No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Cloudwarmer: » the climate detectives study nostalgia and terror in the dreams of middle america »

Après s’être essayé avec plus ou moins de bonheur, associé à un certain Jamarr Mays, à une synthwave dystopique et technoïde sous le sobriquet de Deathwave International le New-Yorkais Eddie Palmer mettait en août dernier ses attraits hédonistes de côté pour revenir en compagnie de son camarade Brett Zehner à ses premières amours, celle du futurisme cauchemardé de l’Amérique d’après guerre qu’explorait leur projet The Fucked Up Beat.

Un premier diptyque l’an passé Anthropocene / Capitalocene, qui s’intressait aux catastrophes écologiques des premières heures de la guerre froide à nos jours et à leurs conséquences, renouait déjà discrètement avec le sampling rétro-futuriste aux effluves paranoïaques de programmes radiophoniques et autres bandes-son ciné ou télé auxquels les auteurs d’« Europa », malheureusement demeurés sous le radar des amateurs de musiques expérimentales jusqu’ici, nous avaient habitués, mais peinait à retrouver l’ampleur de leurs travaux passés, lui préférant le minimalisme d’atmosphères trop superficielles faisant la part belle aux nappes de synthés épurées.

Mais sur un the weather conspires with you – encore un peu timide et peut-être un brin trop inconséquent, pas suffisamment angoissé en tout cas passée sa parfaite intro « 62°23′30″N 145°09′03″W » pour réellement marquer les esprits – et surtout donc l’album qui nous occupe ici, au titre forcément réminiscent du chef-d’oeuvre The Fucked Up Beat Investigates Strange Weather Patterns And The UFO Cults Of Cold War Nevada, la paire renoue avec un certain dynamisme aux boucles hypnotiques, trouvant un équilibre assez fascinant entre instrumentation organique et samples rétro, imaginaire anxiogène et échos d’une histoire parallèle de l’Amérique où conspirations politiques et théories du complot se mêlent aux légendes urbaines, à une SF d’un autre temps et à des terreurs subconscientes devenues pour certaines une réalité. A cet égard, difficile d’ignorer la référence à Trump et ses lubies réac (alors même Reagan lançait entre deux tirades publicitaires vintage sur l’incantatoire et sournois « The Oh So Wonderful Patriotic Communities Of Planet America / Who Fed Their Children To The Wolves For A Taste Of Gasoline », un morceau tel que « The Atomic Youth Of Yesterday / Who Now Build Walls & Rule The Scorched Lands », surtout connaissant l’engagement politique des intéressés – qui avaient fait don en 2017 d’une composition exclusive tout aussi fantasmagorique, faussement légère et vraiment hantée.

Ce « Night Moves For Denise Bryson » bénéficiait encore d’une dimension jazzy remisée aujourd’hui au placard (à l’exception d’une trompette ici ou là comme sur l’halluciné « The Dimensioneers Of Kenosha / Who Are Gods Eternally & Built Factories In Their Likeness » aux drums tribaux enfiévrés) au profit de beats syncopés plus ou moins organiques (l’enchanteur « The Kaleidoscope Conveyor Lifts of Lordstown / Who Were Violent & Majestic »), ethno-lounge (« The Invaders From The South ! / Who Found Themselves Dispossessed In The Dark Fields Of Kansas ») ou chamaniques (la brillante ouverture « The Happy & Sinister Humans From Muncie / Who Sat Idly In Front Of Television Sets & Devoured Their Neighbors Bit By Bit »), entrecoupés d’incursions drum’n’bass extra-terrestres et au rythme desquels se télescopent soundtracks sans âge, enregistrements surannés, choeurs échantillonnés et arrangements oniriques, le tout au service d’une nouvelle thématique : le dérèglement climatique.

Sur ce dernier opus, première vraie claque depuis le retour du duo tous compteurs à zéro sous cette identité météorologique, cette préoccupation se double toutefois d’autres perturbations : d’un quotidien conformiste (samples publicitaires sortis de leur contexte à l’appui sur « The Melancholy Household Appliances Of Peoria / Who Waited All Night For Someone To Take Them Home » par exemple) ; de la psyché (sérénades et dialogues hollywoodiens hachurés ou loopés sonnent comme autant de névroses empilées jusqu’au vertige, cf. « The Town Without A Face / Who Feared Geography ») ; de la morale (le sus-mentionné « The Oh So Wonderful Patriotic Communities Of Planet America.. ».) ; ou plus largement de la tangibilité de l’existence elle-même (« The Abandoned Pets Displaced In Vacant Omaha Buildings / Who Survived Frigid Climates & Were Then Disappeared From The Earth « avec ses étranges effluves world music d’une autre dimension ou « The Monochrome Davenport Townsfolk / Who Became Lost In The Supermarket One Afternoon Never To Be Seen Again », dont la coda techno semble sortir de nulle part pour nous déposer ailleurs encore), autant de concepts plus ou moins familiers pour les admirateurs de nos deux théoriciens du cut-up sonore et de leur précédente incarnation.

Quelque part entre l’étrangeté ésotérique et habitée de Coil ou Nurse With Wound et celle, plus évanescente et faussement easy listening, d’un Funki Porcini, Cloudwarmer rivalise ainsi de talent et de singularité avec le Français Leonis en terme de collages mentaux empruntant à la musique concrète et de mélange des genres (ici trip-hop, ambient, dub, musique africaine, hip-hop instrumental voire encore un brin de synthwave 80s sur « The Paradox Men / Who Marauded Through Ohio Forests & Prayed For Rain, » entre autres) mais s’en différencie sur le fond par cette dimension d’inconscient collectif plutôt que de mash-up intime dont suinte une musique qui en incarne toute la schizophrénie, comme sur la forme par une nébulosité symbolisant la relativité du temps. Une temporalité distordue, malmenée, déconstruite et reformulée par le duo sur cette nouvelle salve d’instrumentaux, qui semble creuser via son exploration transversale d’une histoire oubliée les origines d’un malaise existentiel bien plus actuel : celui d’une Amérique gorafisée qui ne s’explique pas encore totalement sa perte de contact avec le réel.

***1/2

11 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Leonis: « Europa »

C’est à un voyage onirique que à travers l’Europe nous convie Leonis car, si chaque titre porte le nom d’une capitale européenne, c’est comme pour mieux semer le trouble et perdre l’auditeur dans son dédale de samples et de rythmiques abstraites et hip hop, déballant leur lot de climats cinématographiques, entre étrangeté de série Z et beauté en cinémascope.

Europa développe des ambiances douces bercées de mélancolie funambule, où effluves jazzy, cordes liquides et noirceur sous jacente forment un tout fait de boitillements et d’accroches déviantes échappés d’un Barnum de freaks en cavale.

L’esprit de fête foraine n’est jamais très loin, résonnant en écho, avec ses orgues crasseux et ses mélodies clownesques à la tristesse grise.

Leonis emballe nos sens, les empaquette dans un tourbillon de sonorités familières, dépoussiérées et lustrées pour un plus grand confort de traversée, aller sans retour vers des pays imaginaires échappé d’un livre de contes pour adultes à l’esprit d’enfant. Vivifiant.

****

2 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Necks: « Body »

L’improvisation est le carburant moteur de ce combo australien puisque son but est, avant tout, de surprendre son auditeur et de l’emmener ailleurs, de préférence vers des pistes aux dérapages incontrôlés.

Avec Body, le trio nous entrainer sur des terres qu’il connait parfaitement, une sorte d’improvisation pensée de bout en bout, et, cela étant,par les transitions qui s’opèrent tout du long du seul titre qui compose l’album, alternant ambiances spectrales teintées de jazz, krautrock cru ou ambient lunaire.

Les quatre parties qui forment Body peuvent paraitre de prime abord dénuées de subtilité, mais c’est à ne pas gratter en profondeur cette nouvelle oeuvre des musiciens, qui se sont plutôt amusés à ajouter des couches en arrière plan qui font fourmiller et crépiter chaque titre, et, ce faisant, conférent à l’ensemble une énergie souterraine que l’on perçoit sans pour autant en deviner sa source, apportant nuances et richesse sonore.

Avec Body, The Necks explore les terres du drone tout en extrapolant la rigidité des loops vers quelque chose d’habité et de mobile, où arrangements cachés et musicalité hantée forment un tout aux couches vivantes à chaque fois renouvelées.

***

22 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Esmerine: « Lost Voices »

Esmerine est un combo de « chamber » rock basé à Montréal- dont Lost Voices est le deuxième album. Pour cet effort le groupe a étoffé un peu plus son line-up et est passé de quatre membres dont Bruce Cawdron (Godspeed You! Black Emperor) et Rebecca Foon (violoncelle chez Thee Silver Mt. Zion), au multi instrumentiste Brian Sanderson ainsi que Jamie Thompson aux percussions.

Étayés par cet apport plus pléthorique, ls producteurs Vid Cousines et Jack Lasek nous offrent un son encore plus riche (on s’en serait douté!) mais paradoxalement plus « rock » si on sélectionne le côté tendu de l’affaire.

Ajoutons une facette qui vise à entraîner notre écoute dans des phases plus méditatives (le saxophone de Colin Stretson), l’expérimentation des aux guitares, marimbas, harmoniums et piano et le produit en sera une expérience qui sera à la fois dynamique pour le corps et exaltante pour l’esprit.

***1/2

 

30 mars 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Locrian: « Infinite Dissolution »

Pendant dix ans cet ensemble expérimentant dans le drone s’est évertué à être peu accessible et à solliciter l’effort pour qu’on puisse le capter. À la fois chaire et feu métal et fumée les textures de Locrian évoluent entre états où la fermeté est reine et est difficile à appréhender et où elle se trouve aussi récipiendaire de profonde blessures. Infinite Dissolution est leur effort le plus cohérent à en faire un disque conceptuel construit dans une aura de virulence imprévisible.

Avec Return to Annihilation tout tournait autour de l’effacement de l’égo, une manière interne de cheminer vers la destruction. Infinite Dissolution voit les choses à une échelle plus grande et permanente : il est question de l’extinction de l’humanité et de la dispartiion des espaces auxquels nous étions habitués. Les échos sont alors ceux d’un paysage urbain en pleine dissolution : « Dark Shades » est empli d’une solitude incommensurable et « The Great Dying » a la palpitation d’une cathédrale perdue. Infinite Dissolution est un opus hantés par des chansons d’amour au milieu d’une ville en train de s’écrouler et, par conséquent, du spectre vide et douloureux qui, désormais y habite.

***

1 août 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Hiiragi Fukuda: « Seacide »

Hiiragi Fukuda est une artiste expérimentale de Tokyo dont Seacide est le troisième album. Sorti à l’origine sur cassette en 2014 le voilà sous forme numérique ce qui peut toput aussi bien convenir à une musicienne dont le mode d’expression est faite de rythmes minimalistes.

Avec pour seuls instruments un synthétiseur, une guitare, une pédale à effets et un micro Fukuda produite des structures répétitives qui, peu à peu, font comme se fondre de manière sanguinolente et nous font vivre d’étranges cérémonies

L’artiste est une compositrice et interprète patiente ; et tout concourt à ce que son flux sonique s’incruste en nous tant les séquences de notes sont limitées et, par conséquent, plus âpres au point d’être à la limite de nos oreilles.

La formule est simple, du feedback mais toujours harmonique, une variation rapide du diapason semblable à ce que les musiciens de krautock du début cherchaient en matière de transcendance. Tout est réduit à sa plus simple expression et c’est à partir de cela que nous pouvons nous ouvrir à un potentiel ; celui-ci sera dans le plus simple appareil et c’est notre imaginaire qui oeuvrera à sa construction.

***

13 avril 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Savages & Bo NIngen: Words To The Blind »

Quand il s’agit de faire collaborer des artistes qui se complètent, Bo Ningen et Savages vont ensemble comme deux éléments d’un même genre ; ce sont tous deux des explorateurs soniques implacables qui peuvent passer de l’assaut brutal à un minimalisme tendu et plein de retenue en une fraction de seconde.

Cette combinaison a un siège privilégie : celui de l’expérimentation. Les résultants en sont parfois brillants, mais toujours étranges. Jehnny Beth était déjà apparue dans III de Bo Ningen et elles ont joué « live » ensemble.Une des ces performances se nommait Words To The Blind, elle est devenu ici un album composé d’une seule plage.

Nous sommes censés être en face d’un Poème Sonique Simultané basé sur l’idée d’avoir différents langages entrant en collision. C’est une approche héritée du Dadaïsme, ce mouvement artistique subversif où, comme chez Duchamp, un urinoir à autant sa place dans un musée qu’une œuvre d’art.

Le premier langage de Beth est le Français, celui de Ningen, le Japonais et l’Anglais va se bousculer ici et là pour trouver un espace au-dessus de lignes de basses violentes et non linéaires qui sonnent comme si elles avaient été produite en frappant l’instrument sur un quelconque objet.

Le tout commence par une conversation effrayante et chuchotée dont on discerne qu’elle est conduite en Français. En chemin, Beth va sonner comme si elle plongeait dans un tunnel rouillé comme un fantôme qui manierait une guitare et serait suivie par des craquements terrifiants rappelant The Shining.

Avec Dada revendiqué de cette manière, il n’est pas surprenant que Words To The Blind est, en grande partie, déroutant et déconcertant. Quand on discerne des structures, elles ressemblent vaguement à un groove où serait introduit toute la rage et le leitmotiv qu’un son peut produire et d’où sortirait une étonnante floraison issue de l’obscurité. Mais il s’agit de quelque chose qui demeure sombre et d’où nulle issue n’est envisageable, bref un répit pour mieux nous faire retomber. Le fait que Words To The Blind n’ait pas ainsi de véritable sens d’un point de vue conventionnel est peut-être le but de cette entreprise. Si c’est le cas pour Ningen et Savage ; la réussite est totale.

***

25 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Rhyton: « Kykeon »

Un Rhyton est un vase grec antique dans lequel on buvait de l’alcool. C’est également le nom d’un trio indie de Brooklyn oeuvrant dans le psychédélique expérimental. L’utilisation de cette ancienne urne est censée symboliser leur inspiration pour Kykeon (qui est également une boisson mythologique) leur nouvel album, essentiellement instrumental.

Seul un titre dessus ne dépasse pas les six minutes et, avec un groupe pop-rock ordinaire, cela pourrait sonner comme un travail ardu résultant en un disque ampoulé, mais, comme aucune composition n’arbore de textes, la structure étendue permet à chaque morceau de changer et d’explorer de multiples humeurs en leur sein même.

« Siren in the Byblos » ouvre le bal avec une électronique qui vous fait vous demander si le synthétiseur n’est pas hors d’usage. C’est un début chaotique qui va soudain évoluer vers un groove plus cool grâce à un enclenchement de guitares, un tambourin comme seul instrument de percussion et, si on écoute soigneusement, une mélodie délicate à la mandoline.

Celle-ci va être utilisée de manière plus large sur le deuxième titre, « Topaki », et elle apporte une certaine légèreté aux vagues formées par les minuscules sons de cymbales qui fracassent la composition. Ces deux éléments sont un adjuvant essentiel aux mélodies orientales qui jaillissent des guitares. C’est une composition calme, presque zen ; une transition parfaite à la nature irritante de la première plage et elle se termine surtout par d’extraordinaires et subtils solos de guitares et de mandoline.

« Gneiss » mêlera électronique et guitare de façon plus fluide que sur le titre d’ouverture, tout comme la reverb de la six cordes se fondra harmonieusement au synthétiseur.

Ce que l’album réussit de mieux d’ailleurs c’est de créer des sons de guitares complexes et étranges ; à chaque étape celles-ci proposent des climats différents qui permettent à celui qui écoute de les explorer et de s’y perdre. Sans doute est-ce pour cela que l’avant-dernier morceau ne fonctionne pas ; « California Black Box Vapor » ne sera composé que d’electronica qui formera un chaos déplaisant heureusement de courte durée.

On retiendra le reste ; pour sa créativité et, avant tout, sa fluidité chose suffisamment rare dans la musique expérimentale pour être saluée.

***1/2

12 décembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Primus: « Primus and the Chocolate Factory With The Fungi Ensemble »

Primus ont toujours été un des groupes les plus bizarres de la scène musicale ; les dignes héritiers de Frank Zappa pourrait-on dire. Chacun de leurs albums va toujours plus loin dans ce concept et Primus and the Chocolate Factory ne dérogera pas à cette règle où l’extravagance a droit de cité.

Comme son titre le suggère, le disque est un hommage à la délirante comédie musicale de 1971, Lilly Wonka and the Chocolate Factory dont Gene Wilder était la vedette. On ne pourra d’ailleurs pas dire que cette reprise intégrale de l’oeuvre soit facile à appréhender ni destiné au grand public.

La plupart de versions proposées ici figurent parmi les plus expérimentales jamais réalisées par le groupe mais elles sont délivrées avec une telle passion et un tel charisme que ce qui, à l’origine, à été un échec peut être considéré comme un acte d’amour.

Il faut dire que le film baignait dans l’irréel et dans une absurdité psychédélique qui ne pouvait que convenir à Primus et les chansons y sont aussi fantaisistes qu’on pouvait s’y attendre. Les synthés à la Goblin et l’outro de guitare à l’envers de « Pure Imagination » sont un compliment à ce qui est du domaine du surréalisme et la guitare surf conjuguée au violon de « I Want It Now » lui donne un swing gitan que le meuglement de la ligne de guitare façon Zappa rend irrémédiablement déjanté.

Il en va ainsi de tout l’album car même un titre plus tendre comme « Candy Man » se voit auréolé de tonalités sombres, comme si il était de bon ton de marier le macabre, la douceur et le ludique.

Pour cela, Primus sait varier ses arrangements et maintient ainsi le niveau de folie nécessaire sans que la formule tourne à vide. On ne pourra pas dire qu’ils sont inspirés par la version originale mais plutôt qu’ils en sont habités. En ce sens l’album est autre chose qu’un gimmick et on peut supposer que si, là-haut, le Père Zappa peut l’entendre il partira d’un grand éclat de rire approbateur.

***1/2

10 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Dean Blunt: « Black Music »

Dean Blunt est un artiste dont la mission semble être de vouloir nous embrouiller ; Black Metal semble y contribuer un peu plus.

Sa première partie est de l’indie-pop de la plus belle espèce ; guitares électriques qui forment des traces en filigrane au-dessus, d’autre, acoustiques celles-ci, le tout produisant un effet tamisé, presque anémié.

Pourtant ce ne sont pas véritablement des compositions : les morceaux sont en majorité des phrases musicales répétés, et ne deviennent des chansons que dans la mesure où il setrouve qu’elles occupent un espace particulier (par exemple une certaine durée).

Ensuite, vers le milieu de l’album, viendra « Forever », un morceau de treize minutes pile, débutant par des percussions exécutées par une boîte à rythme, deux accords de claviers en alternance, une ligne de piano et des vocaux sans mots féminins (probablement ceux de Joanne Robertson sa collaboratrice la plus fréquente). La mutation se fera ensuite mais n’ouvrira pas vers quelque chose de différent, comme un mouvement qui s’avèrerait statique.

Suivra « X », neuf minutes, une combinaison des deux qui pourrait être perçue comme ayant pour but de nous faire oublier ce qu’on entendait auparavant car les tonalités du reste de l’album n’y ressembleront en rien.

On va, en effet y trouver des éléments de dub (« Punk »), de bruit sans formes (« Country ») ou de soft-pop venant à la rencontre de rap et de collages musicaux (« Hush »). On voit ici une volonté de désacraliser les genres musicaux en donnant des titres n’ayant rien à voir avec le contenu des morceaux ; une tentative audacieuse de défier celui qui va écouter Black Metal.

Comme tout geste osé, celui-ci ne sera pas sans risques et on y trouve des moments où on sera plus confronté à de l’opacité qu’à de l’éclaircissement. Le premier élément semble offrir nulle entrée au point qu’on se demande si il est possible d’accéder à ce monceau si obscur que le centre nous en est interdit. Pour paraphraser Nietzsche le concept est ici « au-delà du bien et du mal » ; il en sera de même de cet album qui ne fait qu’exister, étrange et insaisissable.

***1/2

6 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire