Sondre Lerche: « Patience »

5 juin 2020

L’auteur-compositeur-interprète norvégien Sondre Lerche cherche à exploiter le côté spacieux de son son approche sonique pour son dernier opus, Patience. Troisième d’une trilogie d’albums qui remonte à Please en 2014, son dernier disque explore ses influences plus calmes : ambiance, minimalisme et écriture de chansons tranquilles et réfléchies.

Lerche brouille les lignes de style entre la musique alt-pop, le jazz et la musique d’orchestre classique. L’album est à la fois vaste et spacieux, laissant la place à la base de l’écriture des chansons pour briller. Le morceau de titre d’ouverture se construit à partir d’une simple boucle de backbeat, avec de légères poussées de synthétiseur, jusqu’à ce que le rythme s’arrête pour que Lerche chante une voix apaisante et superposée : « Patience/ I’m coming. » Le morceau de cinq minutes comprend même un vers pseudo-parlé en sourdine.

« I Love You Because It’s True » est une ballade tranquille aux accents de cinéma classique. Les cordes qui fusionnent avec le piano créent un son de retour qui soulève la piste. Le rythme s’accélère considérablement sur « You Are Not Who I Thought I Was », une ballade enjouée et enjouée qui intègre à la fois un élément orchestral et une superposition de sons digne des Beatles. Le complexe « Are We Alone Now » met en scène Lerche qui creuse dans son registre grave et tranquille. Après un peu moins de 5 minutes, la mélodie se termine par un solo de saxophone apaisant, qui creuse à nouveau les influences du classique et du jazz.

« That’s All There Is » est une chanson pop de rêve qui met l’accent sur le synthé et le byplay rythmique. La chanson repousse encore une fois la voix de Lerche dans le mélange avec l’instrumentation. L’effet est que les mots s’ajoutent à la toile musicale plutôt que de s’asseoir dessus. Le ton passe à un classique plus brutal sur « Put The Camera Down », une chanson qui repose presque entièrement sur les cordes de l’orchestre. Le chant de l’artiste est spatial, superposé et s’élève vers l’avant. « Put the camera down/ You don’t need to second guesss/ Every fickle itch » (Posez l’appareil photo / Vous n’avez pas besoin de faire une seconde proposition / Toute inconstance démange) chante Lerche.

« Why Would I Let You Go » arrive à peine six minutes plus tard et entraîne les auditeurs dans un voyage, en commençant par le premier couplet, où la guitare acoustique est à peine présente. Au fur et à mesure que la chanson se construit, elle se construit à nouveau de manière symphonique, la section des cordes supportant le poids des guitares, de la batterie ou de la basse. Le morceau est un triomphe, avec une montée et une descente des aigus luxuriants et expansifs vers les graves silencieux et précis.

Pendant un instant fugace, « I Can’t See Myself Without You » rappelle  « Freedom » de George Michael avec son riff de piano d’ouverture, mais la chanson évolue rapidement dans une autre direction. Elle se construit autour de la guitare acoustique et des rythmes de basse errante qui alimentent le mid-tempo mais qui sont lyriques.

Le rythme est plus lent pour « Don’t Waste Your Time », influencé par le R&B à mi-temps, avant que « Why Did I Write The Book Of Love » n’infuse des vibrations de jazz, de classique et de crooner old-school, le tout sous le parapluie du son moderne. Le morceau de clôture de l’album, « My Love is Hard to Explain », couvre un terrain considérable en moins de quatre minutes. C’est l’un des morceaux les plus spacieux et les plus atmosphériques de l’album, tout en mélangeant discrètement les cuivres, les cordes et les percussions pour clôturer cet album magistral.

***1/2


Laura Marling: Song for Our Daughter »

13 avril 2020

Trois ans se sont écoulés depuis la dernière production de Laura Marling, Semper Femina, un disque qui était le sixième album de cette auteure-compositrice chevronnée en presque autant d’années et l’écart entre les albums résonne dans le climat méditatif de Song for Our Daughter. Marling explore des sujets allant de la maternité à l’instabilité d’une carrière créative, en passant par les nombreux obstacles que l’on peut rencontrer dans la vie, tout en nous guidant avec son ton calme et mélodieux.

Malgré la complexité des paroles, Song for our Daughter semble être une chanson sans effort. Avec une voix à la fois brillante et sincère, qui rappelle celle d’une jeune Joni Mitchell, Marling apprend à sa fille imaginaire (à qui s’adresse l’album) à rester calme au milieu des turbulences de la vie. Marling a récemment eu 30 ans, mais elle chante avec une sagesse qui dépasse ses années. Peut-être est-ce en partie dû au fait qu’elle est là depuis un temps trompeur, puisqu’elle est apparue sur scène au début des années 2000. Elle produit de la musique de haut niveau depuis près d’une décennie, qui a culminé avec une nomination aux Grammy Awards en 2017.

Marling est une auteure-compositrice intelligente – Semper Femina était un album concept qui s’inspirait d’un poème de Virgile – et Song for Our Daughter n’est pas différent. Les textes sont des réflexions sincères sur les relations et sur ce que cela signifie de naviguer dans le monde moderne en tant que femme. L’album est pourtant est intime et intensément personnel et sa thématique y est associée à des arrangements simples et émouvants, toutes les guitares sont choisies et les cordes sont raccourcies et discrètes.

L’album, produit de manière experte par Ethan Johns et Dom Monks, collaborateurs de longue date de Marling, commence avec « Alexandra » dont la répétition des paroles et la douceur des cordes sont des classiques de Marling nous introduisant avec fluidité dans quoi nous nous engageons. Le tempo se construit pour les morceaux suivants, dont le presque country « Strange Girl ». Mais c’est lorsque la musique s’efface dans le fond que l’intelligence lyrique de Marling se fait sentir. ; en l’exemple « Fortune » et le morceau-titre qui ont une beauté émotionnelle et obsédante.

Song for Our Daughter devait initialement sortir en août, mais Marling a avancé la date de sortie dans l’espoir qu’elle puisse apporter du réconfort au milieu du « chaos de la vie ». En ces temps difficiles, elle ne pouvait pas mieux tomber.

***1/2


Charlie Cunningham: « Permanent Way »

27 juin 2019

Charlie Cunningham est un de ces nombreux songwriters londoniens à avoir émergé ces cinq derrières années en mode solo.  Ayant été adoubé par la BBC dès la sortie de ses premiers EPs en 2014 et confirmé son potentiel au travers de nombreuses sessions live télévisées et d’un premier album intitulé Lines en 2017, Charlie Cunningham a surtout bénéficié d’un rayonnement d’importance en ayant atteint pas loin de cinq millions d’écoute pour son dernier « single « sur Spotify.
Son second album était alors attendu impatiemment et ce
Permanent Way dernier ne se contentera heureusement pas de reproduire la formule efficace de la guitare folk cajoleuse et de la voix aux accents oniriques du premier opus. Ici, c’est à l’aide d’un flamenco dont la maîtrise a été récemment acquise que Charlie Cunningham étonne et séduit.
L’album retrace en douze titres un voyage plutôt personnel et assez mélancolique narré à l’aide d’un timbre de voix toujours aussi doux et profond. Le piano et les violons proposent des arrangements qui sur une bonne partie des titres tel « 
Monster » maintiennent le registre dans la folk pop en écho aux meilleurs titres de Bear Den’s et de James Blake.


Néanmoins, cette routine agréable mais un peu lisse qui dominait le premier album est alors efficacement brisée à l’aide d’un jeu de guitare hispanisant à souhait, que nous découvrons à juste titre dans la petite interlude « 
Tango ». Charlie Cunningham a révélé s’être lancé à corps perdu dans l’apprentissage du flamenco et de son doigté très compliqué lors d’un séjour prolongé à Séville.
C’est ainsi que la dextérité nécessaire à ce type de mélodie accompagne la majorité des morceaux, leur donnant une sonorité particulièrement romantique. Des titres plus classiques mais tout aussi efficaces comme
« Hundred Times » ou « Maybe We Won’t » vienndront confirmer le talent de compositios ; les mélodies ne sont jamais rébarbatives, Charlie Cunningham maîtrisant à la perfection l’ondulation de la voix, sans aucune discordance.
L’enchaînement des titres permet de passer de ballades mélodieuses à des morceaux pop à l’orchestration plus synthétique comme
« Sink In » et la chanson-titre servant d’ouverture. Notons ici la participation du producteur des Hot Chip, Rodhaid McDonald, sur le titre « Don’t Go Far zqui nous intronise à cet usage du flamenco et prouve que la pop légère se marie parfaitement avec une musicalité plus technique.
***
1/2