Lionlimb: « Shoo »

Ce duo américain composé de Stewart Bronagh et Joshua Jaeger, semble indifférent u temps qui passe. La datation carbone de Shoo semble, en effet, native des années 73-74 et du début des 90’s quand des artistes comme Air, Phoenix et Money Mark émergèrent, leurs poches remplies de Adult Oriented Rock.

C’est donc le cas sur un « God Knows » aux claviers funky, « Domino » et ses arrangements de cuivres « Memphis Soul » ou la pédale wah-wah (« Tinaman »). Cette empreinte narcotique va ainsi parfumer un album qui ne déparerait pas d’être la bande-son d’un film comme Boogie Nights.



« Wide Bed » ajoutera une vapeur sexy comme des effluves d’after-shave et de sueur, le tout courant à mettre en valeur clichés nocturnes et crapuleux. On est, à cet égard, très proche de la parodie ce qui rende la chose suffisamment agréable pour ne pas sonner rebattue. Lionlimb, semble de se satisfaire d’un « debut album » de cette nature ; on aimerait qu’il soit le reflet de talents créateurs que de faiseurs d’humeurs.

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Neil Young: « The Mosanto Years »

Le problème quand on est un artiste prolifique (c’est la cas de Neil Young qui en est ici à son 36° album) est qu’on court le risque de se répéter. Sans remettre en cause l’intégrité d’une carrière qui a plus de 50 ans, force est de constater que l’honnêteté d’une démarche n’est pas toujours équivalente à une musique de qualité.

Ici, Young est accompagné des fils de Willie Nelson, Micah et Lukas ainsi que du groupe de ce derniers, et la problématique soulevée par The Mosanto Years est univoque : le business de l’agriculture et comment les corporations qui nous vendent des pesticides et des additifs chimiques semblent intouchables.

Cette préoccupation environnementale n’est pas nouvelle chez le chanteur et on ne peut nier sa véracité ni faire semblant de ne pas remarquer le groove très Crazy Horse qui accompagne le disque.

C’est le seul élément qui soit notable ; pour le reste The Mosanto Years n’a pas d’autre intérêt que de soulager nos consciences à peu de frais.

**1/2

Brandi Carlile: « The Firewatcher’s Daughter »

Brandi Carlile est de retour avec un nouvel album et ce qui aurait pu sembler anecdotique de la part d’une artiste plutôt « adult oriented » prend ici un nouveau ton car The Firewatcher’s Daughter est indubitablement un disque rock, le plus rock qu’elle ait jamais enregistré.

Il faut ajouter qu’elle bénéficie d’un bel environnement, les jumeaux Tim et Phil Hanseroth qui ont toujours été parties prenantes de son approche et il aurait été dommage que leurs harmonies (sans parler de leur instrumentation) ne soient pas mises en valeur sur un opus plus musclé dont ils sont d’ailleurs composés une bonne partie des titres.

Le disque a été, à cet égard, conçu en une seule prise avec très peu de démos. Cela se sent dès l’ouverture avec un « Wherever is Your Heart » aux inflexions gospel enflammées et un phrasé passionné qui met en valeur sa crédibilité vocale.

« The Thing I Regret » est tout aussi infectieux mais un des morceaux phares de l’album sera « The Eye », une chanson dépouillée et presque a cappella qui, une fois encore, saura mettre en valeur les changements d’octave de Carlile. Épaulée par les harmonies vocales et des guitares acoustiques, on est pas loin du meilleur Fleetwood Mac, influence qui est une référence en soi.

Les meilleurs surprises se trouveront néanmoins au niveau d’un rocailleux « Mainstream Kid » ou de « Alibi » et « The Stranger At My Door » qui pourraient en remontrer à n’importe quel groupe de bar room rock du fin fond des USA. Pour approfondir ce panorama americana, Carlile s’essayera à une country qui évoquera Loretta Lynn sur « Wilder (We’re Chained) », sauvage comme il n’est pas permis rappelant avec pertinence que la chanteuse sait, quand elle le veut, ne pas faire mentir ses influences qui vont, selon elle, de la pop, ou blues et au R&B.

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David Gray: « Mutineers »

David Gray est véhicule une image contrastée mais pas nécessairement contradictoire. Son premier album, White Ladder, peut être considéré comme la bande-son idéale pour les années 2000 avec son interaction de boîtes à rythme et de guitares acoustiques annonçant une résurgence des auteurs-compositeurs et d’un répertoire en mode troubadour morose . Depuis plus de 10 ans, malgré des disques qui s’efforçaient de briser ce stéréotype il demeure fondamentalement associé à ce genre, un peu comme Coldplay, musiciens créant une musique pour des gens qui n’en achètent que peu, idéale à écouter sur les autoroutes ou sur les radios grande écoute.

Mutineers se veut plus intéressant mais, même si on veut s’efforcer d’apprécier cet album venant d’un artiste qui s’est toujours efforcé de se débarrasser d’une étiquette AOR, nous voilà à nouveau confrontés à un album clivant puisque composé de deux parties dans laquelle la deuxième moitié est incontestablement la meilleure. C’est d’ailleurs sur le dernier titre, « Gulls », que ce décalage est le mieux symbolisé avec ce « single » qui est tout bonnement magnifique ; il s’agit ici d’une sorte de morceau avant-folk rappelant King Creosote et Jon Hopkins avec un profond climat mélancolique merveilleusement mis en valeur par ses multiples couches de vocaux hypnotiques qui nous maintiennent en suspension.

Si on commence par le début pourtant, les choses ne sont pas aussi enchanteresses. « Back In The World » ouvre Mutineers sur une atmosphère évoquant Ben Howard et Tom O’Dell et « Last Summer » s’englue rapidement après, pourtant, un bien joli départ et « Snow In Vegas » ne nous ménage même pas cet interstice de qualité avec des textes emplis en outre de clichés. Néanmoins, comme pour tout ce qui est du domaine du folk-rock, les choses peuvent passer insidieusement du mièvre au hantant. À partir de « Cake and Eat It » et sa mélodie en pirouette les compositions acquièrent substance et sur « Incredible » nous nous retrouvons plongés dans ce royaume doux-amer dont Bon Iver semble avoir le secret.

Gray cite John Martyn comme sa principale influence sur cet album et on peut comprendre pourquoi sur une chanson aux synthés dépouillés comme « Girl Like You ». Là l’ambient se combine à l’agitation avec fluidité et c’est dans cette seconde partie que la voix du vocaliste se charge le mieux de gravité et de sens. Qu’il ait fallu attendre la sixième plage pour éprouver empathie pour l’émotion qui est au cœur du répertoire de Gray ne nous fait que plus regretter que l’échelle qu’il a commencé à gravir il y a 15 ans soit encore à mi-chemin.

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Texas: « The Conversation »

Texas ne s’est jamais séparé et, puisque toute monde fait des « reunion album », pourquoi pas eux ? Après 8 ans de silence et pour ceux qui ont connu le groupe, le souvenir sera d’un R&B soyeux mené par la voix onctueuse de Sharleen Spiteri et d’un époque où leur musique était un accompagnement idéal pour les centres commerciaux.

On admirait leur pop « middle of the road » mais Texas n’était pas un groupe qu’on pouvait réellement aimer. Indépendamment de leurs échecs entretemps (le four que fut que le 2° album solo de Spiteri) et des raisons de ce retour, Rexas a toujours voulu montrer qu’il savait se battre contre l’adversité. The Conversation en porte la trace dans la mesure où Richard Hawley et Bernard Butler y collaborent.

Du premier on retrouvera le type de ballade enfumée dont il a le secret (« I Will Always », le mélodique « Dry Your Eyes ») ou l’irrésistible « Big World » qui n’est pas sans rappeler « Proud Mary ». Reconnaissables seront les grands chorus auxquels Spiteri nous a habitués l’exemple essentiel en étant « Hearts Are Made To Stray ».

On peut supposer que Butler s’est, lui, plus pen,ché sur les morceaux plus rock : les addictifs riffs de guitare qui introduisent un « The Conversation » country et hargneux ou ceux d’un « If This Isn’t Real »à la sensualité contagieuse grâce au phrasé out en nuances de la chanteuse.

« Detroit City » sera, à cet égard, le morceau le plus hard rock auquel Texas pourrait aspirer ; il évoque The Killers mais il ne fait qu’approfondir la nostalgie inhérente à The Conversation. La patte Hawley nous transporte dans un univers imprégné des années 50 et début 60 ; « Detroit City » sera une exploration de cette époque, la plus favorable pour le groupe, où les radios étaient l’instrument de diffusion de la musique le plus important et où ce type de titres aux énormes chorus étaient leur fond de commerce.

Texas a peu changé, mais le recul salutaire qu’il a pris nous fait imaginer un groupe dont on pourrait aimer l’avancée.

★★★☆☆

Adam Cohen: « Like A Man »

« Tiens un nouvel album de Leonard Cohen ! » pourrait-on se dire si on écoutait en aveugle « Out of Bed », titre d’ouverture de Like A Man. On oserait même extrapoler et penser qu’il s’agit d’un clin d’oeil à « I’m Your Man » chose qui, en soi, ne serait peut-être pas erronée quand on découvre que l’auteur de ce disque est Adam Cohen, le « fils de » donc.

Une fois affranchi de ces informations et sachant en outre que le fiston a écumé quelques groupes de rock avant de démarrer sa carrière solo, on essaiera d’apprécier ce troisième album de la façon la plus neutre possible. La chose est difficile tant la voix de baryton est familière et tant le production (guitare à cordes de nylon, contrebasse, arrangements à cordes et harmonies vocales) sont le reflet de la filiation de Adam Cohen.

Côté compositions, et si on fait abstraction de textes qui lui sont propres, on a affaire à les mêmes refrains pris sous le mode du mid-tempo, ces mêmes atmosphères chuchotées (les backing vocals de Jennifer Warnes sont exemplaires à cet égard) propres à véhiculer sensations douces amères voire même poignantes (« Sweet Dominique » ou le déchirant « What Other Guy »).

Au total on a droit à un album de singer-songwriter qui serait satisfaisant et sans réelles surprises si ça n’était les gènes dont Cohen est porteur. Ceux-ci induisent une certaine attente et de ce point de vue, on ne peut s’empêcher d’établir une comparaison : disons alors que Like A Man est indubitablement un travail adulte et abouti mais qu’il n’atteint sans doute pas un niveau lui permettant d’interpréter « I’m The Man » et de se l’approprier.

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Aimee Mann: « Charmer »

Après quatre ans d’absence et un album au titre plus qu’expressionniste (@#%&*!Smilers) Aimee Mann est de retour avec un opus dont le nom se veut aussi significatif, même sur un registre différent. Charmer n’est pas pour autant dissemblable au précédent  dans la mesure où il ne s’éloigne guère de ses canons antérieurs.
@#%&*!Smilers, en effet, avait conservé partiellement cette atmosphère quelque peu languide et sombre qui avait marqué ses collaborations avec Jon Brion et Joe Henry ne serait-ce dans la mesure où ils témoignaient d’une approche plus sobre et presque «plombante».
Ici, la chanteuse a retrouvé son producteur habituel, Paul Bryan qui l’a toujours aidée a éclaircir de couleurs vives sa palette musicale.
Constante chez elle, le soin apporté aux mélodies (même dans les schémas récitatifs qui accompagnaient The Forgotten Arm) mais cela faisait  longtemps qu’elle n’avait produit un album aussi «pop».
N’allons pas cependant trop long dans cette qualification; Charmer ne dévoile pas des climats ensoleillés, percutants ou même entraînants comme des refrains new wave. La plupart des titres est prise sur le mode du «mid tempo» («Slip & Roll», «Barfly») et même ceux qui sont plus enlevés («Crazy Town») ne sont pas des vecteurs à la frivolité mais plutôt des regards acérés sur une certaine forme d’hystérie qui pourrait, en certaines occasions, envahir les habitants d’une cité.
Côté texte, Mann a toujours porté un regard assez cynique et dramatique sur les relations humaines, et elle le fait encore ici mais en y ajoutant une pointe de sarcasme inhabituelle chez une artiste si retenue en général. (Pour l’avoir rencontrée en interviews plusieurs fois,  je peux témoigner que le terme «posée» est un euphémisme en ce qui la concerne.)
Côté accompagnement musical, c’est toujours du solide (prédominances des claviers) mais jamais du convenu, ne serait-ce que les trilles de guitares, ici et là, apportent une tonalité plus rafraîchissante et aérée. Il faut admettre, à cet égard, qu’elles sont les bienvenues car, surtout sur les mid-tempos, l’atmosphère à tendance à friser le méditatif (voire le somnolant).
Pas de surprise non plus dans cette voix toujours chaude et harmonieuse qui est synonyme de terrain connu et rassurant.
Bref un album agréable qui séduira les adeptes de ce type de «pop» américaine bien léchée et calibrée.  Pour le renversant, il faudra aller voir peut-être vers des artistes plus «habités».