Steve Earle & The Dukes: « J.T. »

9 janvier 2021

Il est incontestable que la circonstance la plus tragique qu’un parent puisse rencontrer est la mort d’un enfant. Lorsque le fils de Steve Earle, Justin Townes Earle, est mort il y a quelques mois de ce que l’on croit maintenant être une overdose de drogue, cela a dû être particulièrement douloureux pour l’aîné, surtout si l’on tient compte du fait que les deux avaient été séparés pendant une grande partie de la vie de son fils. Pendant une brève période à l’aube de sa carrière musicale, Justin a fait un apprentissage dans le groupe de son père avant d’être expulsé après que ses problèmes de drogue se soient aggravés au point qu’il ne pouvait plus exercer efficacement son métier.

Avec le temps, il en est arrivé à un point où le père et le fils se reconnaissaient à peine et où ils passaient souvent comme deux navires dans la nuit lorsqu’ils partageaient le même lieu. Mais ces dernières années, la relation s’est améliorée au point de se réconcilier. Townes avait, à cetégard, reconnu que les deux avaient comblé leur fossé, du moins jusqu’à un certain point mais qu’il était inévitable que perduraient encore un certain conflit de personnalités.

Compte tenu de cette proposition problématique, il est également inévitable que la mort de son fils entraîne une réaction émotionnelle variée. Le chagrin est indéniable, mais avec J.T., le nouvel album d’Earle qui se compose principalement d’originaux de Justin (à l’exception de la dernière chanson, « Last Words », écrite par l’aîné Earle en guise d’adieu final), l’ambiance est étonnamment optimiste.

Accompagné comme toujours par son ancien groupe de choristes, les Dukes, Earle met l’accent sur une énergie et un enthousiasme qui démentent tout sentiment de tristesse et de désespoir. C’est particulièrement évident dans des sélections aussi tapageuses et turbulentes que « I Don’t Care », « Maria », « They Killed John Henry » et « Harlem River Blues », qui se présentent toutes comme des sortes dodes interprétées par de joyeux lurons, avides mais sans prétention. Il faut attribuer aux Dukes le mérite d’avoir fourni cette propulsion et, on peut le supposer, le soulagement thérapeutique nécessaire pour donner à Earle l’élan nécessaire à la réalisation du projet.

Cela dit, J.T. n’est pas sans avoir nous offrir des moments plus sombres. Le sombre effet de drone qui accompagne « Far Away in Another Town » et les regrets et remords que l’on retrouve dans la tristement prophétique « Turn Out My Lights », « Je te vois en rêve » (I can see you in my dreams,) soulignent le trouble et l’agitation auxquels J.T. a dû faire face trop souvent, tant sur le plan personnel que professionnel. Il ne reste plus qu’à la coda de clôture « Last Words » pour qu’Earle exprime pleinement la perte et le désir qui lui restent après la mort de son fils.

« J’étais là quand tu es né », chante-t-il tristement. Les derniers mots de moi étaient « Je t’aime aussi ». Il continue en déplorant la confusion et le conflit qui ont inévitablement fait des ravages : « Je ne sais pas pourquoi tu as tant souffert. Je sais juste que tu l’as fait et je me sens si triste… Tu m’as fait rire et pleurer… Je t’ai aimé toute ta vie » (I don’t know why you hurt so bad. I just know you did and I feel so sad…You made me laugh and made me cry…I loved you for all your life.).

En effet, le chagrin d’amour est supportable et on ne peut s’empêcher d’être ému à la fois par la confession et la franchise. Ici en tout cas, la bouleversant n’est pmanifestation dont on peut douter de la véracité.

***1/2


Spindrift: « Ghost of the West »

19 novembre 2013
Regarder vers le passé pour explorer ses racines prend souvent l’allure d’’un voyage introspectif autant que musical. Spindriftest un groupe de spaghetti-western psychédélique qui s’est inspiré de son « Ghost Town Tour » de 2012 au travers de villes fantômes de l’Ouest des États-Unis où ses reprises de chansons de l’ère des cow-boys ont inspiré cet album qui est également la bande-son du film documentant cette tournée.

Le groupe est avant tout une vision (un fantasme?) que Kirkpatirck Thomas se fait du « old West ». Il s’est aidé de membres des Warlocks, de Psychic TV et du Brian Jonestown Massacre pour l’étayer. L’album va ainsi mêler le nostalgique et le contemporain ; chaque composition constituant le chapite différent d’un conte narré par un héros de western archétypal.

La production de Ghost of the West est délicate et vive, créant des paysages sonores irréels qui font comme vous transporter alors que vous semblez assis sur une selle. Un sens d’appartenance à cette terre désertique vous y associe, ainsi qu’aux personnes qui y ont travaillé, combattu, vécu et y sont morts.

La plupart des compositions ont été écrites voila plus de 50 ans mais Spindrift parvient à leur donner une tonalité actuelle exaltante. Celle-ci est chaude tout en parvenant à vous faire frissonner, l’orchestration est superbe avec une instrumentation qui utilise toute la largesse du spectre des fréquences musicales. La ré-interprétation de classiques prend alors une saveur nouvelle, témoins « The Matador & The Fuzz » hymne épique à la corrida amalmnt guitare espagnole racée et implacabilité d’une pédale fuzz ou « Mudhead » un hallucinant

interlude de jazz manouche évoquant un Django Reinhardt qui serait époulé par une contrebasse. « Paniolos on the Range » rappelera, lui, Lee Baxter et « Ghosts Go West » sonnera comme une étrange reprise qui invoquerait les esprits d’un saloon hanté.

Ghost of the West se voulait un disque cinématographique ainsi qu’une bande-son. Quel que soit le contexte dans lequel il sera écouté, la réussite sera indéniable.

★★★½☆