Peter Mannerfelt: « Daily Routine »

Peut-être est-il nécessaire de présenter Peder Mannerfelt producteur entre autres pour Fever Ray, Glasser ou Blonde Redhead, moitié du duo Roll The Dice aux cotés de Malcolm Pardon et auteur de quatre albums solo, en incluant Daily Routine.

L’artiste suédois est un véritable forcené de travail, déblayant constamment la scène électronique sans se prendre au sérieux, avec la volonté de repousser les genres et de ne pas s’enfermer dans une quelconque forme de mélancolie ou d’hommage.

Daily Routine est un album de post-techno avant-gardiste, qui sait prendre des tangentes anguleuses et rieuses sous les mains d’un artiste semble connecté à un futur rempli de données fractionnées, composant des ambiances multiples aux connections pas toujours évidentes et qui prennent tout leur sens une fois l’album terminé.

Daily Routine est un voyage chaotique dans notre monde d’aujourd’hui, prémices d’une sortie de route dont nous serions les témoins impuissants mais fascinés par un monde sombre, cynique et pourtant fondamental.

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Maria w Horn: « Kontrapoetik »

Maria w Horn nous catapulte dans Ångermanland, région de Suède chargée d’histoire, de chasse aux sorcières et de révolution. Sa démarche se veut être est une décharge d’adrénaline et de beauté mouvementée, tout en dégageant simultanément une sensation de calme. Le point d’ancrage est alors pour elle, la déviance que ce soit sans l’agitation ou dans la tranquillité.

Elaboré à base d’orgue d’église, de synthétiseurs, de bruits ambiants, de samples divers et de manipulations subtiles, Kontrapoetik est une oeuvre intense, chargée de frictions et de souplesse narrative, de volubilité émotive et de de profondeur astrale.

On est littéralement captivé par la force de cette oeuvre presque discrète, livrant ce qu’elle cache dans sa singularité, à coups d’atmosphères envoutantes. Maria w Horn signe un disque d’une délicatesse flirtant avec le divin. Fascinant.

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Jerry David DeCicca: « Time The Teacher »

L’ex-membre de The Black Swans publie ici son deuxième album de l’année quatre ans après son dernier opus. Jerry David DeCicca décide de revenir à la source, à savoir ses origines spirituelles. En effet Time The Teacher viendra lorgner vers des compositions plus solennelles et religieuses avec comme principaux exemples « Watermelon », « Grandma’s Tattoo » et autres « Kiss A Love Goodbye ».

Son indie folk minimaliste aux couleurs tantôt jazzy tantôt bluesy, voire même gospel est, ici, propre à déclencher saisissement ou même bouleversement spiritual à l’écoute de titres comme « Mustange Island », « Walls Of My Heart » ainsi que « I Didn’t Do Outside Today » où l’adjonction de de chœurs féminins tutoiera presque le transcendant.

***1/2

Petra Glynt: « My Flag Is a Burning Rag of Love »

Comment allier amour de la rave et appel à l’action politique se demande constamment une large portion de la population. Petra Glynt, artiste électro-dance-punk semble détenir sa réponse sur son second album.

La chanteuse et productrice qui est dotée d’attributs vocaux franchement impressionnants, se fait maîtresse de cérémonie à la fois présente et absente, insaisissable, à l’intérieur de ce monde baroque et touffu où les temps morts sont plus que rares.

Elle les façonne à grands traits de bidouillages, un peu coldwave (« I’m Watching You), » un peu euroclash. Il y a du Grimes (« Legacy ») là-dedans, mais aussi un peu d’of Montreal dans la percussion. Glynt est comme une Kate Bush de l’ère Internet : une mystérieuse sirène du vibrato. Sauf que celle-ci parle de la crise de l’eau à Flint et du mouvement #MeToo ayant déménagé sur un dance floor.

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The Green Kingdom: « Seen And Unseen »

Artiste plutôt prolifique, l’Américain Michael Cottone connu des amateurs d’ambient sous le pseudo de The Green Kingdom sort un nouvel album qui ne fait que confirmer le talent et l’originalité dont il fait preuve pour créer des confirmer tout le talent de ce garçon pour créer atmosphères crépusculaires de toute beauté.

Cette fois, il nous offre un album d’ambient guitar, s’éloignant une fois encore de l’électronique, comme c’était le cas sur son précédent opus, le superbe The North Wind and the Sun paru en 2017.

Ici, les notes de guitare s’égrènent lentement et viennent se poser sur des nappes de synthés délicates, ou s’accompagner de piano, offrant à l’auditeur un véritable tapis de lumière sur lequel il s’allongera avec bonheur pour fixer un ciel sans le moindre nuage. Une merveilleuse incitation au rêve !

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Quiet Dan: « When The Earth Was Flat »

Il y a un petit côté années 70 (on pense par moment à JJ Cale), presque naïf par son parfum idyllique dans cet album, comme du temps où les espaces étaient à la liberté et l’insouciance, avec des images du passé très évocatrices et nostalgiques…

Le groupe Quiet Dan signe là un petit disque charmant comme tout, entre pop, blues, folk, country, avec des chansons fragiles et légères qui s’écoutent et font du bien.

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The Chills: « Snow Bound »

Revenus sur le devant de la scène avec l’excellent Silver Bullets, Martin Phillipps avec The Chills font leur rentrée avec un disque qui nous ramène à leurs premières heures.

Il n’aura donc pas fallu attendre 19 ans (temps qui sépare Silver Bullets de Sunburnt en 1996) pour avoir un nouveau disque du combo. Snow Bound est résolument moins pop que son prédécesseur, il nous emmène vers des paysages post-punk pris dans une tempête de jangle pop.

Phillipps est toujours aussi affuté et il a encore réussi à écrire des lignes mélodiques qui ne peuvent que rester dans la tête. À l’instar de Pink Frost et Heavenly Pop Hit, il rcontinué à nous ciseler des petites perles pop avec une facilité déconcertante.Déboulant à 100 à l’heure sans prévenir, Snow Bound va faire comme ses prédécesseurs : donner aux gens goût à vie.

***1/2

 

 

Long Arm: « Darkly »

Il y a d’abord cette pochette intrigante, avec cette femme nue, repliée sur elle-même, comme coincée dans un espace réduit. Il y a ensuite la découverte des musiques présentes sur Darkly, inspirées par les bandes sonores de films noirs.

Conçu au départ comme un album de piano, Darkly s’est vu finalement agrémenté de sonorités électroniques, de voix, de samples, de beats… pour donner au final cette production à très haute densité émotionnelle.

Un album que l’on pourra caractériser de folktronica ou d’electronca (évoquant par exemple des artistes comme Melodium, FS Blumm…), d’une beauté incroyable, à la fois lyrique, poétique, merveilleux, à la fois sombre et lumineux. Très grand disque made in Russia !

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Lisa/Liza: « Momentary Glance

La voix patiente et légèrement plaintive de Liza Victoria est enfin de retour. S’il y a eu le court Barn Coat au printemps, il y avait deux ans que la musicienne du Maine ne s’était pas lâchée en longueurs. Six pistes en 42 minutes : un format parfait pour sa construction mélodique lente, en volutes libres et imprévisibles. C’est ainsi que naît la grâce. Momentary Glance, enregistré à Montréal (à l’exception d’un morceau) dans le froid pénétrant de l’hiver dernier, fait entendre pour la première fois le groupe qui accompagne Lisa/Liza — la guitare est maintenant électrique, on entend des percussions, de la reverb, de le pedal steel, des bruits. Mais c’est toujours aussi fuyant qu’avant : comme une seule piste qui traverserait plusieurs paysages.

Lisa/Liza fait d’ailleurs souvent référence à la nature, aux oiseaux, à ce qui nous entoure pour poser sa contemplation. Et cette fois, sa voix vacillante a chanté malgré le deuil d’un ami, qui s’est suicidé peu avant l’enregistrement. Pour cela, et pour le talent qu’il recèle, Momentary Glance est d’une précarité grandiose.

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Tom Rosenthal: « Z-Sides »

Tom Rosenthal est relativement peu connu ; il est vrai que le Britannique fait surtout de la composition publicitaire et de la musique de films Dans son « autre vie ». préfère les petites étiquettes et compte surtout sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Pour ce Z-Sides, Rosenthal a cherché musicalement le relâchement qui mène au sommeil, ce qui veut dire : des morceaux au rythme très lent, une voix chaude au premier plan, des choeurs façon berceuse. À côté, son album Fenn (2017) était… endiablé.

Ainsi son psycho-folk où guitare, bruits de nature et piano sourd (« Lights Are On ») forment une onde de variations régulières qui est parfaitement et prévisiblement) harmonieuse, comme si on écoutait d’un bout à l’autre la même chose.

On acquiert ainsi un sentiment persistant de convenu et d’histoires gentiment dociles. Ceci dit, on ne pourra pas reprocher à Tom Rosenthal d’atteindre son but : générer une certaine mise en veilleuse du monde. N’est-ce pas une chose dont nous avons besoin ?
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