Joel Tammik: « Imaginary Rivers »

Joel Tammik est un musicien estonien qui s’était mis sous silence pendant une durée de dix ans. Il est vrai que, son electronica semblait à bout de souffle tant elle s’inscrivait dans un registre balisé et sans surprises.
Avec ce nouvel album,
il tente ici de s’en extraire an privilégiant une approche plutôt ondoyante, fondée sur des synthés aux teintes légèrement psyché et parsemée d’appuis dub.

Naturellement, avec un titre comme Imaginary Rivers et une pochette entre la tâche d’encre façon test de Rorschach et la toile d’araignée numériquement stylisée, on pouvait être certain de se trouver face à quelque chose d’extrêmement évocateur, propre à titiller l’imaginaire de l’auditeur, d’autant plus que le disque s’étire sur plus d’une heure.

Mais Joel Tammik ne se contente pas de faire tourner ses instrumentations un peu paresseusement, puisqu’il sait proposer des climats variés, allant chercher des inflexions plus métalliques à un endroit, ou plus marquées electronica-dub à un autre (« Neutuva »), voire convoquant une lointaine polyrythmie (« Nuari »). Sous ce rapport, les pulsations savent utilement se diversifier, que ce soit dans leurs fréquences comme dans leurs tessitures.

Les petites mélodies ne sont évidemment pas oubliées, mais elles se trouvent ici présentes sous forme de fragments, de haïkus posés sur des aplats de synthé vaguement grésillants. Il semble être fait alors davantage de cas, au long des neuf titres tout à fait agréables, des atmosphères et du contenant que de l’ornementation décorative et chromatique. Pas forcément négative, cette impression conforte, au reste, le souvenir qu’on avait des travaux du musicien.

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Ladytron: « Ladytron »

Ladytron étaient tombés dans un long sommeil avec une longue succession de projets solos. Le quatuor semble décidé à retrouver ses nouvelles marques en la forme d’un album époyme, le sixième à son compteur.
Parfaite synthèse de leur style électro pop vintage, Ladytron n’apporte rien à la discographie déjà riche du groupe, mais il a le mérite de le faire renaître et nous faire ré-écouter leur musique. Les treize titres explorent ce qui ne va pas dans notre époque et, problème inhérant au concept de collections de chanson, il perd en cohérence ce qu’il gagne en diversité.


Le travail est néanmoinst extrêmement soigné et, alors que leur style puise abondamment dans les années 70s et 80s, ils arrivent à écrire une poignée de titres forts en caractère. « Until The Fire » ouvrira l’album avec beaucoup d’énergie et d’entrain, « The Island » sera nostalgique en nous rappelant Human League et « Horrorscope » se fera, quant à lui, aussi bruyant qu’hypnotisant.
Finalement, le bien nommé Ladytron remplit son contrat ; il demeure un moyen de redécouvrir le groupe et de le remattre à jour.

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Xiu Xiu : « Girl with Basket of Fruit »

Jamie Stewart, leader de la formation à géométrie variable Xiu Xiu aime faire de la musique pour déstabiliser l’auditeur et le rendre mal à l’aise. C’est sa marque de commerce depuis l’aube d’un projet datant du début des années 2000. Stewart s’est entouré cette fois de collaborateurs anciens et nouveaux et a pondu une nouvelle œuvre, l’album Girl with Basket of Fruit.

L’artiste a toujours été saidi d’un profond dégoût de l’humanité et il abordet des sujets scatologiques et macabres, dont la décrépitude des corps, celui en particulier de sa sœur atteinte d’un cancer et il explore ici les sommets et les bas-fonds du pessimisme.

Divers musiciens ont contribué à cet album, dont sa comparse habituelle Angela Seo, son fréquent bassiste Devon Hoff et le nouveau batteur, Thor Harris, en plus de quelques chanteurs et percussionnistes invités

Le résultat en est un album rythmé, mais pas de façon harmonieuse. C’est plutôt chargé, étouffant. On a affaire en ces lieux à beaucoup de sonorités de synthés sales, superposées et entremêlées de la voix de Stewart, prononçant ses textes comme s’ils lui venaient d’une façon automatique, aucunement censurée ni révisée. Stewart y va même de bruits d’enfant par moments, remuant sa langue entre ses lèvres pour créer un charabia conçu spécialement pour tester votre patience.

Sur un bon deux-tiers de l’album, les idées ont l’air d’un premier jet non réfléchi et gardé dans le produit fini précisément pour son aspect inachevé. Les moments où l’ambiance est mieux travaillée, notamment en dernier tiers de l’album, nous rappellent ce dont Xiu Xiu est capable quand il essaie de transcender au lieu de simplement se défouler.

On pourra peut-être dénicher matière à introspection, à réflexion sur le fait de vivre malaise et détresse. Beaucoup d’euvres d’art en ont fait revendication et, à nombreux égards avec succès ; Girl with Basket of Fruit restera un parcours autour des idées sombres avec la profondeur qui sied au registre du rock indépendant dans ce qu’il a de plus ampoulé et auto-centré.

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Beartooth: « Disease »

Caleb Shomo et sa bande sont de retour avec un troisième opus, Disease qui nous propose une musique énérvée comme il se doit pour une formation estampillée post-hardcore moderne comme l’est Beartooth. La formule ne change donc pas d’un pouce, et on a droit à un son metalcore à tendance rock’n’roll et teinté de pop-punk. Les tubes s’enchaînent, en commençant par le puissant « Greatness Or Death » avec son intro acoustique déboulant sur un riff en forme de mur sonique, « Disease » calmerara le jeu et spourrait s’avérer être un morceau ultra-tubesque.

On alternera donc entre titres ravageurs bien charpentés (l’excellent « Fire » » un costaud « Bad Listener ») et passages plus mélodiques comme « You Never Know », l’entêtant « Afterall » sur lequel plane encore l’influence de Jeremy McKinnon, ou encore « Believe » qui prend des allures de Fall Out Boy. Malgré le fait qu’il n’y ait rien à jeter, on notera un manque de variété certain, et une prise de risque inexistante et sur une production en béton mais sans surprises.
Le vocaliste nous cnarrera ses états d’âme au long de cette réalisation, qui, par une meilleure construction,sera néanmoins e un léger ton au-dessus de Aggressive leur précédent album.

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Ambidextrous: « Echoes Of Science »

Ambidextrous est un musicien d’electronica russe qui sévit depuis une bonne vingtaine d’année. De son vrai nom, Nick Zavriev, c’est sous sa véritable identité que l’on peut être porté à se pencher avec un album, Echoes of Science, qui voit le musicien e plonger avec délectation dans une inspiration qui se manifeste sous la forle de huit longues plages.

Avec sa belle science mélodique, Zavriev prend place sans difficulté aux côtés des autres musiciens du même registre et venant des mêmes contrées de l’est de l’Europe. On relèvera cependant également une intéressante capacité à appuyer, par endroits, ses rythmiques, souvent en début de morceau, d’ailleurs, histoire de donner une immédiate impulsion avant de laisser les mélodies se déployer (« Euphocholia », « Jonah’s Trip »). En dehors de ces pulsations sourdes, on pourra aussi repérer de pertinents cliquetis, des frappes plus métalliques (« Long Way Out ») ou bien des à-coups plus affirmés (« Serpentarium) ».

Sur le plan mélodique, Ambidextrous ne se distingue pas nécessairement par des phrases à fredonner ou à même de faire dodeliner de la tête, mais plutôt par la mise en place d’ensembles clairs et chromatiques constitués de suites de notes assez lumineuses. Dans cette perspective, ses notes sonnent parfois comme du clavecin ou bien peuvent prendre des atours plus ouatés. De même, Nick Zavriev n’a que très partiellement recours à des samples vocaux, préférant allègrement des développements instrumentaux pour remplir joliment ces cinquante-neuf minutes tout à fait convaincantes.

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Piroshka: « Brickbat »

Piroshka,c’est la réunion compagnie du guitariste de Moose, Kevin McKillop, du batteur d’Elastica, Justin Welsh, du bassiste des Modern English, Michael Conroy et de l’ex vocaliste de Lush, Miki Berenyi.

La voix suave et enchanteresse de cette dernière sur Brickbat un opus qui dabute sur un épatant «  This Must Be Bedlam », sorte de morceau psyché aux influences sixties où les claquements de mains se marient parfaitement à la basse métallique et au subtil jeu de guitare.

Mais cette chanson introductive n’est pas forcément la plus représentative de l’album. En effet, si le fun semble de mise, c’est bien le disco qui influencé les quatre musiciens. Au moins trois chansons ont un rythme ou des sonorités qui nous ramènent sur le « dancefloor », « Never Enough », disco punk, « What’s Next », groovy et efficace, et surtout « Run For Your Life », furieusement jouissive et croise une réminiscence du « Let’s All Chant » de Michael Zager Band.


Ce premier album de Piroshka, n’est pourtant pas uniquement, fort heureusement, un hommage aux paillettes des années 80. L’impressionnante mélancolie de « Blameless » est le morceau-phare du disque avec la voix de Miky Berenyi qui nous entraine dans un tourbillon d’émotions et la basse de Michael Conroy qui achève parfaitement le travail avec sa sonorité bruitiste terriblement pesante. Il sera difficile de se remettre d’une telle intensité, même si un autre grand moment musical figure sur l’album : un « She’s Unreal » à l’intro terriblement inspirée par In My Place de Coldplay, conclura de la plus belle manière ce premier effort de Piroshka.
Retour gagnant donc pour Miky Berenyi qui a su magnifiquement s’entourer pour revenir aux affaires en formant ce supergroupe. Si Brickbat est en grande partie un hommage aux années 80, ce disque est le compagnon idéal pour traverser les années et les augures qui sont ceux d’aujourd’hui.

***1/2

Cypecore: « The Alliance »

Un monde post-apocalyptique, une musique à la Fear Factary et une ambiance façon Shaârghot, Cybercore donne dans le death industriel et pas content de se cantonner à leur Allemagne natale, le quintette passe la vitesse supérieure à l’occasion de leur quatrième album pour conquérir le monde., du moins le sien, un futur dystopique ou The Alliance est la seule solution pour survivre.

Entre riffing en distorsion et explosions létales, chant grommelé et scandé, ils ne choisissent pas et apaisent même l’atmosphère avec quelques temps calmes et mélodies musclées (et pas seulement sur la très belle « Outro ») et si tout cela se retrouve sur le même morceau alors on obtient un gros gros tube en puissance (« Dissatisfactory » ou « Remembrance »). Il est pourtant difficile de sortir un morceau de cet ensemble massif et homogène où, si rien n’est franchement nouveau, tout est sacrément bien ficelé, que ce soit l’utilisation des effets, la gestion de la dynamique ou le choix des samples. Tout est parfaitement millimétré et foncièrement dantesque.

***1/2

The Gentleman Losers: « Make We Here Our Camp Of Winter »

Make We Here Our Camp Of Winter est le quatrième album de The Gentleman Losers, duo composé de frères Kubka qui se sont fondus, partant de post-rock, en un registre de plus en plus psyché.

Ainsi, la quarantaine de minutes de ce nouvel effort les voit mettre alternativement en avant une guitare alanguie ou un clavier profond, dans des interventions espacées et amples, tandis que des textures un peu granuleuses garnissent l’arrière-plan.

Avec une belle économie de moyens, les Finlandais combinent ainsi basse répétitive et mise sous l’étouffoir, d’une part, et guitare plus aérienne, d’autre part (« Book Of Leaves ») ou bien arpège de guitare et clavier embué (« Turning To Gold »). Ils peuvent également superposer les couches mélodiques, s’approchant d’une forme de shoegaze langoureux (« Always Crashing On The Same Wave »).

Lorsqu’ils s’étalent dans la durée, au-delà des six minutes, Samu Kuukka et Ville Kuukka versent néanmoins dans le travers habituel de ce type de production : laisser tourner leurs propositions tout au long des quasi-huit minutes, contents de leur son de guitare un peu traînant, sans suffisamment le faire évoluer (« Kingdom Of The Wind »). Ce léger accroc s’avère, heureusement, isolé dans un album qui permet aux Finlandais de renouer avec une inspiration créatrice indéniable.

***1/2

Guided By Voices: « Zeppelin Over China »

Guided By Voices continue à être toujours aussi productif depuis sa reformation. Le combo annonce la prochaine sortie de, non pas un seul, mais deux albums dont le premier s’intitule Zeppelin Over China.

Faisant suite à Space Gun, Robert Pollard et sa bande en remettent donc une couche avec un nouveau double-album. Preuve en est que, pour les fans d’indie rock revival des années 1990, les dinosaures n’ont toujours pas dit leur dernier mot avec ces 32 nouveaux morceaux bien racés et énergiques dont l’entrée en matière « Good Morning Sir » qui ira fermer les bouches les plus sceptiques tout comme également des titres comme « Carapace », « Your Lights Are Out » et autres « Holy Rhythm ».

De « Step of The Wave » à « Cobbler Ditches » en passant par « The Rally Boys », « Nice About You » et par « Lurk Of The Worm »,Guided By Voices va droit au but et ne se perd pas 32 morceaux indie rock d’une durée de 75 minutes, que demande le peuple ? Même si les quelques 75 minutes peuvent paraître pompeuses et longuettes par moments, personne ne peut nier que depuis leur reformation, le groupe de Dayton continue à être le représentant idéal de cette scène lo-fi qu’il a accompagnée depuis trois décennies.

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Gri + Mosconi: « Between Ocean And Sky »

Gri + Mosconi marque la réunion de deux musiciens qui euvrent dans un registre ambient, celui de James Murray qui a fondé un label, Slowcraft Records, offrant un packaging classieux et soigné proche de la musique ainsi exprimée.

Cette collaboration leur permet, comme souvent dans ce style, de combiner un clavier un peu aérien et élégiaque, d’une part, et des nappes plus granuleuses et ornementées, d’autre part. Sous cet aspect, l’intitulé du disque, Between Ocean And Sky, s’avère assez transparente puisqu’il s’agit bien de se placer à égale distance de quelque chose de mouvant et bouillonnant, d’un côté, et d’un aspect plus vaste et ample, de l’autre.

La longueur de chacun des six morceaux de l’album (plus de sept minutes, en moyenne) favorise évidemment de tels développements, permettant aux textures électroniques de se déployer, de mettre en place une phrase musicale au piano, qui va ensuite se répéter, de saturer progressivement ses nappes ou bien encore de faire entrer et sortir des accords de guitare.

Avec sa belle densité, l’album de Francis M. Gri et Federico Mosconi procure parfois une sorte de vertige sonore, l’auditeur se trouvant pris dans les empilements, mais pouvant constamment se raccrocher aux interventions perlées du piano. Cette aptitude à jouer sur ceux deux tableaux traduit à la fois la réussite du disque et la capacité des deux musiciens à opérer de concert, exercice pas toujours évident pour des créateurs œuvrant par ailleurs en solo.

***1/2