Addy: « Eclipse »

12 mars 2020

l est rare qu’un album puisse vous laisser sans voix. Dans le cas d’Eclipse, l’absence de parole vient du fait que vous êtes complètement dépassé par ce que vous écoutez. Au début, on peut penser à des mélodies du violon qui se faufileraient entre les morceaux, comme la version musicale des textures physiques. Puis, jon songe à l’ambiance d’un fond de dream-pop en arrière plan avec des notes et des remous de guitare d’acier qui s’effacent comme les ondulations d’un étang. Toutes les comparaisons mises à part, le pouvoir d’Eclipse réside peut-être dans sa capacité à être aussi honnête et transparent. La réponse est simple : c’est tout cela, mais le plus difficile à identifier est de savoir pourquoi cet opus frappe si fort.

Addy est Adam Watkins, originaire de Richmond, en Virginie. Bien que les versions précédentes soient disponibles sur Bandcamp et d’autres services de streaming, rien n’est comparable à la majesté d’Eclipse. La présence du DIY est évidemment remarquée, avec des références à des groupes de chamber-pop similaires comme (Sandy) Alex G, Hovvdy et Field Medic inévitablement. Toutefois, chacun de ces artistes est unique dans on propre registres, et a du mérite dans tous ses travaux en tant qu’individu – et le bricolage ne fait pas exception. Des attaques de batterie séquencées à la Casio qui parsèment chaque morceau de l’album au traitement délicat de chaque son comme s’il s’agissait de brins d’herbe, Eclipse réintroduit l’alt country d’une manière que nous n’avons pas vue depuis des années. L’inclusion de sirènes et de changements de tonalité avec undelay en sustain pourrait imiter les guitares, mais la manipulation musicale crée plutôt une version dream-pop plus viscérale d’une chanson country.

Outre la façon dont l’album sonne réellement, il est important de noter ce qu’il nous fait ressentir. Pour beaucoup ce serait comme un souvenir;lLe léger tintement country à la fin des notes peut rappelle des racines en Géorgie et en Caroline du Sud, et comment les familles échangeaient la fin de leurs phrases selon l’humeur. Les cors, les cordes et le piano sont hérités de l’enfance, ou quand on jouait des chansons sur une vieux piano avec un accompagnement au violon. Les paroles, elles, parlent de gentillesse et de pardon – ou les entrées de journaux intimes écrits la nuitou de ce besoin d’être plus gentil avec soi-même. Si un album a le pouvoir de vous transporter dans un autre lieu (ou dans plusieurs lieux dans le temps), il doit être tenu à part et jugé important. Eclipse est exactement ce genre de capsule temporelle.

Addy est fantasque, courageux et réfléchi – Eclipse montre les capacités de l’émotion humaine et comment l’espoir et la croissance peuvent se traduire par un album si tendrement doux.

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Hiss Golden Messenger: « Terms Of Surrender »

23 septembre 2019

En l’espace de dix albums, Hiss Golden Messenger a su se faire une place sur la scène indie folk/alternative country américaine. On avait laissé le projet musical mené par MC Taylor avec un Hallelujah Anyhow il y a deux années de cela, opus et qui s’était à la hauteur des attentes. Ils reviennent aujourd’hui avec une nouvelle livraison intitulée Terms Of Surrender.

Composé pendant une période de dépression, MC Taylor a opté pour une écriture universelle sur ses textes résolument intimistes à l’image de morceaux country-soul luxuriants comme les allures 70’s de « I Need A Teacher » en guise d’introduction mais également les sonorités dignes de Grateful Dead sur le pastoral « My Wing » et « Cat’s Eye ». Terms Of Surrender vaut surtout la chandelle en écrivant des hymnes lumineux et de rédemption pour un auditeur en perdition dans sa vie et le fait avec une humanité hallucinante.

Hiss Golden Messenger opte pour l’universalité en s’ouvrant un peu plus au monde extérieur. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve dans le générique des pointures comme Jenny Lewis et Aaron Dessner de The National qui viennent lui prêter main forte sur des titres à l’image de la country-folk digne de Wilco « Bright Direction (You’re A Dark Star Now) » qui traite sur nos entourages et leurs influences sur notre quotidien mais encore du bouleversant « Down At The Uptown ». On appréciera l’honnêteté des textes de MC Taylor que ce soit sur « Happy Birthday Baby » s’adressant à sa fille ou sur « Whip » montrant un auteur de plus en plus lucide au fil du temps et fait de ce Terms Of Surrender un de ses albums les plus touchants de sa discographie.

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Slaughter Beach, Dog: « Safe And Also No Fear »

11 août 2019

En 2017 Jake Ewald avait plus ou poins mis un terme à Modern Baseball afin de se concentrer sur son nouveau side-project musical nommé Slaughter Beach, Dog. Après deux albums visant à mettre en exergue son propre univers musical, le voici de retour avec Safe And Also No Fear.

Slaughter Beach, Dog confirme de plus en plus une trajectoire indie folk/alternative country entrepris. Ainsi, le disque se veut être une virée musicale plutôt tranquille notamment à l’écoute des planants « One Down » qui ouvre le bal mais également « Good Ones », « Dogs » et autres « Petersburg ». C’est aussi la première fois que Jake Ewald côtoie son fidèle associé le bassiste Ian Farmer, ex-bassiste de Modern Baseball, les deux faisant montre d’une alchimie qui reste toujours aussi intacte.

Safe And Also No Fear se veut également être un album d’après la tempête. Pour cette raison Slaughter Beach, Dog a opour objectif de se centrer autour de ses proches qui ont été emportés par leurs maladies mentales ; et des hommages se succèderont alors sur des ballades indie folk comme l’envoûtant « Black Oak ». Impossible de ne pas succomber, non plus, aux écoutes de « Tangerine », « Heart Attack » ou bien même de « Map Of The Stars » montrant une certaine sagesse de la part de son auteur. Pour ce troisième opus, le musicien de Philadelphie continue de tracer sa route sereinement sans jamais tourner le dos à son passé.

***1/2


Jenny Lewis: « On The Line »

25 mars 2019

Depuis la parution de son dernier album The Voyager en 2014, Jenny Lewis n’est pas restée là à ne rien faire. En effet, l’ex-membre de Rilo Kiley avait monté quelques projets en parallèle comme Jenny and Johnny ou bien le trio éphémère NAF a collaboré avec EZTV, She & Him ou bien même King Tuff. L’heure était donc venue pour l’américaine de préparer son grand retour en solo avec On The Line.

Cinq années séparent cet opus et son précédent mais Jenny Lewis reste toujours droite dans ses bottes. Produit aux côtés Beck, Shawn Everett et Ryan Adams, la musicienne nous entraîne dans son jardin secret en nous narrant ses péripéties californiennes. Son mélange d’indie rock et d’alternative country reste toujours captivant et envoûtant que ce soit sur l’introduction aux arrangements de cordes somptueux nommée « Heads Gonna Roll » (avec Ringo Starr) et les allures de Fleetwood Mac sur « Red Bull & Hennessy ».

On rettera touché par le storytelling plus vrai que nature de Jenny Lewis qui brille sur « Wasted Youth » mais encore « Hollywood Lawn » où elle s’ouvre sur son passé. Tandis que The Voyager détaillait sa relation avec son père décédé, On The Line retrace sa relation conflictuelle avec sa mère et comment elles ont réussi à aller de l’avant avant que cette dernière soit emportée par le cancer sur les émouvants « Dogwood », »Party Clown » ou les airs groovy de « Little White Dove » façon Beck. Bien entendu, ce dernier laisse sa patte sur les allures space-rock de « Do-Si-Do » résolument euphorique laissant une chance à l’ex-Rilo Kiley de briller une fois de plus par son interprétation sobre et solennelle.

Sur On The Line, Jenny Lewis revient de nouveau à la hauteur et arrive à faire un trait sur son passé tumultueux. A l’heure où des moments douloureux font surface, elle réussit à tourner la page et n’hésite pas à glisser quelques notes d’humour noir afin de surmonter ces épreuves tant bien que mal et de réussir à tutoyer les sommets.

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Buxton: « Half A Native »

9 mars 2015

Buxton est un groupe emblématique, non pas tant par son répertoire country alternative mais par une histoire qui échoit à une myriade de groupes : une « fanbase » locale, un contrat avec un label, un premier disque solide, un déménagement géographique pour travailler avec un nouveau producteur moins conventionnel et un son plus novateur sans que ce qui les a menés vers ce résultat ne soit oublié.

En 2012, Buxton sortit un excellent Nothing Seems Strange nourri de concerts mémorables. Ils décidèrent alors de collaborer avec le renommé Thom Monahan dans le but de diversifier leur répertoire et de lui donner des accents rock, folk et même habités de distorsion.

Sur Half A Native, la tonalité du disque est immédiatement mise en branle avec un « What I’d Do » avec un son americana cosmique délivré à une cadence qui ne dépasserait pas celle d’un pas lent. Place est donnée ainsi pour permettre à la composition, en particulier les textes de de Sergio Trevino, suffisamment d’espace pour respirer et marquer le titre de cette atmosphère. Les suites d’accords y sont singulièrement détendues et plaisantes ce qui ne peut pas ne pas nous rappeler My Morning Jacket.

« Miss Catalina 1992 » est le morceau le plus rock d’autan,t que le groupe l’a enregistré à Los Angeles. Le solo de guitare (Jason Willis) est coupant et exemplaire ; une parfaite démonstration de la façon dont comment un groupe peut développer un son sans perdre de vue leurs racines. « Pool Hall » sera un « closer » qui empruntera l’allure d’une valse country ; une très belle manière de construire la tension sur une chanson en crescendo.

Half A Native est un album honnête et bien fichu. On pourrait considérer qu’il est prometteur, ce qui est à la fois un encouragement et une interrogation sur le fait, qu’après deux disques, le combo a peut-être joué toutes ses billes.

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Micah P. Hinson: « Micah P. Hinson & The Nothing »

13 mars 2014

« How Are You, Just a Dream », sur ce hurlement s’ouvre l’album délabré et éponyme de Micah P. Hinson. Délabré comme primal, mais surtout facinant, comme ces moments spontanés de garage rock qui vous saute à la figure, ce genre de morceaux que pourrait composer un Elvis Costello pris de boisson s’il décidait de déglutir ses pensées immédiates sur un fond de guitare noisy.

Titre qui prend par surprise mais qui, en vérité, est un leurre car Micah P. Hinson And The Nothing s’avère être une promenade sans complications au travers d’une tradition musicale à laquelle le temps a rendu hommage. Cette excursion se fraie un passage tout au long du disque, bel exemple de songwriting classique conjugué à une vigueur que l’artiste avait retrouvée sous son avatar précédent, Micah P. Hinson And The Pioneer Saboteurs.

Cette fois, pourtant, cette collection de chansons semble plus arrondie et complète, avec Hinson les décrivant d’ailleurs comme des demos ayant bénéficié d’une « grosse quantité d’amour » après qu’il ait été victime d’un grave accident de voiture en 2011. On trouve toujours ces clins d’oeil assumés à Willie Nelspn et au folk authentique qui émanait de ses prédécesseurs mais, comme précédemment, Hinson est autre chose qu’un pasticheur, chose qu ‘on pourrait qualifier de consternante aujourd’hui . Ses qualités sont palpables sur l’extraordinairement belle combinaison « The One To save You Now / « I Ain’t Movin’ », le dernier titre le voyant communiquer avec une voix traînante, abîmée et voilée, cette atmosphère d’after hours menée au piano et se consumant dans des échos qui rappellent Teaf For The Tillerman de Cat Stevens.

Hinson ne pousse jamais la chose trop loin, et il s’en tient à une narration angoissée dont la sobriété nous coupe le souffle. Elle met en scène l’univers sinistre d’un musicien fatigué du monde mais dont la raffinement mérite un bon moment en note compagnie.

guitareguitareguitare1/2


The Cave Singers: « Naomi »

28 mars 2013

Après la séparation du groupe indie Pretty Girls Make Grave, Derek Fudesco s’en est parti fonder un trio de folk alternatif et roots à l’inspiration plutôt sombre. Changement de toonalité sur ce quatrième album avec un disque plus dansant et enjoué. Le trio s’est, entretemps, adjoint un quatrième membre à la basse, Morgan Henderson (Blood Brothers, Fleet Foxes) ce qui leur a permis de donner plus d’ampleur à leur son.

Curieusement pourtant les arrangements sont beaucoup plus dépouillés, comme pour donner plus de relief à la voix de Peter Quirk mais aussi à une électrification certaine. Le registre du groupe s’est également étendu puisqu’il aborde le rockabilly et que le rock se fait beaucoup plus présent (« It’s A Crime »). « Have To Pretend » est un autre titre qui mérite d’être mentionné de par lsa pulsation rythmique et ses riffs lourds en reverb.

L’atmosphère du disque, plus enlevée, se trouvera sur des titres très lumineux comme « Week to Week », « No Tomorrow » ou un« Canopy » abordé en accords majeurs, mais le reste de l’album nous verra en terrain connu : « Easy West » évoque ainsi le R.E.M. roots et le alt.country façon Wilco et « Shine » mêlera à une simple chanson folk un aspect célébratoire rappelant Paul Simon.

C’est, finalement, cet adjectif qui qualifiera mieux Naomi. De par une orchestration diluée, des vocaux excentriques et un répertoire moins circonscris, The Cave Singers semblent vouloir aller vers un univers moins racorni. C’est cet éveil qui autorise la jubilation légère qui accompagnera l’écoute d’un opus certes agréable et compétent, mais sans que rien de plus ne puisse y être ajouté.

★★★☆☆