No BS: Just Rock & Roll!

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Ty Segall: « Freedom’s Goblin »

Freedom’s Goblin est le 10° album en 10 ans de notre garae-rocker favori. Sa prolixité se dénombre aussi sur sa durée (19 plages et 75 minutes) le tout rempli d’explorations soniques et de ces caprices musicaux éphémères qui font partie de son essence. Seule différence, au lieu de les émietter sur divers projets, les voilà tous réunis sur un opus qui se veut gargantuesque.

Le titre d’ouverture, « Fanny Dog », démontre combien Segall s’est éloigné de ses débuts lo-fi subtils et nuancés. Ici, nous sommes conviés à une présentation triomphante et dramatique, nourrie de guitares cacophoniques et de basses pénétrantes le tout pour célébrer … l’intelligence de son chien (sic!). C’est une notule charmante car irrévérencieuse, en phase parfaite avec le propos du chanteur qui se sent ouvertement indifférent à la marche du monde et choisit de se concentrer sur le rock and roll, pur et dur.

Ne pas se montrer simplificateur consistera alors de nous abreuver de longs solos de guitare (« And Goodnight », « She, » ou « Alta ») mais le disque nous offre également es pauses acoustiques plus reposantes (« The Last Waltz », « The Lady’s on Fire » ou, a contrario, des basses sanguinolantes (« Talking 3 », « The Main Pretender »).

« Meaning », « Despoiler of Cadaver » et une reprise crasseuse du « Every 1 is a Winner » de Hot Chacolate assurera cette diversité dont se réclame l’artiste mais ce seront les passages les plus directs et tamisés qui procureront les plaisirs auditifs les plus gratifiants (« You Say All the Nice Things » ou « I’m Free ».)

«  5 Ft.Tall » représentera le passage audacieux indispensable à tout album du musicien mais l’ensemble de Freedom’s Goblin témoignera avant tout de l’assurance que peut avoir Segall à se plonger sans hésitation dans tous les abysses musicaux qui lui viennent à l’esprit.

Prolixe mais avant tout bourreau de travail malgré un semblant de désinvolture, Freedom’s Goblin est le nouvel opus d’un artiste qui n’hésite toujours pas à s’emparer sans vergogne du fameux slogan acid rock de la West Coast : « turn on, tune, in, drop out »).

***1/2

9 février 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Jonathan Wilson: « Fanfare »

Si problème il y a avec Jonathan Wilson sur cet album sophomore, c’est l’étonnant nombre d’invités de renom qui apportent leur contribution à Fanfare.

On peut citer Jackson Browne, David Crosby et Graham Nash, mais aussi Mike Campbell et Benmont Tenck des Heartbreakers de Tonm Petty, Josh Tillman (ex Fleet Foxex) mais tous participent au disque de manière à se mettre en retrait pour que ce « follow up » à Gentle Spirit soit aussi percutant que ce dernier.

Celui-ci sonnait terriblement assuré dans la manière dont il se faisait l’écho de la scène singer-songwriter de Laurel Canyon du début des années 70.

Tout excellent qu’il éait été, il ne préparait en rien à l’excellence de Fanfare y compris dans l’utilisation du La Création d’Adam de Michel-Ange pour illustrer judicieusement l’album. Fanfare respire en effet une nouvelle vie, plus tempétueuse, à ce qui peut paraître être du ressort du familier même s’il est douteux que Wilson estime être Dieu et que Fanfare représente le prototype d’un nouvel esprit. Il n’y a par contre aucune interrogation sur le fait que Wilson soit un zélote pour ce qui est du travail et que ce nouvel opus s’inscrit dans la droite ligne de Roy Harper et de Bow Weir du Grateful Dead.

Fanfare porte bien son titre dans la mesure où il est en constant mouvement, allant de l’euphorique à l’introspectif sans effort et dans la façon où il évolue entre le luxuriant et le dépouillé avec une logique sans failles. On retrouve ici une résurgence de Crosby, Stills, Nash & Young ainsi que de Crazy Horse, du Pacific Ocean Blue, cette merveillede Dennis Wilson et même Dark Side Of The Moon du Pink Floyd. Les solos de guitare, toujours West-Coast, sont électrisants comme des éclairs et rappellelent ceux du regretté John Cippolina (Quicksilver Messenger Service) ou de Barry Melton avec Country Joe & The Fish.

Tout ceci n’irait pas plus loin qu’un hommage s’il n’y avait les compositions. Celles-ci n’ont aucunement à rougir de la comparaison avec ceux dont il s’inspire ; il ne s’agit pas d’une imitation rebattue mais cette fanfare jazzo-psychédélique et un kaléidoscope foudroyant, délibérément anti-rétro, l’équivalent du fantastique A Wizard, A True Star de Todd Rundgren.

Gentle Spirit dévoilait quelques passages instrumentaux assez ternes et faisait parfois preuve de sentimentalisme. Mais pour un « debut album » enregistré à plus de 30 ans, il contenait déjà une certaine dose de conviction. Sur Fanfare la retenue n’empêche pas l’ambition. Mais celle-ci se traduit par la notion de plasir à faire de la musique, une sorte de rondeur qui a à voir avec l’affabilité. « Her hair Is Grwowing SLong » respire le David Crosby tout comme « Moses Pain », hymne endeuillé, évoque Stephen Stills mais tout cela est recraché avec une affirmation qui échappe aux stéréotypes inhérents à la Californie du Sud. Il n’est que d’écouter le morceau titre qui ouvre l’album et conjuguant vocaux immaculés mais tremblants à la Dennis Wilson et atmosphère limite mièvre façon Graham Nash pour en être convaincu.

Jonathan Wilson effelure les clichés pour mieux les survoler. Il ne les déconstruit pas mais les fait siens, Fanfare en est une merveilleuse illustration et mériterait d‘accéder au statut de « classique ».

12 novembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Mmoss: « Only Children »

Attention musique sous acide(s) ! Il ne s’agit pas d’une mise en garde mais d’une appréhension de ce que ce Only Children nous réserve au travers de ses circonvolutions. On a, ces derniers temps, beaucoup parlé de Tone Impala et Pond, le deuxième album de ce combo pourtant originaire du New Hampshire semble, lui, provenir d’un « vol » direct venant de San Francisco et de la planète « late sixties ».

On l’aura compris, Mmoss va bien plus loin que les deux groupes cités plus haut dans l’exploration d’un psychédélisme « trippy ». Tout peut s’y rattacher. Les morceaux étendus (« War Sux », « Wander »), les climats propres à la méditation avec ces vocaux paresseux, ces claviers lancinants et aigrelets, ces effets spéciaux où le « phasing » le dispute aux guitares éclatées façon Byrds comme sur « Okay ».

On pourrait argumenter en avançant que Mmoss n’a pas un véritable sens de sa propres identité, qu’il fait presque du spychédélisme rétro, tant il s’emploie à nous faire dériver à partir de ses influences West Coast ou plus strictement pop (un « Another Day » semblant façonné en écoutant les Beatles).

Ce qui permet au groupe de contrecarrer cette argumentation c’est, assez curieusement, l’unité de ton de Only Children. On a parlé plus haut de psychédélisme « trippy », c’est en effet un voyage aural auquel nous sommes conviés avec ce qui semble être une direction bien précise tout au long des neuf plages. Les vocaux sont étouffés, on pourrait dire ailleurs ou absent, mais ils contribuent à véhiculer cette sensation de langueur qui parsème tout l’album.

La production est d’ailleurs symptomatique puisque les orchestrations lancinantes et implacables semblent mêlées les unes aux autres mais chaque instrument demeure discernable. Le résultat est étonnant ; la musique est à la fois distante mais étonnamment sensorielle. Il ne s’agira pas, bien sûr, des sens immédiats et physiques mais de ceux qui font appel à l’attention, on pourrait même dire à la méditation (si celle-ci n’est pas devenu un gros mot).

On ne saurait alors que revenir sur cet album en boucle, de façon circulaire si le vinyle existait encore et nous permettait de s’imprégner de ses sillons un par un. Alors, bien sûr, si Only Children est une exploration, elle est fermement ancrée dans le passé. Ce qui, néanmoins, permet de lui trouver une saveur atypique est qu’elle nous réserve des incongruités (des riffs immédiats auxquels on ne peut qu’adhérer, la faculté de dériver sans s’égarer, de faire voyager l’esprit tout en nous maintenant là où nous sommes) et nous préserve ce certains clichés exotiques ; que cet album puisse nous faire penser à un mantra sans sacrifier à un schéma qui aurait pu lui tendre les bras (l’exotisme oriental) , prouve que derrière son apparente spontanéité, se cache un groupe ambitieux et structuré. En bref, Mmoss est, tout bonnement, un combo qui parvient à entrebailler pour nous les portes de la conscience, sans que nous ne décollions du réel.

7 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Sam Andrew (Big Brother)

Big Brother & The Holding Company sont surtout connus pour avoir accompagné Janis Joplin sur Cheap Thrills. Ils ne furent pourtant pas que cela; un entretien leur guitariste de l’époque Sam Andrew permet de reconsidérer à la fois une carrière, mais aussi une époque.

Quelles furent les circonstances de votre rencontre avec Janis Joplin?

Nous étions déjà assez connus dans la scène de San Francisco et nous avions un manager qui avait été à la fac avec elle à l’Université du Texas. Il nous manquait un chanteur et il nous a proposé Janis.

Elle était vraiment professionnelle, elle venait toujours à l’heure par exemple, mais se montrait aussi intelligente et drôle. Il n’y a jamais eu de problèmes vous savez.

Sur Cheap Thrills on trouve un équilibre presque parfait entre le rock psychédélique de la Côte Ouest et le blues.

Nous essayions d’établir un pont entre les deux idiomes et je pense que nous l’avons choisie parce que c’était une chanteuse de blues.

Blue Cheer faisaient un peu la même chose à la même époque…

C’est vrai mais je les vois plutôt comme le premier groupe de métal du monde. Ils sont allés un poil plus loin que nous. Vous savez, ils avaient quelque chose de punk dans leur approche.

« Big Brother » c’était une référence au livre de George Orwell?

Tout à fait, le Gouvernement et sa bureaucratie et « The Holding Company » était basé sur la façon dont le capitalisme se constituait en « holdings », en multinationales. En même temps, « are you holding », en argot, était une façon de demander à quelqu’un s’il avait de la drogue.

Et puis il y a cette pochette dessinée par Robert Crumb…

Ça allait de pair avec nos visions de la société. On adorait ses personnages. À l’origine cet album devait se nommer Dope, Sex and Thrills; qui d’autre aurait pu l’illustrer?

Votre reprise de « Summertime » est très singulière, en particulier vos arpèges de guitare…

J’écoutais beaucoup de Bach à l’époque. Il avait composé une suite pour clavier construite sur le même mode mineur Je l’ai ralentie, appliquée à « Summertime » et avons décidé d’interpréter tout le morceau sans utiliser d’accords et en ne jouant que des lignes mélodiques.

Ensuite vous avez étudié le contrepoint…

Tout jeune déjà je jouais de la guitare classique, du pipeau ainsi que de la flute à bec, beaucoup de Bach et de compositeurs du 18° siècle. Parfois c’était déroutant d’être entre ces deux portes. Tout le monde, un jour, est confronté à ce dilemme de savoir jusqu’où suivre les règles et quand obéir à sa sensibilité.

Vous vous sentiez schizophrène à cet égard?

Bonne question! Ce sont deux choses différentes; dans le domaine du classique les leçons sont à vie mais, tout comme les rockers, ils cherchent à susciter la même chose: la Beauté, l’Émotion.

Comment avez-vous appréhendé la création quand, ensuite, vous avez composé pour des quatuors à cordes?

Sans doute était-ce une manière de réagir aux excès de la période psychédélique. La contre-culture avait atteint une voie sans issue. Je m’étais dit qu’il me fallait réapprendre certaines bases pour être prêt à ce qui pouvait se présenter ensuite.

À quoi voyiez-vous qu’une ère se terminait?

Il n’y avait plus d’innovation et les symptômes d’une reprise en main politique se profilaient. Ma démarche a été de me retirer pour réfléchir à ce que pourrait être la prochaine étape.

Tous ces groupes qui avaient une approche fusionnelle ou expérimentale n’avaient-ils rendu le rock trop respectable également?

Tout à fait! Mais c’est ce qui arrive quand vous prenez de l’âge. Jeunes, on a tous cette envie de mettre à bas ce qu’il y avait eu aupravant. Ensuite, quand on s’aperçoit du rôle qu’on a dans l’Histoire, vient le désir d’être respectable et de se préparer à ce qui suivra. C’est une réflexion que j’ai entamée très vite après Cheap Thrills. Nous sommes devenus plus éclectiques et nous sommes, en fait, rapprochés des traditions musicales comme la chanson française ou les mélodies russes.

Rétrospectivement, comment réévalueriez-vous la drogue comme source de créativité?

Pour répondre à cette question il faudrait le faire une fois sous l’influence et une fois quand vous avez l’esprit clair. (Rires) Je pense qu’elles ont été un grand facteur d’inspiration au tout début. Ensuite nous avons commencé à trop en prendre et cela a été dommageable pour la musique.

Aviez-vous la sensation d’appartenir à une scène avec le Grateful Dead, Jefferson Airplaine, Moby Grape ou Quicksilver?

Je les connaissais d’avant qu’ils ne deviennent célèbres et c ‘est vrai que nous avions l’impression que nous pouvions offrir quelque chose au monde, quelque chose issu de San Francisco. Le succès venu, nous étions tous à travailler et à faire des tournées, aussi cet esprit de clique s’est peu à peu évanoui.

Qu’en était-il de vos relations avec les groupes de Los Angeles?

C’était différent là-bas. Je crois que nous étions un peu plus aventureux et expérimentaux. Même un groupe comme les Doors était plus ancré dans la tradition. Savez-vous que quand ils sont venus jouer pour la première fois à San Francisco, bien avant d’être connus, l’affiche disait: « La version made in Los Angeles de Big Brother » ? C’était juste parce que, à l’époque, nous n’avions pas de chanteuse… Les Doors n’étaient qu’une extension de la vision poétique de Jim Morrison. Ses disques sont comme des films de Fellini, axés sur la culture européenne d’avant garde alors que nous n’étions qu’un groupe de rock and roll.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire