet ou cherchent une catharsis simple et directe. Au lieu de cela, l’artiste va user d’un style littéraire fait d’analogies alambiquées et d’une narration détachée pour décrire des émotions complexes et trouver une façon de sortir de cette situation. La douleur et le ressentiment se font rare (une phrase ou deux sur « Raw Wood ») et c ‘est surtout sur le processus de sa recréation qu’il va insister avec des morceaux comme « Gaslight » et le morceau phare « How The West Was Won » ou l’exceptionnel « Sleep It Off », ce dernier issu d’une randonnée ayant pour but de le vider de ses émotions.

Imagerie naturaliste souvent mais, sur « Harlequin Press », il adoptera la métaphore en adoptant le point de vue d’un éditeur littéraire capable de répondre avec perspicacité aux doutes d’un aspirant écrivain.

Hormis quelques brefs interludes de chamber pop, les compositions vont rivaliser de structure musicales complexes et habiles et d’une production dont la floraison est constamment inventive. Les dissonances servent à amplifier les tensions et le sentiment d’insécurité et le lent crescendo aboutissant à un staccato de guitares sur « Song For David Berman » mettent en valeur sensation d’effroi s’ajustant aux textes. Même similitude entre le paysage sonore désolé et les paroles de « North Coast Rep » témoignant de sa capacité à adapter narration personnelle à des structures musicales inhabituelles.

En faisant de Dagger Beach un album personnel sans verser dans l’autobiographie, John Vanderslice réalise ici un opus remarquable de diversité par son honnêteté et sa subtilité.

★★★½☆

Camera Obscura: « Desire LInes »

4 juin 2013

Il y a trois ans, le quatrième album de Camera Obscura, My Maudkin Career, parvint à se hisser aux marges du Top 40 grâce à son effort à produire une pop polie et assurée. Desire Lines semble suivre les même lignes avec une musique articulée et littéraire dont le son demeure toujours celui de la pâmoison.

La gestation du disque a été parsemée de nombreuses difficultés, en particulier personnelles, et l’enregistrement s’est fait en Amérique plutôt que de leur studio habituel en Suède. Ces entraves ont obligé le groupe a porter un soin minutieux à la production et au mixage leur permettant d’aboutir à un disque dont tout le superflu a été éliminé.

Les effets de cette diligence sont apparents dès le début, avec l’instrumental « Into » qui ouvre l’album sur une atmosphère cinématographique où de somptueuses cordes se taillent la part du lion. Cette sensation va perdurer tout au long de l’écoute du disque , comme si celui-ci avait été peaufiné constamment tout en préservant une chaleur issue de la volonté de ne pas surcharger la production.

Les moments les plus lents sont introspectifs ; la cadence apaisée de « This Is Love (Feels Alright) », « William’s Heart » qui vous transporte dans un lieu ou tout n’est que brume confortable ou « Cri du Coeur » tout bonnement splendide et étincelant.

Desire Lines n’est pas pour autant constitué que de tranquillité. Les lignes de désir ont place aussi avec un « Do It Again », irrésistible appel au mouvement, le calypso de « Every Weekday » et un « Break To You Gently » où le « You Shook Me All Night Long » de AC∕DC semble épouser Suzanne Vega et son « Luka » et montre que les Écossais savent toujours façonner de bons petits joyaux pop.

Des difficultés est né la consistance ; c’est un peu le bilan que le peut tirer de ce disque. Celui-ci ne se départit jamais d’élégance et de sophistication mise en scène par la production intelligente et mesurée de Tucker Martine. Si les problèmes peuvent, parfois, générer de la confiance, Desire Lines en est un parfait exemple.

★★★½☆