Partner: « Never Give Up »

13 février 2021

Nul ne sait s’il existe un prix pour le titre d’album le plus approprié pour 2020, mais le nouvel opus de Partner, Never Give Up, pourrait le gagner telle récompense existait. Il semble que tout le monde l’ait crié pendant toute l’année, que tout le monde ait mené ce type de combat. Cela a toujours été vrai, bien sûr, mais les batailles internes et externes semblent, et sont souvent, amplifiées en cette année que personne ne sera triste de voir partir.

« Dieu » merci, nous avons des groupes comme Partner (Josée Caron, Lucy Niles, Simone TB) pour nous ressourcer avec des riffs massifs et des chansons sur le sexe, le rock and roll et le fait d’être à l’aise dans sa propre peau.

On peut adorer le fait qu’ils ouvrent Never Give Up avec une chanson d’introduction – « Hello and Welcome », dans laquelle Caron et Niles partagent leurs voix sur le bonheur qu’elles ont à se défouler et à agrémenter nos collectives oreilles. L’entame sur ce ritre est comme un coup d’accélérateur sur une Plymouth Road Runner de 1970. « We’re Partner…We’re not foolin’ around », chante Caron. Ces riffs ne le sont certainement pas, et « Rock Is My Rock » est plein d’accords de puissance et de percussions menés de mains de maîtres. Caron et Niles chantent comment le rock and roll les maintient à flot non seulement dans les moments difficiles, mais comment il peut nous sortir du funk que cette folle année a laissé sur le monde comme un filet oppressant. « Je ne voudrais pas imaginer un monde sans rock » I wouldn’t want to imagine a world without rock) chante Niles. Qui peut s’opposer à cela ?

Le chant de Caron prend une tounure bluesy sur « The Pit », une chanson qui parle de lâcher prise sur tout ce qui vous retient. « Honey », unecomposition sur la guitare de Caron est, à juste titre, pleine de gros riffs de guitare. « Cette guitare sonne comme du miel qui tombe » (This guitar sounds like honey going down), chantent-ils, et ils ont raison de le faire tant c’est une vérité avérée. « Big Gay Hands », un de leurs morceaux préférés sur scène, est un titresexy, transpirant, qui parle de ces armes à six cordes qui les animent.

« Good Place to Hide (at the Time) » rappelle un peu Rush, dont les influences sur Partner sont connues, avec ses chants en écho, ses changements de signature temporelle et ses riffs space-rock. « Roller Coasters (Life Is One) » est une ballade d’opéra rock au piano qui parle de naviguer dans la folie de 2020 et du monde en général. « Au cœur de chaque jour se trouve une toute nouvelle surprise, effrayante et douce » (At the heart of each day lies a brand new, scary, sweet surprise), chante Caron.

« Je ne pourrais pas me souvenir de mon code postal si j’essayais » (couldn’t remember my postal code if I tried), chante Partner sur « Couldn’t Forget », un titre plein d’entrain sur la mémoire et l’auto-illusion, avec un accent country pour faire bonne mesure. L’attaque des prccussions de de Simone TB sur « Here I Am World » sera, elle, très subtile en nous rappelant un peu les premiers temps de « Raptur » » de Blondie. Caron chante sur le fait de saisir chaque parcelle de joie et Niles nous rappelle que chaque jour est un cadeau précieux. Cela résume assez bien le thème de l’album et la meilleure façon de passer cette année de folie. Le disque se termine avec le puissant « Crocodiles », dans lequel Partner nous prévient que de nombreuses bêtes (souvent créées par nous-mêmes) nous guettent pour nous rattraper dans leur gueule si nous les laissons faire.

Never Give Up est le coup de pouce métaphorique dont nous avons tous besoin en ce moment et, sans aucun doute, l’un des albums les plus édifiants de l’année. Son message y est on ne peut plus clair : «  Gardons l’esprit ouvert ».

***1/2


Cheekface: « Emphatically No. »

12 février 2021

Cheekface est de retour avec son deuxième album Emphatically No et cet opus résume parfaitement l’année de quarantaine que nous avons subie au travers des multiples activités Zoom ax quelles beucoup on souscrit.

Le trio de L.A. composé de George Katz, Amanda Tanner et Mark « Echo » Edwards parvient à résumer l’expérience d’une marée de millénaires désaffectés, mais le talent réside dans la façon dont ils l’encadrent dans des tons indie-punk d’une gaieté désarmante. Surtout dans le chant de George Katz, qui semble à la fois incroyablement enthousiaste et apathique, comme quelqu’un qui essaie de vous convaincre que c’est une bonne chose que vous soyez expulsé.

Le premier morceau, « Listen to Your Heart. Non » reprend là où le précédent album Therapy Island s’est arrêté, avec Katz qui donne des conseils de vie sonore sur une ligne de basse funky et une guitare croustillante. Le fait que le reste du groupe reprenne ces conseils de façon maussade aux chœurs est un exemple du sens de l’humour que l’on retrouve dans la plupart de leurs chansons.

Lla chanson qui se démarque est « Best Lif » », un choix difficile car il y a un extrait de Dr Dre plus loin dans l’album. On pourrait dire que la répétition robotique de « Everything is Normal » tout au long du morceau est un commentaire sur la façon dont nous avons dû normaliser des choses assez horribles ces dernières années, mais c’est une simple critique musicale, pas un Ted Talk. La chanson est bien montée, passant sans heurt de la chanson parlée à un refrain mélodique et à l’une des ligne-phares pour 2021 pourrait bien êtres «  Je vais avoir un bâton et un coup de logo Gucci, c’est moins cher qu’une thérapie ! » (I’m getting a Gucci logo stick and poke, it’s cheaper than therapy !).

***


Casper Clausen: « Better Way »

12 février 2021

Casper Clausen, l’un des principaux membres d’Efterklang, a contribué à donner un air de grandeur à la musique de la formation art-rock danoise, quelle que soit la direction dans laquelle elle a décidé d’orienter son son. Après une série d’albums salués dans les années 2000, le groupe s’est fait connaître pour avoir su faire la part des choses entre la splendeur éthérée de Sigur Rós et la pompe et les structures de chansons ambitieuses des favoris de l’indie comme Arcade Fire ou Sufjan Stevens. Le premier effort solo de Clausen, coproduit par Sonic Boom de Peter Kember alias Spaceman 3 et enregistré dans le studio de Clausen situé au bord de la rivière à Lisbonne, se rapproche du travail ultérieur du groupe, qui comportait davantage d’éléments de musique pop et électronique tournant autour de sa voix chaude bien que parfois indistincte, ainsi que la synth-pop de fin de soirée de son projet plus récent Liima. Conceptuellement, dit-il, il s’agit de « trouver une meilleure voie, aimer plus fort, tomber plus fort », « être loin » et « être moi-même ». Bien qu’aucun de ces thèmes apparemment disparates ne parvienne à se démarquer de manière significative sur ce projet à huit pistes, il y a aussi un élément plus intrigant sur la manière dont il voulait que quelque chose de son séjour dans cette ville dure, et cette impulsion est non seulement reprise dans Better Way, mais agit aussi comme la force principale derrière tout cela.

Le tite d’ouvertue « Used to Think » vous entraîne dans le monde sonore kaléidoscopique de l’album, mélangeant des éléments de krautrock avec l’indietronica propulsive de LCD Soundsystem et une sensibilité pop distincte qui est évidente malgré l’absence de tout crochet direct. Alors que le morceau s’installe dans son rythme lent et percutant, il est à la fois captivant et délicieux de l’entendre s’étirer sur près de neuf minutes sans s’enliser dans le poids d’un crescendo brûlant mais prévisible. Plutôt que de se présenter comme des expériences sans but précis, la nature frémissante de ces instruments sert un objectif clair : « Si nous pouvions être prolongés pendant un certain temps », Clausen chante à côté de l’écho fantomatique de sa propre voix sur le morceau de rechange « Feel it Coming », se fixant sur ce désir de s’accrocher à quelque chose qui semble être en train de tomber en panne. Au lieu de remplir ces chansons d’un bombardement inutile, Clausen et Peter Kember donnent à leurs compositions de rêve l’espace nécessaire pour respirer et prendre une vie propre, en montrant le genre de maturité patiente qui a caractérisé le meilleur travail de Clausen et en leur insufflant de riches textures et de subtils changements sonores pour les rendre entièrement satisfaisantes.

Parfois, cependant, on a l’impression de ne pas prêter attention aux détails qui non seulement renforceraient le sous-texte émotionnel de l’album mais lui permettraient aussi de résonner à un niveau plus profond. Plus l’écriture des chansons devient abstraite, plus le flou conceptuel du disque devient un inconvénient plutôt qu’une de ses qualités enchanteresses. « Dark Heart » suscite un état d’hypnose en boucle, mais les paroles sont trop faibles pour avoir un effet saisissant face au flou des cordes tourbillonnantes ;  « Snow White » s’aventure sur un territoire tout aussi nébuleux, mais il y a quelque chose de hantant dans la façon dont le falsetto de Clausen tranche sur l’attrait psychédélique de l’instrumental. En revanche, « Falling Apart Like You » s’ancre dans une simple mélodie de guitare mais capture une sorte d’intimité insaisissable, comme si l’on figeait un moment dans le temps avant qu’il ne se dissipe inévitablement : « Dans le sillage avant que tu ne partes, mon amour/ je continuerai à m’effondrer » (In the wake before you’re gone, my love/ I’ll keep falling apart), chante-t-il.

L’avant-dernier morceau de l’album, « 8 Bit Human », évoque les mêmes rythmes entraînants et pop que ceux du début de l’album, en y injectant une certaine dose de cran et de bizarrerie. C’est en quelque sorte le morceau le plus dansant de ce projet de huit chansons, mais aussi le plus expérimental, ce qui témoigne de la capacité de Clausen à combiner ses diverses inclinations artistiques d’une manière à la fois aventureuse et harmonieuse. Vous souhaiteriez simplement que cette énergie créative se manifeste davantage dans le reste de l’album, qui ressemble davantage au début d’une tentative de définir l’identité musicale de Clausen en tant qu’artiste solo. Mais pour y parvenir, il a créé un album dont les humeurs ne se limitent pas à vous effleurer, et dont le monde est merveilleusement réalisé même si le projet est de moindre envergure que ce que nous attendons de lui. « Je n’arrive pas à croire que nous ayons vu l’océan » (I can’t believe we saw the ocean), entonne-t-il sur le morceau de clôture hypnotique « Ocean Wave ». On ne sait pas exactement ce qu’il chante, mais si vous fermez les yeux, vous pouvez peut-être le voir aussi.

***1/2


Tobias Karlehag: « Process »

12 février 2021

Process est le premier album de Tobias Karlehag, un artiste électronique et ambient basé à Göteborg. Autour d’enregistrements sur le terrain et d’improvisations, Tobias crée une musique d’ambiance aérée et flottante grâce à un large éventail de synthés et d’effets.

L’aspect improvisé de Process lui donne une sensation d’abondance et d’ouverture, et un ! élément pastoral est présent dans sa musique d’ambiance, où des brins d’herbe soufflés par la brise se trouvent dans des champs en train de bâiller. Les paysages sonores ambiants de Karlehag sont des panoramas étendus avec des vues époustouflantes, se déroulant à perte de vue. De plus, sa musique est aussi très personnelle, ce qui lui donne beaucoup de cœur. L’improvisation est la musique de l’âme, et l’approche est juste – elle reste dans son champ de tranquillité et se retire quand elle en ressent le besoin, se sentant comme une lettre ouverte plutôt qu’un dialogue à sens unique.

L’improvisation est un exercice d’équilibre qui requiert une approche sensible. Il peut y avoir une pression interne ou externe pour couvrir l’espace et le silence avec une fontaine de notes sans limite. Cependant, Karlehag sait quand il faut faire remonter les notes et quand il faut pousser la musique plus loin, en synchronisant souvent les notes mouillées par la réverbération pour qu’elles remontent avec une houle de fond. Le fond brumeux et traité contribue à salir l’atmosphère générale, en atténuant les bords des lames, ce qui la rend plus douce et plus délicate.

***1/2


Hilang Child: « Every Mover »

11 février 2021

Les albums sortis en début d’année sonnent souvent l’impression d’occuper une place particulière. En se présentant devant l’avalanche de nouveaux disques qui arrive plus tard dans l’année, ils ont un peu plus de place pour se mettre en avant et s’établir tranquillement (même si cela les fait parfois injustement passer inaperçus dans les listes de fin d’année).

Every Mover, le deuxième adisque de Hilang Child (le nom d’enregistrement du chanteur/musicien mi gallois, mi indonésien Ed Riman), se perçoit comme étant particulièrement bien adapté à sa sortie en début d’année, car il sonne particulièrement frais tout en apportant un peu d’espoir et d’optimisme bien nécessaires dans un contexte de désillusion permanente. C’est d’autant plus impressionnant qu’une grande partie de l’album a été une réponse à diverses difficultés et défis personnels auxquels Riman a dû faire face après la sortie de son premier album, Years, en 2018.

L’une des caractéristiques de Every Mover est sa sonorité expansive et mobile poussant vers le haut. C’est une musique avec le vent dans les voiles. Cette qualité n’est nulle part aussi bien vue que sur le « single » « Anthropic (Cold Times) », un morceau de premier plan, plein d’émotion et à la hauteur des montagnes. Sur le plan des paroles, le morceau s’adresse à une personne anonyme, mais son message principal est plus largement racontable, la simple phrase « vous aimez la vraie vie, détendez-vous, survivez » (you love real life, relax, survive) offrant confort et réconfort.

Plus tard, les paroles parlent positivement de la façon dont « quand le rideau sera tiré, nous nous conjuguerons encore et encore » (when the curtain’s drawn, we’ll conjugate ourselves again and again), ce qui pourrait également passer pour un commentaire sur le monde actuel de l’enfermement et de l’isolement. Musicalement, comme dans le reste de l’album, la guitare, le piano et les synthés se conjuguent pour créer des impressions attrayantes et durables. La dynamique rapide de « King Quail » et la libération dynamique de « Play ‘Til Evening » ont des effets similaires. Avant la sortie de l’album, Riman a dit qu’il était souvent décrit comme une personne ouvertement émotive et ces chansons en sont une sorte d’incarnation musicale.

Des morceaux en haute définition comme ceux-ci se distinguent naturellement, mais l’album possède également plus de variété et de nuances. » Seen The Boreal » et « Pesawat Aeroplane » présentent tous deux des changements d’échelle agréables et comportent des passages qui sont accrochés dans l’air de manière séduisante. « The Next Hold » et « Magical Fingertip » sont quant à eux plus brumeux et plus horizontaux, ce qui permet à la voix de Riman de s’épanouir et de s’imposer en douceur. Steppe offre une autre dimension, s’éloignant dans un style discret qui n’aurait pas sa place sur un album de Sigur Rós. C’est un moment de détachement et de calme qui s’achève, et un autre moment pour suggérer que Every Mover contient plus qu’assez de substance et de puissance tranquille pour durer jusqu’en 2021.

***1/2


Django Django: « Glowng in the Dark »

11 février 2021

Il semblerait que Glowing In The Dark, le quatrième album de Django Django, arrive à point nommé compte tenu de sa propension à l’évasion et de son goût pour l’aventure. Avec son rockabilly inspiré des années 60, fusionné à de l’électro-pop excentrique, le nouvel album de ce quatuorpourrait bien être le tonique dont nous avons tous besoin pour nous distraire de ce qui nous tire vers le bas. Le thème récurrent de l’évasion se retrouve à la fois dans le désespoir et l’espoir ; parfois en ruminant sur les connexions perdues, d’autres fois en aspirant à de nouveaux horizons, avec le désir de tout laisser derrière soi pour une nouvelle vie.

A travers ces 13 pistes, Django Django s’est forgé une merveilleuse odyssée, où les terrains et les paysages sonores se font sentir de façon tangible. C’est ce sens palpable du mouvement et de la dextérité qui donne à l’album un air intrépide, un air d’excitation mais aussi un air d’anxiété réfléchie. L’ouverture du disque, « Spirals », donne le ton de ce qui nous attend. Cette chanson commence par le son de synthés ondulants avant de se lancer dans une expédition de course d’impulsion à travers des électroniques en ébullition et du surf-rock endiablé. Il y a une urgence et un sentiment de poursuite alors que Vincent Neff (guitariste/chanteur) rumine sur le fait de « franchir la ligne qui nous divise », comme pour appeler à un sentiment d’unité dans un monde fracturé. Les blees de « Free From Gravity » créent un rebondissement minimal et une résistance maladroite qui transmet le message de vouloir s’élever et s’éloigner du chaos quotidien : « voir le monde s’énerver/alors que nous soulevons le sol/alors que nous montons l’échelle/alors que nous ne descendons jamais » (see the world getting madder/as we’re lifting up the ground/so we’re pulling up the ladder/because we’re never coming down). Le post punk dansant, en passant par les vibrations façon Primal Scream de « Kick The Devil Out », fait monter en flèche les tendances hédonistes du club que Django Django a dans son casier, mélangées à la catharsis de l’élimination de la toxicité de votre vie. Sur un ton nonchalant mais mordant, Neff déclare « montrez-lui la porte d’entrée/je vais mettre le diable dehors » (show him the front door/I’m going to kick the devil out”, as soulful female backing vocals swoon), alors que les chœurs féminins s’évanouissent.

Le penchant du quatuor pour le pétaradant culmine avec le morceau éponyme du disque, qui suit dans « Kick The Devil Out’s slipstream ». Glowing In The Dark est une boule de coups de poing dans le mur, avec des battements sourds, un rebondissement frénétique et une ligne d’accroche qui consiste à découper et à vous renvoyer la chanson et le titre de l’album. Le jeu de mots anxieux de Neff « I need a space to breathe » et « I lay awake at night/it’s gonna melt my mind », qui ajoute une jolie juxtaposition à l’hédonisme, offre un peu d’amertume à la douceur auditive exposée. Mais il n’y a pas que des synthés et des smashes de dancefloor surl’album ; « Waking Up », qui met en scène Charlotte Gainsbourg, vibre et tremble avec un attrait rootsy, tandis que le rock ‘n’ roll acoustique traînant alimente la soif de nouveaux départs du morceau. La voix feutrée de Gainsbourg évoque l’image d’une voiture roulant sur une route à peine éclairée, avec une ville lointaine qui disparaît à l’arrière-plan, comme le proclame la chanteuse invitée, « se réveillant du fait que nous ne reviendrons jamais, c’est la route ouverte » (waking up to the fact/that we’re never coming back/it’s the open road).

Avec un équilibre assez équilibré entre optimisme et mélancolie, l’esprit d’aventure de Glowing In The Dark n’est pas dépourvu de doses de tristesse et de recherche d’âme. Ne vous laissez pas tromper par l’atmosphère de carnaval saccadée de « Got Me Worried » ; regardez au-delà des percussions excentriques et de la guitare agile et vous trouverez un Neff appréhensif confessant « mon ego rétrécit/je coule/je suis par terre » (my ego’s shrinking/I’m sinking/I’m down on the floor) comme un homme qui a une crise de confiance. Toutes les cloches et les sifflets sont retirés de l’intimité touchante de « The World Will Turn ». Accompagné de somptueuses harmonies vocales, de délicates cordes acoustiques et d’une luxuriante couche de violon, le leader du groupe rumine une vie sans cette personne spéciale à ses côtés « même si ma vie est à moi/elle s’arrête quand tu n’es plus là » (even though my life is mine to live/it stops when you’re gone . Le morceau de clôture « Asking For More » plonge l’auditeur au milieu d’un champ de foire abandonné, où tous les bruits étourdissants sont atténués et où un sentiment d’insatisfaction remplace la barbe à papa et les attractions ; « éloignons-nous de toute cette folie/qui ne nous apporte que de la tristesse/est-ce que ça nous intéresse ? » (et’s get away/from all this madness/only bringing us sadness/do we even care?)ainsi que « nous nous sommes bien amusés et nous en redemandons encore » (we had the time of our lives and we’re still asking for more) ponctuent le récit de la chanson alors que les derniers instants de l’album se désintègrent, comme un carrousel qui s’arrête lentement.

Glowing In The Dark vous emmène dans un voyage étourdissant à travers des paysages sonores variés et ondulants, où l’évasion est la destination principale et où Django Django est le capitaine du navire ; il n’est pas interdit de réserver déjà son billet.

***1/2


Marsha Fisher: « New Ruins »

10 février 2021

Marsha Fisher, une artiste basée à Minneapolis, a mis au point un ensemble de pistes ambiantes qui combinent des synthés modulaires avec des boucles de bandes de vieux prêches chrétiens et de musique de culte. Ces dernières sont si fortement traitées que leur source n’est pas apparente au départ. Le résultat est un ensemble de bourdons lo-fi et de voix déformées, respirantes et chatoyantes, avec des départs occasionnels en motifs d’éléments subtilement crépitants.

Ces quatre morceaux présentent des moments de tranquillité qui sont juxtaposés à une impression de malaise – pas vraiment d’horreur, mais une impression sinistre juste sous la surface. La transformation de sources religieuses en une telle dualité est peut-être le point que Fisher essaie de faire valoir. Mais même sans cette couche supplémentaire de considération, son art se distingue comme étant une collection inspirée de manipulations.

***


Lisa/Liza: « Shelter of a Song »

10 février 2021

« Entends-tu les vagues se briser ? » demande Liza Victoria, auteure-compositrice et interprète basée à Portland qui enregistre sous le nom de Lisa/Liza, sur l’avant-dernière piste de son dernier disque, Shelter of a Song. Avec sa voix presque cassée, Victoria semble conduire les auditeurs vers des paysages de plage et des après-midi d’été sans nuages. Malgré ce que les paroles suggèrent, le disque n’est pas tant l’incarnation sonore de vagues déferlantes ou d’eau qui se précipite. Il ressemble plutôt à un feu crépitant ou à la chaleur d’une tasse de thé fraîchement versée. Plus encore que le soleil, toutes les chansons semblent indiquer la lune comme source d’inspiration sonore. 

Comme beaucoup de disques de folklore chuchoté de la dernière décennie, Shelter doit être compris dans le contexte dans lequel il a été conçu et enregistré : il a été enregistré entièrement en direct dans la cuisine d’un studio dans le Maine central. Ne comportant que la voix de Victoria et la guitare accompagnée, il est presque aussi rare qu’un disque puisse l’être sur le plan instrumental. De la meilleure façon possible, il ressemble et sonne exactement comme les conditions dans lesquelles il a été enregistré ; il est stupidement intime et remarquablement nuancé. 

S’il y a une chose qui distingue cet album de ses contemporains, c’est la volonté de Victoria d’être réelle et authentique dans le processus d’enregistrement. À certaines occasions, comme la majorité des couplets de « From This Shelter » et l’outro de « I Am Handed Roses », les frettes de sa guitare acoustique bourdonnent par intermittence et de légères imperfections vocales grincent dans le mixage. Le disque n’a manifestement pas été créé dans un environnement de studio parfaitement contrôlé, mais il n’essaie pas de prétendre qu’il l’a été. En conséquence, Shelter of a Song est grinçant, brut et presque silencieux aux bons endroits. 

Chaque chanson est naturelle et ouverte, avec « The Sun, A Wolf » et « Red Leaves » qui suivent, qui illustrent la légèreté de l’apesanteur acoustique qui met vraiment en valeur le timbre vocal subtil de Victoria. Bien qu’incroyablement délicats, les murmures de Victoria peuvent parfois se transformer en marmonnements. Sur le morceau d’ouverture, « Dark Alleys », par exemple, son timbre est magnifique, mais l’énonciation vocale rend difficile la compréhension et l’intériorisation des paroles. Il en va de même pour l’étonnant morceau final, « Not Ours », qui est superbe du point de vue mélodique, mais qui manque d’un accompagnement narratif cohérent sous la forme d’une voix principale prononcée. 

Il ne présente peut-être pas les récits vocaux les plus éclairants, et les structures des chansons de Victoria ne déplacent pas des montagnes en termes de complexité ou de mémorisation, mais Shelter of a Song est un effort bien équilibré. Dans son imperfection et son honnêteté, Lisa/Liza a une fois de plus créé une anthologie de chansons qui, bien qu’imparfaites à l’occasion, offrent une atmosphère non perturbée et apaisante. 

****


Lice: « Wasteland: What Ails Our People Is Clear »

9 février 2021

Le nouveau record de Lice, Wasteland : What Ails Our People Is Clearpossède un langage musical construit moins autour de l’accord, de la mélodie ou du kick drum, et plus autour de l’alliage, du rivet, du boulon ou de la charnière. Les arrangements semblent soudés. L’impie « Arbiter » gémit sous son propre poids. Les chansons les plus lourdes bouillonnent et bouillonnent de grandes missives stentoriennes sur les « névroses sexuelles pernicieuses », livrées avec une sorte de raillerie frénétique et malicieuse. Au début de « Pariah », les cadences vocales s’accrochent à la caisse claire comme le bruit mécanique d’un marteau-piqueur sur le point d’épuiser ses batteries, soutenu par une ligne de guitare en tôle qui trille comme une perceuse à air comprimé. Les poux ont même fait construire une machine à bruit spécialement pour le disque, c’est un ricanement percutant qui court sur les bords des pistes « Conveyor » et « Espontaneo ».

L’exosquelette comporte encore des fissures. Le chaos est parfois perturbé par la progression des accords de cérémonie dans « Serata » et par la beauté étourdissante de la première moitié de « Clear ». Bien que le hurlement d’Alastair Shuttleworth soit si incompréhensible qu’il peut aussi bien être muet, dans « Arbiter », il s’harmonise avec les guitares et la batterie qui s’entrechoquent pour former un bref moment semi-choral qui semble déchirer un trou dans le ciel. « Persuader » fait entendre des clics et des ronflements avant de se déployer timidement dans une coda technicolore indéniablement jolie. C’est un moment de lumière captivant qui s’évapore avec les premières convulsions d’ « Arbiter ». Ces petits moments de décompression sont brefs mais nécessaires. Sans eux, l’album risque de se sentir lourd, une cacophonie pointue sans répit.

De la même manière que la polarisation politique croissante de notre époque, mon milieu culturel s’est érodé au profit d’une forte opposition. Ces huit derniers mois environ, j’ai profité du bonheur sonore chatoyant des Beach Boys et mangé beaucoup de baklava, tout en lisant le traitement magistral mais sombre de la famine chinoise par Frank Dikötter. Les deux seuls nouveaux disques peuvent vraiment nous frapper sont Hey Colossus avec Dances/Curses et Lice Wasteland. C’est un opus de la trempe deces derniers qui peut revigorer et redonner de l’énergie. Oui, il se trouve peut-être à la fin d’un spectre sonore, mais vos oreilles seront moins embuées et plus claires.

***1/2


Inanis Yoake: « In A Summer’s Silence »

8 février 2021

Vous ne nous entendrez pas proclamer que tout était mieux avant. Bien sûr, c’est une pure absurdité, parce que nous aimons être d’accord avec le pessimiste qui dit qu’il y a toujours quelque chose qui ne va pas. En outre, c’est notre travail de vous guider, vous qui êtes un lecteur avisé de ce qui sort à travers toutes les nouvelles tendances qui se présentent ces jours-ci.

Le même pessimiste fera remarquer que lorsqu’il s’agit des tendances de la scène dark, il s’agit de regarder en arrière plutôt qu’en avant.

Bien sûr, nous avons un bagage musical dans lequel nous pouvons puiser, pour reprendre les termes du thérapeute à la mode : un sac à dos qui fonctionne comme une paire de lunettes avec laquelle nous regardons les choses.

Non, les choses n’étaient pas forcément meilleures autrefois, mais musicalement, elles étaient peut-être moins définies et donc plus simples.

Quiconque est dans le coin depuis un certain temps aura sans doute de nombreux souvenirs de soirées où toutes les branches latérales du grand arbre de la nouvelle vague étaient en vedette un soir.

Un rêve similaire est immédiatement venu à l’esprit en écoutant In A Summer’s Silence du duo de débutants Inanis Yoake. Simone Skelton (guitare/voix) et Risa Hara (piano, synthétiseurs et voix) ont fondé ce projet à Londres en l’an 2020. Comment se fait-il que ce duo, tout juste sorti de presse, nous mette dans une ambiance nostalgique dès les premières notes de leur premier album, me direz-vous ?

Eh bien, outre ces deux membres réguliers, Inanis Yoake collabore avec de nombreux noms établis. Tony Wakeford et son épouse Renée Rosen (Sol Invictus) et Lloyd James (Naevus) ne sont pas seulement les plus connus de la liste d’invités bien remplie, ils sont aussi très déterminants pour le son de cet album.

Il suffit d’écouter l’écho typique de la batterie darkwave de « Captors », où les riffs de guitare font de leur mieux pour dépasser les limites du genre. Les fans des tout premiers albums de Death In June feront un signe de tête approbateur lorsqu’ils entendront cette chanson. La voix familière de Lloyd James contribue également à ce sentiment de vieille école et Scarlet West, à qui nous confions le rôle de Rose McDowall, se sent comme un poisson dans l’eau sous cette forme.

Les riffs de guitare de « There Is No Hill », également avec James au chant, vous rappellent le ou les empereurs du genre néofolk. Est-ce une coïncidence si nous voyons ici James comme une nouvelle version de Douglas P ?

Et qui dit Death In June et Crisis, dit aussi dans un même souffle Tony Wakeford et son Sol Invictus, comme dit aussi présent sur cet album. Il n’est pas surprenant qu’ils aient choisi ce poids lourd du monde néo-folk, car nous pensons que le timbre de la voix de Skelton est comparable.

Wakeford marque de son empreinte le son d’Inanis Yoake avec sa voix, reconnaissable entre mille, ce qui nous fait penser aux albums de Sol Invictus d’un passé lointain. Eh bien, nous ne le regrettons pas, parce que ce sont des albums que l’on peut appeler des classiques du genre pour une raison. Mais les chansons où le duo doit le faire sans l’aide des étoiles prouvent qu’il a suffisamment de capacités propres pour pouvoir briller. Nous aimerions souligner la chanson « Hikari » dans laquelle les racines japonaises de la moitié féminine d’Inanis Yoake s’épanouissent, grâce aussi à la voix de Yuko Tsubame qui laisse souffler un vent oriental dans la chanson. Une variation assez unique dans le genre néofolk si vous nous demandez, et certainement une qui en veut plus.

Les néofolkistes qui, ces dernières années, ont dû se réfugier dans des fêtes de genre parce qu’ils étaient invariablement laissés à l’écart des fêtes habituelles, peuvent profiter pleinement de In A Summer’s Silence, tout comme les nostalgiques des soirées variées d’autrefois. Pourtant, Inanis Yoake ne sert pas que du vieux vin dans des sacs neufs, que cela soit clair. Le genre néofolk est parfois accusé de stagner, mais ce n’est pas le cas d’Inanis Yoake (même si cette critique peut suggérer le contraire).

Simone m’a fait savoir qu’à l’avenir, ils prévoient de poursuivre leurs expériences avec des chansons en langue japonaise. Nous pensons que vous devriez le faire, car cela ne fera que profiter à l’exclusivité de ce duo londonien multiculturel !

***1/2