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Fémina: « Perlas & Conchas »

Qui peut se vanter d’inviter Iggy Pop pour son premier album ? Personne ne peut avoir cette chance dès le début de sa carrière, c’est pourtant le cas de Fémina, trio argentin féminin qui avait frappé fort dans la scène latino-américaine avec un « Brillando », « single » qui portait bien son nom.

En effet, Clara Miglioli et les sœurs Sofia et Clara Trucco dégagent quelque chose de spécial à l’écoute deleur premier album, Perlas & Conchas . Que ce soit sur des titres chaloupés et enivrants comme « Perlas », « Agradezco » ou bien même « Palpita y Goza », le trio étonne par sa diversité sonore allant de la folk aux musiques latines avec un phrasé hip-hop jamais déplaisant.

Lorsque l’iguane intervient sur « Resist », jamais il ne viendra interrompre l’harmonie générale de ce « debut album ». Ainsi, entre moments enlevés et groovy (« Arriba ») et d’autres plus rêveurs (« Plumas », « Cristal »), Fémina continue toujours de rassembler les voix douces et harmonieuses sous fond de guitares, percussions, claviers et parfois cuivres avec ce melting-pot plus qu’intéressant. Le premier album du trio argentin est une gourmandise qui se fond facilement sous les oreilles et il serait bien dommage de passer à côté.

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13 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Overlookers: « Teenage Wet Dreams »

La variété des paysages traversés sur cet opus des Overlookers met fin au clinquant rutilant des tubes hypnotiques que sont « Driving fast » ou encore « Prom Night ». Ce deuxième, avec sa ligne mélodique synthétique bien nostalgique, renvoie aux réussites de Ladytron. La voix est belle et cette future pop attire comme le cuir des sièges. Sa version vocodée, transfigurée en « Porn Night », est également une belle réussite.

Dans ce même registre, on aime « Disillusion », comme du Mesh en moins tonique, en plus atmosphérique. C’est la première plage nocturne de ce disque, au sample gémissant et aux breaks en forme de syncope mentale, d’absence momentanée. Un titre qui évite le tubesque, privilégiant son climat et qu’on associera donc au « Speak to the Devil (remix) » présent sur l’EP. Il est immédiatement suivi du très beau slow « Give Me More » où le numéro de crooner du vide atteint son apogée. Sexy et triste (« I feel so empty »), on associe les rythmiques finales au bruit des glaçons qui s’entrechoqueraient dans un verre de scotch, enfoncés à l’arrière de la voiture, à l’arrêt, alors que s’éteignent une à une les lumières du drive-in. « Speak to the Devil » sous sa nouvelle version étire ses synthés sur des bribes de mélodies horrifiques.

L’esprit est ensuite chamboulé par ces autres titres, plus surprenants. Ainsi, « Moogadillac » qui virevolte sur un boogie dépravé, morceau fantaisiste, guilleret et grotesque, une demi-blague digne des Residents, qui trace sa route, écoute après écoute. On aimera moins l’enlevé « No Delight » dont l’intention pop orchestrée doit être saluée, mais pour lequel la forme pêche un peu tant a voix, bien posée, n’a pas l’intensité rêvée et reste figée dans son cadre.

Deux interludes se glissent dans la boîte à gants : « Inhale » quasi instrumental, mené par une voix de femme qui fait la réclame d’un produit miracle pour une respiration magnifiée ; « Porn Night », bien placé en écho, qui offre un boulevard à ce « Teenage Wet Dreams » qui donne son titre à l’album.

C’est le titre le plus émouvant : numéro de lover froid, voix parfaite, calage sur les émotions, musique en apnée, enrichie de détails qui glissent comme la main sur le levier de vitesse (en deux temps pour un peu plus de cinq minutes) ou une caresse prenante sur les genoux. Un rêve qui passe, l’air de rien.

Les paroles sont dans un esprit délicieusement érotico-estudiantin où des gamins paumés n’attendent que la traque des pucelages (lorsque la Prom Night devient enfin la Porn Night) ou les accidents de la route qui les feront vivre un peu plus fort. À moins que les ruptures violentes ne mettent précocement fin au jeu…

Bien tunné sur ses quatre roues, piloté de main de maître, le Muscle Car The Overlookers dévoile plus de charmes que de force brute et c’est tant mieux tant il a de quoi filer droit.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Billy Woods & Kenny Segal: « Holding Places »

L’année dernière Billy Woods sortait aux cotés de son am Elucid  un somptueux Paraffin, sous le nom de Armand Hammer. Aujourd’hui,l’artiste revient avec Hiding Places, produit par Kenny Segal, album cryptique à la noirceur moite et aux atmosphères enivrantes.

L’association des deux offre un chef-d’oeuvre de hip hop tordu, aux rythmiques lourdes et instrus taillées dans un matériau brut à la beauté d’orfèvre, qui n’est pas sans évoquer la grande époque des albums sortis sur le label Definitive Jux.

Billy Woods continue d’écrire des textes à la densité poétique obscure, faisant voler les mots sous son flow hypnotique, appuyé par la production sophistiquée d’un Kenny Segal au sommet de son art, faisant la part belle à la diversité des samples choisis, alternant ambiances flippantes et envolées sur des routes cabossées, enrobées de grisaille, le ton général restant tout de même du coté du menaçant et tourmenté. Énorme.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Fontaines D.C.: « Dogrel »

Ces cinq jeunes de Dublin se sont formés il y a 3 ans sur les bancs de la fac et après une série de trois « singles » ils font paraître leur premier album, Dogrel. Il faut dire que le buzz est monté très vite appuyé qu’il était par des prestations scéniques survoltées et une signature chez Partisan Records, le label du moment, hôte, entre autres, de Cigarettes After Sex ou des Idles, avec lesquels le combo présente nombre de points communs.

À l’instar de Manchester pour The Smiths ou New York pour Lou Reed, Dublin est vraiment l’épicentre de Fontaines D.C., D.C. pour Dublin City, Fontaines venant d’un personnage du Parrain.

La ville leur colle aux chevilles, et malgré ses défauts et sa gentrification, on y sent un attachement qui transparait tout le long des 11 titres jusqu’au somptueux dernier morceau, « Dublin City Sky ». Fontaines D.C. effet, excessivement doué pour les explosions post punk mais sait varier le rythme et laisse l’espace nécessaire à Grian Chatten  de poser sa voix et sa mélancolie sur « Television Screen » ou « The Lotts ». Ces quelques morceaux plus calmes font d’ailleurs du bien après un début époustouflant et des pépites comme « Big, Sha Sha Sha », « Too Real », dignes rejetons de  The Fall, The Clash ou, pour rester en Irlande The Undertones.

On appréciera également une « Liberty Belle » où Buddy Holly sera comme passé à la moulinette punk et on pourra voir en ce premier album un opus comme on les aime, à savoir bourré jusqu’à la gueule de chansons imparables.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Weyes Blood: « Titanic Rising »

Le nouvel opus de Natalie Mering, alias Weyes Blood, confère ces moments d’ascension qui permettent d’affronter une autre journée, une de plus avant l’apocalypse qui nous attend. Avec un titre pareil, la sirène divinatoire Mering emploie ici sa voix de barde, elle a un tropisme médiaval,sachons-le, qui nous submerge complètement.

Certaines des références ont été déjà cent fois usées à la corde par d’autres (comme Fleetwood Mac sur « Something to Believe », les Beatles sur « Everyday », les Beach Boys), et le maniérisme vocal de Mering annonçait à la première écoute le verdict suivant : un autre album pop pas mal, sans plus. Mais en peu de temps, on se surprendra très vite à le chantonner où qu’on puisse être, ou à l’entonner en choeur à son écoute.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Lowly: « Hifalutin »

Voilà peu, le son du jeune collectif danois Lowly aurait probablement été affublé de l’étiquette « trip hop ». Question de groove, d’abord : l’ensemble mené par la guitariste et chanteuse Nanna Schannong tricote des chansons doucement bondissantes s’appuyant simplement sur la vision sonore, organique et étudiée, des musiciens, qui évitent le plus possible les séquences préprogrammées — le jeu riche et légèrement jazzé du batteur Steffen Lundtoft est particulièrement appréciable, tout comme les tonalités des claviers et synthés de Kasper Staub.

Le quintette navigue dans des eaux douces et claires avec ses chansons dream pop aux structures atypiques, ses tonalités chaudes, les voix de Schannong et, plus mémorable encore, de Soffie Viemose (aussi aux effets sonores), absolument splendide sur « Baglaens »,s’apparentant à quelque chose comme une chanson parfaite et parfaitement mélancolique. Il y en a d’autres semblables, « Stephen » en hommage à Hawkins, les longues « 12:26 » et « Wonder » en fin de cet album dans lequel on a envie de se lover en attendant qu’arrive enfin lun vrai printemps.
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12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

David Ian Roberts: « Travelling Bright »

Originaire des Midlands de l’Ouest et désormais établi à Cardiff où il collabore avec Toby Hay, David Ian Roberts sort de l’ombre avec Travelling Bright, un deuxième album tout en subtilité qui convoque l’esprit des maîtres du folk britannique.

Multi-instrumentiste virtuose mais jamais démonstratif, compositeur sophistiqué dont les influences folk (Pentangle, Roy Harper, Nick Drake) s’aventurent parfois jusqu’aux frontières du jazz, chanteur au timbre sensible qui réveille le souvenir des regrettés Elliott Smith et Nick Talbot (Gravenhurst), David Ian Roberts livre un deuxième essai en forme de voyage hors du temps.

Invitant à la rêverie et à la contemplation, Travelling Bright est un recueil de chansons folk à maturation lente, toutes taillées dans les bois les plus précieux. Ceux dans lesquels ont été forgés les grands classiques.

***1/2

12 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Flying Fish Cove: « At Moonset »

Il n’y a pas que sur la scène australienne qui qit le monopole de la fourniture de la jangle-pop de qualité. Flying Fish Cove est basé à Seattle et il a été bercé par les disques de Teenage Fanclub et de The Pastel. At Moonset, leur premier album, en est la manifestation.

A la croisée de la jangle-pop et de la twee-pop, Flying Fish Cove ne fait pas dans le basique. C’est avec des arrangements peaufinés grâce l’intervention des claviers psychédéliques, flûtes et de cordes qui’ils habillent des morceaux plutôt élégants . Mentionnons l’introductive « Johnny Paper » mais encore « Blow A Candle », « Manticore » ou bien même « Cammy the Camry ». Entre la voix sucrée de Dena Zilber, les riffs décontractés de Jake Jones (qui officie parfois au chant) et la section rythmique légère et somptueuse du duo Sean Canfield (basse) et Jacob Jaffe (batterie), il n’y a qu’un pas.

Chez Flying Fish Cove, tout n’est que luxe, calme et volupté avec une pointe d’ambition qui se faufile entre ces 12 titres. Avec l’intervention de la divine Frankie Cosmos mais également de Jade Tcimpidis et de Lydia Brambila, le quatuor vise le très haut avec « Dangerous Words », « Pony Bracelet » et autres « Home Sweet Home ». Tour à tour cosmique ou psychédélique (comme l’atteste la conclusion fantasmagorique « Belladonna »), At Moonset prouve que la jangle-pop ne se résume pas qu’à des compositions solaires mais à quelque chose de plus arty.

***1/2

11 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Patio: « Essentials »

Patio avait débuté sous forme de blague ; trois copines originaires de Brooklyn s’imaginaient monter un groupe nommé de cette façon un peu farfelue. Lindsey-Paige McCloy (chant, guitare), Loren DiBiasi (chant, basse) et Alice Suh (batterie) faisaient du bouche-à-oreille avec leur premier EP autoproduit en 2016 jusqu’à décrocher un contrat chez une petite structure, tremplin suffisant pour passer avec de plus grandes choses, leur « debut album », Essentials.

Le titre est plutôt bien trouvé pour Patio qui va droit à l’essentiel avec lune musique incisive et mélodique. Mêlant les influences dignes de Cate Le Bon pour le fond et la scène indie/post-punk DIY d’Athens pour la forme, le trio s’en sort plutôt à merveille avec des morceaux courts mais implacables à l’image de « Split », « Boy Scout » et autres « Vile Bodies ».

Entre les harmonies vocales du tandem McCloy/DiBiasi, les riffs jangly et la section rythmique mélodique et percutante, il n’y a qu’un pas et certains morceaux sentent bon les débuts des années 1990 comme « Endgame » et « Scum ».

Pas mal de titres sortent du lot notamment l’ambitieuse « Open » qui dure plus de 5 minutes où l’on se laisse prendre par le phrasé récité des jeunes femmes et une construction mélodique prenante dans son utilisation du crescendo. Tout ceci témoigne d’une alchimie à mêler urgence et efficacité par exemple sur « No Time » et « New Reality ». Avec Essentials, le trio de Brooklyn va droit au but et ne manque jamais d’inspiration sur ces dix titres qui possèdent un sacré caractère.

***1/2

11 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ratso: « Stubborn Heart »

l y a des gens pour lesquels les reconversions tardives peuvent leur réussir. C’est le cas de Larry Sloman alias Ratso qui se lance dans la musique après avoir été écrivain, auteur et acteur dans ses vies antérieures. Après avoir suivi Bob Dylan dans les années 1970 et écrit de multiples scénarios, le new-yorkais a décidé de se lancer dans la musique et mieux vaut tard que jamais comme on dit. Et voici qu’il présente son tout premier album Stubborn Heart.

Pour cet opus, Ratso a décidé de se la jouer simple et de marcher sur les pas de ses héros. Stubborn Heart le voit à la croisée de Yasmine Hamdan qui ouvre le bal de façon somptueuse et honorable avec « I Want Everything » ou encore Iman Coppola et Paul Shapiro sur « Caribbean Sunset ».

Mention spéciale pour l’apparition plus que surprise du grand Nick Cave sur le ténébreux « Our Lady of Light » qui partage le micro avec notre hôte tout en lui faisant de l’ombre.

Pour le reste, Larry Sloman s’aventure seul avec son indie folk teinté de classic rock cinématographique et solennelle. Et on sent qu’il est seul malgré ses arrangements peaufinés sur « Dying On The Vine », « Matching Scars » ou bien même sur « Listen Little Man » avec ces mêmes constructions rythmiques et ces mélodies quasi-similaires. C’est peut-être qu’est le problème sur ce Stubborn Heart ; à top vouloir quil soit homogène, il manquera de réelle identité sonore. Toutefois, on appréicera qu’il se soit lancé dans le grand bain sans avoir froid aux yeux, et on espèrera un second opus plus original.

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11 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire