Rapid Talk: Interview de The Darkness.

Quand The Darkness a sorti son premier opus Permission to Land en 2003, il entra directement au sommet du hit-parade anglais grâce au « single » « I Believe In a Thing Called Love ». Le duel de guitares et les vocaux en falsetto de Justin Hawkins contrastaient avec le blabla habituel des radios rock mais les albums suivants n’ont pu renouveler l’exploit en termes de succès. Hawkins est sorti d’une cure de désintoxication qui a failli sonner le mort du groupe et le power rock inspiré de Thin Lizzy semble rallumer, sur Last of Our Kind, une flamme qui avait bien failli s’éteindre.

Quelle perspective s’ouvre pour vous avec ce nouvel album ?

Bonne je crois dans la mesure où il a pu être mené à bien. C’est un peu tôt pour se prononcer mes les retours sont plutôt favorables et on a même pu faire quelques petits concerts de promo à la radio.

Vous avez quelques dates de prévues en Europe…

Une petite tournée mais ensuite on va se poser un peu car nous avons des festivals à assurer et il est donc difficile de planifier des choses pendant cette période. Nous attendrons août ou septembre ; on aimerait aller en Australie et au Japon avec, ensuite, un petit tour aux USA, Los Angeles en particulier.

Vous avez enregistré en Irlande dans le studio de votre frère. Étaitt-ce juste enregistré ou avez-vous composé aussi là-bas ?

On a composé en Irlande et y avons enregistré de manière très primitive. Je ne pense pas qu’il y a des passages qui ont survécu à cette période, en revanche c’était assez inspirant que de vivre et de travailler en studio. La chambre de Dan, mon frère, était là où se trouvait la table de mixage.

Est-ce que cela a affecté le son du disque et votre façon de composer ?

Je suppose que oui. On était dans un environnement où nous étions à l’aise mais nous avons passé un minimum de temps dans la zone d’enregistrement. On a travaillé les ajouts ailleurs dans la maison. Dan nous a permis de nous détendre, il a produit, assuré la guitare, s’est comporté comme un vrai ami. Je pense même qu’il avait la sensation que parfois on abusait ? Je ne peux que le remercier pour les sacrifices qu’il a faits.

L’album a été enregistré avec Emily Dolan Davies à la batterie mais elle vient de quitter le groupe. Aujourd’hui votre nouveau percussionniste est Rufus Taylor, le fils de Roger Taylor batteur de Queen. Comment l’avez-vous approché ?

On a ce problème de batteurs depuis plusieurs années. Rufus est notre quatrième. On a toujours des messages qui nous disent : « Si vous cherchez un batteur, pensez à lui » « ou à un autre ». On a donc jamais été véritablement dans la recherche mais Emily et moi nous sommes séparés alors que nous étions dans l’urgence pour préparer la soirée de lancement. On a appelé Rufus qui était dans notre liste depuis pas mal de temps mais il était en Australie. Finalement il est arrivé au matin du jour où on avait besoin de lui pour le show. On a répété très vite et ça s’est super bien passé. Il va désormais nous falloir réfléchir pour voir comment on pourra fonctionner sur la durée et ceci n’a rien à voir avec son pedigree musical.

Il est talentueux st s’intègre plutôt bien au son que vous mettez en place.

Oui, dans son autre groupe il ne ressemble en rien à Roger Taylor. Incidemment, ce dernier est un cousin éloigné des Hawkins. Presque une famille donc.

Comment le fait d’avoir un enfant a-t-il affecté votre musique ?

Au début je croyais que cela agissait inconsciemment et je crois que, indirectement, c’était vrai. Aujourd’hui je ne peux pas me permettre de faire des conneries car il faut que l’argent soit présent pour son éducation. Il est important pour moi d’avoir une descendance dont je puisse être fier et il faut que votre enfant soit également fier de vous, et surtout qu’il le dise sur votre lit de mort.

Rapid Talk: Interview de Regal Degal.

New York Los Angeles puis l’inverse, il est évident que, Regal Degal sont, à l’image de leur leader Josh Da Costa, en demande de ce surcroit d’adrénaline que nécessite la sortie de leur nouveau disque, Not Now, et de simultanément une vidéo pour « Pyramid Bricks » et dans laquelle on trouve le modèle Abbey Lee. C’est au milieu de cette effervescence que Da Costa nous en dit un peu plus sur ses projets d’un futur qui ne nie pourtant pas le présent.

Vous êtes de retour à Brooklyn, qu’est-ce que ça vous fait d’être chez vous ?

Je fais la navette entre LA et NY depuis des mois. New York est un excellent endroit pour être occupé et faire le plein de plusieurs énergies mais Los Angeles permet de goûter les plaisirs simples de la vie et d’avoir un rapport plus qualitatif en termes d’amitié. J’adore les deux villes et j’apprécie la chance de pouvoir avoir un pied dans chacune.

La vidéo musicale de « Pyramid Bricks » est très inspirée par le psychédélisme et les visuels égyptiens ; qu’est-vce qui vous a poussés vers cette direction artistique ?

La réalisatrice, Lily X, trouvait que les ornements et les éléments mystiques de l’imagerie de l’Égype ancienne servait le titre à merveille. C’était fun et, en plus, on était d’accord.

Il y a cette référence à La Momie quand Abbey Lee se transforme en momie elle-même. Que pensez-vous du film ?

Personnellement je pense que c’est un très mauvais film. Je le compare à la scène dans la salle de bains de The Shining, mais en moins ratatiné.

Not Now semble s’inspirer de chaque décennie musicale, des 60’s à aujourd’hui. Comment avez-vous approché sa composition en tenant compte de ces différents sons ?

On a voulu incorporer des tonalités héritées des musiques que nous aimons et il se trouve qu’elles viennent souvent du rock des années 60 et 70. Je joue beaucoup d’une guitare acoustique à 12 cordes, il n’est pas étonnant que Not Now semble y puiser. Bien sûr tout cela est filtré par des procédés comme le delay et des chorus qui donnent un parfum 80s. Sur un titre en particulier, « Defense », elle se heurte à une boîte à rythme et des lignes de basse influencées par la house. J’ose penser que ça appartient à un territoire que personne n’a pu identifier jusqu’à présent. Je joue aussi d’une guitare peu solide, accordée de façon atypique, sur la plus grande partie du disque ce qui me permet d’avoir des sonorités viriles sans que ça paraisse trop macho. La section rythmique, Jamen et Josiah, maintient les choses très punky sans être dédiée à un style ou un autre ce qui est un atout maître.

Vous avez dit que les titres figurant sur votre EP Pyramid Bricks ont été conçus individuellement plutôt qu’en ayant en tête un véritable disque. Dans quelle mesure vos procédés d’écriture ont changé pour ce Not Now qui sonne comme ayant beaucoup de cohésion ?

Pour le EP, j’expérimentais mon « songwriting ». Chaque morceau était, au départ, une étude de genre mais, au bout du compte, j’ai opté pour ce qui sonnait le mieux sans me soucier des critères d’un genre ou d’un autre. La façon dont nous avons ré-enregistré « Pyramide Bricks » pour l’album était censée lui donner la vibe générale, plus proche de comment nous sonnons sur scène. Le Ep était en fait un tremplin fun qui nous a permis d’aller plus loin dans certaines directions et on a quitté Los Angeles sur cette note assez enlevée qui nous a permis d’enregistrer à Brooklyn dans un esprit détendu et cohérent en effet. J’ai tendance à penser que c’est un assez bon album dans la mesure où il donne une idée de comment nous sommes « live ».

On a dit qu’un des thèmes du disque explore la notion de négation du présent. Pourquoi pensez-vous que nous avons besoin d’y échapper ?

Je crois que l’on a besoin de forcer les gens pour qu’ils agissent en leur parlant d’ambition, d’aspiration, de lutte, de désespoir ou juste de l’envie de se divertir. Les rêves, les désirs, les dangers de la vie de tous les jours sont un moteur et ne penser qu’au présent est une chose si facile. C’est le signe d’une vie sans désir et sans frustration ; c’est une manière de ne rien envisager et de laisser tout et n’importe quoi vous arriver. Les gens ont peur de cela, de cette initiative à prendre, et préfèrent regarder le passé pour modeler leur futur.

Comment la pochette de l’album s’intègre-t-elle à ce que le disque véhicule ?

C’est à un niveau subliminal. Not Now est notre effort le plus collaboratif en termes de personnel. Il y a les membres du groupes mais aussi des invités là où nous avons enregistré, à New York et Berlin. Il en va de même pour le visuel ; en général nous sommes deux à le faire mais cette fois-ci Drew Heffron qui fait tous les graphiques de Terrible Records et David Benjamin Sherry ont participé. On a pu choisir parmi une large sélection de visuels et j’ai cru à un moment que j’allais sélectionner un truc qui serait uniquement de l’art pour l’art. J’ai réalisé ensuite que David B nous offrait un auto-portrait et ça nous a pas mal secoués. Ca représente parfaitement ce qui nous arrivait, un freak regardant d’autres freaks. C’est en ce sens que la pochette s’intègre à l’album, un truc aussi bizarre que l’est je l’espère notre musique.

 

Rapid Talk: Interview de The Vaccines

Sans doute est-ce parce qu’ils se sentaient coincés dans le registre indie de leurs précédents albums que Árni Hjörvar, le bassiste de The Vaccines, déclare à propos de English Graffiti que c’est « enfin un disque de rock ». Il faut sans doute y voir plus loin qu’un simple déclaration car, pour le combo, le disque doit être également une occasion de se transformer. C’est dans cette optique que Hjörvar et Justin Young (vocaux, guitare) entament la conversation sans éviter les sujets polémiques.

Vous avez dit de cet album que vous vouliez qu’il « vieillisse mal »…
Justin : Je pense que je signifiais le fait que, quand vous écoutez des disques qui ont défini leur époque, Never Mind The Bollocks ou Nevermind, ils ne sonnent pas atemporels mais le fruit de la période où ils ont été enregistrés. Ils ne sonnent pas comme vous vous attendriez qu’ils sonnent si ils avaient été conçus aujourd’hui et j’estime que c’est une bonne chose. Quand j’ai fait cette déclaration je pensais surtout à Nevermind, son doute mon album préféré. Je crois que, dans le passé, nous avons trop proclamé que notre musique aurait pu être réalisée à n’importe quel moment de ces 30 ou 40 dernières années. On a ensuite commencé à penser que ça n’était peut-être pas une si bonne chose et qu’il faudrait mieux que l’on fasse quelque chose qui reflète notre époque si on voulait laisser une trace. Cela est une réflexion qui touche tous les aspects, l’angle sonique, les textes, etc. C’est pour cette raison que j’ai dit cela à propos de English Graffiti. Je voulais que ça devienne une phrase-clé.
« Radio Bikini » fait référence au bombardement de cet atoll il y a 60 ans. Vous y êtes-vous délibérément situé à l’écart de la politique moderne ?

Justin : Je ne mêle jamais la politique à ma musique. Je sais que beaucoup se plaignent du fait que les artistes ne semblent pas avoir une conscience politique mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit notre responsabilité. On se trompe en estimant ça ; pour nous il s’agit d’une expérience personnelle et cathartique et nous voulons qu’elle devient inter-personnelle et universelle.Je crois que ce serait arrogant de ma part si je suggérais que je suis capable d’enseigner aux autres comment vivre leur vie ou leur dire : « Regardez ce qui se passe. » Les gens sont assez intelligents pour y réfléchir par eux-mêmes et j’essaie toujours de m’éloigner de la politique fabriquée au bistrot du coin.

Damon Albarn a parlé d’une « selfie generation » où les artistes d’aujourd’hui n’utilisent la musique que pour parler d’eux-mêmes…
Justin : Oui mais c’est quelqu’un de vieux désormais. Un des meilleurs disques qu’il ait fait concernait une rupture alors il faut toujours faire attention quand on dit des choses comme ça.

Vous aviez une centaine de chansons potentielles pour cet album…

Justin : On n’est pas arrivés avec 100 titres ; on les a écrit durant le processus. Les gagnants ont été sélectionnés assez naturellement chaque jour ou chaque semaine. Le choix a été très vite évident. La moitié du titre a été écrite sur les 8 semaines qui ont mené à son achèvement.

Árni : Le processus qui nous a amenés à écrire tous ces trucs qui, espérons-le, ne quitteront pas nos ordinateurs a, lui, était massivement important. Cela nous a permis de voir le groupe avec une perspective différente et de déterminer vers quoi on voulait s’orienter. Aussi, quand on a commencé à enregistrer, la palette sonique était tout de suite plus claire. Les compositions et ce dont elles avaient besoin sont devenues évidentes et certains titres qui figuraient au départ ne l’étaient plus à l’arrivée.
Ça vous a fait quoi d’en rejeter ?
Justin : Ça faisait partie de tous ces éléments qui étaient difficiles. On s’est donné du temps libre, mais on s’était imposé des limites auxquelles nous nous sommes tenus. On décidait chaque matin de ce que nous allions faire ; c’était peut-être un frein à l’expression libre mais, quand j’arrivais avec une nouvelle chanson, tout le monde devait s’y coller. Notre éthique était : « On prend le chemin numéro un et aucun problème d’égo ou s’identité ne devra interférer car sinon toute se délitera. » Peu à peu, je crois que les gens sont parvenus à s’exprimer un peu plus et à donner une autre personnalité aux morceaux. Freddie (Cowan) est un guitariste de plus en plus inventif et il y a des tas de trucs étranges et merveilleux qui se sont glissés ici et là. J’ai même bossé sur une bande que quelqu’un m’avait envoyée et où il y avait une version rap d’un des titres. C’était devenu un truc hip-hop qui ne m’était pas venu à l’esprit. Vous seriez étonné par la diversité des morceaux qui n’ont pas été pris.
English Graffiti semble être album le plus « produit ». Aviez-vous peur de perdre une certaine dose de rugosité telle qu’elle se manifestait auparavant ?
Árni : Non, car c’était notre but. Je voyais le studio comme un outil plutôt que comme le véhicule de quelque chose. Notre démarche était tout à fait consciente.

Justin : Ironiquement je trouve qu’il y a plus d’énergie qu’avant à certains moments. IL y a une certaine frénésie sur « 20/20 »’ ou « Radio Bikini » que vous ne pourrez pas capturer « live » car vous devez la créer en plusieurs éléments, synthétiquement donc.

Beaucoup des morceaux ont un esprit plus sordide inédit chez vous ; comment allez-vous les interpréter ?

Justin : D’une façon louche et glauque. Je suppose qu’il y a plus de nappes soniques et de perspectives sur des chansons de cette nature . J’apprécie car cela me permet d’avoir une interprétation plus aboutie et cela profite autant à l’audience qu’à nous. On montre ainsi une autre facette de nous. Je ne me sens jamais vulnérable sur scène, au contraire c’est l’endroit où j’ai l’impression d’avoir le plus de pouvoir. Chacun ressens ceci à un moment ou un autre.
Vous avez souvent évoqué le fait que vous vous sentiez déconnecté de tout en raison de la technologie moderne.
Justin : Je pense qu’il y a une certaine ironie au fait que nous soyons tous hyper connectés, que nous allions dans un bar qui passera la même musique partout dans le monde et que nous portions tous le même type de vêtements. Vous pouvez néanmoins vous réunir avec des amis, boire une bière et avoir la sensation que chacun est dans son petit monde. Internet nous construit sa propre réalité et fait de nous des consommateurs d’une autre ère. C’est une réalité dont j’ai du mal à comprendre vers quoi elle nous mène en termes d’attentes. La seule chose dont je sois certain est qu’aucune autre génération avant la nôtre n’a éprouvé ce sentiment de déconnection que je sens aujourd’hui pour des choses comme l’amitié et l’amour.
Est-ce que vous appréciez le style de vie où chaque jour vous ouvrez notre valise qui va avec le fait d’appartenir à un groupe ?
Justin : J’adore ça mais je pense qu’on y devient très vite une institution au même titre qu’à l’armée ou en prison. Chaque nuit, en tournée, l’adrénaline coule de manière incroyable si vous avez assez de chance. Quand elle s’est dissipée, l’absence crée un vide et vous commencez à vous demander ce que vous devez faire pour le compenser.

Vous préoccupez –vous d’avoir un succès qui dure ?
Justin : Dans la musique, le succès ne suit jamais une ligne allant continuellement vers le haut. J’aime penser que je continuerai à en faire indépendamment du nombre de gens qui l’écouteront. Je n’ai jamais passé ma colère sur quelqu’un mais Dieu sait que je l’aurais fait si je n’avais pas cette possibilité de composer. C’est une thérapie ; il y a des interprètes, des musiciens et des « entertainers » mais moi, je suis définitivement un auteur-compositeur.

Vous avez dit que vous ne vouliez plus être un groupe indie mais rock ; où en êtes-vous maintenant ?
Árni : Je crois que nous sommes devenu un groupe rock. Cela nous a pris un certain temps mais je pense que l’axe directeur de cet album était précisément de s’écarter des règles que nous nous étions imposées et qui font partie de l’approche « indie ». Je trouve qu’on a pas mal réussi.
Avez-vous l’impression que vous vous imposiez des barrières auparavant ?
Justin : Oui.
Árni : Oui, tout à fait !
J
ustin : Ça a été une décision prises consciemment car elle signifiait nous libérer de certaines entraves.

Mumford & Sons ont dit des choses très dures à propos de Tidal ; qu’en pensez-vous ?
Árni : Je ne pourrai pas être plus d’accord que je ne le suis.
Justin : Pareil pour moi. Je crois que beaucoup d’artistes ne se rendent pas comptent que si Black Keys peuvent refuser d’être sur Spotify c’est parce qu’ils ont suffisamment de succès pour que vous deviez aller ailleurs si vous souhaitez les écouter. Le modèle Spotify est extrêmement injuste envers les artistes. Mais les grands artistes oublient que Spotify présente aussi une opportunité ; si vous écoutez de la musique de manière informelle, c’est le meilleur endroit où aller. Même pour un groupe ayant notre statut qui n’est pas celui du plus grand groupe au monde, Spotify est le lieu où les gens viennent écouter notre musique. C’est l’endroit où elle est le plus consommée par rapport aux autres plateformes ; elle est incroyablement injuste mais on en a besoin. Il ne faut jamais croire un musicien qui vous dit que si il n’a pas d’argent c’est à cause de Spotify. En effet, même injuste, c’est une compagnie qui vous offre occasion de faire des concerts, trouver une licence pour votre musique ou faire des publicités ou des jeux vidéos. Ça n’est peut-être beau à entendre mais c’est ainsi que vont les choses.
Árni : En outre il est prouvé qu’on a tort de penser que tout se fait au dépend de l’artiste. On s’est aperçu que ça rapportait pas mal d’argent mais ce n’est pas l’artiste qui récupère le plus. Il faut s’en prendre au label mais pas à la plateforme. De toutes façons si on essaie de supprimer ce genre de choses, ça ne sera que nier l’avance technologique. Je suis pour le fait que la musique soit disponible tout le temps quelle que soit la façon dont on l’écoute. Je ne comprends pas que certains s’en plaignent.
Justin : C‘est quand même assez drôle de voir toutes ces stars s’aligner à la conférence de presse de Tidal alors que chacun d’entre eux pourrait arrêter de travailler et se payer une voiture de luxe chaque jour des 300 prochaines années.

Rapid Talk: Interview de Lone Wolf.

« Quand je disais ne pas vouloir faire un autre disque, j’étais vraiment sincère et sérieux » insite Paul Marshall au sujet de son nouvel opus sous le nom de Lone Wolfe, The Lodge. IL est vrai qu’il avait semble couper les ponts avec l’industrie musicale après The Lovers en 2012 et il a peine à l’expliquer : « C’est une chose très difficile et très personnelle et je ne m’attends pas à ce que les gens puissent le comprendre. Je pense être devenu un individu capable de percevoir la complexité de ce que je suis en tant qu’être humain. Le tout est de savoir pourquoi c’est un processus anxiogène pour moi et, de manière surprenante, c’est quand on a diagnostiqué que j’étais un angoissé chronique que tout s’est simplifié. »

Il se rappelle alors l’état dans lequel il se trouvait juste avant le sortie de The Lovers et de ses deux précédents albums, Vultures et The Devil and I : « J’étais au bord de la dépression nerveuse avec cet étrange cocktail de malaise amoureux et de soucis pour la moindre choses. »

Ce qui a changé, poursuit-il, était qu’il était arrivé « à un point où j’ai soudain réalisé que la musique était un élément qui, non seulement ne m’affligeait pas, mais qu’il générait en moi le besoin de créer un quelque chose dont je ne pourrai jamais me débarrasser. »

Sentant « qu’il restait une dernière chose à faire sous le nom de Lone Wolf », il s’est mis au travail avec le producteur James Kenosha et le joueur de trompette David Warnegard afin de réaliser un album qui soit une confession brute, inspirée de Talk Talk, et que celle-ci allait se nommer The Lodge du nom du studio de Kenosha. « C’est une pièce où, hormis la résidence d’été de Sophie ma compagne au nord de la Suède, je peux ôter tout cette enveloppe d’angoisse dont je suis imprégné. »

De là un disque qui ne sera peut-être pas le premier : « Pour une raison ou pour une autre, à chaque fois que je m’installe au piano dans le studio de James, c’est comme si j’avais assez de temps pour enregistrer toutes ces idées qui sont miennes. »

 

Rapid Talk: Interview de Torres.

Mackenzie Scott, à savoir Torres, a réalisé avec Sprinter, son deuxième album un disque sidérant. Il est en effet très intense et intime et il bénéficie, en outre, de la participation de stars de la scène alternative. Scott évoque ici ses appréhensions par rapport à l’écoute que sa famille pourrait avoir de son disque, son rapport avec la spiritualité et le fait de s’associer avec des personnes de la stature de Bob Ellis, le producteur de PJ Harvey ou Adrian Utley de Porstishead.

Vous avez joué pour la troisième fois au festival SXSW dont on dit qu’il a perdu de son aura ; que pensez-vous qu’il puisse encore apporter à des jeunes musiciens ?

Tout dépend des circonstances. 2014 était une année de transition pour moi. Je n’avais aucun récent album à présenter. J’y ai toujours passé de bons moments, mais je sais ce que ça peut représenter que de travailler sans cesse et de ne pas obtenir l’attention dont vous souhaitez bénéficier. Je ne peux que parler pour moi et il me faut avoir quelque chose à proposer pour que ma participation soit pertinente.

Qu’est-ce qui a changé depuis un an pour vous ?

Il y a 12 mois, j’avais commencé à bosser sur Sprinter. Ça restait pourtant une année de transition car je ne m’y suis mise sérieusement que sur le tard, début 2014. J’ai travaillé dessus jusqu’en juillet et l’ai enregistré en août septembre dans le Dorset. Ensuite j’ai répété avec mes nouveaux musiciens et on n’a pas cessé depuis.

Sprinter, bien que profondément intime donne l’impression que vous avez joué avec votre personnage et votre point de vue. Quelle importance avait le fait que soit aussi représentée la perspective de ceux que vous aimez dessus?

C’est ma perspective sur ce que peuvent être les leurs. Pour moi ça a un sens mais j’ai toujours le souci de ne pas aller au-delà de certaines limites ou de ne pas révéler quelque chose de trop ayant à voir avec la vie de quelqu’un. Il s’agit de respecter les gens ainsi que leur vie privée ; ceci dit je me suis plus amusé cette fois-ci en écrivant et en jouant avec les personnages comme vous dites.

C’est un disque très chargé ; comment avez-vous pu y tirer plaisir ?

Le fait d’écrire a une vertu curative et c’est en ce sens que j’ai trouvé l’exercice amusant. Trouver un exutoire est réjouissant, c’est un peu comme renaître, une renaissance émotionnelle. J’en ai tiré beaucoup et ai appris beaucoup de choses sur moi-même. En outre je parle de ces choses au moment où elles se produisent. Quand c’est rétrospectif la clarté n’est pas la même mais il s’agit toujours pour moi d’évoquer le présent et le futur et celui-ci est beaucoup moins définissable. Vous avez je suis toujours dans cette phase d’apprentissage et de recherche d’apaisement.

Êtes-vous nerveuse par rapport à la sortie du disque dans la mesure où beaucoup d’éléments personnels y figurent ?

Je le suis, oui mais essentiellement quand je penses aux réactions que pourrait avoir ma famille.

Vous leur en avez déjà parlé ?

Ils ont entendu « Strange Hellos » et « New Skin » car ils sont sortis un peu avant l’album. J’ai peut-être joué une demo inachevée à ma mère mais nous n’avons encore parlé de rien. Ils se cantonnent à des questions d’ordre plus général. C’est étrange de m’exposer ainsi, moi et ma famille, d’une manière dont je n’avais jamais été capable jusqu’à présent. Je n’ai jamais pu avoir certaines conversations avec mes parents ou même certains amis. De ce point de vue, ce disque leur est dédié. Alors bien sûr je suis préoccupée par ce que je leur révèle mais, curieusement, je suis indifférente au fait de le monde extérieur puisse en avoir connaissance.

Quand vous écrivez de manière aussi autobiographique à propos de votre passé, il pourrait être aisé de se méprendre sur vous. Avez-vous déjà remarqué des remarques erronées à votre propos ?

Oh, c’est quelque chose qui s’est produit dès le début. Plus ça avance, plus c’est le cas et j’imagine que ça le sera toujours. J’ai appris à lâcher prise par rapport à ça et j’y arrive la plupart du temps. Il y a eu quelques moments où certains trucs étaient si biaisés que j’ai été amenée à prendre contact avec le journaliste pour qu’il corrige. C’était avant tout pour ma famille, he me dois de les protéger. Ceci dit comme j’écris des choses très intimes je peux comprendre que l’on puisse parfois se fourvoyer. Le seule chose qui compte est que les faits ne soient pas déformés.

Sur Sprinter, vous mentionnez votre éducation religieuse et vous avez également joué dans une église presbytérienne. Qu’est-ce qui a provoqué le besoin ?

J’y ai souvent pensé et j’ai adoré cette possibilité qui m’était offerte : chanter dans un endroit qui vous fait vous sentir chez vous. Je ne me suis pas entièrement éloignée de cet univers même si je ne vais plus à l’église régulièrement. Je considère que je suis une chrétienne, craignant Dieu et je prends pour un honneur de pouvoir chanter dans un cadre liturgique. C’est suffisamment rare pour que je fasse part à Dieu de l’expérience que j’ai de lui. C’est peut-être celle qui est la plus honnête de ma part même si chanter sous une énorme croix puisse sembler un sacrilège pour certains.

Vous y avez également joué avec Brandi Carlile dont vous êtes une grande fan.

C’est ma plus grande influence depuis l’âge de 18 ans. Je suis frappée de la manière dont elle évoque en chansons son histoire avec la Dieu sans doute à cause de mon éducation religieuse. Elle est capable d’articuler quelque chose sur lesquelles je me sentais impuissante à l’époque : l’ostracisme, l’isolation, l’intériorisation des souffrances ; tous ces éléments dont vous ne pouvez pas parler. C’est en ce sens qu’elle m’a touchée et que j’ai eu la chance de lui en faire part.

Rob Ellis, qui a travaillé avec toute le monde, de PJ Harvey à Scott Walker, a produit Sprinter. Pourquoi avez-vous pensé que c’était la bonne personne ?

Nous sommes devenus amis. Je l’ai rencontré à Londres alors que j’y jouais pour la première fois il y a deux ans. On est restés en contact et on s’est revus quand j’y suis retournée. En bavardant on s’est aperçu que le courant passait bien entre nous. Vous ne rencontrez pas souvent un Anglais de 52 ans dont vous vous dites qu’il pourrait faire partie de vos meilleurs amis ! On a été boire dans un pub un soir et on a parlé de la vie et de la musique. On était ivres mais on partageait la même vision du monde. En plus je pense que c’est un des meilleurs batteurs qui soit. J’ai commencé à penser quel rêve ce serait si je pouvais travailler avec lui. Je me suis dit : « Si il pouvait jouer de la batterie sur le disque ce serait super. » Je le lui ai donc demandé et tout s’est ensuite enchaîné sans problèmes.

Et quid de votre expérience avec Adrian Utley de Portishead ?

Adrian a été le dernier musicien à jouer sur le disque. Après l’enregistrement on a été à Bristol dans son studio où il a fait les parties de guitare. Rob et moi avions une idée très précise de ce que nous voulions qu’il apporte à l’album ; des guitares très atmosphériques avec beaucoup d’émotion dedans. Il a un studio incroyable, des Moogs vintage dont vous ne savez même pas qu’ils existaient et qu’il il a pu les faire signer par Robert Moog. On lui a fait écouter quelques titres où on pensait que son jeu de guitare serait meilleur. Je les avais dans ma tête et on lui a donné quelques instructions spécifiques. L’idée était que sur des morceaux simples, il reste simple et que, surtout, il n’en fasse pas trop.

Rapid Talk: Interview de Ben Waters.

Les Stones n’étaient pas cinq mais six tant les claviers tenus par Ian Stewart jouaient un rôle important dans le son du combo. Ce dernier décédé, c’est Ben Waters, qui lui a succédé dans son groupe Rocket 88 puis a créé son propre ensemble The A, B, C and D of Boogie Woogie, est parvenu à réunir tous les Stones plus quelques invités de marque pour un disque hommage, Boogie 4 Stu dont le dynamisme témoigne, encore aujourd’hui, de la pérennité festive et enflammée.

Comment vous est venue cette idée d’album ?

Ian était un ami de mon oncle et de ma tante et la première fois où je l’ai entendu jouer était lors de leur 25° anniversaire de mariage. Je n’avais que 8 ou 9 ans et mais j’avais été impressionné. Après sa mort j’ai décidé d’apprendre le piano en essayant de jouer comme lui grâce à des vidéos que j’avais retrouvées. Plus tard, des membres de son groupe m’ont demandé de jouer avec eux car j’avais le même style que lui et cet album est ma façon de lui dire « merci ».

Qu’avait-il de particulier dans sa façon de jouer ?

Ses accords étaient réguliers et très frappés. Ça n’était pas tant la technicité mais pour un groupe comme les Stones c’était l’idéal car il leur donnait une assise. C’est pour cela qu’il était si bon avec eux ou Led Zeppelin.

Quand vous parlez d’accords frappés, comment vous êtes-vous répartis la tâche avec Jools Holland ?

Je savais que Stu aimait beaucoup Lionel Hampton. Jools a eu l’idée de reprendre un duo de Hampton au piano avec une main gauche pour l’un, une main droite pour l’autre. C’est une manière de jouer en percussions. Il a suggéré de nous en inspirer et nous avons alterné rythmique, solos et changements de piano. Sur la majorité des morceaux, en particulier les lents comme « Midnight Blues », j’ai assuré les accompagnements.

En plus vous avez enregistré dans son studio…

C’était approprié car nous souhaitions faire toute ça de façon très simple et Jools, plutôt que de nous séparer, nous a fait jouer tous ensemble au même endroit. C’était très spontané, sans « overdubs », avec une ou deux prises, juste comme nous le voulions.

Et vous avez réuni une sacrée palette de musiciens.

Oui tous les Stones étaient proches lui. Ils ont joué de façon détendue, amicale. Il n’y avait pas de problèmes d’égos J’ai envoyé par mail la bande de « Watching The River Flow » à Mick Jagger en France. Il l’a enregistrée en une prise et me l’a renvoyée presque instantanément avec, je trouve, beaucoup de feeling dans son interprétation.

Comment avez-vous choisi les titres à enregistrer ?

Ce morceau était le seul de Dylan que Stu aimait, sans doute parce que Leon Russell y tenait le piano. Il est assez représentatif de la façon, dont ça s’est passé car Bill Wyman puis Keith Richards et enfin Ron Woodd ont voulu y participer et tout s’est fait de manière impromptue.

Et pour les autres ?

J’ai songé à ceux qu’il aurait aimé entendre. Quand il a reçu sont premier disque d’or avec les Stones, il a enlevé le verre et l’a remplacé par un disque de Albert Ammons. C’est pour cette raison que j’ai débuté l’album avec un de ses titres. Tout a été choisi de cette manière, je savais qu’il aimait Big Joe Turner aussi on a enregistré « Roll ‘Em Pete » et j’avais aussi pas mal de vidéos qui m’ont permis de choisir des choses qu’il aurait aimé réinterpréter. Jools Holland a choisi un morceau de Jimmy Yancey car ils avaient beaucoup parlé de lui quand ils s’étaient rencontrés il y a quelques années. Tout avait un rapport avec lui, y compris les titres que j’ai joués avec Rocket 88 le groupe qu’il avait formé et que j’ai rejoint après sa mort.

« Boogie For Stu », c’était un réplique du « Boogie With Stu » de Led Zeppelin.

Oui, j’ai toujours aimé Led Zep et je voulais jouer sur les mots. C’était une façon de maintenir cette tradition de la spontanéité.

« Lonely Avenue » a une tonalité différente, presque gothique. Il est vrai qu’avec PJ Harvey. (Rires)

C’est ma cousine et je suis réellement fier d’elle. Comme artiste en pour la façon dont elle a repris ce titre. Sur ce plan, nous partageons la même passion. On a enregistré sur le piano, qu’elle a chez elle. On a fait ça très détendus, dans le salon de son père et de sa mère, c’était assez étrange et en même temps charmant.

Charmant mais intense…

Vous ne pouvez pas lui demander de faire les choses de man ère conventionnelle. (Rires) Là, son interprétation est presque fantomatique.

De façon générale, comment les arrangements ont-ils été agencés ?

On n’ y pensait pas trop. C’était comme une « jam » avec une approche très simple. Les solos, claviers ou cuivres, se faisaient de manière impromptu. Tout ce qui a été réfléchi l’était en amont.

Vous-même n’hésitez pas, dans votre groupe, à pratiquer cette approche où vous passez d’un clavier à l’autre avec vos musiciens.

Cela est possible parce que vous avez des instrumentistes phénoménaux. Vous savez, quand vous essayer de remonter aux racines de la musique populaire, ce qui demeure est l’idée que vous devez privilégier l’instinct et une certaine joie de vivre et c’est cela le message de la musique.

Rapid Talk: Interview de Mikal Cronin.

Mikal Cronin approche, mine de rien, de 30 ans et écouter ses trois albums solos revient à feuilleter une séries de clichés pris au long de ses dernières années. Il admet que certaines d’entre elles ont encore besoin d’être développées. Il est vrai que depuis quatre ans son garage pop-punk dépouillé impliquait qu’il était sur un mode bricoleur déjanté jusqu’à ce qu’arrive MCIII pour mettre un terme à cette sensation. C’est le premier sur lequel Cronin joue de quasiment tout et il semble parler suffisamment de tout (aliénation, détresse) à tant de gens qu’on ait le sentiment de ce qui est accompli ici dans ces confessions douces amères.

Comment et quand écrivez-vous ?

Souvent je compose dans ma tête pendant que je marche. J’écris tout le temps et ne cesse jamais d’enregistrer tout ce que mon esprit me suggère.

Quel a été le moment décisif où vous vous êtes dit que vous vouliez être musicien à plein temps ?

Je n’ai jamais pensé que ça aurait pu être le cas. Il y a quelques années j’ai réalisé que composer, enregistrer et jouer sur scène était le truc qui me rendait le plus heureux. Je faisais des choses à l’emporte pièce durant des soirées et, un jour, quelqu’un a voulu me faire sortir un « single ». J’étais étonné et un peu déboussolé mais c’est graduellement devenu ma vie.

Avez-vous du mal à vous définir en termes de style musical ?

Oui parce que je puise beaucoup dans ce qui m’intéresse, et c’est assez large. En fait j’essaie de ne pas adopter un genre spécifique.

Vous vous entourez de beaucoup de musiciens ; avez-vous jamais songé à former un groupe ?

J’ai énormément de satisfaction à jouer de la basse pour Ty Segall car tout n’est pas centré sur moi. J’aime pouvoir travailler sur plusieurs projets en même temps ce qui est la cas.

Est-ce que MCIII représente la dernière touche à une « trilogie MC » ? D’un point de vue narratif vous semblez avoir évolué des zones d’ombres vers le monde réel et un questionnement sur le fait de vieillir.

Je ne sais pas si c’est le dernier chapitre d’une trilogie. Les choses ont évolué pendant que je composais et qu’il m’apparaissait évident que j’étais habité par une même problématique. Ces trois albums sont devenus une chronique de mes années 20. Ça serait intéressant de pouvoir les comparer à ce que je suis d’ici quelques années.

Vous avez écrit durant ces années où la plupart des bouleversements se font en vous.

Oui, ça a été pour moi un processus en constante évolution. Rien n’est stable mais aujourd’hui je pense avoir acquis une certaine assise ; j’ai de l’expérience et je sais ce qu’il faut faire et ne pas faire ? Mes amis ont trente ans, comme moi et on traverse tous des choses similaires ce qui aide.

Mais vous devez vous demandez ce qui arrive à votre vie ; vous pourriez puiser dans un journal intime.

Je regrette ne pas en avoir un vous savez. Je pars de mes expériences et elles sont parfois chargées et difficiles à comprendre. Ensuite je m’abstrais de moi-même et essaie d’y trouver des aspects auxquels tout le monde pourrait se rattacher.

Cela vous pèse-t-il ?

Non, pas vraiment. Je commence à me rendre compte que ce qui est ma vie personnelle ne fait pas que me concerner. Vous apprenez alors à mieux pouvoir l’affronter.

Et puis ce qu’on attend de quelqu’un à trente ans a changé aujourd’hui.

Oui, pourtant j’avais toujours pensé qu’à cet âge j’aurais tout pigé. Visiblement ça n’est pas le cas.

Vous parlez de MCIII comme d’un histoire de passage à l’âge adulte ; vous avez donc toujours cette perspective même si vous vous sentez déboussolé.

Tout à fait et cela concerne surtout la deuxième partie, conceptuelle, du disque. Rétrospectivement je me rends compte que les années les plus importantes ont été pour moi celles où j’avais 19 ou 20 ans. Je peux aujourd’hui conceptualiser ce qui s’est produit da manière positive. C’est comme un moment inattendu qui a orienté ma vie vers ce qu’elle est aujourd’hui.

Ils y a certains titres qui semblent se répondre sur les deux faces de l’album. « I’ve Been Loved » forme un duo avec « Circle » par exemple.

J’aime beaucoup ces deux titres. C’est la partie intéressante de faire en sorte que les deux éléments s’imbriquent. Les thèmes sont similaires mais ils sont traités de deux perspectives éloignées chacunbe de plusieurs années.

Vous abordez des sujets difficiles mais vous semblez les amortir d’une humeur ioù l’espoir est toujours là.

C’est exactement ça. J’écoute beaucoup de musique et j’aime les morceaux où une chanson devient une humeur mais qui, quand vous l’écoutez attentivement, présente un autre climat. Les grands artistes maîtrisent ça à la perfection.

Qui par exemple ?

Un des albums les plus tristes que j’ai jamais entendu est Pet Sounds des Beach Boys. Si beau et luminueux jusqu’à ce que vous y prêtiez une oreille plus attentive.

Qu’est-ce qui se passe quand on invite des musiciens à pénétrer dans son univers et que celui est sombre ?

Il est difficile de garder un contrôle absolu ; chacun emmène les autres dans des endroits différents. C’est pour cela que je joue ici de la plupart des instruments. Je ressens le besoin de tout contrôler mais, une fois que j’y suis parvenu, c’est assez satisfaisant même si on peut être parfois effrayé de constater que certains titres sont meilleurs que quand je les ai enregistrés.

Y-a t-il un titre qui vous a posé des problèmes particuliers ?

Oui, « Control », qui est directement tiré de mon expérience personnelle. IL m’a fallu du temps pour maîtriser le tout.

Quelle était-elle ?

C‘était une période où je ne me sentais pas bien et où je conduisais pendants des miles et des miles sans direction bien précise. Je rentrais chez moi et j’ai vu un chat qui avait été renversé par une voiture. Je l’ai emmené chez le vétérinaire et il l’a piqué pendant que je le tenais.J’ai senti qu’il s’en allait ; c’était à la fois comique et sombre et, quand j’y repense, c’est une des choses qui qui a changé la façon dont je voyais la vie.

Qu’est-ce qui a fait que ça vous a paru être le moment propice pour la narrer ?

Cela faisait longtemps que je caressais l’idée de faire un « concept album ». Je réfléchissais à ma vie passée pour y trouver une histoire où je devenais adulte. Je n’avais jamais partagé cela avec personne car c’était une période bizarre et que je la refoulais. Finalement je me suis décidé malgré la peur qui m’animait. Il m’a fallu du temps pour emmagasiner cette idée que je n’étais pas le seul à parfois partir conduire sans but. C’est ce qui me guide quand je fais de la musique ; la rendre importante à des gens au même titre qu’une expérience personnelle.

Rapid Talk: Interview de Saint Saviour

In The Seams, le nouvel album de Saint Saviour, est une entreprise plus tempérée de la part de la chanteuse et elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle faisait sur son précédent opus, Union. Aidée par Bill Ryder-Jones elle nous propose un album sans artifices et sans doute plus proche de la personne qu’elle est.

Débuter cet album sur « I’ve made considerable mistakes / Tried to be someone else » est-il un moyen de vous réconcilier avec vous-même ? 

Oui, ces phrases me sont venues alors que je réfléchissais et avais pris la décision d’être honnête d’un bout à l’autre du disque. Je voulais que ce soit les premiers mots qu’on entende de manière à me dépouiller de la théâtralité et du drame de Union.

Un peu plus loin vous vous traitez de « sinner » (pécheresse) ; en est-ce également une conséquence ?

C’est ma façon de commenter comme je peux parfois être une personne vaniteuse.

D ‘un point de vue purement musical, qu’est-ce qui vous a fait opter pour une approche plus nuancée ?

Je voulais que les compositions parlent d’elles-mêmes. J’avais la sensation qu’il m’arrivait de perdre une grande partie de leur réalités sous des nappes de production sous Union.

Est-ce que ça avait à voir avec votre évolution personnelles ; une perte de contrôle par exemple ?

J’avais trop de contrôle ; j’ai produit Union moi-même et je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Quand vous composez, chantez et ajoutez les arrangements vous perdez facilement de vue l’essentiel.

De ce point de vue diriez-vous que vous étiez dans l’intime et même la confession ici ?

Oui c’est intime car les chansons parlent de ma vie et c’est une chose que je n’avais jamais faite auparavant. I y a une vraie chanson d’amour dedans, « Intraveinous ». Je l’ai composée avec mon partenaire et elle est très intime.

L’amour y est vu comme une addiction, non ?

Oui, tout à fait !

Quel sens donnez-vous à In The Seams ? Est-ce une référence à ce qui est dissimulé et qu’il faut amener à la surface ?

C’est une allusion aux minéraux dans la terre ; l’idée que les bonnes choses sont souvent cachées sous des tonnes d’éléments et qu’il faille être comme un mineur pour les déterrer.

De quoi vous rappelez-vous sur « I Remember » ?

Il s’agit d’une fille avec qui je traînais à l’écoule et avec qui j’ai perdu contact dans des circonstances assez tristes. Elle avait une personnalité assez forte et elle m’a soutenue dans une période qui était difficile pour moi. Je ne l’ai jamais oubliée et me suis longtemps demandé ce qu’elle était devenue. La chanson en donne une explication.

Sur « Let it Go » et « Bang » vous semblez explorer le thème de la fuite ou de l’évasion.

Oui ce sont des thèmes qui me sont chers. J’écris souvent en parlant de lâcher prise et de ne pas se soucier des choses qui n’en valent pas la peine. C’est une habitude et j’imagine que je les écris également pour moi !

Est-ce que « Devotion » doit être pris dans un sens religieux ?

Je l’ai écrit par curiosité ; je ne suis pas religieuse et n’ai eu aucune éducation religieuse. C’est juste un concept qui l’intrigue.

Est-ce que c’est If… qui vous a fait travailler avec Bill Ryder-Jones ?

Oui ce disque mettait très bien en valeur ses talents de compositeurs.,J’adore ce qu’il fait mais le travail qu’il a effectué avec les cordes sur ce disque correspond exactement à ce que j’avais en tête. Il a aussi apporté beaucoup aux compositions sans cordes et m’a énormément aidé à trouver les bonnes tonalités pour ma voix, les guitares et les percussions.

Et que vous a apporté le Camerata Orchestra ?

The Camerata ont été la cerise sur le gâteau. Le disque est passé du stade acoustique à quelque chose de plus cinématographique, ample et magique.

D’où vous vient cet alias Saint Saviour ? Ça me fait penser à un nom tiré d’un personnage de Dickens ou autre…

Le nom vient d’une peinture que je possède et qui est basée sur l’endroit où je vis à Londres. Elle décrit une très belle femme qui regarde les gens autour d’elle et ça n’est pas une icône religieuse.

Rapid Talk: Interview de Turbo Fruits.

Jonas Stein est le leader de Turbo Fruits dont le quatrième album, No Control, semble marquer une évolution vers un rock plus assagi que par le passé. Il est vrai que les thèmes explorés y sont assez délicats et que, peut-être, ils avaient besoin d’un traitement nuancé auquel le combo de Nashville ne nous avait pas habitués.

Qu’est-ce qui vous a poussé à évoquer vos problèmes personnels ?

Se sentir âgé est une chose étrange ; non pas que je me sente vieux à 27 ans mais j’ai commencé à tourner à 17 ans. Il est facile de parler des bons moments que vous passez quand vous êtes plus jeune car, après tout, c’est votre but mais il arrive un moment où votre expérience de la vie vous transforme. Faire partie d’un groupe vous fournit un exutoire pour évoquer des choses dont vous ne pouvez pas parler personnellement. C’est une thérapie et nous sommes des êtres vivants avec de vrais problèmes ! Heureusement et malheureusement avoir des problèmes est source d’inspiration et nous avons créé No Control sous l’influence de la tristesse, des peines de coeur, de la mort et tout ce qui va avec.

Beaucoup de chansons y parlent d’amour et de relations humaines ; avez-vous appris quelque chose à ce propos en composant cet album ?

Oui, que la vie continue et que tout peut avoir une fin heureuse avec le temps et les amis. On ne peut diriger son destin alors il faut prendre ce que l’on a et faire du mieux possible avec. Il y a toujours des choses à glaner autour de soi et c’est cela qui nous permet de vivre.

Il y a ce titre, « Brother » qui fait partie de cette démarche…

Mon frère est mort juste après mon 12° anniversaire ; il était à un entraînement de basketball et il courait ses dernières foulées quand son coeur a lâché alors qu’il faisait ce qu’il aimait le plus au monde. Il avait huit ans de plus que moi et était très protecteur en raison de mon âge. C’est lui qui m’a appris à jurer, à me battre et qui m’a branché sur de la bonne musique à un jeune âge.

Beaucoup ont dit de No Control que c’était un album plus « vrai », plus « mûr » ; vous semblez parler de la vraie vie en fait.

C’est tout à fait ça. On lâche un peu prise et on laisse ce qu’on a à l’esprit émerger. C’est assez fatiguant d’écrire à propos de cela mais, au bout du compte, on se sent rafraichi et débarassé d’un gros poids.

Est-ce que, ainsi, vous tournez la page ?

Je ne suis pas certain que je le fasse totalement mais ça soulage. Comme je vous l’ai dit c’est une thérapie d’écrire à propos de vos traumas.

Le groupe semble avoir un certain esprit d’entreprise à tout faire lui-même …

J’ai commencé à jouer « live » dès 14 ans. On a toujours dû bricolé tout nous-mêmes. Aller dans les clubs, rencontrer des promoteurs, essayer de les convaincre de nous engager, composer, faire des « fliers », graver nos disques, réaliser nos pochettes, et j’en passe. Ça me semble naturel de faire attention à des choses dans lesquelles nous sommes impliqués. Aujourd’hui les gens ont un degré d’attention beaucoup plus court ; il est donc nécessaire de leur laisser quelque chose dont ils puissent se rappeler. Pour moi cet esprit vient du constat de me dire que si je ne peux pas le faire, je dois trouver un autre moyen pour le faire.

Rapid Talk: Interview de Riley Walker

Ryley Walker a réalisé un album vivace grâce à son style particulier de finger picking acoustique. Avec Primrose Green, on découvre au travers de sa loyauté à ses racines musicales une nouvelle lumière sur une folk alternative, diaphane et riche de diverses tapisseries soniques dans laquelle on semble se ré-approprier certains charmes printaniers.

Vu vos références, John Martyn, Tim Buckley, Nick Drake ou Van Morrison, comment avez-vous procédé pour que ce disque n’ait pas l’apparence d’un pastiche de vos artistes préférés ?

Je suis un fan de musique et un collectionneur de disques. Bien sûr, je vais intégrer certaines des choses que j’écoute. C’est ce que je suis et ce que je fais mais, vous savez, beaucoup d’entre eux, Van Morrison par exemple, a beaucoup emprunté à ces vieux musiciens de jazz et de blues. Il n’est que d’écouter ces fabuleux disques de Billie Holiday pour se sentir habité et que cela vous aide à forger votre identité. C’est ce que j’essaie de faire, rendre hommage à ces gens-là mais aussi tenter de faire quelque chose de nouveau.

Vous avez, autour de vous, un groupe de musiciens chevronnés assez exceptionnel. Comment un homme encore jeune a pu les persuader de vous accompagner ?

Ce sont tous des amis et j’ai la chance de vivre à Chicago. On y trouve des tonnes de super musiciens et je me souviens que, dès l’âge de 8 ans, je fréquentais tous les endroits underground de la ville. J’allais voir des groupes de jazz ou de noise rock et tout ce qui m’immergeait dans cette scène. Chicago tire une certaine fierté de fonctionner sous le régime de la collaboration ; une sorte de pollinisation croisée. J’ai assitsé à des tas de concerts et j’ai enfin eu le courage d’aller parler aux musiciens. C’est ainsi que e me suis fait des amis et des contacts au fil des ans.

Vous souvenez-vous du premier artiste qui vous a vraiment scotché à un spectacle ?

Il faudrait que j’y réfléchisse, c’est si vieux. Je me souviens avoir vu avoir vu un groupe punk nommé Egan’s Rats il y a plusieurs années. C’était à un parc oiù on faisait du skate et où j’allais avec des amis. C’était la première fois où j’allais voir un show sans mes parents. À la fin ils m’ont donné leur disque ce qui représentait beaucoup pour moi. Je leur ai dit que je n’avais rien sur quoi je pouvais le jouer ; ils m’ont répondu : « Pas grave, prends-le quand même. » J’ai donc commencé par le punk, toute ce qui avait trait à la musicale bricolée, cette énergie des cols bleus qui gravite tout autour.

Très souvent vos chansons semblent dépeindre un troubadour solitaire et romantique : est-ce vous ?

Oui, je crois qu’on peut le juger ainsi. Il y a quelqu’un que j’aime chez moi mais je suis constamment en tournées alors, indubitablement, les textes vont s’y référer. Parfois je n’ai aucune idée de ce que je fais ni ou je suis car il y a toujours des types qui vont vous chercher des noises. Alors j’essaie de rester en dehors de tout ça et de ce qui touche au business. Ç peut paraître un cliché mais c’est le genre de truc qui me déprime et je crois que ma musique est une manière de vouloir détruire tout ce qui tourne autour du show business. Je ne me fais pas un sous avec et je suis plutôt fauché. Je le fais pour la musique, pour les histoires et il y en a de formidables à raconter quand vous vous y mettez. Je m’efforce de montrer toutes ces expériences ; vous savez, quand vous êtes sur la route, vous tombez amoureux puis cessez de l’être très rapidement. Vous allez donc toujours avoir des histoires à raconter ; tout en revient à ça, des histoires.

Parfois vous sonnez, non seulement comme quelqu’un qui chante ses compositions, mais comme si vous vous y perdiez.

C’est une excellent évaluation. Ces titres comportent de nombreuses parties en effet mais elles sont toutes liées spirituellement. Tout tourne autour de comment on rassemble ces parties, comment elles en viennent à incarner un élément de puissance. Alors, oui, il est facile de s’égarer dans de la musique.

« Primrose Green » semble être un endroit mythique, un endroit où vous retournez sans cesse comme un pays des merveilles utopique..

Beaucoup de gens pensent que c’est l’herbe qui cause cela (Rires). Avant tout ça correspond à une période de ma vie. Je suis allé à la fac pendant un an puis suis retourné chez mes parents. Les températures étaient très bonnes cet été et moi et mes amis avons fait un cocktail avec des graines de Morning Glory. Vous les mélangez à de l’eau et ça vous donne un trip semblable à celui du LSD. Je ne l’ai pas refait depuis des années mais c’est ce que Primrose Hill représente pour moi. Un bien jolie période.

Sur « On The Banks Of The Old Kishwaukee » parle d’être baptisé avec beaucoup d’amour par son père. Après une première moitié assez intense, ce titre laid back apporte comme un soulagement.

C’est ainsi que ça doit se présenter, en effet. La Kishwaukee est une rivière à proximité de où j’ai grandi. C’est un endroit où les Pentecôtistes se font baptiser. C’est un chanson très douce ; vus savez je n’ai aucun problème avec les Chrétiens ou la religion, mais je sais que c’est une rivière polluée à un point pas possible. Certains de mes amis y sont allés et on cru que leur péchés seraient purgés et j’ai touvé touchant que pour eux ce soit une forme de salut.

Et puis il y a « Sweet Satisfaction », un titre qui se construit progressivement jusqu’à aboutir à ce mur bruitiste qui aurait eu sa place à Woodstock.

C’est une remarque qui me flatte. Ce titre est très « groovy » ; je me souviens qu’aux premières répétitions il n’y avait que quelques accords avant que notre clavier ne se mette à jouer ce truc répétitif et qu’on s’est laissé alpaguer par ce truc. Vous savez, c’est très lubrique et désespéré, comme un état d’ivresse façon Canned Heat et dont je suis très fier.

Vous ne ressemblez pas au jeune homme timide qu’on voir sur la videai »Primtose Green ».

Je ne suis pas véritablement timide. Je suis un de ces types qui crie très fort et peut être aussi chiant que le type du coin. Je ne vais pas à des fêtes pour rester assis à regarder les autres.