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Nivhek: « After its own Death / Walking in Spiral towards the House »

Dans le cadre de son projet nommé Grouper,l’artiste Liz Harris privilégie toujours les sonorités abstraites (drones, bruit blanc, etc.), malgré l’utilisation d’instruments dits « organiques ». Certains spécialistes n’hésitent pas à classer sa musique dans une sorte de folk atmosphérique. Une chose est sûre, les albums de Harris sont souvent sombres et émouvants, toujours présentés dans un enrobage aérien pleinement assumé. En plus d’être une musicienne douée, elle est aussi une artiste visuelle respectée par ses pairs; une créatrice dans l’âme.

Sous le nom de Grouper, elle nous a proposé quelques bons albums au cours des dernières années : The Man Who Died In His Boat (2013), Ruins (2014) et le fort réussi Grid of Points (2018), pour ne nommer que ceux-là. En pleine grisaille hivernale de février, Harris était de retour – sous le nom de Nivhek– avec un nouvel album intitulé After its own Death / Walking in spiral towards the House. Ce projet parallèle a été enregistré en partie dans les Açores, mais majoritairement à Mourmansk, en Russie septentrionale, à l’occasion d’une résidence où Harris était invitée.

Résolument ancré dans la musique ambiante et expérimentale, cette création aurait pu verser dans une imbuvable prétention, mais au contraire, ce disque est tout simplement magnifique. Harris délaisse donc momentanément son folk immatériel, pour s’engouffrer dans une musique céleste, quasi spirituelle/religieuse. Un disque qui inspire la rêverie plutôt que la peur.

La première partie de l’album, intitulée After its Own Death, est divisée en deux actes et s’ouvre sur une superposition vocale presque monastique. Par moments, des cassures sonores surviennent et on pense rapidement à l’œuvre de Tim Hecker, mais en moins volcanique.

Dans la deuxième partie (Walking in Spiral towards the House), Harris est accompagné par Michael Morley (The Dead C). Parfois, on peut y déceler en fond sonore une guitare spleenétique, un peu de « field recording » et quelques dialogues à peine perceptibles. D’une durée de 21 minutes, l’auditeur sera plongé dans une pièce qui ne peut qu’être une référence au trépas; ce dernier moment où l’âme s’élève… ou pas. Paradoxalement, ce segment nous semble plus lumineux. L’utilisation subtile d’un mellotron confère à cette partie une aura plus éclatante.

Mais ce qui fait la force de ce disque, c’est la cohérence des deux pièces proposées. L’intention artistique est claire. Le voyage intemporel est totalement réussi. Harris réussit à se réinventer sans se dénaturer…

Un disque à écouter en mode recueillement ou tout simplement pour avoir la sainte paix…

****1/2

8 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Deru: « Torn In Two »

Le précédent opus de Deru, 1979, sorti il y a deux ans était passé inaperçu ; ça ne semble pas avoir donné matière à doute du côté de Benjamin Wynn qui officie toujours sous le même nom d’artiste pour annoncer Torn In Two, disque qui reprend la même thématique noire que celle de l’album précédent.

Torn In Two, en l’exemple, renoue en effet avec le cauchemar éveillé electro-ambiant et ses excursions noisy. Deru a, entre-temps, travaillé sur la bande-son d’une série ; bossé pour la bande originale d’une série ; on comprendra que sa musique soit hautement évocatrice peuplée qu’elle est de choses irréelles, inquiétantes, extra-humaines.

Le Californien se dirige de plus en plus vers le côté abstrait comme source d’inspiration et les tonalités drones prennent, d’ailleurs, de plus en plus le pas sur l’electro-ambient. Le climat généré est celui d’une dystopie d’où l’homme a comme disparu. Priorité est donnée aux climats, abstraction est faite de toute notion de rythme ou de groove. Torn In Two ne sera donc pas un album de réconciliation ou d’apaisement mais on y trouvera, en revanche, quelques petites gerbes de néo-classiques obscur (« All the Kings Men » ou « Pyre »). Que cela cela permette de promener un regard désabusé et mélancolique prouvera qu’il est possible qu’équilibre soit maintenu entre suggestivité fluide et opacité saccadée.

***1/2

21 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Geir Sundstøl: « Brødløs »

Deux ans après Langen Ro, Geir Sundstøl qui, profitant toujours de la richesse de la structure norvégienne à laquelle il appartient, a choisi de s’entourer à nouveau de nombreux invités et élargir sa palette à des musiciens et compositeurs anglo-saxons.

Par rapport à l’effort précédent, l’aspect jazz semble ici renforcé, notamment par la présence de la trompette de Nils Petter Molvær, propre à apporter une ampleur supplémentaire (comme sur « Leben » ou »Kraag »), à la basse à six cordes de Jo Berger Myhre ou au xylophone d’Erland Dahlen (« Blunder) ». Si la volonté de jouer sur les « grands espaces », voire la dimension « cinématographique », qu’appellent évidemment de tels truchements, peut paraître un peu forcée et cliché, la cohérence du propos de Geir Sundstøl joue en sa faveur, à partir du moment où le Norvégien est coutumier de ce mariage entre jazz et blues, voire entre une forme de musique ambient et blues.

Dans ce contexte, retrouver, au milieu du disque, une reprise du « Warszawa » de David Bowie n’est pas forcément surprenant de par son caractère quasi-instrumental et la conjonction synthétiseurs et vocalises. Ici, ce titre se trouve croisé avec une relecture de l’« Alabama » de John Coltrane, dans une hybridation habile qui permet à Sundstøl de s’inscrire dans les pas de musiciens ayant parvenu à conjuguer expérimentations et large reconnaissance.

Pris dans les volutes et slides lascifs des différentes guitares utilisées, l’auditeur ne pourra donc que regretter la relative brièveté de l’album (huit morceaux pour trente-six minutes) et être incité à, très vite, reprendre le disque dès son début.

***1/2

20 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Alina Kalancea: « The 5th Apple »

Le premier album d’Alina Kalancea, The 5th Apple, est une expérience forte de par sa puissance d’envoutement, équivalent d’un voyage vénéneux dans des profondeurs troublantes, gorgées de basses accueillantes et de froideurs hypnotiques.

Alina Kalancea propose un univers d’une intensité sinueuse, construit à coups de strates en apesanteur et de couches fragiles aux subtilités superposées.

The 5th Apple prend aux tripes et joue avec les sensations, faisant flotter des mots récités avec parcimonie, nous transportant du coté d’un fantastique invisible au contact permanent avec nos peurs et nos perceptions. C’est un opus qui revisite avec virtuosité les plages d’un ambient déviant à la beauté troublante.

Composé comme une succession de tableaux cinématographiques, The 5th Apple s’écoute comme un film de l’intérieur, bousculant minutieusement les codes pour les déplacer hors des frontières, dessinant les contours d’un univers singulier à l’intensité ensorcelante. Un disque dans lequl il convient de mordre.

***1/2

31 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Elysian Fields: « Pink Air »

La voix sensuelle de Jennifer Charles fait toujours son petit effet dans les albums de Elysian Fields et ce Pink Air s’écoutera encore avec plaisir.

Foin des ambiances intimistes et jazzy de Ghosts of No leur précédent album, le duo renoue avec son rock mid tempo porté par la voix charmeuse et sensuelle de Jennifer Charles. À nouveau les ambiances indie rock sombres veillent sur nos oreilles ; un « Storm Cellar » pétri de distinction, « Beyond The Horizon » et « Tidal Wave » qui, eux aussi, se nourrissent aux mêmes venins.

Ceux-ci se font même plus affirmés et abrasifs sur « Karen 25 », « Philistine Jacknife » ou autres « Dispossessed ». On découvre alors ici des climats de plus en plus teintés de viscosité avec des schéma gorgés de plombs et de distorsion comme si Charles et Oren Bloedow souhaitaient s’aventurer dans les tréfonds du sludge metal.

Elysian Fields n’ont pas abandonné les plaisirs troubles ; il en utilisent simplement des nouvelles facettes.« Household Gods » et « Knights Of The White Carnation » font passer lun même message nourri, cette fois-ci, aux sources d’une véhémence plus débridée

***1/2.

 

 

12 octobre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Tracey Thorn: « Songs from The Falling »

Tracey Thorn avait formé le duo Everything But The Girl avant s’orienter vers une carrière solo de moins indie et plus axée sur la musique club. Récemment elle avait exprimé son admiration pour la documentariste Carol Morley qui l’a alors approchée lors d’une signature de son livre autobiographique Bedsit Disco Queen: How I Grew Up and Tried to Be a Pop Star.

Cela leur donna l’occasion de collaborer à The Falling pour lequel Thorn retrouva quelques anciennes compositions datant de sa période avec Marine Girls.

L’enregistrement compte huit morceaux, tous succincts et calmes, avec des instruments tels le triangle, la flûte et le bloc de bois tous utilisé dans certaines scènes du film. Comme sur se premières œuvres, les titres sont simples et d’humeur downtempo. On se retrouve ainsi parfois au bord du maussade mais ce climat convient parfaitement à l’atmosphère du film. Dans la mesure où les textes sont plus qu’un recyclage littéral du script.

**1/2

10 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

HAERTS: « HAERTS »

Il y a environ deux ans, HAERTS nous avait ravi avec un « single », « Wings », dont le feu doux faisait émerger des vocaux élégiaques, des espaces grand ouverts et des vagues résolues qui annonçaient ce qui allait constituer leur son sur un EP, Hemiplegia, dont les humeurs subtilement changeantes préfiguraient à leur tour ce que leur album éponyme allait recéler.

Sous l’oeil attentif du producteur Jean Philip Grobler (alias St. Lucia) le combo allemand/brooklynien a créé une disque à la suave complexité qui, non seulement scintille et nous fait partager une euphorie pure, mais touche également des rivages dont le noyau demeure la fragilité.

Les vocaux satinés de Nini Fabi ont la capacité de vous envelopper dans des tonalités apaisantes (par exemple sur une ballade qui doit beaucoup aux 80’s « Call My Name » ou l’héritage folk sur « Lights Out ») mais aussi de distiller en vous un sens d’incivilité ampoulé comme sur le titre d’ouverture, « Heart » qui est le summum de la dream pop à son plus sauvage ou un « Giving Up » qui est tout sauf un renoncement.

Tout ne repose pas pour autant sur la voix de caméléon de Fabi. On se doi de louer l’interaction du groupe avec le monde qui l’entoure ; les resplendissants synthés aux touches parfois endeuillées de Ben Gerbert, les accroches impressionnantes venues de la basse de Derk McWilliams, les douces montées ondulantes naissant de la guitare de Garrett Ienner et les arrangements parfaitement dosés de St. Lucia.

Comme toutes les affaires qui ont trait au coeur humain, HAERTS parle de cet univers nuancé qui git sous la surface brillante et trompeusement uniforme de la réalité. C’est cette combinaison d’harmonies mélodiques et organiques à la fois couplée à ses inclinaisons vers l’expérimental et l’ambient qui leur permettent de capter notre oreille et notre coeur.

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3 décembre 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire