Lake Mary: Sun Dogs »

On avait repéré Lake Mary avec Koda, un album de guitare assez original dans lequel ce compositeur américain faisait naître des sonorités assez étonnantes, mêlant notes de guitares acoustiques et field recordings pour un résultat vraiment très convaincant.
Avec ce nouvel album composé sous le nom sous le nom de
Lake Mary & The Ranch Family Band en compagnie de ses amis du label Full Spectrum records, Chaz Prymek revient à des choses plus classiques si l’on peut dire. On y retrouve un style qui fait la part belle au finger-picking et la pedal steel.

Les morceaux légers et souvent entraînants (« Watermelon », « Sun Dog »…) laissent aussi beaucoup de place au silence (« Murmations / The End of the Western Spirit) » évoqueront tour à tour des gens comme Jim O’Rourke, James Blackshaw, Glen Jones. Un disque à écouter en s’imaginant en train de traverser les vastes plaines et les montagnes du Missouri.

***1/2

Tomotsugu Nakamura: « Monologue »

Depuis son deuxième album, paru en 2014, Tomotsugu Nakamura est considéré comme un musicien allant de l’ambient à la folktronica, en passant par du piano épuré et quelques bruitages et claquements, bref un artiste pas forcément facile à cerner. Avec son quatrième album le Japonais opte pour un positionnement plus clair, convoquant, sur les onze morceaux d’un long-format qu’Audiobulb sort uniquement en format digital une même guitare acoustique. Dénudée, chargée d’arpèges et de notes isolées, la six-cordes trône ainsi en majesté sur un album où Nakamura l’accompagne uniquement de petits bruitages ou de quelques rares notes de piano.

L’atmosphère évidemment méditative et contemplative qui en résulte dit bien la volonté du Japonais d’instaurer un dialogue avec la nature (nonobstant l’intitulé de l’album, en forme de faux-ami).

 

Malheureusement, on finit, peu à peu, par s’ennuyer un peu à l’écoute de Monologue, la forme d’ascèse très ostentatoire virant au système, ne laissant qu’affleurer des éléments autres qui auraient certainement autorisé les morceaux à prendre des dimensions plus intéressantes.

Pour être tout à fait honnêtes, il nous faut reconnaître qu’au milieu de ce format acoustique, à la guitare en bois en sautoir, la présence d’un titre uniquement interprété au piano (« Violet ») permet de rompre ce continuum un peu plat. De même, force est de constater que la seconde moitié de Monologue laisse une part un peu plus consistante aux traitements des notes de six-cordes et autres petites perturbations électroniques, comme aux apports acoustiques judicieusement croisés avec ces dernières (les cordes de « Open Beautiful) ». Mais, au total, cela fait peu et, en tout cas, pas suffisamment pour faire dépasser à ce nouvel album de Tomotsugu Nakamura le stade de l’anecdotique.

***

From the Mouth of the Sun: « Hymn Binding »

Aaron Martin semble avoir un don d’ubiquité puisqu’il forme ici un nuveau projet des plus intéressants avec Dag Rosenqvist. En trois albums, From the Mouth of the Sun a su toucher la sensibilité des amoureux de musiques électroacoustique, ambient et néo classique.
Le duo est pour ce nouvel opus, délivré sur un format relativement court, l’album dévoile une richesse instrumentale mais surtout émotionnelle immense.

Piano, guitares, banjo, ukulele sont ici présents, mais comme souvent chez le duo, c’est le jeu de violoncelle de Martin qui vient élever l’intensité de leur musique.
Peut-être s’agit t’il de l’empreinte nouvelle impulsée par le tendem, mais l’album trouve aussi une dimension pastorale d’une infinie grandeur.

****

Jo David Meyer Lysne: « Henger I Luften »

Le guitariste norvégien Jo David Meyer Lysne n’a que 25 ans il mais a déjà développé une esthétique singulière qui emprunte au calme et au minimalisme de Morton Feldman, aux paysages sonores épars et atmosphériques du guitariste Steve Tibbetts et à l’art sonore expérimental, le tout canalisé dans des textures évocatrices et cinématiques. Son premier album en tant que leader, Henger i Luften (est inspiré par la conception de la musique du poète Rainer Maria Rilke : « L’autre côté de l’air, pur, gigantesque, et inhabitable pour nous ». Cet album fait suite à son duo intime avec le contrebassiste Mats Eilertsen (Meander, Øra Fonogram, 2017).

Henger i Luften présente un sextuor acoustique de type chambre. La moitié des musiciens, dont Lysne lui-même, étendent la palette sonore de leurs instruments avec une électronique subtile. L’ensemble a été réuni pour interpréter la musique de Lysne pour un film muet. Il a enregistré l’ensemble en studio, puis a pris les meilleures idées réalisées à partir des improvisations du studio, a recomposé et monté ces pièces en une narration cinématographique cohérente, avec l’aide du producteur et double bassiste Jo Berger Myhre (du trio Splashgirl).

Henger i Luften ne dure que 32 minutes (et est disponible en édition limitée en vinyle et en téléchargement numérique), mais parvient à suggérer des paysages sonores très imaginaires et énigmatiques. Ces paysages sonores maintiennent une forte tension entre le son pur et rêveur des instruments à cordes acoustiques – la guitare acoustique de Lysne et la guitare 12 cordes préparée, le violoncelle, l’alto, la basse, plus les vibes, la grande casa et le saxophone, et l’enveloppe subtile mais sinistre du synthétiseur d’ambiance. Lysne esquisse avec cette tension des images détaillées d’ombres et de lumières et de paysages désolés et figés qui intensifient le drame cinématographique. Les guitares de Lysne s’élèvent dans ces paysages sonores mystérieux comme une montagne isolée qui résonne et chante ses chants hypnotiques dans un espace sans fin, laissant ces sons pendre dans l’air et s’y incruster.

***1/2