Jeffrey Silverstein: « You Become the Mountain »

6 juin 2020

Le son argenté et lumineux de la guitare s’articule sur les rythmes squelettiques de la boîte à rythmes, canalisant les vibrations entre les ruminations acides de Matt Valentine et les textures sculptées de l’harmonica de Chuck Johnson. Jeffrey Silverstein est un vétéran des groupes indés comme Nassau et Secret Mountains, et si vous pouvez trouver une continuité dans son approche de la guitare, son projet solo est beaucoup plus ouvert et déstructuré.

Silverstein travaille principalement ici, en écrivant les chansons, en les chantant, en jouant de la guitare et en posant des pistes de batterie. C’est sa voix, par exemple, qui murmure le mantra « Transforme ta vie en un nuage qui passe/quelque chose dont tu es fier » (Turn your life into a passing cloud/something of which you’re proud) dans « Cosmic Country », une phrase qui résume l’humeur de cet album comme de tout autre. Il réalise également la plus grande partie du travail de guitare spectrale du disque, bien qu’il ne fasse aucun doute que Barry Walker Jr, le joueur de pedal steel de Mouth Painter et Roselit Bone, marque les esprits. Écoutez-le mettre le twang dans « Bernard », qui évoque des harmoniques persistantes et des notes sympathiques, comme un début au levain qui recueille la levure sauvage. Alex Chapman, à la basse, laisse également une impression. Le petit duo entre lui et Walker au début de « Cosmic Country » est agile et léger, les deux se déplaçant en conversation et en contrepoint autour de la mélodie. « Antelope Canyon » propose, lui, un modèle pour ces chansons à floraison lente, laissant s’envoler une série de longues glissades de guitare courbées sur un duvet de larsen.

Silverstein dit qu’il pensait à des paysages du nord-ouest du Pacifique lorsqu’il a écrit ces chansons, mais le plus connu, « Antelope Canyon », se trouve en Arizona, un dédale de guerres et de tunnels sculptés par le vent, semblable à une mer, qui est à la fois surréaliste et entièrement naturel. C’est un assez bon résumé du travail de Silverstein ici ; il est soutenu par la fanfaronnade occidentale, mais enveloppé dans le chatoiement de l’autre monde.

You Become the Mountain explore la conjonction du monde naturel et de ce qui se trouve au-delà, dans des instruments à floraison lente qui vous transportent hors du moment dans un espace méditatif calme. Vous pouvez l’entendre dans la musique, mais aussi dans un intervalle de mots parlés qui cite le fondateur de la méditation consciente Jon Kabat-Zinn.

Certaines musiques psychédéliques changent votre point de vue de manière explosive, vous faisant sortir de vous-même et vous déposant ailleurs ; le cliché utilisé est « blow your mind ». L’album de Silverstein est plus calme et moins intrusif que cela, mais il a quand même un effet.

***1/2


Steve Earle and the Dukes: « Ghosts of West Virginia »

27 mai 2020

Steve Earle vous laissera rémir dans vos bottes à l’écoute de « It’s About Blood ».  Heureusement, vous n’êtes pas le sujet de la colère du vétéran de l’Americana sur ce titre phare de son nouvel album, Ghosts of West Virginia. Pourtant, le célèbre auteur-compositeur – qui est encore meilleur interprète – fait ressentir viscéralement chaque syllabe venimeuse à ses auditeurs lorsqu’il crache ses paroles sur les gros bonnets qui exploitent les mineurs de charbon, laissant les parents en deuil « se réveiller seuls au milieu de la nuit ». La guitare, les percussions et le violon gothique du Hardcore Troubadour, le fidèle groupe de soutien des Dukes, sont tous aussi stimulants et contribuent à rendre « It’s About Blood » encore plus percutant. Écouter ces artistes aux dents longues dévorer le paysage de la chanson avec autant de ferveur, c’est se réjouir de l’un des groupes les plus réguliers et les plus ambitieux du Haut-Commissariat, 30 ans après qu’ils aient percé avec le classique autoproclamé « I Ain’t Ever Satisfied ». 

Refuser de se reposer sur ses lauriers est une chose. Mais ici, Earle, 65 ans, et ses dévoués ducs ont relevé la barre en enregistrant un album concept regorgeant de paroles théâtrales et de thèmes à caractère social. Earle a commencé à écrire plusieurs de ces chansons à la demande des dramaturges de renom (et anciens collaborateurs) Jessica Blank et Erik Jensen, qui voulaient de la musique pour leur nouvelle production Coal Country. Leur pièce est centrée sur la catastrophe de la mine Upper Big Branch en Virginie occidentale, où 29 mineurs sont morts à cause de politiques qui ont fait passer le profit avant le bien-être des travailleurs.

Earle s’est attelé à cette tâche en écrivant et en interprétant des titres dignes d’une production théâtrale (il a été choisi pour chanter nombre de ces chansons en tant que narrateur de chœur grec dans Coal Country, qui a été présenté en mars dernier à Broadway). Sur « Time Is Never on Our Side », par exemple, il fait preuve d’une grande lassitude en chantant sur le désastre minier de l’Upper Big Branch comme si « Dieu tendait la main et la fermait ». La chanson est complétée par le violon déchirant des Dukes et les percussions douces comme la brise.

En témoignage du groupe et de la portée de leur leader, Ghosts présente également la dernière partie de « Black Lung ». Le sujet de cette chanson est sans doute le plus lourd de l’album, surtout lorsque les paroles d’Earle se concentrent sur les conséquences émotionnelles et physiques que la maladie dont souffre cette chanson a eu sur des mineurs au cours des siècles. Ce thème est fortement contrasté par la musique propulsive de la chanson, du violon et du banjo bluegrass au chant d’Earle, et à la guitare électrique qui ronronne comme un moteur. En plus d’être très accrocheuse, la chanson fonctionne aussi en évitant la sentimentalité bon marché au profit d’éléments juxtaposés qui lui donnent une complexité et un ton général de détermination d’acier. Tout cela malgré les paroles obsédantes qui parlent d’un personnage rendu fatalement essoufflé par son commerce souterrain.

Pour une ode beaucoup plus directe à ces ouvriers, n’oubliez pas de hausser le volume sur « Devil Put the Coal in the Ground », un des premiers titres de l’album. Le son de la guitare électrique se mêle à un solo de guitare live au sommet de la chanson, tandis que les tambours font boum comme les explosifs utilisés pour creuser le sol afin que les mineurs puissent descendre en danger. Earle, quant à lui, grince des dents tout en grognant des paroles d’hymne sur la tâche redoutable que ces ouvriers accomplissent. Son discours est plus éloquent, il parle du plus populaire « John Henry Was a Steel Drivin’ Man », bien que l’empathie palpable d’Earle pour ces travailleurs privés de leurs droits ne soit pas moins évidente, surtout lorsqu’il arrive à un vers amèrement succinct sur l’affaiblissement des syndicats au fil du temps.

Avec sa spécificité et son empathie à cœur ouvert, Earle et ses compagnons d’orchestre plongent les auditeurs dans une tragédie de cols bleus sur les Ghosts of West Virginia, tout en s’exprimant sur des vérités sociétales plus larges. Au lieu de déterrer du charbon comme les mineurs le dépeignent de façon saisissante dans ces nouvelles chansons, le Hardcore Troubadour et les Dukes dénichent des joyaux d’antan pour les marginaux américains.

****1/2


Pokey Lafarge: « Rock Bottom Rhapsody »

11 avril 2020

Une brève et charmante rhapsodie classique ouvre le dernier album de Pokey LaFarge, créant une ambiance calme avant qu’il ne se laisse aller avec un « End of my Rope », qui fait la navette dans son style Americana plus familier. Ce morceau vivant et dansant est accrocheur et immédiatement sympathique, avant qu’un piano honky tonk plus bluesy ne conduise à « Fuck Me Up ».

Ce dernier titre a apparemment été écrit avant que LaFarge n’atteigne un moment décisif de sa vie qui semble avoir tourné au pire. Il a écrit cette chanson d’autodestruction et il admet volontiers : « J’ai écrit ce disque avant la chute de la grâce, et il a ensuite été enregistré après la chute de la grâce. Vous voyez donc comme cela peut être étrange ! Ce que je recherchais, c’était la paix et l’humilité après un carnage, des choses que j’avais détruites, et – apparemment à l’époque – complètement détruites. J’essayais simplement de survivre ». (I wrote this record before the fall from grace, and then it was recorded after the fall from grace. So you see how that could be kind of odd! What I was searching for was peace and humility in the aftermath of carnage, of things I had wrecked, and — seemingly at the time — completely destroyed. I was just trying to survive.)

Après ce message destructeur, l’album passe à « Bluebird », une chanson inspirée par la boisson et la danse de LaFarge jusqu’aux petites heures du matin, éléments qui représentent certains des démons qui se sont emparés de lui. Si vos pieds ns’aoccient pas au tempo, vous n’êtes pas normal et manquez d’âme sur cette ode à une dame suite à une rencontre amoureuse.

Une courte reprise entraîne l’album avant « Lucky Sometimes », où une autre romance est évoquée dans cet air de salon où l’on peut l’imaginer appuyé contre un piano, un whisky à la main, une cigarette tombant des doigts rappelant sa chance de trouver un partenaire amoureux et célébrant le fait que « même les clochards ont parfois de la chance ». (even bums get lucky sometimes).

Le rythme de la musique s’accélère sur « Carry On » bien que l’ambiance ne soit pas au rendez-vous. Dans cette ballade rock’n’roll des années 50, Pokey réfléchit sombrement sur son destin.

La musique de Pokey LaFarge est fortement imprégnée de Saint-Louis et des vasières du Mississippi ; la guitare jazzy et tintante et les tambours battants abondent sur les morceaux suivants, bien que la reprise soit au rendez-vous sur « Just The Same »; la baisse est apparente avec « Storm A Comin » et « Ain’t Comin’ Home ».

Dans la dernière chanson, « Lost In The Crown », LaFarge déplore son anonymat dans la ville avant le dernier clou dans le cercueil alors qu’il touche le fond avec la dernière reprise de « Rock Bottom Finale ».

On peut espérer que sa renaissance personnelle se poursuivra, d’autant que la musique de Pokey LaFarge est très divertissante, parfois bonne à marquer son tempo du pied, parfois mélancolique. Une constante est que sa musique est toujours de haute qualiténonobstant le genre, courant ou style dans lequel elle s’inscrit.

***1/2


The Holy Flight: « The Holy Flight »

24 octobre 2019

The Holy Flight est le projet solo de Greg Costacurta, guitariste suisse ayant d’abord sévi dans l’indus-metal oppressant avant de venir s’installer en Allemagne où il livre ici un premier oups éponyme qui voit les machines et les distorsions volontairement mises de côté pour revenir d’abord à la guitare. Un peu de sonorités synthétiques traînent pour enrober le tout mais on se plonge désormais dans un opus de blues rock qui allie racines folk et électro.

Le disque va nous emmener dans un périple où guitare et voix se partagent la vedette sans que le rythme ne soit pour autant délaissé. L’ouverture, « The Bartender », est plutôt rugueuse avec une dynamique très rock, « The Lizard », qui suit, accentue la tendance d’une autre manière de par ses vocaux égossillés et un solo mordant.

La tonalité va s’adoucir par la suite sur des titres où en reconnaîtra sans peine l’influence de David Eugene Edwards (« Mr. Double », «  Appolonia »). À mi-chemin on trouvera la verve des séries unplugged avec un morceau comme « Life Has Been Taken » pour aboutir sur un The Holy Flight qui amalgame avec bonheur ses influences où il prpose une musique hybride, marquée par les sons actuels (les loops) et une approche qui demeure « roots » en faisant honneur aux origines du rock, le blues et le folk. Un opus non conventionnel qui s’appuie sur la tradition ; suffisamment original pour être loué.

***1/2


Brian Harnetty: « Shawnee, Ohio »

9 mai 2019

Brian Harnetty est un artiste pluridisciplinaire, dont le travail fait preuve d’un engagement social et politique remarquable, à l’image de son premier album Shawnee, Ohio, retraçant la vie d’une petite ville dans les Appalaches.

Alliant images, musique, field recordings et témoignages, l’artiste aux allures d’ethno-musicien, construit une histoire dont passé, présent et futur se voient enrôlés sous une même bannière, celle de femmes et d’hommes qui parlent du déclin de leur ville, après avoir connu une période de prospérité et activité débordante, durant l’exploitation du gaz et du charbon jusqu’au début des années 70.

Accompagné par Anna Roberts-Gevalt (Anna & Elizabeth) et Paul de Jong (The Books), Brian Harnetty dresse un portrait musicalo-géographique, d’une petite ville dévastée par l’usure du temps et le déclin écologique, ayant vu ses habitants la déserter pour partir vers des cieux plus cléments.

Shawnee, Ohio, bien qu’emprunt de mélancolie, est avant tout un document original retraçant avec tendresse, les derniers sursauts d’une commune vouée à disparaitre, happée par les forces vives de l’oubli.

***1/2


Howe Gelb: « Gathered »

5 avril 2019

Le dernier album de Giant Sand, Returns to Valley Of Rain, était excellent et avait permis de renouer le contact avec un Howe Gelb dont on s’était éloignés progressivement après son premier album de reprises, Cover Magazine. Ce n’est peut-être pas un hasard de fait si le regain d’intérêt se noue autour d’un morceau qui éclabousse de sa classe et de son élégance l’album tout entier et qui se trouve être une reprise de Leonard Cohen, « A Thousand Kisses Deep ». Gelb y est entouré de deux guitaristes espagnols et de M. Ward, qu’on retrouve sur d’autres morceaux, et réussit le hold-up parfait en restituant à la perfection l’ambiance feutrée et jazzy du morceau original.

Leonard Cohen s’impose du reste comme la figure paternelle et tutélaire qui plane sur Gathered, l’étalon-or avec lequel Gelb semble livrer combat. La voix de l’Américain est magnifique, chaude et basse comme il se doit. Ses modulations venues de l’Americana sont ici utilisées pour servir un propos majoritairement dowtempo, le discours d’un crooner de bar apaisé et mature, souvent nimbé dans un écrin mi-jazz, mi-country blues parfaitement restitué. Avec Giant Sand, Gelb n’a eu de cesse d’explorer ce territoire source du rock américain mais il n’était jamais allé aussi loin dans le dénuement instrumental et acoustique. Si l’on fait abstraction, tempo au ralenti oblige, de l’ennui et du manque d’exaltation qui peuvent nous gagner parfois au fil des quinze morceaux, Gathered est un petit disque classique qui a tout d’un grand. Les compositions originales sont irréprochables et les quelques reprises à l’image du morceau de Cohen ou de « Moonriver », que Gelb entonne avec sa fille, viennent dynamiser l’ensemble. Il y a des titres passe-partout mais précis et précieux à l’image de l’ouverture impeccable, « On The Fence », ou du remarquable « All You Need To Know » que n’aurait pas renié Tav Falco ; des interludes incroyables d’une minute comme le chouette instrumental « Open Road » et des collaborations inattendues que sont « Not The End of The World » où l’on retrouve une Anna Karina aussi mythique qu’en fin de cycle. L’album a été enregistré en itinérance, majoritairement en Europe. Il renvoie à un cycle de rencontres musicales et humaines qui donne patine et rondeur un brin surjoués au disque.

Il ne faut pas avoir peur de se plonger dans des morceaux en apparence plus arides et moins originaux qui prennent tout leur sens dans l’enchaînement des titres et des ambiances. « Give It Up » est une courte chanson qui aurait pu être écrite il y a 10 ou 50 ans, « Flyin Off The Rails » n’est pas tape à l’œil mais c’est un morceau solide et qui traduit toute la sincérité et l’intimité du propos. En jouant ainsi avec les formes classiques du rock américain, Gelb exprime à merveille sa mélancolie d’homme vieillissant, il exprime la lassitude des déplacements et ce vieil espoir d’être récompensé quand viendra la fin de l’errance. On ne pourra pas s’empêcher de comparer la figure du cowboy solitaire et celle du vieux rockeur indépendant. Ce sont deux personnages qui s’abreuvent aux mêmes sources et qui, bien qu’en transhumance, portent leur monde sur eux. Les femmes sont laissées derrière et constituent une promesse pour demain. Le succès et la revanche ne sont plus des attributs suffisants pour créer le mouvement, si bien qu’on se tient de plus en plus souvent enfermé, en liberté, dans un univers de solitude et de souvenirs ressassés.

Les instants de calme et de réconfort, comme sur le sensuel « Presomptuous » partagé avec la chanteuse Kira Skov, masquent mal les moments où seul le cours de l’histoire et la nécessité de continuer tiennent le chanteur et l’homme en un seul morceau. Il y a une tristesse capiteuse qui se dégage de ce Gathered en forme d’assemblée de la dernière chance et qui court jusqu’au dernier morceau un brin désespéré qu’est « Steadfast ». Gelb y parle de la chute du World Trade Center et de la disparition de la vieille américaine. C’est comme la série American Gods (et mieux le roman de Neil Gaiman dont elle est tirée), un passage de relais qui, au lieu de se faire dans la guerre et la violence, se joue sur un tapis de larmes, quelques regrets et en baissant les bras. La plus belle chanson du disque, « The Park At Dark, » est peut-être bien la plus triste. C’est une affaire de goût mais elle vaut le détour. L’Amérique dans une nutshell comme on dit. Gathered est un chouette album. Il ne faut pas compter dessus pour se remonter le moral ou se donner de l’énergie. C’est un beau disque, en revanche, pour sombrer et se souvenir de ce qui a disparu et ne reviendra jamais.

****1/2


Jayle Jayle: « No Trail and Other Unholy Paths »

15 décembre 2018

Jaye Jayle est une surprise savoureuse avec un deuxième album intitulé No Trail and Other Unholy Paths. Le quatuor de Louisville nous plonge dans l’austérité et la noirceur d’une americana minimaliste, portée par les incantations mystiques d’Evan Patterson. Jaye Jayle s’était déjà illustré en 2016 avec House Cricks and Other Excuses to Get Out et en 2017 avec un split album, qui n’était pas passé totalement inaperçu, en compagnie d’Emma Ruth Rundle, The Time Between Us.

Adepte du « less is more », Jaye Jayle épure toute complexité, en déconstruisant chaque composition pour n’en retenir que la plus subtile essence, afin de nous accompagner sur les chemins d’une transe chamanique ; un peu comme si nous étions transportés autour d’un grand feu, illuminant la nuit, dans une forêt noire, effrayante et aux présences menaçantes. Sur « No Trail: Path Two », la voix d’Evan Patterson fait écho de toute sa pesanteur, à celle d’Emma Ruth Rundle, perçant les ténèbres d’une longue complainte ambient. Le duo est étrangement comparable à celui de Mark Lanegan / Isobel Campbell, puisque le timbre de voix caverneux des chanteurs se ressemble.

Plus loin, « Ode to Betsy » s’avère être le morceau le plus addictif avec son mélange des genres entre drone et blues, où l’omniprésence d’une basse ronflante s’épanouie sur des plages de synthés lancinantes. Ces sonorités synthétiques mettent en mouvement toute la magie d’un titre comme « Cemetery Rain », dont la puissance mélodique semble éclore dans un final extasié.

Jaye Jayle s’efforce de déployer des ambiances spectrales, comme sur « As Soon As Night », dont se dégage un appel à la rédemption tandis que les guitares s’embrasent. Sur « Accepting », la répétition d’un refrain équivoque (« If I had a needle… ») vire à l’obsession, tandis que des cuivres font dérailler l’ambiance légère et brinquebalante qui pouvait régner en introduction. Enfin, ce deuxième album se conclue par l’orageux Low Again Street » dont la progression dessine les contours d’un chemin sans espoir ; un « road-album » gothique dans toute sa vénéneuse splendeur.

****


The Skiffle Players: « Skiff »

12 décembre 2018

The Skiffle Players ce ne sont ni plus ni moins que Cass MacCombs, Neal Casal et autres acolytes qui ont formé ici une sorte de super-groupe americana. Leur premier opus atait intitulé Skifflin ; ils récidivent ici avec un Skiff qui, de près ou de loin, et son successeur.

Une fois de plus en effet, on retrouve leur indie folk teinté d’alternative country de blues-rock et de bluegrass habillant treize morceaux riches en émotions fortes. Ainsi, The Skiffle Players qui ne compte aucun réel leader s’allie parfaitement sur des morceaux toujours aussi acoustiques comme « Cara », « Herbamera et « Wham! ».

Lorsque Cass McCombs n’est pas trop occupé à tacler la justice américaine sur « The Law Offices of Dewey, Cheatum, and Howe » ou le quotidien de la Bay Area sur « Oakland

Scottish Ritz Temple », sa plume reste toujours aussi authentique et touchante plus que tout. Skiff est un disque résolument acoustique et on se laisse emporter par des ritournelles omme « Los Angeles Alleyway », « Harsh Toke » ou encore « Santa Fe » nous donnant envie d’emprunter la route 66 et de rouler au plus loin. Avec Skiff, The Skiffle Players reste au top de sa créativité même si il évolue dans un idiome déjà bien restreint.

***1/2


Soltero: « Western Medicine Blues »

4 novembre 2018

Western Medicine Blues est le huitième album de Tim Howard sorte de homme-orchestre qui a pour nom d’artiste Soltero. C’est également le premier opus à sortir en version physique et non dématérialisée.

On se retrouvera ici se retrouvera dans des morceaux nourris à l’ « americana » et à ces cuivres ou instruments brinquebalants sui évoqueront westerns ou climats à la Calexico.

La guitare est, le plus souvent, prise en mode « twang » et les cuivres de « The Mango Song » ou les orgues en mode onirique (« Wisterians ») apporteront humeurs fantomatiques, qu’elles soient ancrées dans le sable et la rocaille ou en réverbérations moins tangibles.

Il faudra ainsi prendre le srythme de ces morceaux lents et longs qui effleurent plutôt qu’ils ne criblent les oreilles (« Natural Condition » « New Revelations ») quand le lancinant devient imparable, quand les voix qui déraillent se nimbent de sophistication et ou la mélancolie est apaisée et génératrice de magnificence

***1/2


Mutuel Benefit: « Thunder Follows The Light »

30 septembre 2018

Cela fait deux ans que John Lee a sorti son « debut album » Skip A Sinking Stone. C’était un disque à la beauté festoyante mais une joliesse délivrée avec retenue. Lee est de retour sous le nom de Mutuel Benefit, un ensemble où il est escorté d’une flopée de musiciens et l’ambition de sortir un opus encore plus ambitieux, tout en restant dans le registre de l’intimité.

Thunder Follows The Light mêle toujours Americana folk, instrumentations orchestrales et tonalités électroniques prodiguant une toile de fond sonique. Les thèmes demeurent toujours identiques ; l’amour, la perte la mort et la renaissance. Celle-ci s’exemplifiera par le schéma typique qu’est la destruction du monde externe et sa résurgence dans un autre univers plus intérieur.

Le titres reprennent ce « road album » émotionnel ; « Waves Breaking » et « Montain Shadow ». Le premier est construit sur une guitare nonchalante qui sonne peu à peu suite à un saxophone qui s’enflera et sera accompagné d’un piano et de percussions, le tout bâti en crescendo.

C’est là que l’on s’aperçoit en quoi le travail de John Lee a pris ampleur et souveraineté. Cette emprise sur le répertoire et les arrangements lui permet d’édifier quelque chose d’impérieux rendant somme toute logique la suite d’accords accrocheurs qui nourrira un « Mountain Shadow » où la steel guitar et l’électronique en filigrane feront ménage idéal.

Thunder Follows the Light est un opus qu’il faut prendre en pleine figure dont la délicatesse a besoin d’être réévaluée. Il conviendra de creuser sous la surface éthérée pour laisser l’album prendre vie et chair et gratifier celui qui aura la patience de s’y immerger.

***1/2