Wolf Alice: « Blue Weekend »

5 juin 2021

Avec leur premier album, My Love Is Cool, Wolf Alice a réussi à capturer l’éclair dans une bouteille. Faisant écho au zeitgeist de la scène indé du milieu des années 2010, couverte de paillettes, tout en ayant le sérieux nécessaire pour impressionner les critiques de l’industrie, ils se sont toujours sentis comme des outsiders… mais tout juste. Aujourd’hui, Wolf Alice réapparaît pour son troisième album – un disque élogieux où la guitariste et chanteuse Ellie Rowsell assume son identité sans remettre en question le potentiel du groupe.

Mélangeant d’opulentes ballades au piano, un alt-rock effréné et d’élégants arrangements choraux, Blue Weekend conserve l’imprévisibilité sonore qui rend leur catalogue si époustouflant, sauf que les enjeux sont désormais incroyablement élevés. Qu’il s’agisse d’occuper ses pensées entre les couplets déséquilibrés de « Smile » ou de chantonner dans son registre grave sur « The Last Man On Earth », Rowsell personnalise Blue Weekend pour dépeindre la force et le réconfort dans la vulnérabilité.

Après avoir travaillé avec Markus Dravs, le producteur d’Arcade Fire et de Mumford & Sons, Wolf Alice a créé un son qui semble facile à écouter au début, mais qui se révèle ensuite être une véritable tourmente émotionnelle. C’est ce que l’on ressent sur le deuxième titre de Blue Weekend, « Delicious Things ». Ellie réfléchit à la vie à L.A. sur fond de mélodies expansives et de monologues internes chuchotés de son récit à la première personne avec des opportunistes sordides et des indulgences. Les yeux écarquillés, elle chante l’anxiété sociale et le mal du pays tout en étant naïvement hypnotisée par les opportunités : « Une fille comme moi, le croiriez-vous, je suis à Los Angeles » (A girl like me, would you believe, I’m in Los Angeles).

Plein de fioritures des années 80, « How Do I Make It OK » pimentera la voix de Rowsell d’un degré croissant de désespoir alors qu’elle braille à plusieurs reprises « Je veux juste que tu sois heureuse » (I just want you to be happt). Pourtant, malgré toute sa mélancolie, Blue Weekend n’est jamais pessimiste – l’instrumental se transforme en une séquence survoltée où Joff, Theo et Joel rivalisent pour se faire entendre avec juste ce qu’il faut de circonvolution.

Blue Weekend, complété par les morceaux jumeaux « The Beach » et « The Beach II », présente Wolf Alice comme on ne l’a jamais entendu auparavant : en donnant la priorité aux sentiments sur l’intensité musicale. Avec une simplicité retrouvée, les changements dynamiques s’articulent autour de voix sérieuses et d’une écriture mature pour produire non seulement une réussite sonore mais aussi une réussite émotionnelle intime.

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Goat Girl: « On All Fours »

1 février 2021

Vous pouvez choisir deux voies lorsque vous favez réalisé des débuts aussi populaires et réussis que ceux de Goat Girl. Alors que certains peuvent essayer de réutiliser un peu plus de cette même magie initiale et se précipiter pour sortir une version façon portrait-robot dès que possible, d’autres prennent leur temps pour construire et grandir, expérimenter et s’élancer dans de nouvelles directions. De retour après près de trois ans, les Londoniens ont définitivement opté pour cette dernière. Aussi tendu et troublant à un moment donné qu’il est lisse et digne d’être dansé à l’instant suivant, c’est une évolution passionnante à tous points de vue.

Si leur premier album contenait des images vivantes du monde dans lequel vivait Goat Girl, On All Fours est comme la suite qui pousse la perspective encore plus loin, dans un sens un peu plus sombre. Ayant auparavant trouvé une inspiration lyrique dans la crasse et la saleté de la vie quotidienne, c’est maintenant le monde occidental tout entier qui tombe sous leur regard impassible. Pas tant de déformation irréversible alors, plus de cette peste qui s’abat sur nos jours. Les thèmes de l’embourgeoisement, des sans-abri, de l’anxiété, de la dépression, des dégâts et de la destruction causés par des générations de négationnisme climatique traversent chaque voie.

Dans les mains d’un groupe moins sûr, la lourdeur de ces énormes problèmes pourrait facilement submerger un disque, mais Goat Girl les porte avec une légèreté trompeuse sur un disque qui montre un saut stratosphérique dans le son.

Des titres comme « Jazz (In A Supermarket) », purement expérimental, évoluent vers des moments de groove béat qui demandent à danser, tandis que le cinglant « Badibaba » et le « single » « Sad Cowboy », une chanson qui ressemble de plus en plus à un moment décisif, mettent en avant un nouveau son de synthétiseur qui se marie parfaitement avec les éléments grungiers. Libre et souvent aussi décalé qu’excentrique, On All Fours est un disque qui ressemble par moments à un rêve de fièvre. Chaque émotion et chaque scène sont exacerbées, les sujets difficiles étant abordés de front avec un regard de défi sans cesse renouvelé. Bien qu’il ne soit peut-être pas aussi immédiat et aussi direct que le premier album, On All Fours est un opus qui frappe plus fort et qui a infiniment plus de poids derrière lui. Au moment où le luxuriant « A-Men » se profile et conclut l’album, le monde que Goat Girl a créé est à nouveau si évocateur et atmosphérique que beaucoup ne voudront pas le quitter.

***1/2


You Me At Six: « Suckapunch »

18 janvier 2021

Le groupe de rock You Me At Six sort son septième album studio, Suckapunch, et il est prêt à libérer votre alter ego du punk rock.  Cet album est, en effet, un véritable point d’orgue dans la carrière du combo car il jette un éclairage positif sur ce qui semble être une période continuellement morne grâce à ses morceaux énergiques et ininterrompus.

L’intro atmosphérique de « Nice To Me », qui donne le coup d’envoi de Suckapunch, vous transporte dans l’ambiance d’un concert où vous attendez que les membres de votre groupe préféré fassent une apparition. Les guitares et la batterie vous permettent d’anticiper avant que le chanteur Josh Franceschi ne se joigne à vous. Une chose que You Me At Six réussit à livrer en permanence, ce sont de gros refrains prêts à enflammer le feu qui sommeille en vous jusqu’à ce que vous vous retrouviez à crier et à vous bousculer sur chaque morceau, et cela (comme la plupart sur ce disque) n’est pas différent.

Bien sûr, avec de tels chorus et une instrumentation énergique, il est souhaitable que des pauses se produisent et dans cette toute première chanson, c’est exactement ce qu’ils réussissent à faire. Lorsque le morceau se reconstitue peu après, il est clair qu’ils sont toujours prêts à faire progresser leurs chansons, sans jamais laisser un morceau devenir répétitif et ennuyeux.

D’autre part, le groupe est également capable de descendre d’un cran et de créer une musique vulnérable mais belle.  « Beautiful Way » est un morceau magnifique qui compare une relation à la sensation d’être défoncé. « Glasgow », qui est le titre le plus long de l’album, parle également de la douleur et de la vulnérabilité d’une manière que chacun peut ressentir lorsqu’il perd un être cher. Cependant, dans le style authentique de YMAS, la chanson reprend et répète en quatre minutes environ les paroles de « Stitch Us Back Together », qui nous donne du pouvoir et nous unit en un seul morceau.

« WYDRN » et « Kill The Mood » ont des styles différents du reste car « WYDRN » contient du bruit électronique en fond qui est une touche nouvelle et intéressante tandis que Kill The Mood montre un côté différent du groupe.

Cet album, tout comme leur précédent, peut être vraiment remarquable. YMAS ne meurt jamais de choses à dire et c’est peut-être pour cela qu’il est l’un des seuls groupes de rock à être toujours aussi grand qu’il l’était à ses débuts. Si vous voulez quelque chose pour booster votre niveau d’énergie et vous sortir de votre torpeur pendant la période de confinement, alors cela vaut vraiment la peine de l’écouter.

***1/2


Tired Lion: « Breakfast For Pathetics »

1 décembre 2020

Pour les fans de ce comboalt-rock australien, la sortie de Breakfast For Pathetics est enfin terminée après une longue attente. Bien qu’il s’agisse du deuxième album studio de Tired Lion, c’est le premier à être sorti avec Sophie Hopes comme seule membre restante. Ne vous inquiétez pas ! Cette sensation de grunge, d’épopée et de guitare fougueuse qui a permis au groupe de prendre son envol est le moteur de l’album. Il est clair que Hopes peut tout clouer sur place ; c’est donc exactement ce qu’elle a fait.

Il y a toujours eu un sentiment de semi-nostalgie avec Tired Lion, mais Breakfast For Pathetics rappelle particulièrement la bande originale d’un film intemporel des années 90 – pensez à Ten Things I Hate About You ou Clueless. La vivacité d’esprit qui se dégage de ce disque est tout à fait contagieuse. C’est un album de rock très énergique qui vous donnera envie de crier et de hurler ; à l’exception de « Screw You, Man » le « closer » à combustion lente qui en est un surprenant point fort qui sere certainement un hymne pour tous ceux qui couvent cette années tempêtueuse qu’a été 2020.

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Narrow Head: « 12th House Rock »

14 septembre 2020

Le chanteur et guitariste de Narrow Head, Jacob Duarte, avait raison quand il disait : « Personne n’a plus de riffs ». La scène rock actuelle semble avoir peur d’essayer d’écrire des parties méchantes pour faire bouger les gens. Si l’on exclut le métal et le hardcore, on peut dire sans risque de se tromper que la musique rock axée sur les riffs n’a cessé de gagner en popularité depuis les années 90. Le concept de Narrow Head consiste essentiellement à faire revivre les meilleurs éléments de cette époque, avec une sensibilité moderne pour faire bonne mesure. Cet équilibre entre nostalgie et créativité a bien fonctionné pour les débuts du groupe en 2016, Satisfaction, et ce 12th House Rock va encore un peu plus loin dans cette approche. Rêveur et mélodique, mais lourd et monolithique, cet album conforte ainsi Narrow Head dans son rôle de digne gardien du riff.

L’ouverture « Yer’ Song » plaira à tous ceux qui regrettent l’âge d’or des groupes alternatifs lourds et flous comme Helmet et Deftones et la voix rêveuse de Duarte viendra compléter cette vibe immersive, développée sur le « single » « Stuttering Stanley ». Narrow Head nous ramène à l’époque où les groupes alimentaient les sillons des disques à travers un kaléidoscope pop et rêveur. Plus qu’un simple hommage aux Smashing Pumpkins, nos messieurss incarnent l’esprit créatif de l’alt-rock des années 90 avec une volonté d’élever des fondations simples avec des compositions qui font briller les étoiles dans nos yeux.

« Se réveiller maintenant est un tel ennui / Ne pas l’écraser et vous verrez » (Waking up now is such a bore/ Don’t crush it up and you’ll see) chante Duarte sur « Hard To Swallow » alors que le refrain écrasant et criard se noie dans une dépression demblalable à celle éprouvée par un junkie. L’ambiance grandiose et l’agressivité brute de Narrow Head se prolongent sur des morceaux plus rapides comme « Night Tryst ». Le chant de Duarte glisse sur la ligne de basse syncopée de Ryan Chavez, ajoutant de la sérénité aux rythmes explosifs du batteur Carson Wilcox.

Les racines de Narrow Head dans le hardcore donnent à 12th House Rock un son plus dur, mais ces éléments sont plus fondamentaux que le fait de n’occuper que le centre de la scène En réalité, il n’est pas exagéré de résumer des morceaux comme « Ponderosa Sun Club » à un shoegaze joué par des musiciens hardcore. Le groupe sait comment utiliser des instrumentations musculées dans un paysage sonore où tout devient facteur de combustion

Si l’on considère à quel point il doit être amusant de jammer sur le riff central de la chanson titre, il est dommage que cela semble se terminer avant de commencer. Le reste des chansons est bien développé, utilisant des houles dynamiques et des crescendos émotionnels. Le penchant de Narrow Head pour l’impact dévastateur permet au refrain crié et à l’effet de fond qui fait vaciller « Crankcase » de laisser une impression durable en moins de deux minutes. En revanche, « Wastrel » produit un effet similaire avec un chant réfléchi et une écriture de qualité à la guitare acoustique, sansse complaire dans le volume.

L’accalmie floue de « Nodding Off » montre à quel point ce groupe peut être nuancé sur un morceau qui s’incendie lentement alors que le guitariste William Menjivar et Duarte font plus que se doubler sur les mêmes idées. Le potentiel ambiant du groupe atteindra un point culminant lors de la dissonance de ce chant funèbre qu’est « Delano Door ». Poussé par les paroles glaciales et les mélodies de la chanteuse de Casual Hex, Erica Miller, le morceau montre la maîtrise de Narrow Head en matière de guitares, de batterie et de chant, qui en font les éléments de base de cathédrales sonores époustouflantes.

L’album a sa part de formidables murs sonores, mais il est toujours facile de distinguer les morceaux les uns des autres. « Emmadazey » et « Bulma » ne s’excusent pas pour leurs similitudes instrumentales, mais cela n’annule pas leur personnalité distincte. Il en va de même pour le chant de Duarte, qui conserve des mélodies inspirées dans sa prestation semblable à un drone vocal. Le morceau « Evangeline Dream », proche de huit minutes, donne à Narrow Head son véritable test à cet égard, car sa progression patiente fournit certaines des meilleures progressions d’accords et du travail principal du groupe.

Il faut un groupe spécial pour jouer une outro de trois minutes basée sur un motif sans devenir ennuyeux. Les membres du groupe abordent leurs instruments avec l’ingéniosité d’un producteur d’ambiance, mais les refrains pulvérisants l’emportent toujours. La mélodie angélique de Narrow Head et ses constructions audacieuses servent finalement la principale chose dont la musique rock a besoin en ce moment… des riffs, des riffs et encore des riffs.

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William Patrick Corgan: « Cottilions »

10 décembre 2019

William Patrick Corgan, le frontman de Smashing Pumpkins, a démontré il y a quelque temps que son identité musicale ne se limitait pas à faire des concerts de routine en tournées et, à diriger un groupe alt-rock.

Le musicien a passé environ trois semaines à voyager en Amérique centrale. L’idée derrière ce voyage était que, par la musique, il voulait s’immerger et renouer avec les gens et la culture des lieux qu’il fréquentait.

Habitué à jouer à l’intérieur, et se retrouvant presque toujours dans des espaces confinés, l’approche exploratoire choisie semble avoir été libératrice, productive et épanouissante. Cottilions représente les fruits ambitieux de ses aventures de voyage. C’est un album de substance, un récit authentique de ses expériences. Tout vient d’un lieu honnête et sincère, mais en comptant 17 titres au total et indépendamment de la qualité, on peut dire qu’il y a trop de matériel sur ce disque.

Cela dit, c’est un mélange fascinant. Les chansons sont crédibles, montrant des moments de souplesse, d’éclectisme, de curiosité, il y a un véritable intérêt pour les choses. Incorporant l’Americana, le bluegrass, le country et le folk, de nombreux terrains musicaux sont couverts, et ce, avec précision et soin.

Le titre d’ouverture, « To Scatter One’s Own » est une introduction impressionnante avant qu’on ne soit lancé dans « Hard Times », une chanson d’inspiration country qui aborde différents types de peurs tandis qu’un titre comme « Jubilee » changera entièrement le rythme avec ses tempos vibrants et ses sons de violonqui sont comme dansants.

L’intime « Fragile, The Spark » est signe d’un moment autonome où Corgan semble honorer vocalement son travail quotidien. Ce sera le moment le plus proche des Smashing Pumpkins du projet, et il est plus que possible de l’imaginer apparaître sur un des albums du groupe.

Ailleurs, l’effluve d’Americana jaillira sur des morceaux comme  « Faithlessess Darlin’ » ; c’est un moment lumineux et vibrant d’où surgira un titre de la nature « Colosseum » qui créera un contraste énorme avec cette chanson fortement menée par l’introspection et la réflexion. Il y a beaucoup de polyvalence instrumentale sur ce disque, avec la country qui se fera entendre sur « Buffalo Boys » avec ses guitares en acier, il célèbrera vriament cette idée. « Like Lambs » est un moment envoûtant au piano où le jeu subtil de la six cordes soutient des atmosphères mélancoliques et « Apologia » qui ressemble à Grace de Jeff Buckley en esprit, son et dimension permettra se cocher toutes les cases folk-rock.

Le concept de Cottilions mérite certainement quelques applaudissements. C’est un grand et courageux projet à entreprendre, et, plutôt que de décevoir ou d’échouer, il impressionne, et, dans certains endroits, il scintille.

***1/2


Cheshires: « Cheshires »

16 avril 2017

De Remy Zero, un groupe d’Alabama connu par son approche et ses textes ésotériques, est né Cheshires combo réunissant Shelby Tate (le vrai nom de Zero), Louis Schefano et Leslie Van Tresse pour un « debut album » qui sonne comme une extension de ce que fut RZ originalement.

Sur une douzaine de plages,Cheshires rassemble ainsi une collection de titres moroses dont l’élan est néanmoins bien plus extraverti que ce qu’on aurait pu attendre d’un trio.

La musique date un peu par moments avec des tonalités « home demo » mais, comme il arrive cycliquement qu’on se penche sur le passé, son parfum nostalgique ne devrait pas en souffrir. On voyage donc dans une resucée de Pavement ou Dinosaur Jr qui, faute d’être original, n’efface en rien le confort qu’on peut éprouver à l’écouter.

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The Cult: « Hidden City »

27 mars 2016

Hidden City est le dixième album dans la carrière de The Cult et le troisième d’une trilogie que nous propose désormais le combo après Born Into The City (2007) et Choice of Weapon (2012). Le noyau du groupe reste le vocaliste Ian Asbury et Billy Duffy à la six cordes. Bien qu’il y ait eu une pléthore dans son line-up depuis de nombreuses années The Cult ont toujours eu un don pour composer des titres iconiques comme « She Sells Sanctuary », « Love Removal Machine » ou « Spiritwalker ». Sur cet opus, ils sont fidèles à leur tradition de nous offrir quelques joyaux mais se révèlent aussi moins constants en matière d’inspiration et d’excellence.

L’entame se fait sur des percussions issues du Burundi (« Adam and the Ants » (sic!) pour se fondre dans un « Dark Energy » qui nous montre que Ashbury est toujours apte à évoquer son terrain de guerre indien habituel, les réserves Peaux Rouges (« tribes are all dancing »). Il continue donc à explorer cette spiritualité au travers de sa musique sachant que c’est au fil des années qu’on demeure en apprentissage et en découverte.

Hidden City,tout comme sa chanson titre, peuvent être ainsi comme une métaphore sur la vie spirituelle et la lumière qui sont à l’intérieur de nous , non la quête d’une validation externe mais plutôt d’une épiphanie qui serait sise au plus profond de chacun de nous. Ashbury nomme cela « l’individuation » et affirme que celle-ci est dotée de nombreuses strates.

Pour étayer cette démarche pour le moins absconse, Ashbury s’appuie, sursla section centrale du disque) sur une triplette de plages vigoureuses, « Hinterland » est un opus particulièrement frappant dans la façon dont il est construit et ses références à la lignement de notre planète qui se devrait être en phase avec le mouvement des autres. « G O A T (Greatest of All Time) » la partie la plus punchy du disque verra la chanteur pousser sa voix sur les registres les plus puissants possible avec Ashbury et Duffy décharger ses riffs de la manière la plus impitoyable dont il semble capable. Pour suivre, « Deeply Ordered Chaos » affiche un tempo plus lent mais tout aussi menaçant avec un Violence in my head I’m a European » qui font référence à l’assaut mené contre Paris et aux massacres en Syrie.

« Dance The Night » nous rappellera que tout ne doit pas donner sens et se vouloir profond tant il est possible de se satisfaire des éléments les plus dansants que la musique peurt nous apporter et « Avalanche of Light » est révélateur d’une tentative pas nécessairement vaine d’éclaircir un peu nos humeurs grâce à son chorus irrésistible.

Par moments pourtant la guitare et les percussions, toutes étincelantes qu’elles soient, ont tendance à shunter les vocaux et, conjuguées à quelques compositions qu’on pourra aisément oublier, font de Hidden City un opus qui tend à s’éterniser. Quand l’album se terminera sur une ballade, (« Sound and Fury »), on se dit que ça n’est pas vraiment pour cela qu’on a envie d’écouter The Cult.

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Kagoule: « URTH »

8 août 2015

Il y a beaucoup de caractère qui est en évidence dans ce « debut album » revigorant de de trio de Nottingham. Du caractère mais aussi un certain brio à s’emparer des cendres du rock alternatif US du début des années 90. La chose peut sembler facile mais lui redonner forme en mettant la barre plus haut que le simple copier-coller est lui donner une véritable identité, une nouvelle instance qui permet à Kagoule de se frayer une place hors de la masse.

De prime abord on aurait pu penser que c’était un combo qui ne faisait que ressasser les années de gloire du genre, mais, en partie grâce à leurs performances « live » ils ne peuvent être perçus comme les restes dépassés d’un style qui ne l’est pas moins.

Ainsi la clameur de « Adjust The Way » rappellera le Sebadoh abrasif et leur appétence pour une dynamique alternant la calme et le bruyant imprime une marque qui va bien au-delà de la simple imitation. Les harmonies mixtes de Cai Burns et Lucy Hatter accompagne un art de la composition consommé et une dynamique qui ne nous laisse pas en place.

URTH est un album frais et prenant ; il témoigne du fait que l’esprit rock and roll est toujours là.

***1/2


Eleventh Dream Day: « Works For Tomorrow »

26 juillet 2015

Treizième album pour ces vétérans de la scène indie mais doit-on reprocher à un groupe de 35 ans de continuer à être aussi bons ? Voilà un disque se hérisse de légèreté et d’idées et ils montrent que leur rock alternatif a su évoluer et garder de sa pertinence comme sur le titre d’ouverture, « Vanishing Point », qui pourrait en remontrer aux garnements de Parquet Courts.

Le combo comporte désormais cinq membres et le son des guitares n’en est que plus plein et excitant même si on pourra déplorer un « Snowblind » qui louche un peu trop du côté de Grace Slick. Pour le reste « Cheap Gasoline » et la chanson titre sont excellents et font ce qu’ils ont toujours su faire. En conclusion Works For Tomorrow reprend le travail là où il l’a laissé ; dans l’excellence.

***1/2