Andy Burrows: « Reasons To Stay Alive »

Depuis qu’il a quitté Razorlight, Andy Burrows a opéré un retour vers une pop plus commerciale. Sur son nouvel album, il s’est adjoint la collaboration de l’auteur de best sellers Matt Haigs pour mettre en musique le roman éponyme que ce dernier a publié ce dernier sur sa dépression et son chemin pour s’en sortir. Au-delà de son titre révélateur, Reasons To Stay Alive en est donc la résultante
Premier constat : l’exercice ne semble jamais forcé. Les paroles ont été parfaitement adaptées pour que la prose épouse à merveille les compositions. Côté thématique ;, la rédemption, sujet toujours riche en saisissements demeure toujours au cœur des propos. Entre éloge à la femme salvatrice (« Hero »), récit d’une journée où l’on se sent bien tout simplement (« Lucky Song ») ou raisons de lutter contre la dépression (la chanson-titre) on suivra le patient Matt Haig au travers des différentes étapes de sa guérison comme s’il s’agissait d’un road album passionnel.
Musicalement, on restera en territoire britannique ; on passera sous silence les références à Elton John ou Robbie Williams et on insistera sur les Beatles et Paul McCartney comme pouroyeurs les plus évidents ét réjouissants. Les lignes de basse vrombissent, les pianos s’épandent en belles balades, quelques éparses touches plus modernes viennent réveiller les arrangements. Nous avons ici affaire à un travail artisanal on ne peut plus méticuleux.

Au rayon réussites, citons les guitares slide et le piano sautillant d’un « A Different Game » qui n’aurait pas déparé des entregistrements faits à Abbey Road et, dans un registre aussi proche, « Handle With Care » une très belle pop song à la mélodie intemporelle et dont les réponses chant / contrechant finales se révèlent d’une redoutable efficacité.

Au niveau des surprises, on retiendra « How To Stop Time », ballade ciselée aux orchestrations ambitieuses et le groove quasi hip-hop de « Reasons To Stay Alive ».

Au chapitre des la surconsommation on se gardera du « single » « Barcelona » un peu trop emmitouflé dans la saccharine tout comme « The Story Of Me » : un regard qui se tourne plus vers la variété qu’en direction de la pop et, une oreille pointée vers le grandoloquent et l’ampoulé.

Reasons To Stay Alive est un album honorable, qurtout quand il s’inspire de ce que la pop peut réserver de titres racés. Avec une production un peu moins soignée, bref un tropisme plutôt Lennon que McCartney, il aurait pu être un très bel exemple de ce que les Fab Four auraient pu générer.

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Emile Haynie: « We Fall »

Quand votre « debut album » peut se vanter des participations de Bian Wilson, Lana Del Rey, Fay-ther John Misty et d’autres on ne peut que se dire que son travail en tant que producteur (Lana Del Rey, Kanye West, etc.) à fait de Emile Haynie le détenteur d’un carnet d’adresses imposant.

Pour ce premier disque solo Hayne semble d’ailleurs être resté dans sa zone de confort, témoin le duo avec Del Ray, « Wait For Life », qui aurait très bien figurer dans l’album de cette dernière tant il excelle dans ce genre de slow-blues incandescent dont la chanteuse est porteuse. À cet égard, il aurait été intéressant de savoir jusqu’à quel point cela est lié à la relation qu’il a ou avoir avec elle même si on retrouve cette même zone de confort dans « A Kiss Goobye » de St. Vincent qui s’honore de la participation de Charlotte Gainsbourg avec qui il avait déjà travaillé.

De ce point de vue, We Fall, ne surprendra pas mais il offrira beaucoup moins de cohésion que quand Haynie se contente d’un rôle aux manettes à moins qu’il ne s’ait souhaité nous confectionner une collection de « singles ». On trouvera néanmoins étrange qu’après un « Come With Me » rempli d’échos interprété par Likke Ly, survienne un « Who To Blame » avec un Randy Newman à son plus ampoulé.

Avec We Fall, preuve est faite qu’il est difficile pour un producteur d’arriver à la hauteur des artistes pour qui il travaille. Le « Fool Me Too » avec Nate Ruess est est l’exemple parfait si on le compare avec ses travaux avec Del Rey et West ; Emile Haynie fait pour lui ce qu’il sait faire pour les autres. À ce titre, le « closer » « The Other Side » et sa fin abrupte est emblématique d’un disque qui est le résultat de divers hasards plutôt qu’une création artistique et que la pluralité des connaissances de Haynie sauve de la banalité.

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