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Panda Bear: « Buoys »

Panda Bear, alias de Noah Lennox revient avec un sixième album, disque qui s’éloigne de la signature sonore « classique » du projet et qui s’avère, à ce jour, le plus travaillé et le plus introspectif de Lennox, à des lieues des grandes messes tropicalo-psychédéliques de Tomboy.

Dans son opus précédent, Panda Meets The Grim Reaper, on retrouvait encore les jeux, harmonies et superpositions de voix noyées d’écho que Lennox utilisait à profusion depuis la sortie de Person Pitch en 2007. S’il y recourt encore dans Buoys, il a, par ailleurs, élargi sa palette sonore pour y intégrer une plus grande diversité de sons « organiques » (piano, guitare acoustique, objets percussifs variés), mais s’est aussi lancé dans le saupoudrage frénétique de sons/effets synthétiques à tous crins. Il n’hésite pas non plus à se tourner vers l’auto-tune et à jouer davantage avec les voix pour explorer de nouvelles avenues.

Aux yeux de Lennox, Person Pitch, Tomboy et Panda Bear Meets the Grim Reaper formaient une trilogie, et ce nouvel album marque le début d’un nouveau chapitre. Et c’est exactement ce que l’on constate dès les premières notes sous forme de bruits de gouttes d’eau. Lennox habite, en effet, depuis peu à Lisbonne, et on peut se demander si ce ne serait pas l’influence, consciente ou non, de l’eau bordant cette ville européenne qui confère une texture ondoyante, contemplative et fortement aquatique à ce nouveau disque.

Les admirateurs de première date de Panda Bear ne seront pas en perte complète de repères, mais là où Lennox innove par rapport à ses albums précédents, c’est du côté de la production et des voix ; on se retrouve ainsi avec un album dont la facture est beaucoup plus léchée. Lennox et Santos ont misé sur un son résolument contemporain, d’une complexité et d’une qualité sonore que Lennox avait commencé à explorer dans Panda Bear Meets The Grim Reaper.

Le premier titre, « Dolphin », fait à lui seul la synthèse de la nouvelle voie qu’emprunte Panda Bear. Les artifices sonores synthétiques semblent parfois plaqués sur les chansons sans y apporter de réelle profondeur et il faudra attendre le centre du dique pour que s’opère la fusion entre le Panda Bear porté sur les boucles hypnotiques et les rythmes décalés, et le Panda Bear nouveau mettant les voix et les mélodies résolument à l’avant-plan comme sur « Master », « Buoys » et « Inner Monologue ». Cette dernière composition est d’ailleurs ponctuée de sanglots, ajout qui semble superflu par rapport à la ligne mélodique de cette magnifique chanson qui rappelle le Heathen de Bowie.

Ce nouvel album dénote une réelle volonté de Panda Bear d’affiner son son. Les arrangements sont plus dépouillés, plus matures quelque part, sans pour autant laisser de côté l’expérimentation qui fait partie de l’ADN du projet. L’omniprésence de la guitare acoustique fait par ailleurs écho à Young Prayer paru en 2004, un album totalement épuré qui mettait parfaitement en lumière les talents de composition de Lennox.

À cet égard on pourra rester nostalgique des rythmiques plus lourdes, des circonvolutions mélodiques et des éclairs de génie ludiques/joyeux/sombres cohabitant dans ces compositions très denses sur le plan sonore que l’on retrouvait dans les trois albums précédents. Cet album-ci, même s’il est globalement très intéressant et agréable d’écoute, manque de croquant sonique. Il s’agit néanmoins d’un pari réussi pour ce qui est de l’évolution globale du projet, et comme d’habitude, Panda Bear réussit à nous amener ailleurs, à déjouer nos attentes et parviendra sans doute séduire de nombreuses oreilles, peu importe l’âge de ces dernières.

***1/2

9 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Anna Calvi: « Hunter »

La façon dont Anna Calvi jongle avec les mots et la musique est plus qu’intéressante ; cela devient une évidence sur ce nouvel album. Ce troisième opus a été longtemps attendu mais le fait d’avoir, entretemps, travaillé avec Nick Cave , son bassiste Martyn P. Casey ainsi que le producteur de Grinderman, Nick Launay apporte ici une tonalité plus sombre encore à la alt-pop tranchante pour laquelle elle s’était révélée.

Hunter est un disque qui vous immerge sans que vous n’ayez besoin de le faire et qui cumule cette faculté de vous émouvoir et, simultanément, stimuler vos neurones.

D’abord parce qu’on y trouve une énergie primale mais aussi parce que la chanteuse s’est contentée de 10 plages assez succinctes. L’élan est là mais il ne débordera jamais : «  Don’t Beat The Girl Out Of My Boy » est une pop song enlevée, « Alpha » maintient l’intérêt par ses beats énigmatiques et accrocheurs ; ce sera alors dans le lyrisme et les textures que Hunter s’avèrera quter chose qu’un disque agréable à écouter.
Ainsi la chanson titre et « Paradise » vont tisser une toile intrigante par leurs guitares en sourdine et leurs mélodies angulaires, ainsi les vocaux hantés et presque languissants de Calvi nous transporteront dans cet ailleurs qui fait battre le coeur, taper du pied et abîmer l’esprit.
Hunter parle au coeur eu corps et au cerveau, il a cette âme « soul » dont bien peu de disques peuvent se réclamer.
***1/2

30 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Outfit: « Slowness »

Leur « debut album », Performance, n’était pas étincelant mais il était annonciateur d’une groupe ambitieux et non conventionnel. Slowness est plus accompli à cet égard et non montre en Outfit  un combo plus assuré dans son art de la composition.

C’est un album dont le « tracklisting » est très habile ; de l’ « opener », « New Air » avec son électronique balbutiante à ces mini-symphonies que sont « Smart Thing » ou « Boy » en passant par des atmosphères cérébrales (« Wind », « Vertigo ») ou des épopées comme « Swan Out » avec un coda en ascension libre façon Blue Nile.

L’influence sonique du trio glasvigien se fait d’ailleurs sentir sur tout l’album par ses touches de piano délicates et ses percussions vives.

Outfit se référence donc à une alt-pop assez luxuriante propre aux années 80 et qui s’inscrivait à contre-courant du post-punk pour favoriser les synthés et la notion d’espace. Le disque ne manquera pas de nous replonger dans cet univers semblable à celui de Talk Talk, atmosphère nocturne et soyeuse où les pensées sont sans limite aucune.

***1/2

15 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Mikal Cronin: « MCIII »

Après avoir tourné avec Ty Seagall en tant que bassiste occasionnel, Mikal Cronin a attiré l’attention avec son album de alt-pop « slacker » MCII en 2013. Ce troisième album est plus tranquille ; des cuivres, des cordes et du piano élégants qui entourent doucement des titres comme « Turn Around », « Feel Like » ou « Say ».

Au niveau de l’instrumentation traditionnelle, les guitares se font moins grunge et on discerne, au contraire, une certaine tendance americana façon Springsteen sur un titre comme « Made My Mind Up ».

Cronin a toujours eu un don pour composer des morceaux où la langueur est présente ; ici elle est encore plus mise en valeur par une certaine opulence comme sur la charmante et touchante émotion qui se dégage de « I’ve Been Loved ».

La deuxième partie du disque sera arrangée comme si il s’agissait d’une suite à l’ordonnancement classique (« i) Alone » ou « v) Different ») ; il y a indéniablement une approche opera rock un folle sous-jacente ici et, de ce point de vue, on ne peut qu’attendre avec impatience sa manifestation future.

***1/2

5 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Christopher Denny: « If The Roses Don’t Kill Us »

La voix de Christopher Denny n’a pas été  aisée à définir au moment où il a sorti son premier album, Age Old Hunger, en 2007. Son vibrato aurait sans doute fait se retourner feu Roy Orbison mais il y a néanmoins une grand écart entre l’élégance éthérée de Big O et le timbre plus terre-à-terre et parfois éclairé par des traits d’humour de Denny.

Sept ans plus tard, If The Roses Don’t Kill Us est de la même veine, une alt-pop mâtinée de country rappelant également Jeff Buckley dans la manière dont les deux vocalistes évitent les attaques vocales gutturales pour faire, avant tout, passer une sensibilité aux antipodes de la virilité masculine.

Comme Willie Nelson dont il s’est inspiré à ses début, Denny a toujours été un rebelle par rapport à son environnement (l’Arkansas) et, si sur ce deuxième album il s’efforce de véhiculer un sens de confort plus évident, la tension est toujours de rigueur dans son « songwriting ».

Celle-ci se fait différente, par exemple désinvolte, inventive et à l’imagerie onirique sur « God’s Height » et « Million Little Things » ou la chanson titre font indubitablement preuve d’une individualité vive et excentrique.

Elle se manifeste également sur des titres plus âpres comme « Love Is A Code Word » ou un « Man A Fool » qui n’est pas sans évoquer le « Suspicious Minds » de Elmvis Presley.

Les mélodies demeurent toutefois agiles et elles friseront même le gospel sur un « Some Things » qui termineront If The Roses Don’t Kill Us de manière somptueuse. Voilà un album plein de surprises où l’émotion le dispute à certaines piques, il est le reflet du titre d’ouverture, un « Happy Sad » qui prouve qu’on peut naviguer entre deux sentiments opposés au même moment.

***

10 septembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Echosmith: « Talking Dreams »

Un gros buzz entoure ce quatuor alt-pop basé à Los Angeles et leur premier album, Talking Dreams, étaient attendu avec impatience par ceux qui suivaient l’avient du journal Alternative Press le considérant comme  «  un des cent groupes qu’il était nécessaire de connaître  ».

Autre fait, plus palpable, le fait qu’on ait demandé au combo de jouer pendant l’intégralité du Vans Warped Tour au lieu d’assurer, comme c’en st la coutume, seulement quelques dates. Dernière particularité : Echosmith est composé de 4 musiciens appartenant à la même famille : Graham, Sydney ; Noah et Jamie Sierota, âgés de 14 à 20 ans.

Au-delà de l’image gadgetisée, il est plus intéressant de s’attarder sur cet album qui démarre en fanfare sur deux titres pleins d’énergie et d’emphase : « Come Together » et « Let’s Love ». Mais derrière ces messages optimistes et fun agrémentés de « dance beats », le groupe n’oublie pas d’aborder des atmosphères et des textes plus subtils. « Cool Kids » s’ouvre sur un synthé spatial baignant dans de le reverb qui va vous emmener vers un de ces riffs qui semblent évidents mais qui demeurent imparables et inoubliables. « Come With Me » est un autre de ces titres qui prouve qu’Echosmith ne sont pas qu’un hype, tout comme la chanson-titre, pleine de ces échos qu’on trouverait adaptés à Nashville.

Il y a bien sûr quelques plages de remplissage, mais le groupe a l’habileté de les intégrer au milieu de ces compositions plus fortes, donnant ainsi à Talking Dreams un élan, qui tout erratique qu’il soit, est porteur de qualités à venir. Ajoutons la voix cristalline de Sydney et gageons qu’on pourrait bien entendre parler de Echosmith dans un futur proche, dès 2014 par exemple.

★★★☆☆

11 novembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire