Cheshires: « Cheshires »

De Remy Zero, un groupe d’Alabama connu par son approche et ses textes ésotériques, est né Cheshires combo réunissant Shelby Tate (le vrai nom de Zero), Louis Schefano et Leslie Van Tresse pour un « debut album » qui sonne comme une extension de ce que fut RZ originalement.

Sur une douzaine de plages,Cheshires rassemble ainsi une collection de titres moroses dont l’élan est néanmoins bien plus extraverti que ce qu’on aurait pu attendre d’un trio.

La musique date un peu par moments avec des tonalités « home demo » mais, comme il arrive cycliquement qu’on se penche sur le passé, son parfum nostalgique ne devrait pas en souffrir. On voyage donc dans une resucée de Pavement ou Dinosaur Jr qui, faute d’être original, n’efface en rien le confort qu’on peut éprouver à l’écouter.

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The Cult: « Hidden City »

Hidden City est le dixième album dans la carrière de The Cult et le troisième d’une trilogie que nous propose désormais le combo après Born Into The City (2007) et Choice of Weapon (2012). Le noyau du groupe reste le vocaliste Ian Asbury et Billy Duffy à la six cordes. Bien qu’il y ait eu une pléthore dans son line-up depuis de nombreuses années The Cult ont toujours eu un don pour composer des titres iconiques comme « She Sells Sanctuary », « Love Removal Machine » ou « Spiritwalker ». Sur cet opus, ils sont fidèles à leur tradition de nous offrir quelques joyaux mais se révèlent aussi moins constants en matière d’inspiration et d’excellence.

L’entame se fait sur des percussions issues du Burundi (« Adam and the Ants » (sic!) pour se fondre dans un « Dark Energy » qui nous montre que Ashbury est toujours apte à évoquer son terrain de guerre indien habituel, les réserves Peaux Rouges (« tribes are all dancing »). Il continue donc à explorer cette spiritualité au travers de sa musique sachant que c’est au fil des années qu’on demeure en apprentissage et en découverte.

Hidden City,tout comme sa chanson titre, peuvent être ainsi comme une métaphore sur la vie spirituelle et la lumière qui sont à l’intérieur de nous , non la quête d’une validation externe mais plutôt d’une épiphanie qui serait sise au plus profond de chacun de nous. Ashbury nomme cela « l’individuation » et affirme que celle-ci est dotée de nombreuses strates.

Pour étayer cette démarche pour le moins absconse, Ashbury s’appuie, sursla section centrale du disque) sur une triplette de plages vigoureuses, « Hinterland » est un opus particulièrement frappant dans la façon dont il est construit et ses références à la lignement de notre planète qui se devrait être en phase avec le mouvement des autres. « G O A T (Greatest of All Time) » la partie la plus punchy du disque verra la chanteur pousser sa voix sur les registres les plus puissants possible avec Ashbury et Duffy décharger ses riffs de la manière la plus impitoyable dont il semble capable. Pour suivre, « Deeply Ordered Chaos » affiche un tempo plus lent mais tout aussi menaçant avec un Violence in my head I’m a European » qui font référence à l’assaut mené contre Paris et aux massacres en Syrie.

« Dance The Night » nous rappellera que tout ne doit pas donner sens et se vouloir profond tant il est possible de se satisfaire des éléments les plus dansants que la musique peurt nous apporter et « Avalanche of Light » est révélateur d’une tentative pas nécessairement vaine d’éclaircir un peu nos humeurs grâce à son chorus irrésistible.

Par moments pourtant la guitare et les percussions, toutes étincelantes qu’elles soient, ont tendance à shunter les vocaux et, conjuguées à quelques compositions qu’on pourra aisément oublier, font de Hidden City un opus qui tend à s’éterniser. Quand l’album se terminera sur une ballade, (« Sound and Fury »), on se dit que ça n’est pas vraiment pour cela qu’on a envie d’écouter The Cult.

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Kagoule: « URTH »

Il y a beaucoup de caractère qui est en évidence dans ce « debut album » revigorant de de trio de Nottingham. Du caractère mais aussi un certain brio à s’emparer des cendres du rock alternatif US du début des années 90. La chose peut sembler facile mais lui redonner forme en mettant la barre plus haut que le simple copier-coller est lui donner une véritable identité, une nouvelle instance qui permet à Kagoule de se frayer une place hors de la masse.

De prime abord on aurait pu penser que c’était un combo qui ne faisait que ressasser les années de gloire du genre, mais, en partie grâce à leurs performances « live » ils ne peuvent être perçus comme les restes dépassés d’un style qui ne l’est pas moins.

Ainsi la clameur de « Adjust The Way » rappellera le Sebadoh abrasif et leur appétence pour une dynamique alternant la calme et le bruyant imprime une marque qui va bien au-delà de la simple imitation. Les harmonies mixtes de Cai Burns et Lucy Hatter accompagne un art de la composition consommé et une dynamique qui ne nous laisse pas en place.

URTH est un album frais et prenant ; il témoigne du fait que l’esprit rock and roll est toujours là.

***1/2

Eleventh Dream Day: « Works For Tomorrow »

Treizième album pour ces vétérans de la scène indie mais doit-on reprocher à un groupe de 35 ans de continuer à être aussi bons ? Voilà un disque se hérisse de légèreté et d’idées et ils montrent que leur rock alternatif a su évoluer et garder de sa pertinence comme sur le titre d’ouverture, « Vanishing Point », qui pourrait en remontrer aux garnements de Parquet Courts.

Le combo comporte désormais cinq membres et le son des guitares n’en est que plus plein et excitant même si on pourra déplorer un « Snowblind » qui louche un peu trop du côté de Grace Slick. Pour le reste « Cheap Gasoline » et la chanson titre sont excellents et font ce qu’ils ont toujours su faire. En conclusion Works For Tomorrow reprend le travail là où il l’a laissé ; dans l’excellence.

***1/2

Veruca Salt: « Ghost Notes »

Ghost Notes est le premier album de Veruca Salt sous son lineup original depuis 1997. Le groupe s’est réuni voilà environ deux ans après une séparation acrimonieuse dont il semblerait qu’elle ne laisse plus de traces.

Le combo sonne en tout cas au mieux de sa forme ; entendons pas là aussi dur à cuire qu’il l’était à l’époque. Il n’y a, bien sûr, par de nouveaux trucs sous les manches de Nina Gordon et Louise Post mais on retrouve avec joie leurs accroches power pop toujours aussi fraîches, tout autant que celles des combos qui leur ont succédé depuis.

On a donc droit à de gros hymnes servis par des riffs imparables comme « Eyes On You », « Love You Less » ou « I’m Telling You Now », suffisamment de titres accrocheurs pour faire oublier que , sur les quatorze compositions, certaines auraient pu être mises de côté.

Ghost Notes prouve, en tout cas, que le temps n’a pas ramolli nos rockeuses et qu’il fait partie de ces « reunion records » qui ne font pas mentir les circonstances qui lui ont donné naissance.

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Mew: « – + – »

Mew est un groupe de alt-pop danois qui s’est fait connaître par un titre, « Frengers », et une voix propre à vous hanter, celle d’un Jonas Bjerre capable de vous emmener de manière veloutée en un monde spectral issu de nulle part.

Ce cinquième album repose sur à peu près les mêmes caractéristiques. Le combo a cette habileté innée à nous faire entrer de plain pied en un lieu faite de guitares bravaches et de climats impétueux. On retrouve cette éternelle sensibilité pop scandinave qui nous introduit immédiatement dans un univers d’émotion en mode shoegaze à traverser brumes et fjords.

Le disque compte 14 plages ce qui est un peu long quand on souhaite tutoyer l’onirique mais, grâce à Russell Lissack de Bloc Party, un peu de muscle sera injecté à une cadence souvent étale.

On retiendra « Witness », véritablement captivant, et « My Complications » qui parvient à nous secouer. Ce dernier marqueur, plus vigoureux, sera signe qu’élégance n’est pas tributaire de tempo.

***1/2

Medicine: « Home Everywhere »

Durant un bref moment le Medicine de Brad Laner a semblé encapsuler les années 90 puisque d’abord signé chez Creation puis chez American Recordings du légendaire Rick Rubin. Son répertoire était shoegaze et dream pop et un des ses titres a même fait une apparition dans le film noir The Crow ayant pour vedette Elizabeth Fraser des Cocteau Twins.

Medicine s’est ensuite séparé puis regroupé à nouveau. Ses deux premiers albums (comme ceux de Tame Impala entre autres ont bénéficié d’une réédition et nous ont refait bénéficié de de ce rock aux mélodies tachetées et aux guitares en feedback en vogue au début du alt-rock des 90s.

Sur ce nouveau disque après 18 ans, le combo est désormais un trio avec Laner, Elizabeth Thompson et Jim Goodall et, après plusieurs concerts, il nous sort un Home Everywhere dans lequel la première impression est que le bruit qui définissait leur répertoire est toujours là, intact après deux décennies.Il n’est que d’écouter pour cela la manières dont les guitares prennent vie en rugissant sur « Move Along – Down The Road » pour s’en rendre compte.

Medicine, pourtant est également capable de laisser ce bruit tourbillonner légèrement et de le mouvoir aux franges de la pop à des instants inattendus. Le jubilant titre d’ouverture « The Reclaimed Girl » voit ses six cordes scintiller d’éclairs au milieu d’un piano avant de se répandre en white noise à son apogée.

De la même manière un titre lent et mené au piano comme « It’s All About Youé » va laisser le fuzz enter en déflagration pour permettre à la composition de passer à une vitesse supérieure alors que, quelque part, le drone un trombone est jeté dans le mix comme dans une fosse aux lions.

La chanson titre, une suite de onze minutes, verra la trie s’aventurer dans la musique la plus ambitieuse jamais commis. « Home Everywhere » contient des références à Big Star ainsi qu’à des cadences rythmiques brésiliennes en son ouverture avant que le hurlement d’un feedback et que des cloches n’envahissent le morceau avant que celui-ci ne retombe dans un chant choral léger fait de voix qui roucoulent. Surviennent alors des nouvelles rythmiques et des niveaux de fuzz jamais atteints faisant de « Home Everywhere » la composition emblématique d’un disque qui baigne dans un éther psychédélique.

Medicine peuvent être à des décennies de leurs débuts ; leur renaissance prouve qu’ils ne sont aujourd’hui atteint d’aucunes rides.

***1/2

The Fauntleroys: « Below The Pink Pony »

Le jazz a été à l’origine de ce concept qui voyait des artistes établis se réunissaient pour un projet avant de se dissoudre. The Fauntleroys sont un des derniers exemples où un groupe ad-hoc s’en emparait dans le domaine du alt-rock. On y trouve Alejandro Escovedo (The Nuns, Rank and File et des efforts en solo substantiels), Ivan Julian (Richard Hell, Richard Barone ou The Flesthones), Linda Pitmon (Miracle 3, The Baseball Project) et Nicholas Treulis (Candy Golde).

Belox The Pink Pony est un EP de six titres dont toutes les mélodies sont directes mais comme entourées d’arrangements en fil de fer barbelé véhiculant sentiment de danger et de menace. Ce côté crasseux est délivré avec une certaine élégance grâce à un climat qui semble donner une certaine beauté à ce qui pourraient être des scènes de rue. Le travail a été collaboratif, chacun travaillant des fragments avant que tout soit assemblé dans le studio de Julian ce qui donne à l’ensemble la sensation que chaque musicien y a mis sa patte plutôt que d’être le travail d’un seul, accompagné par les trois autres.

En ce sens, ce disque est l’antithèse du White Album. Ceci dit, les vocaux puissants et volontaires de Tremulis lui donnent un rôle légèrement plus important que celui des trois autres dans le produit fini. Pitman assure quelques « backing vocals » sur « (This Can’t Be) Julie’s Song » » équilibrant un peu le tout et la guitare sinueuse de Julian lacère le travail en distorsion qui est celui de Escondido.

La production est rude et hérissée et on sent que c’est exactement comme les musiciens la voulaient. L’équation entre le poli du studio et la vitalité des premières prises est parfaite. The Fauntleroys annoncent des projets de tournée, il serait agréable que cette formation ne soit pas qu’un « one shot ».

***1/2

Nine Black Alps: « Candy For The Clowns »

 

Nine Black Alps est un groupe de alt-rock dont les racines sont fermement plantées à Manchester. Leur dernier opus, Sirens, faisait preuve d’une énergie post grunge et Candy For Clowns s’emploie à répéter la formule réussie pour ce combo .

« Novokaine » ouvre l’album sur diverses couches d’instruements qui sont légèrement désaccordés les uns des autres mais l’ensemble est plutôt réussi. Leur style est sombrement psychédélique qui est complémenté par la voix grave de Sam Forrest qui enchaîne très bien sur «  Blackout » lisse, suave et captivant sans perdre pourtant de son impact un peu comme si les grungers avaient endossé un smoking.

En termes de vêtements, « Supermarket Clothes » sera beaucoup plus enlevé et ferait un parfait « single » : il est accrocheur tout comme « Something Else » avec une rguitare rythmique excellente et d es percussions qui apportent puissance et engagement à la composition.

Ces titres semblent moins excessivement travaillés que le plupart des autres plages, par exemple « Patti »,qui offrira des pauses dramatiques dont on ne voit pas l’intérêt avec des notes traînantes et superposées comme pour donner profondeur et signification à un un son qui aurait gagné à être resté consistant.

Le reste des composition est, en effet, correct mais n’apporte rien de particulier et de significatif. Sur « Morning After » les vocaux sont assez bien mis en valeur, et « Come Back Around » ou « Destroy Me » n’apportent rien si ce n’est l’impression que Nine Black Alps s’est évertué à reproduire Sirens d’une manière trop besogneuse.

Le groupe a pourtant beaucoup à offrir, ainsi  « Clown », qui clôt l’album,  en est une excellente preuve ; il serait temps qu’au bout de onze ans d’existence nos mancuniens sachent quelle direction ils souhaitent prendre.

**1/2

 

 

Switchfoot: « Fading West »

Comme on le sait, les États-Unis ont toujours été prégnants de religiosité, aussi il n’est guère étonnant d’y trouver des groupes de réclamant du « Christian Rock ». Switchfoot en fait partie, et ce combo alt-rock De San Diego en est un des plus populaire au point que Fading West est aussi le titre d’un documentaire narrant les exploits de ses membres dans la pratique su surf (sic!).

Le succès de Switchfoot était lié à un stadium rock attractif mais sans grande originalité, ce nouvel opus les voit s’en éloigner et essayer de se diversifier. Moins de guitares mais plus d’électronique, de pop psychédélique ou de « world music ». La tentative est « louable » mais Fading West demeure encore trop souvent noyé dans des arrangements remplis de « reverb », de choeurs qui frisent sans cesse les « alléluias » ou les chorus d’enfants, pour que, on l’a deviné, l’album pêche par des métaphores excessives (l’océan par exemple) et d’un didactisme dont on s’efforcera de faire abstraction

La production est à l’image des intentions affichées : des effets électroniques qui empruntent largement à Brian Eno alors que certains titres, « When We Come Alive » ou « Slipping Away », sonnent comme le Coldplay empli de synthétiseurs de Mylo Xyloto. Ce sera sur « Ba55 » que l’on trouvera un peu de légèreté plus sympathique avec un fuzz rock impétueux et séduisant et « Who Are We », subtile petite pièce d’electro-pop façon MGMT.

La faculté de composer des mélodies aux accroches entraînantes est toujours là, mais elle est grevée par des orchestrations trop connotées qui alourdissent encore plus les textes où il est question de foi et de rédemption (« Love Alone Is Worth The Fight »). Finalement, comme toute œuvre se voulant porteuse de message, ce dernier obère la créativité en primant sur elle de manière pesante.

★★½☆☆