« Les Murs de l’Atlantique »: Interview de The Great Divide.

The Great Divide est le nouvel opus de Twin Atlantic. On retrouve le combo écossais toujours aussi investi dans une musique parfois emphatique, parfois plus tamisée. Celle-ci sert de support à des textes articulés et parfois engagés. On retiendra son côté épique et déclamatoire mais aussi des passages qui mettent en avant sa sensibilité. Craig Kneale, leur batteur, revient sur ce qui a présidé à la conception du disque que ce soit musicalement et au niveau des problématiques abordées.

Beaucoup d’années se sont écoulées pour Twin Atlantic avant cet opus, quels en ont été les moments forts ?

C’est difficile à dire car, quand vous faites partie d’un groupe, tout est excitant. Avoir du succès après avoir composé un morceau l’est tout autant que jouer en public. Je crois que le moment le plus fort s’est produit quand on a braiment commencé à percer au Royaune-Uni et qu’on a pu jouer devant des audiences de plus de 2000 personnes partout où nous allions. On a toujours eu des hautes aspirations à nos débuts et le fairt qu’elle se réalisent est un ou miracle.

Comment votre son et votre approche ont-ils changé depuis ces débuts précisément ?

Je crois que, ensemble, on se sent plus à l’aise quant à l’écriture au fil des années et surtout beaucoup moins préoccupés par nos propres parties musicales. On est toujours un groupe de rock mais on essaie de composer des titres auxquels les gens peuvent se rattacher de manière plus profonde que le fait de simplement jouer fort et de multiplier les climats dans une seule chanson. On a noté qu’il était plus difficile de composer un titre simple capable de capturer votre attention pendant trois minutes.

Vous avez tourné pour l’album Free pendant plus de 3 ans. Qu’avez-vous tiré de cette expérience ?

Je crois que ça a fait de nous des meilleurs musiciens et nous a permis d’être plus en confiance sur scène. Aujourd’hui nous savons comment préparer un show qui restera dans la mémoire du public quand il en sortira. Je crois que ça nous a beaucoup plus soudés car il y avait des périodes où nous étions en Amérique pendant 3 mois et jouions dans des endroits plutôt durs. Le fait d’y être parvenus en tant qu’équipe nous a fait nous dire que rien ne pouvait nous freiner.

Un remix de votre chanson « Free » a été reprise pour la saut dans l’espace de Felix Baumgartner ; comment l’avez-vous apprécié ?

C‘était vraiment cool. On nous a demandé si il pouvait être utilisé pour une expérience de saut en chute libre 6 mois avant. On n’avait pas réalisé que ça allait être un évènement culturel de cette ampleur. Quelque part on est fier d’avoir participé à quelque chose qui a permis de pousser les limites humaines plus loin.

Le disque démarre sur une profession de foi assez audacieuse : « La jeunesse d’aujourd’hui a perdu sa voix ». Que vouliez-vous signifier ?

Je ne sais pas exactement ce que Sam (McTrusty, guitares et vocaux) souhaitait dire mais je pense que pour lui, de nos jours, plus personne ne dit quelque chose qui soit important. Ça ne concerne pas uniquement la musique, c’est pareil en matière de rébellion, de passion. Tout cela a disparu de notre société ; tout le monde se soucie de ne pas avoir l’air trop différent aussi je pense que ceux qui disposent d’une plateforme pour s’exprimer devraient le faire et ne pas jouer la sécurité et ne rien remettre en cause.

Ce pourrait-être une déclaration d’intention sous-entendant que, peut-être, vous détenez certaines réponses et qu’elle figurent dans l’album.

Je ne sais vraiment pas. On essaie toujours de mettre de la passion dans notre musique ; il y en a tellement autour de nous qui est terne et ne signifie rien pour nous. Notre but est qu’on ait une opinion forte de ce que nous faisons. Il y a des tas de gens qui n’aimerons pas mais je préfère cela à n’enregistrer aucune réaction de la part de quelqu’un. Au moins on leur aura fait ressentir quelque chose

Vous avez enregistré Great Divide avec Gil Norton au Pays de Galles avant de réaliser que le disque avait besoin d’un petit plus. Aussi vous vous êtes rendu à Los Angeles pour travailler avec Jacknife Lee. Qu’est-ce qui n’allait pas dans les sessions avec Gil et quel a été l’apport de Lee ?

Il n’y avait rien qui clochait avec Gil. On a enregistré dans une ferme au milieu de nulle part pendant trois mois. Je crois que ça été une trop longue période à l’écart de toute civilisation si vous voulez réaliser quelque chose qui parle aux gens. Une fois terminé, on a décidé de travailler avec quelqu’un de complètement différent sur quelques titres de manière à être absolument sûrs qu’on était au point. Ce que Jacknife a ajouté est une façon de travailler complètement différente de celle de Gil. Il est venu nous a remis les idfes en place quant à ce qu’on voulait faire pour que l’album soit une œuvre à part entière.

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Quand on regarde la pochette, le mot « moderne » vient instantanément à l’esprit. Quelle est la signification des drapeaux ?

Ils peuvent avoir des tas de significations. Il y en a un pour chacun des membres du groupe et qui montre nos propres personnalités. On a écrti le disque en Écosse et au Canada et il a été enregistré au Pays de Galles et aux USA aussi il y a une autre référence au fait que ce processus nous a menés dans pas mal d’endroits avant d’être achevé. Les drapeaux représentent une grande partie de l’identité d’un pays aussi ils donnent ici une identité solide à Great Divide.

N’y-a-t-il quelque chose de martial dans votre musique et diriez-vous également un côté militant ?

Je ne pense pas. Il y a beaucoup de passion, certes mais nous avons toujours tenu à ne pas faire part de nos opinions aux autres. Certains artistes le font très bien mais, pour l’instant, ça ne nous semble pas une zone de confort. On a des idées très fortes sur des tas de problèmes mais on les garde pour nous et laissons ceux qui nous écoute se déterminer par eux-mêmes.

1Cherchez-vous à établir une cohérence entre vos visuels, votre projet dans son ensemble, en particulier les « singles » 

Je le crois, oui. On essaie d’utiliser les drapeaux autant que possible pour souligner l’importance que nous leur donnons. On les utilise durant nos concerts depuis l’année dernière, des drapeaux individuels ont fait la couverture de nos « singles » et ils ont tous été utilisés pour nos vidéos. UN srapeau véhicule une image très forte, il aurait été idiot de ne pas l’utiliser.

Vos vidéos sont très impactantes ; jusqu’à quel point intervenez-vous dans leurs élaborations ?i

Pas beaucoup en fait. En général on reçoit les réalisateurs nous envoient les scénarios et nous choisissons celui que nous préférons. On a eu la chance de pouvoir travailler avec des types très doués qui faisaient un travail en une seule prise.

Vous considérez-vous encore comme un groupe local ?

Oui et non. Au début on a bâti une base de fans en Écosse beaucoup plus vite que dans le reste du Royaune-Uni. L’accent de Sam lui a permis d’établir une connexion directe avec les gens. Aujourd’hu, même si cela a pris plus de temps, on s’est aperçu qu’on générait la même passion en Angleterre, en Irlande et au Pays de Galles. On a même désormais une base de fan solide en Europe continentale.

L’accent écossais est mis en évidence dans vos compositions à l’inverse d’autres groupes qui en viennent. Avez-vous subi des pressions pour le cacher ?

Il est certain que beaucoup de gens nous ont conseillés de nous en débarrasser et d’adopetr un accent plus neutre quand il s’agissait de signer pour un label. Ça nous semblait ridicule, même si cela signifiait un obstacle pour avoir du succès. On aurait eu l’impression d’être des menteurs. Si on avait échoué en raison de l’accent écossais de notre chanteur, on l’aurait accepté mais au moins on serait restés en accord avec nous-mêmes.

À propos dune interprétation, n’y a-t-il pas le thème de dualité dans cet album avec « twin » associé à « divide » et n’est-ce pas en relation avec le référendum pour l’indépendance en Écosse ?

Je ne l’avais pas remarqué jusqu’à cette question mais c’est très vrai ! Il y a eu des tas de choses, plus ou moins segmentées, qui se sont produites quand il a fallu réaliser cet album. La façon parcellaire dont on composait suivant les pays, les doutes que nous avions et bien d’autres points qu’il a fallu extirper de nous. The Great Divide est un titre qui se réfère aussi à cela. Quant à l’Indépendance, je crois que c’est une pure coïncidence mais on s’est aperçu diu lien au moment de sa sortie très proche du jour où on devait voter.

Vous avez souvent été comparés à Biffy Clyro : est-ce un compliment pour vous ?

Tout à fait. Pendant un moment c’était un peu ennuyeux car on nous en parlait tout le temps et on avait l’impression que c’était la seule chose qui intéressait ceux qui nous interviewaient. On ne voulait pas rester dans leur ombre mais on doit admettre que ce qu’ils ont fait pour la musique écossaise est exceptionnel ; après tout c’est un des tout premiers groupes au Royaume-Uni.

 Il paraît que vous choisissez vous-même vos « support acts »…

Oui, on a de la chance quand on a l’occasion de le faire. Notre agent et notre manager nous y aide en nous suggérant d’écouter quelques groupes qu’on ne connaît pas ou qui seraient bons pour ouvrir pour nous. Quand on a débuté on avait peur de prendre des trop bons groupes car notre show aurait pu en souffrir. Mais on a remarqué que si on choisit des groupes qu’on aime et dont on pense qu’ils passeront bien avec l’audience, cela rendra le concert encore meilleur. Et en plus ça nous pousse à nous surpasser.

Est-ce cette approche qui vous a amené à signer pour Red Bull ?

C’est difficile à dire car on a toujours été chez des labels indépendants. Red Bull nous donne toute la liberté qu’on demande et j’imagine que ça nous a doté d’une point de vue plus vaste sur la musique.

« Une Nouvelle Inspiration ». Interview de Caribou

Cela fait environ dix ans que Dan Snaith a dû changer de patronyme pour adopter « Caribou » en raison d’une homonymie avec le punk rocker « Handsome Dick » Manitoba. Il est malaisé de savoir l’effet que cela a eu sur l’évolution de sa persona créative mais il lui a fallu 12 ans et six albums pour qu’il sente assez en confiance et décide de faire de lui le personnage principal de sa musique. Jusqu’à présent son rôle avait été celui de l’auteur de studio invisible, sortant disque après disque de pop expérimentale si méticuleusement arrangée qu’il était facile d’oublier qu’on en savait peu sur Snaith. Après l’inattendu succès commercial de Swim sur les dance floors en 2010, il a pris un nouveau détour créatif et a ajouté des nuances de R&B contemporain et de soul classique à sa palette. En même temps, juste au moment où Our Love est plus ouvert, il semble lui-même vouloir partager un peu plus de lui à son audience. Snaith nous explique ici la contradiction inhérente au fait de se trouver soi-même en se dévoilant sans faux-semblant.

Pensez-vous que le succès de Swim a modifié votre démarche sur Our Love ?

Oui, cela m’a permis de me connecter aux gens d’une manière différente par rapport à mes disques précédents. J’ai donc décidé très vite de faire un album qui était pour mon audience ou avec mon audience explicitement en tête quand j’ai commencé à construire des morceaux. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai toujours occulté l’idée que quelqu’un d’autre que moi pourrait écouter mes productions. Cette fois, j’avais beaucoup plus intégré le processus de faire un disque, le son était plus propre et numérique. La palette était à deux dimensions et les sons comme du verre, le tout inspiré par la R&B contemporain. Je suis parvenu assez vite à ce côté virginal et je crois que on l’entend par moments le long du disque. Mais, durant ce développement, l’additions de cordes et de sons plus chauds en analogique et lui a donné un aspect hybride, quelque chose de plus organique et moins immaculé.

Comment le fait de prendre en compte votre public a-t-il influencé votre approche du « songwriting » ?

Je suppose que beaucoup de gens en entendant ça me demanderaient : « Mais, n’est-ce pas ce que vous êtes censés faire ? » Vous n’êtes pas supposé penser aux gens et faire le musique qu’ils souhaitent. Ça fait de vous quelqu’un qui se vend ou qui fait des compromis artistiques. Je n’ai jamais fonctionné ainsi. Je n’ai pas fait de la musique avec l’intention de plaire au maximum de personnes ou d’être aussi populiste que possible mais en ayant conscience de ce qu’ils attendaient.

Si vous écriviez dans le perspective d’essayer de plaire à votre audience, comment faisiez-vous pour deviner ce qu’elle voulait ?

Ce n’était pas comme si j’avais un panel imaginaire sur lequel je m’appuyais et à qui je demandais ce qu’ils désiraient entendre. J’étais plus dans l’optique de faire une musique qui soit généreuse. Il y en a où vous avez la sensation que son auteur est ironique ou artificiel de manière délibérée ou qu’il construit quelque chose où ils ne vous donnent ou ne vous disent pas tout. Je voulais avant tout faire une musique qui, espérais-je, avait une chaleur qui montrait que j’essayais de communiquer réellement avec autrui. Je penses que c’était cela avant tout.

Quel rôle a eu, selon vous, le fait de changer le nom de votre projet de Manitoba en Caribou à vous faire prendre cette conscience si tardivement ?

C’est une question intéressante. Les gens me demandent souvent : « Avez-vus changé d’identité musicale quand vous avez modifié votre nom ? » Je répondais : « Non, j’avais juste besoin d’un nom pour ma musique. » À cette époque je n’avais pas le pseudonyme de « Daphni » (le projet orienté « dance » de Snaith), n’avais qu’un seul objectif, la musique que je faisais et elle avait besoin d’un nom. Je crois que ce qui m’a manqué jusque là, et même si je suis fier de ce que j’avais fait auparavant, est la confiance. Mes premiers albums étaient plus axés sur un genre qui regardaient vers la musique psychédélique des années 60. Ça n’est qu’avec Swim que j’ai réalisé à quel point elle sonnait contemporaine. Cela me plaisait car tous mes héros avaient toujours tenté de faire la musique la plus contemporaine possible, que ce soit Miles Davis ou Stevie Wonder. La sonorité était moderne et, j’espérais qu’en entendant le disque on remarque touts ces références qui sont si importantes pour moi. Cela, je l’ai acquis avec la confiance.

Vous êtes devenu père juste avant l’enregistrement de ce disque ; cela a-t-il joué dans le fait que vous ouvriez à parler plus de choses personnelles ?

Absolument, ça a transformé mon existence sur tous les plans. Le fait de voir ma fille grandir etde passer beaucoup de temps avec elle a modifié ma relation avec les autres personnes de mon entourage. Vous terminez par passer plus de temps avec eux, vous faites des choses habituelles comme vous balader dans un parc au lieu de passer le plus clair de vos heures enfermé dans un studio. J’étais vraiment un acharné du travail et cela fait partie de ma personnalité. Cela m’a exclu du monde et aujourd’hui j’y remédie du mieux possible grâce à ma famille.

Pensez-vous avoir une autre appréciation de votre rôle en tant qu’artiste depuis ce nouvel album ?

C‘est sans doute une question de confiance mais ce que j’ai intégré le plus ay fil des années est que, une fois le disque terminé, je n’avais plus mon mot à dire là-dessus. C’était flagrant avec Swim où des gens venaient me voir après un concert et me disaient : « Quand j’ai entendu ce titre à Ibiza, ça a signifié quelque chose dans ma vie personnelle. » Ça n’a rien à voir avec moi mais ce type feedback m’apporte beaucoup et je me suis mis à l’apprécier. Des gens dont la vie est différente de la mienne ont intégré cet album dans leur existence et celui-ci avait pris une autre valeur. Plus jeune, à l’époque de mon premier disque, je faisais un truc et disais : « C’est à moi et vous ne pouvez rien y changer. » Je voulais garder le contrôle de la musique même quand elle était sortie et entendue partout. Ces impulsions sont plus rares aujourd’hui et j’aime que mon art voyage dans le monde. Une partie de plaisir est de voir ce qui se produit alors.

Ça a donc été un processus d’apprentissage que de prendre de la distance et de laisser les gens s’emparer de votre musique selon leurs propres termes ?

Absolument. C’est pour cela qu’il m’a fallu beaucoup de temps car j’aurais dû très vite comprendre que l’importance résidait en l’impact que ce que je faisais appartenait aussi au public. Faire de la musique tout seul c’est génial, mais la magie c’est quand les gens l’écoutent. Aujourd’hui je pense avoir assez confiance en moi pour lâcher prise et mettre dedans le maximum de mo.i Je l’ai fait peu à peu et il n’y a eu aucune catastrophe. Un bon exemple est ma façon de chanter. Il y a 10-12 ans je ne le faisais pas et les premiers titres sur lesquels je chantais ne comportaient que quelque bribes de ma voix cachées derrière de la reverb et d’autre nappes vocales. Cela m’a lentement amené à un point où je me sens à l’aise avec elle au point de ne plus être inhibé par des problèmes d’angoisse et d’égo.

« Le Vol du Faucon »: Interview de Hawkwind

Plus de 35 ans de carrière et Hawkwind semble toujours suivre le même vent fait de délires psychédéliques, de visions où le futurisme se mêle à la mythologie. Les basses demeurent incendiaires, les rythmique hypnotiquse et, les chorus ou solos de guitares et de claviers s’échelonnent semblables de longs mantras. La sortie d’un nouvel album, Blood On Earth (en 2010), a été l’occasion de résumer cette aventure lysergique avec leur leader et fondateur Dave Brock.

Ça faisait un sacré bail depuis ce nouvel album…

Nous en avions sorti un en 2006 et étions en train d’en enregistrer un autre en 2008 au milieu duquel Jason Stewart, notre joueur de clavier, est mort. Nous avons alors fait quelques concerts et pris le temps de travailler sur celui-ci. Avec un peu d’espoir le prochain sera plus rapide (Rires).

Est-ce vraiment nécessaire ?

Disons qu’il nous a été difficile de trouver un clavier pour remplacer Jason. Il avait un rôle important car il tenait les claviers et les synthés. Son remplçaant, Nile, a eu du mal car il était aussi guitariste et bidouillait des ordinateurs. Dans l’entité Hawkwind, il faut parfois du temps pour s’intégrer.

Il est vrai que le groupe a toujours eu une prédilection futuriste.

Oui et j’apprécie la façon dont l’évolution de la technologie nous a permis d’avancer un peu plus artistiquement. Mais nous maintenons un équilibre en utilisant des équipements analogique comme des générateurs audio ou en travaillant sur les fréquences sonores.

Et par rapport à votre image, les textes de Michael Moorcock, les light shows aveuglants ?

Aujourd’hui nous avons même des danseuses. L’idée est de renforcer l’effet visuel pour privilégier ce en quoi la musique peut permettre de se réfugier dans l’imaginaire. Cela rejaillit sur nous en tant qu’artistes car ça nous montre en quoi nous sommes encore d’attaque en dépit du fait que nous ne gagnons pas des milles et des cents. Blood Of The Earth est un récit de science-fiction avec un volcan dont on prend la lave pour du pétrole.

Est-ce un album à visée écologique ?

Tant que nous parvenons à faire réfléchir les gens. Nous avons toujours soutenu des associations comme Greenpeace mais c’est aussi à la jeune génération de s’emparer du sujet.

À propos d’elle, la « rave scene » vous a adopté sans broncher.

C’est parce que nous utilisons des séquenceurs depuis pas mal de temps et que nos suites d’accords sont assez simples au fond. La « rave » c’est un peu ça: un bon beat et de bonnes percussions. J’aime assez la « dance » en fait; notre batteur jouait avant dans un groupe punk et il écoute beaucoup de Black Metal avec un rythme assez furieux et des accords très rapidement joués. Nos goûts sont assez divers finalement.; j’écoute, par exemple, beaucoup de jazz et j’en jouais pas mal avec Jason.

Vous avez débuté en tant que Group X, puis Hawkiwnd Zoo, puis Hawkwind, The Hawklords et enfin Hawkwind à nouveau: on se perd un peu…

Group X c’était quand nous ne trouvions pas de nom et que nous commencions nos concerts. C’estf John Peel qui nous a appelé ainsi. Nous avions cette idée centrée sur les mythologies du faucon (hawk): la japonaise avec l’oiseau qui vole au dessus des montagnes, celle des Amérindiens, celle des Égyptiens avec Horus… Tous les membres du groupe formaient comme un zoo mais, par la suite, nous l’avons laissé tomber.

C’est assez particulier de mêler futurisme et mythologie.

Nous avions Bob Calvert qui écrivait pas mal de poésie et, bien sûr, l’écrivain Michael Moorcock. Il y a toujours eu des changements de line-up ce qui fait que chaque entrant apporte ses propres idées. C’est comme un navire en mer, il est sujet aux creux des vagues, aux vents, aux marées. Bob et moi, The Hawklords, avions une idée différente, celle d’un show basé sur le Metropolis de Fritz Lang avec de grands échafaudages, six danseuses qui se transformaient en ouvriers vêtus de gris et balayant le sol. C’était trop onéreux aussi nous avons dû laisser tomber en plein milieu de la tournée. C’était une approche différente qui nous éloignait un peu de ce que représentait Hawkwind. Bob avait même écrit une pièce à propos de Jimi Hendrix qu’il voulait monter dans un théâtre du West End et il avait d’ailleurs quitté le groupe à ce moment-là. C’est à ce moment-là que Tim Blake m’a rejopint vers 1979. Nous avons même eu Ginger Baker à la batterie pendant un an et demi, Arthur Brown aussi. C’était une époque intéressante vous savez (Rires).

Vous ne regrettez pas ne pas avoir eu un line-up plus stable ?

Oui et non. Nous souhaitions jouer dans beaucoup de festivals gratuits et pas tout le monde ne le souhaitait. J’en faisais pratiquement chaque semaine mais chacun avait ses propres priorités. En fait il y avait deux groupes: un pour ces festivals et un autre. Vous savez c’était une période spéciale et propice à tout cela. Certains d’entre nous sont là depuis 20 ou 22 ans et ça nous semble sacrément long mais ça soude aussi pas mal de choses.

Vous sentiez-vous part intégrante de la « contre culture » ?

Ces shows en faisaient partie quelque part. Il y a toujours eu cette tradition de « famille » chez Hawkwind. Nous voyons nos fans, jouons parfois à leurs mariages, tenons ces « Hawk Fests »… Je crois que si on était plus riches et fameux ce serait quelque chose qui se serait perdu.

Sur ce nouvel album vous faites une référence à votre compilation Master of the Universe.

C’est juste pour le « fun » et aussi pour faire comme si on philosophait… (Rires)

Il y a aussi « Inner Vision » et « Sweet Obsession » qui sont un peu atypiques…

La première est sur le cybersexe, l’autre est sur cette obsession d’un type qui tombe amoureux d’une femme à travers l’Internet. C’est pour cela qu’ils se suivent.

Et « Prometheus » alors ?

C’est une référence au mythe mêlée à de la science-fiction un peu compliquée pour moi car je n’ai pas écrit son texte. Ils sont tellement fournis que je ne peux même pas les lire sur la pochette de l’album vinyle, même avec une loupe. (Rires)

De toutes manières vos design ont toujours été plutôt touffus.

Oui j’aime ce qui a besoin d’être décodé. Ici il s’agit d’un vaisseau spatial, semblable à des précédents mais tout cabossé et rouillé. Nous utilisons beaucoup de ces graphiques pour nos light shows comme si il s’agissait d’une histoire qui se perpétuait. « Sentinel », par exemple, est le récit d’être humains sur la lune.

Il y a eu un « single » assez atypique chez vous, « Urban Guerilla ».

Il est sorti au moment où l’IRA faisait des attentats à Londres. Il était déjà 26° dans les charts mais notre label a trouvé que ça n’aurait pas été de très bon goût de le laisser en vente. Les textes étaient, et demeurent, très appropriés. Ce qui me désole c’est que, au fond, ils soient encore d’actualité.

Votre inspiration est généralement moins plantée dans le Réalisme…

C’est vrai, la Vie ou, plus précisément, la Philosophie de la Vie. La science-fiction est un moyen d’évoquer nos rêves, n’est-de-pas?

En même temps vous aviez l’image d’un groupe quelque peu ailleurs, aliéné du quotidien presque…

C’est une illusion que l’on a de croire qu’on peut être éloigné de la vie de tous les jours. Je me souviens il y a quelques années j’avais pris le train pour aller à un concerts. Des fans m’y ont vu et étaient tout étonnés que je puisse le prendre pour me rendre à un de mes shows. C’est toute une mythologie qui se crée autour d’un artiste, vous savez. Je n’avais pas de « silver machine » pour me transporter d’un endroit à un autre. (Rires). Notre rôle est de créer une certaine illusion, permettre aux gens de s’évader un peu. Nous considérons qu’une grande partie de ce que nous faisons est du domaine d’images habillées par des sons.

Quand vous composez, en quels termes pensez-vous au départ ?

La carte se fait au fur et à mesure; vous démarrez souvent sur des textes inconséquents puis, peu à peu, les analyser vous permet de donner un sens. Croyez-le ou pas j’utilise un dictionnaire de rimes et Bob et moi l’utilisions souvent. Parfois il peut être intéresser d’intégrer des mots à un concept. L’important est que vous ayez l’idée qui vous permette d’écrire rapidement.

Et l’écriture automatique ?

Ça peut m’arriver. J’aime faire surgir le ridicule et voir ensuite si il permet d’aller plus loin. À la guitare c’est pareil mais il est vraiment difficile de faire des choses originales aujourd’hui. Quand vous imaginez tout ce qui a pu être composé avant vous il est de plus en plus dur de sonner différent. Quand j’ai débuté, je copiais beaucoup les guitaristes de blues, Big Bill Bronzy par exemple, ensuite j’ai trouvé peu à peu mon identité Je crois que Hawkwind a vraiment son propre style à cet égard. Quelque part je n’en suis pas peu fier (Rires).

« Hurry On Sundown » était un morceau fortement teinté de blues je trouve…

En effet. Tous les titres de cette époque ont cette tonalité car j’ai commencé par jouer dans la rue. Fatalement cela a forgé cette coloration musicale. Avec un ami on s’accompagnait à la guitare acoustique et à l’harmonica. Quand je jouais dans le métro, chose qui est très intéressante en matière d’écho, j’alternais titres blues et compositions originales qui en étaient inspirées.

Hawkwind est également associé à l’usage de drogues: comment diriez-vous que cela a pu influencer votre créativité ?

À l’époque quel groupe ne prenait pas de LSD?! Quand vous y pensez, c’est cela qui a changé les Beatles ou les Stones. C’est quelque chose de dangereux bien sûr mais ça avait un impact artistique car ça ouvrait votre esprit à beaucoup d’autres choses. Je reste persuadé que ça a été le cas pour nous. Je pense que beaucoup de musiciens auraient le même point de vue.

J’ai, personnellement, toujours eu tendance à vous associer à un groupe comme The Blue Öyster Cult. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas. Ils sont eux aussi branchés science-fiction. Moorcock a également écrit pour eux je crois. Mais leurs premiers albums pouvaient être voisins des nôtres en effet, Secret Treaties, Tyranny And Mutation. Nous les avons rencontrés au bon vieux temps.

Vous parlez beaucoup de vos « gigs » et avez sorti beaucoup d’albums « live ».

Ça a toujours été important pour nous indépendamment du désir de nos « fans ». En studio vous sentez toujours un peu de restrictions. Le « live » nous permet plus d’amplitude, chose qui fait partie de notre approche. Nous avons, par exemple, deux bassistes, l’un joue comme s’il était le « lead guitarist »; c’est assez intéressant en matière de son car cela donne un aspect touffu. Et pour cela nous avons besoin de pouvoir développer un titre sur dix minutes. Ça peut sembler long aujourd’hui mais n’oublions pas que dans les années 70 on pouvait aller jusqu’à 20 minutes! (Rires) Quand vous avez un visuel pour accompagner le spectacle, ça prend alors toute sa substance et ça transcende ce que vous pouvez entendre sur disque ou sur ce que vous pouvez voir avec un autre groupe jouant « live ». Nous insistons beaucoup sur la notion de « happening » et s’il n’y a pas de solo qui puisse vous faire passer à une étape supérieure dans ce que vous entendez, vous êtes confronté à une masse sonore un peu brouillonne et un light show qui ne vous transporte pas. C’est en cela que nous sommes différents je crois, nous sommes des stimulateurs et non des simulateurs (Rires).

On dirait que, malgré l’âge, vous demeurez impliqué dans ce type de recherche (Rires).

Oui, on joue énormément encore. Plus que des concerts, nous participons à des festivals, je crois que c’est ce qui correspond le plus à notre esprit. Nus ne sommes pas inactifs, finalement; nous parvenons à répéter 3 ou 4 fois par semaine encore.

Et quel regard portez-vous sur la façon dont cette technologie que vous appréciez a bouleversé la scène musicale ?

En 1970 nous avons signé un contrat avec notre label qui donnait aux cinq membres d’hawkwind simplement 1,5% chacun des royalties. Et c’était un engagement pris à perpétuité. Il n’y a pas que nous, vous savez. Vous vous rappelez, George Michael avait même décidé d’arrêter de faire des disques pour Sony. Alors si le numérique peut permettre de contourner les maisons de disques, on ne va pas pleurer sur leur sort. Le fait que les groupes puissent maintenant s’auto-produire plus facilement est une bonne chose. Dommage que nous n’ayons pas eu cette possibilité, mais nous en avons bien profité de notre époque! (Sourires)

« Extension du Domaine du Luth »: Interview de Jozef van Wissem

Jozef van Wissem est vraisemblablement le jouer de luth le plus connu du monde occidental. C’est un homme privé et énigmatique mais il est néanmoins passionné quand il parle des potentialités de son instrument à double manche at aux 24 cordes. Pour lui, celui-ci a été trop négligé et ,parfois, injustement dénigré. Si on considère sa discographie prolifique (comprenant entre autres des collaborations avec Jim Jarmusch et James Blackshaw) il ne fait aucun doute qu’il a raison. Le Néerlandais habite désormais New York mais, juste avant de s’embarquer dans une tournée européenne, il évoque la sortie de son nouvel album, It Is Time For You To Return.

Votre disque sort sur Crammed Discs, un label qui aime les musiques qui font reculer les frontières stylistiques. Vous y sonnez plus électronique, accessible, franc et même audacieux que sur Stations Of The Cross, Only Lovers Left Alive, ou The Mystery Of Heaven.

Il est certain que, comparé aux autres, j’ai ajouté beaucoup plus d’électronique mais ce n’est pas l première fois que j’en utilise. Et il est exact que les gens m’ont trouvé moins en retrait dans ma musique ces derniers temps, particulièrement en concerts. Je suppose que je souhaite devenir moins introverti et que j’ai aussi le besoin d’être plus critique par rapport aux choses extérieures. Les textes de ce disque sont une sorte de protestation contre la société contemporaine, contre tout ce qui a à voir avec les grosses entreprises et toute cette merde dont vous n’avez pas besoin comme parler aux gens à ravers un écran plutôt que de les chercher en regardant le ciel.

Vous avez toujours eu une sensibilité pop mais elle sonne aujourd’hui très différente. Moins verrouillée, un peu plus sauvage et insouciante, non ?

J’essaie d’être direct et brut car aujourd’hui tout est aseptisé. Tout se ressemble, tout sonne de la même manière et, dans ces cas-là, il faut être âpre pour être véridique. L’art aussi a été infiltré par le business, voyez-vous . Tout le monde se doit de ne pas sortir du cadre.

Vous collaborez ici à nouveau avec Jim Jarmusch et Yasmine Handan. Qu-ont-ils apportés à ce nouvel album ?

Ce sont des véritables amis et je fais de la musique avec Jim depuis pas mal de temps. On a fait trois disques ensemble (Concerning The Entrance Into Eternity, The Mystery Of Heaven et Apokatastasis). La composition avec Jim et Hasmine pour ce disque, « Invocation Of The Spirit Spell », est quelque chose dont je suis très fier tout comme je suis fier qu’il sorte sur la série « Made To Mesaure » de Crammed Discs, un label dirigé par Marc Hollander qui est un véritable héros à mes yeux et aussi un voyageur temporel comme je le suis.

Jouer du luth est-il quelque chose de si solitaire que vous ayez besoin de tant travailler avec d’autres ?

Pas vraiment, je rencontre beaucoup de gens après mes spectacles en solo. Parfois il y a même une longue queue qui l’attend pour que je leur dédicace une pochette d’album ou juste pour bavarder avec moi. Certains sont émus jusqu’aux larmes, d’autres veulent me prendre en photo avec eux, leurs amis, leur famille ? Je ne suis pas toujours d’humeur à sourire mais ils veulent tous des disques.

Quelle a été l’origine ne votre décision concernant les vocaux ?

Je chante avant tout pour que le luth bénéficie d’une plus large reconnaissance mais aussi pour que les gens pensent à ce qui va mal dans le monde et à comment le changer.

Vous venez de Maastrich au Sud de la Hollande. C’est une ville où règne une ambiance différente de celle du reste du pays. Elle reste médiévale par endroits et, pour beaucoup, elle n’a rien de hollandais. Comment y vivre a influencé votre approche créative ?

Oui, Maastricht est médiévale et c’est une ville beaucoup plus cosmopolite.Les gens parlent français à quelques kilomètres. J’ai récemment discuté avec mes parents qui m’ont dit qu’il y a vait des membres de ma famille qui étaient musiciens et qui en vivaient. C’était et ça reste une anomalie aux Pays-Bas.

Vous inspirez-vous d’autres traditions comme la France, l’Allemagne ou la Bourgogne pour votre musique ?

Je dirais que je m’inspire des traditions occidentales. am drawing on Western European traditions. À cette époque les confins musicaux régionaux étaient flous ; les styles français, allemands et anglais se mélangeaient en toute liberté. Les mêmes morceaux interprétés avec un luth se retrouvaient sous un nom différent dans d’autres pays. Le luth voyageait bien, on pouvait le transporter à dos de cheval ; c’était l’instrument pop de l’époque et il était présent dans toutes les couches de la société : les auberges, les demeures et à la cour. Je compose avec, à l’esprit, les techniques de la période baroque car je pense qu’il est important d’émuler ses racines et de ne pas imiter des exemples étrangers. Afin d’arriver à quelque chose de nouveau et d’original vous devez juxtaposer le moderne et l’ancien. Je dévore également des livres sur la spiritualité occidentale dont les problématiques se retrouvent souvent dans les titres de mes compositions.

Pourquoi vous êtes-vous rendu en Amérique au départ ? Et qu’est-ce qui vous fait y regarder à deux fois aujourd’hui ?

Je devais y aller car il me fallait me réinventer. J’ai quitté l’Europe car j’en avais assez du style de vie rock & roll qui était le mien à l’époque. Je devais donc casser ce qui était mon passé. J’étais propriétaire d’un bar à Groningen où traînaient des squatters et des musiciens au début des années 90 et qui s’appelait De Klok et je menais une vie assez agitée. Un label de Williamsburg m’a invité et c’est ainsi que je me suis retrouvé aux USA. En outre, les professeurs de musique en Europe étaient trop ennuyeux pour moi. J’ai donc vendu mon bar et j’ai vécu comme un moine à New York la première année. J’y ai redécouvert le luth et ai commencé à étudier avec Pat O’Brien, un ancien guitariste qui avait étudié avec le Révérend Gary Davis. J’ai ainsi pu fréquenter le milieu artistique à New York et c’était très excitant à l’époque. Aujourd’hui ça a changé par contre. Beaucoup des gens qui faisaient partie du monde artistique sont partis et il n’y a plus d’originaux qui y vivent désormais. C’est devenu de plus en plus intégré au business et tout semble disparaître dès que vous vous y attachez.

Il paraît que vous étiez très amateur de musique industrielle ; en quoi cela vous attirait-il ?

J’écoutais Coil et Throbbing Gristle mais ça n’est plus le cas. J’aime toujours Nurse With Wound, Cabaret Voltaire et Wim Mertens ou Arvo Pärt. J’ai récemment fait un spectacle en France où j’utilisais des enregistrements d’annonces aéroportuaires que j’avais utilisé pour Stations Of The Cross. Christopher Watson, un membre de Cabaret Voltaire (et le roi des enregistrements pris sur le vif) était dans le public et on a un peu bavardé. Pn est tombés d’accord sur le fait que ce qu’il y avait de mieux chez Cabaret Voltaire était qu’ils ne s’étaient jamais reformés pour l’argent. UN peu plus tard, une partie d’entre eux l’a fait pourtant.

Vos compositions semblent pouvoir s’adapter facilement à différents formats : jeux vidéo, télévision, film et vous êtes très reconnu comme créateur de musique de films avec Jim Jarmusch. Est-ce un moyen pour vous de prouver combien le luth est un instrument versatile ou qui est capable de se couler à plusieurs approches ?

J’aimerais que le luth fasse son retour dans le cinéma en tant qu’instrument sérieux et contemporain et non pour des trucs où il servirait comme accessoire pour des films d’époque hollywoodiens.Mais j’utilise aussi d’autres instruments dans ces bandes sons. Sur The Erotic Fire Of The Unattainable, je chante également. J’ai récemment adapté une composition de Mahler, « Song Of The Earth », dans laquelle il insiste sur l’importance du luth. Je chante plus comme le ferait Nick Cave et non pas d’une façon style opéra. J’utilise beaucoup les drones au moyen de guitares électriques à 12 cordes avec une façon différente de les accorder, de l’électronique, des beats et des « field recordings ». Il n’y a donc pas que du luth. De toutes manières, composer pour des films et pour des concerts sont deux choses totalement différentes. Pour moi, le « live » est un moyen de partager une transe, une série de moments où je me retrouve seul avec l’audience. Cela peut s’avérer très intense et intime et aussi très axé sur l’instant où la chose se produit. Le luth en solo est l’instrument idéal pour cela ; vous ne pouvez pas vous cacher. Derrière autre chose

Et ce nouveau film en vue, peut-être pourrez-vous nous parler un peu plus de votre travail sur la bande son deThe Erotic Fire Of The Unattainable. Étant donné le fait que l’on vous voit avec un collier de chien et un crucifix sur le dernier album et vu le titre du film peut-on y voir une sorte de film moral façon Savonarole ?

The Erotic Fire Of The Unattainable de Emilia Ferreira traite de la perspective psychologique que les femmes ont des relations humaines mais ça n’est pas un film féministe. C’est aussi quelque chose d’un peu déjanté mais c’est avant tout un film plein de sensibilité. C’est cela qui a favorisé le fait que je puisse y mettre beaucoup de luth. Chaque personnage y dispose de son thème aussi cela crée une histoire parallèle. On y trouve Harry Hamlin de Mad Men et Irina Bjorklund qui est dans The American de Anton Corbijn Je dois ajouter que j’ai joué et fait la bande son de Red Right Return, un fim indépendant de George Manatos, avec Leo Fitzpatrick.

En ce qui concerne l’habit de prêtre sur mon disque, je l’ai acheté à Varsovie dans une boutique vendant des articles religieux. J’ai remarqué la manière dont les bonnes sœurs portaient ces gros crucifix avec un lacet autour de leurs cous.

Est-il justifié de dire qu’il y a des éléments contradictoires dans vos travaux ? Dun côté vous faites une musique qui sonne comme si elle datait de plusieurs centaines d’années et que vous avez sauvé de l’oubli par un travail patient de l’autre, des compositions qui semblent éphémères et comme une gaze qui se dissiperait vite.

Pour moi tout est question de ce que le public va entendre et de son imagination. Par exemple ce que la répétition de quelques accords sur une longue période de temps va avoir sur votre perception. C’est un peu quand vous êtes dans une chambre blanche et que vous y perdez tout sens de la durée.

L’élément religieux a toujours été prégnant dans votre œuvre à un degré ou à un autre, et il est encore plus flagrant sur la couverture de It Is Time For You To Return. Pourquoi cette imagerie est-elle représentée de manière si démonstrative aujourd’hui ?

Le titre It Is Time For You To Return peut signifier de nombreuses choses et il appartient à celui qui écoute d’en décider. Je pense, quant à moi, qu’il est temps que Dieu revienne et que chacun opère un retour vers ce qui a importe. Même si cela signifie mourir…

« Au-Delà de Roxy »: Interview avec Phil Manzanera

Son titre de gloire est d’avoir été le guitariste de Roxy Music, mais Phil Manzanera a d’autres cordes à son arc (sic!) Sa carrière solo et ses albums montrent que c’est un musicien prolifique. Une conversation avec lui est alors un témoignage d’autant plus précieux qu’il n’occulte pas sa carrière aux côtés de Bryan Ferry et Eno.

Après Vozero et 6 pm il semble que 50 Minutes Later ait marqué la fin d’une trilogie ?

Tout à fait…

L’avez-vous fait thématiquement et ou chronologiquement ?

La chronologie est une bonne approche car sur le premier album il y a une photo de moi en 1959 avec un « fidelista », un garde castriste planté devant chez moi. Elle a un lien avec « Swimming » sur 50 Minutes Later qui traite de ce qui est arrivé ces trois derniers mois. J’ai le sentiment d’avoir fini de revisiter mon passé. Désormais je vais faire du free form jazz. (Rires)

Je ne veux pas y croire. (Rires)

Vous avez raison. Mais il m’a été salutaire de revenir en arrière vers toutes ces choses que j’avais en tête. Je suis une personne qui à l’âge de 54 ans est un musicien pop capable encore de produire quelque chose alors que, normalement, c’est à l’âge de 20 ans, que j’aurais dû écrire sur toutes ces choses-là.

Qu’est-ce qui vous en a empêché ?

Je faisais partie d’un autre univers et l’inspiration ne m’est venue qu’à partir de 50 ans. C’est un dilemme assez étrange pour les musiciens de rock qui arrivent à l’âge de 50 ou 60 ans que de se demander sur quoi écrire. Le sujet ne peut être que ce qui est dans votre esprit…

Vous n’avez pas été inactif pourtant…

C’est exact mais mes albums solos n’étaient pas composés de chansons. J’ai très peu écrit sur ce schéma jusqu’à présent, celui, personnel, de mes propres textes. Jusqu’à Vozero je n’avais rien à dire. Tout ce que je faisais auparavant avec Quiet Sun était instrumental et c’étaient des amis qui ajoutaient leurs textes.

Quiet Sun était assez expérimental. Nommer son 2ème album Mainstream (Grand Public) n’était-il pas ironique ?

C’était une plaisanterie avec la référence au « mainstream jazz » alors que ça n’en était pas mais aussi un jeu de mots sur « stream » (le courant) puisqu’il y avait une photo de la Seine sur la pochette avec cette image rougeâtre du soleil.

Comment vous est venue cette idée de trilogie ?

Mon intention n’était pas de faire une trilogie. Elle s’est imposée comme la continuation de mon itinéraire musical. Beaucoup des titres de 6pm et de 50 Minutes Later ont été écrits à la même période. J’ai réalisé alors que tout ce que je composais traitait de choses ayant à voir avec ma vie. Le « personnel » m’ayant rejoint et n’aimant pas les albums longs j’ai privilégié cette approche en me disant que 50 Minutes Later ne devait pas excéder 50 minutes.

6pm est aussi un marqueur temporel…

Oui, c’est également mon 6ème album solo ainsi que mes initiales… L’idée est de Robert Wyatt et j’accepte toute bonne idée, d’où qu’elle vienne…(Rires)

Sur « One Step » vous vous demandez: « Is There a Right Time ? » et sur « Swimming » vous parlez de « time slipping away »…

C’est tout à fait cela! Ce sont des interrogations sur Dieu, le sens de la vie, l’Immortalité… Ce sont des questions qui vous viennent à l’esprit quand vous devenez plus âgé, que vous avez des enfants et que certains de vos amis décèdent. Vous ressentez l’impact que peut avoir la vie sur vous et ça ne peut que ressortir sur votre œuvre. Je l’apprécie car cela rend les choses plus réelles pour moi et ça me force à le faire. Aujourd’hui je m’efforce plus d’en faire la publicité au lieu de me contenter de faire un disque puis de passer au suivant.

Pourquoi ne le faisiez-vous pas ?

Je n’avais ni manager, ni de label. Mais j’en ai trouvé un avec qui je me plaisais. Pendant des années mon seul contact avec l’extérieur était Internet aussi personne n’entendait ce que je faisais car il faut y faire l’effort de chercher ce qui existe.

Cela avait-il à voir aussi à votre incapacité à écrire vos textes ? Sans parler de l’image qui n’était pas la vôtre avec Roxy Music ? (Rires)

Sans doute oui. Je faisais à des albums solos mais ils consistaient de réunions avec des amis, Robert Wyatt, John Wetton, etc. Cela m’aidait à avoir l’antidote au « scénario Roxy ». Faire partie d’un groupe est un état anti-naturel car vous êtes catapulté les uns sur les autres et, quand vous avez du succès, s’ajoutent la pression, la jalousie, les managers, les labels, les changements, la drogue, les filles… C’est fantastique mais c’est aussi très déroutant, surtout pour un jeune type comme moi.

Comment vous sentiez-vous, en tant qu’originaire d’Amérique Latine ?

J’étais arrivé à Londres dans les années 60. J’étudiais dans un internat au Sud de Londres et je voyais les « swinging sixties » se dérouler devant mes yeux sans pouvoir en être partie prenante. J’allais de temps en temps dans un club mais j’étais trop jeune pour me rendre dans certains. C’était très excitant néanmoins et ça a mis le feu à ma vocation créatrice. Tant de choses se passaient, je lisais, j’écoutais de la musique, voyais des groupes fabuleux et rêvais de faire partie d’un groupe.

Avec Roxy le succès a été immédiat…

Ou, tout s’est passé très vite. Je n’avais que 21 ans et j’étais entouré de gens fantastiques et je reconnaissais le fait qu’ils l’étaient; que Eno ou Andy Mackay étaient des personnes très spéciales. J’étais plus jeune qu’eux aussi je baissais un peu la tête…

Pourquoi avez-vous remplacé David O’List en tant que guitariste ?

Il s’est disputé avec le batteur durant l’audition en présence des managers. Ils ont décidé de se débarrasser de lui… J’étais là, je me suis présenté. (Rires)

Vozero est très latin, sur 6pm vous avez des gens comme Chrissie Hynde … Je me demandais si ce dernier n’était pas ancré dans la pop des sixties et si 50 Minutes Later ne relevait pas de cette période charnière où le rock s’est orienté vers la musique progressive…

Vous avez raison si l’on considère le produit fini: années 50, puis 60 puis 70. Dans le dernier quelqu’un m’a dit y trouver des réminiscences de King Crimson. J’en ai d’ailleurs parlé à Robert Fripp que j’ai rencontré récemment. Nous tournions en même temps qu’eux, nous nous connaissions bien et Bryan Ferry avait même passé une audition pour chanter avec eux.

Vous sentez-vous des affinités avec un guitariste tel que Fripp ?

J’adore son jeu sur « 21st Century Schizoid Man »; c’est pour moi quelque chose d’hallucinant. Il a une technique et un son particuliers mais j’ai avant tout été influencé par les guitaristes des « sixties », ceux de la West Coast psychédélique comme John Cippolina, Randy California, Jerry Garcia ou le Jefferson Airplane… Mais il y avait aussi le Velvet Underground et tous les guitaristes anglais comme George Harrison, Clapton; Peter Green et peut-être le plus doué d’entre eux, Jeff Beck. Mais il y avait aussi le Pink Floyd. À 17 ans, j’allais encore à l’école et j’ai rencontré deux personnes: Robert Wyatt d’une part, David Gilmour de l’autre. Quand vous avez cet âge c’est comme si vous vous retrouviez devant des héros à vénérer. Ils étaient les représentaient des deux groupes les plus influents de la scène underground de l’époque, le Floyd et Soft Machine. Mon intérêt personnel a rejoint mes goûts artistiques et cette influence ne s’est jamais démentie…

Vous ouvrez 50 Minutes Later sur un « Revolution » assez incisif est-ce une profession de foi ? (Rires)

Ce titre se réfère à la révolution cubaine. C’est un mot que j’ai en tête depuis 1959 car il est synonyme de changement. J’ai traversé certaines épreuves qui vous laissent un sentiment de peur. Beaucoup de choses ont également affecté ma vie personnelle et ce titre est une manière de montrer pourquoi pour moi certaines choses ont besoin d’avancer dans une certaine direction, politique ou sociale.

Justement, sur « Technicolor UFO » faites-vous référence à The UFO le fameux club psychédélique des sixties ?

C’est un de mes rêves déjantés et rock and roll… Avant de faire partie d’un groupe, quand j’ambitionnais d’en faire partie. Vous rêvez de cela, vous avez les Beatles, les Stones. Donc je relate un songe ayant pour cadre le club UFO; j’y entre et s’y trouvent le regretté Kevin Ayers, Robert Wyatt, Captain Beefheart, Bryan Ferry et Eno. Il y a aussi les Stones, Jimi Hendrix mais il joue du xylophone (Rires). J’y fais mention de International Times ou Oz (journaux underground) et de tous ces lieux mythiques de l’époque. Tous ces personnages, je les connaissais plus ou moins et ils faisaient partie de mon cadre. J’ai fait une interview avec Robert pour la BBC et je lui parlais de cet événement qui avait eu lieu à la Roundhouse (autre club de l’époque). Tout le monde y jouait, le Floyd, Soft Machine… et je pensais qu’ils prenaient tous de la drogue et qu’ils faisaient l’amour. J’avais l’impression d’être le cuisinier et que tous les autres se régalaient. J’avais pris le train, joué un peu puis repris le train pour ma banlieue.

C’était un fantasme…

Tout à fait. Je m’imaginais que Lennon et McCartney étaient là. Je les ai mis en musique alors que d’autres mettent les leurs sur papier.

De quoi traite « Bible Black » ?

D’un trou noir, de ces sensations que vous ressentez quand vous réfléchissez à l’espace. Le temps y est sans fin et vous vous demandez quel est le sens de tout cela. Vous suffit-il de regarder le ciel et de continuer comme si de rien n’était? C’est un concept difficile à saisir.

À ce égard, d’où vous vient votre inspiration pas nécessairement instrumentale mais au niveau des textes ?

Je ne débute jamais avec des mots. C’est la musique qui me parle avant tout et c’est elle qui va me dicter un sens. Et celui-ci est improvisé. Ensuite j’analyse ce qui y est dit et j’essaie d’y trouver et de m’orienter vers une signification.

Terminer sur « Till The End Of The Line » est-il une manière d’indiquer la fin de quelque chose ?

Certaines personnes disent que vous créez vos propres frontières, une déclaration à laquelle je m’identifie. C’est comme une épopée, une manière de faire un salut d’adieu, la fin d’un cycle.

Au milieu, figure cette « trilogie latine »…

Tout est parti d’une improvisation avec Robert Wyatt. Ensuite j’y ai vu comme des petites vignettes, comme des « films noirs ». Le décor en est Buenos Aires et « Desaparecido » concerne mon frère qui a disparu. C’est aussi le nom que l’on donnait aux gens qui ont disparu sous le régime des colonels. C’est un tango, bien sûr mon frère n’a pas disparu à cause d’eux mais c’est juste un parallèle avec le fait qu’il est Argentin. Je l’ai conçu comme quelque chose de très visuel.

Vous qualifieriez-vous d’Impressionniste ?

Oui. J’ai un très grand sens du visuel dans chacune de mes compositions. Ce qui m’aide beaucoup, en matière de composition, est de pouvoir faire une équation entre une note, un son avec un visuel. Je me demande alors vers quoi mon histoire va évoluer. Dans « Cisbury Ring », sur 6pm, je pouvais visualiser ce qui allait se produire en cet endroit. Cela m’a rappelé un film que j’avais vu et l’histoire a commencé à se construire d’elle-même, comme une suite composée de divers mini-films.

Vous avez été également producteur…

Split Enz, John Cale, Nico, Eno. C’est très différent. Quand je produis c’est très organisé et moins organique. Chaque musicien sait ce qu’il doit faire. Je ne suis là que pour les aider à réaliser leurs idées.

Comment conciliez-vous vos origines sud-américaines et occidentales ?

Il est vrai que je me réfère plus facilement au rock mais j’ai fait des disques en Espagnol. Je trouve les deux genres difficiles à marier. Un jour votre humeur va être très latine, un autre jour ce ne sera pas le cas. Mais ce sera cloisonné même si je vis dans un environnement très « latino ». C’est assez confondant parfois car l’état d’esprit n’est pas le même. Quand je parle espagnol, je me sens différent… Parfois je peux me permettre de dire certaines choses car je suis, quelque part, un étranger. (Rires)

Musicalement ces deux mondes vous semblent inconciliables?

Un jour j’ai joué « Tomorrow Never Knows » des Beatles avec un groupe cubain. Je crois avoir inventé le psychédélique cubain… (Rires) J’ai commencé à chanter et ils se sont mis à faire une jam de façon incroyable. Ils se sont emparés d’une structure musicale et ont joué inlassablement.

Que gardez-vous de cette période des sixties ?

J’en ressens encore une certaine chaleur. Je veux me rappeler de ses bons aspects. Je suis étonné, en relisant certains articles de l’époque, de voir que ces gens n’étaient pas que des hippies constamment défoncés. Ils analysaient une situation de façon intelligente. Ils croyaient en de grandes valeurs. Aujourd’hui, pour un jeune, vous sonnez probablement comme un vieux ringard, mais je crois que ça n’était peut-être pas mieux, mais c’était en tous cas plus impliqué. Si vous comparez les sixties avec d’autres périodes comme les années 80, il n’y a pas photo.

Qu’avez-vous fait durant cette période ?

Pratiquement rien, et rien qui ait quelque valeur. La vraie vie est également entrée en moi; des naissances, des morts, des emprisonnements… Le monde réel a fait une incursion que je ne suis pas prêt d’oublier alors les années 70, étaient uniquement consacrées à Roxy et aux tournées et au fait d’être une pop star.

Puisque vous mentionnez Roxy, avez-vous quelque chose à ajouter sur eux ? (Rires)

Voilà quelques années nous avons fait 50 festivals, seul Eno n’était pas là. Nous avons enregistré environ neuf titres mais nous avons décidé de les jouer « live » d’abord pour nous remettre en mémoire la dynamique d’être un groupe. Maintenant nous allons entrer en studio, enregistrer d’autres morceaux dans l’espoir d’en avoir suffisamment de bonnes pour réaliser un album. Nous ne pouvons sortir un disque qui soit médiocre.

Aviez-vous l’impression qu’aujourd’hui votre personnalité musicale était plus prise en compte ?

Je crois que le dynamique a quelque peu évolué dans la mesure où j’ai été producteur, où j’ai travaillé avec Dylan par exemple. Je me sens plus déterminé et pense de façon plus conceptuelle qu’avant. Je sais également ce qu’est la composition.

Et techniquement ?

Je n’essaie pas de trop m’améliorer, je souhaite conserver quelque chose de brut dans mon jeu de guitare; Si j’étais trop bon, je ne serais qu’un technicien… Disons que je crois au fait d’être meilleur dans la mesure où rien ne me semble jamais achevé. C’est là que réside ma démarche; le voyage musical que je me suis mis en tête d’accomplir.

Quel est-il ?

Un bon moment de musique qui durerait 40 à 45 minutes! C’est un défi de pertinence qui est plus difficile à réaliser que vous ne le croyez… Ma trilogie terminée, je me sens prêt à retravailler avec un groupe, à faire des compromis puisque, en tant qu’artiste solo, je me suis prouvé ce que je souhaitais me prouver. Mon ego est désormais satisfait. (Rires)

« Une Rage Rentrée »: Interview de Haley Bonar

Sur les dix années écoulées, la carrière de Haley Bonar a changé de façon drastique passant d’un folk-rock dépouillé à l’incorporation de revêtements soniques allant du piano classique à la «  sunshine pop  ». Personnellement, sa vie a changé avec la naissance d’une fille  ; cela n’empêche pas à son nouvel opus, The Last War ,de se monter toujours aussi riche même si teinté de nuances plus sombres inédites chez elle.

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Vous faites de la musique depuis 2001  ; qu’est-ce qui vous a incitée à choisir cette voie  ?

Je m’y intéresse depuis aussi loin que je m’en rappelle. J’ai des enregistrements de moi,réalisés par ma mère alors que j’avais deux ans. Je chantais et inventais des morceaux sur des sujets pris au hasard et j’ai eu un piano jouet sur lequel je m’exerçais dès trois ans.

Comment avez-vous fait la connaissance de Alan Sparhawk de Low  ?

C’était il y a très longtemps, il était co-propriétaire du studio ou j’ai enregistré The Size of Planets, mon deuxième album. Il avait entendu quelques compositions et, un jour où je chantais de manière impromptue dans une soirée «  open mike  », il se trouvait être là. À la fin, il est venu me voir et m’a demandé si je voulais ouvrir pour son groupe dans les deux prochaines semaines lors de sa tournée US. Le reste fait partie de l’histoire.

Comment pensez-vous avoir muri en tant qu’artiste depuis que vous avez commencé à produire vos albums  ?

C’est une chose que j’ai toujours faite, la plupart du temps parce que je suis une personne entêtée. Au fur et à mesure où ma discographie s’étoffe, je perçois l’importance de travailler avec d’autres et de m’ouvrir à de nouvelles idées. C’est presque l’inverse des histoires habituelles. J’ai, aujourd’hui, moins besoin de tout vouloir contrôler et me sens plus dans la disposition à laisser l’énergie d’autres artistes contribuer à mes compositions et à les amener où elles ont besoin d’aller.

Est-de dans cette optique que vous avez intégrer Justin Vernon à l’enregistrement de l’album  ?

J’ai écrit «  From a Cage  » pour l’impressionner car, auparavant, nous n’avions communiqué que par e-mails. Nus connaissons et travaillons avec beaucoup de musiciens que nous avons en commun aussi le tout s’est fait de façon assez organique. Il a adoré la chanson et les autres «  demos  » qui devaient figurer sur The Last War. IL s’est proposé pour les vocaux de celles que je lui demanderais de faire et c’est ainsi que les choses se sont déroulées.

Quel a été le point de départ ayant mené à The Last War  ?

Je crois qu’il est resté à l’état embryonnaire pendant quatre ans. Je me suis aperçue que je chantais avec plus de force et de colère alors que mes accords de piano resstaient toujours délicats.J’étais en studio et, à la base, je ne faisais que hurler pendant des heures devant un micro. J’ai cessé de composer quand je suis tombée enceinte et ça n’est que quatre mois après sa naissance que j’ai écrit «  Bad Reputation  » et «  Last War  ».

C’est un album plus sombre que précédemment. Quelle en a été la source et pourquoi ce changement  ?

Honnêtement, si vous écoutez mes disques vous trouverez qu’il y a toujours eu des éléments angoissants que ce soit dans les sujets ou dans les atmosphères. Je crois que la différence réside ici dans le fait que le contenu des textes a son équivalent sonique dans la mesure où l’instrumentation et la productions y sont plus mordantes

Prêtez-vous attention à l’impact visuel que peut générer votre musique  ?

Inconsciemment je pense que c’est le cas. Parfois, je reste devant mon piano et ma guitare et pense  : «  Je voudrais écrire un morceau qui serait le générique de fin d’un grand film  » et je pars de cela. Je suis assez oinspirée par les livres et le cinéma car ils sont vecteurs de stimulation visuelle.

Quelle est votre philosophie de la musique  ?

Si vous écrivez pour l’argent, la gloire ou le pouvoir vous n’êtes pas dans le busiiness qui convient. Mais si vous le faites parce que vous n’avez pas d’autre choix et que votre cœur vous pousse à exposer votre vérité ainsi que la partie brute de ce qui vous constitue aux autres, vous faites quelque chose qui est respectable.

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Le disque est plus sombre, pourtant certains titres sont plutôt enlevés.

Oui, chaque morceau a un tempo différent suivant son climat. «  Heaven’s Made For Two  » était, à l’origine, une chanson lente et mélancolique. Mon co-producteur, Jacob Hanson, a eu l’idée de l’accélérer de plus en plus lorsqu’on arrivait à la fin et cet effet met en valeur le contenu lyrique. De toutes manières je ne pense pas que les guitares en distorsion ou des percussions insistantes puissent altérer une histoire. Quand vous y réfléchissez il y a des chansons narrant des histoires ou pas, mais celle-ci ne disparaitra pas quelle que soit la manière dont vous l’orchestrez.

Vous ne vous épargnez pas quand vous dites  : «  I wish I could date my former self/ She’d be a fun girlfriend.   » sur «   Bad Reputation   »   : quelle image avez-vous de vous  ?

Probablement la même que la plupart des gens. Parfois je me sens très confiante avec les autres ou ma carrière et parfois c’est le contraire. Quand j’ai écrit «  Bad Reputation  », je venais d’être mère et je me sentais comme étrangère à moi à cause de cette nouvelle identité. C’est vrai que j’étais sure avec moi-même  ; c’est un peu le cas quand je passe par des périodes de changements radicaux. Je ne me sentais pas 100% à l’aise et ce titre était le miroir de cette image, de ce regard rétrospectif et de son interrogation sur ce qu’allait être mon futur.

Pensez-vous que le maternité a changé votre point de vue sur la mortalité et la vie  ?

Je doute qu’il y ait un parent qui puisse prétendre le contraire. Vous devenez moins égoïste, vous le devez, et plus conscient de votre statut de mortel car votre travail est désormais de prendre soin d’un autre qui est encore sans défenses.

Vos textes sont «  punchy  » mais jusqu’à quel point sont-ils confessionnels  ?

Quels que soient les sujets, ils viennent tous de moi. Par conséquent, ils ont toujours une facette personnelle voire intime.

«  Eat for Free  » et «  From a Cage  » sont censés avoir été enregistrés avec juste un micro branché sur votre ordinateur. Pourquoi avez-vous choisi cette méthode et en quoi cela a-t-il transformé les morceaux  ?

Je les ai enregistrés sous forme de «  demos  » en fait. Ensuite, quand j’ai réessayé j’ai senti que quelque chose n’allait pas.En général, je suis assez bonne pour déterminer quand quelque chose cloche et ces deux titres m’ont paru aboutis dès le début. La façon dont ils sont été enregistrés fait partie de leur identité. Comme il n’y avait aucun préalable et que j’étais seule les histoires se sont écrites toutes seules, je n’ai fait que les documenter.

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Il y a aussi de nombreuse couches de synthétiseurs dans l’album.

Jeremy Ylvisaker, qui a joué la majeure partie d’entre eux, est très bon à choisir les sons adéquats. Je lui ai demandé de jouer aussi de la basse car nous avions essentuiellement travaillé ensemble avec des guitares et que je voulais remuer un peu tout ça.

Vous êtes une grande fan de Joni Mitchell  : quelle connexion ressentez-vous vis-à-vis d’elle  ?

C’est une des rares artistes qui a toujours été fidèle à sa sensibilité et à son art. Son œuvre est en perpétuelle mutation, toujours vers quelque chose de nouveau, mais elle ne s’est jamais éloigné du noyau qui la compose et de sa personnalité. Son exemple est source d’inspiration et ses textes sont formidables aussi.

On vous compare beaucoup à d’autres artistes femmes  ; comment vous sentez-vous par rapport à cela  ?

Je pense que ces comparaisons viennent naturellement car nous avons tous besoin de baser notre opinion sur quelque chose, soit ce que l’on voit, soit ce que l’on ressent. Au départ cela m’énervait profondément mais aujourd’hui j’y suis totalement indifférente. J’aime autant les hommes que les femmes dans le domaine des auteurs-compositeurs. Pour moi, ils sont tous sur le même terrain et je crois que l’étrangeté vient du fait qu’on se sente obligé de nous catégoriser selon notre genre et non en nous comparant en tant que musiciens. C’est frustrant mais ça a été intrinsèque à notre culture depuis des siècles. Peut-être que ma fille ne connaîtra pas cette division mais aujoyrd’hui ça ne vaut pas la peine de lui accorder trop d’importance.

 

« En Toutes Filiations ». Interview de Adam Cohen

« Tel père tel fils dit-on. » Jamais cela n’a semblé être aussi vrai que dans le cas de Adam Cohen. Mais plutôt que de choisir les traces de son père, le chanteur a surtout cherché à lui être en quelque sorte fidèle. C’est ce qu’il nous explique ici pour la sortie de son nouvel album We Go Home, disque où, enfin, il lui a paru aisé d’aborder le problème de son legs et de la filiation puisque, désormais il a un fils en âge de l’appréhender et à qui, lui aussi, il pourra transmettre le lien familial.

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L’album précédent s’appelait Like A Man, celui-ci We Go Home. Le premier n’était-il pas une déclaration d’émancipation et le dernier une retour vers ses racines, vers son soi, et pas simplement quelque chose de littéral ?

Vous avez tout compris. La question est tellement bonne et il serait difficile de répondre autrement. Vous avez parfaitement saisi qui s’est passé avec le dernier disque ; il y a eu une certaine naissance, une certaine conscience. J’ai mais les bras autour d’une tradition, une Vox et maintenant il est question d’assumer cette vox. Il s’agit d’en sortir aussi, d’existe dans une communauté à l’extérieur de la maison mais tout en restant conscient d’où je viens.

Vous semblez résumer ça dans « So Much To Learn » où vous faites référence au père et au fils, comme un passage de traditions dans la filiation, comme dans la Diaspora.

C’est un beau mot la Diaspora. Ça me fait plaisir parce que je pense que je fais partie de la Diaspora comme on le fait tous. Ce titre est, en effet, une des pièces centrales avec « Put You Bags Down » ; ce sont deux chansons où on peut trouver la voix du père ou la voix du fils. Sur ces titres c’est les deux en même temps : le souvenir de la Diaspora, de la terre père et de la terre mère. Dans mon cas c’est le souvenir d’une certaine architecture folk, de la voix de mon père en particulier et du besoin de transmettre d’où on vient et ce que l’on est.

« Put Your Bags Down » c’est un peu poser ses caisses après un exode;je me demandais si ça n’était pas plutôt adressé à votre fils.

Celle-là oui mais ça vient directement d’une conversation que j’ai eue avec mon père quand j’avais 17 ou 18 ans. Je lui ai parlé d’un problème et il m’a dit : « Écoute, imagine dans un wagon. Il tient inconfortablement plusieurs valises dans chaque main et il en a une autour du cou. À un moment il réalise qu’il peut poser ses affaires et que ça ne change pas la destination du voyage. Tout ce que ça change c’est que tu vas être un tout petit peu confortable. » Alors, comme on dit : « Enjoy the ride. » j’ai essayé de l’expliquer à mon fils mais il n’a que 7 ans, alors je l’ai mis dans une chanson et il la consultera quand il voudra, un jour.

D’où sa photo sur la pochette…

Et derrière il y a lui et moi. Ce disque est une chronique de conversations que j’ai eues avec mon père et j’ai l’intention d’avoir avec mon fils, que ce soit à travers des chansons ou pas. Sur chaque morceau je fais un clin d’oeil ou une référence soit envers mon père soit dirigée vers mon fils.

ADAM COHEN + LEONARD COHEN

Sur « Uniform » c’est le plus flagrant.

Il y en a plein d’autres mais c’est le truc qu’on va capter immédiatement comme sur le dernier disque ou je dis : « So long Marianne. » Ça me plait car toute ma vie et toute ma carrière j’ai voulu être digne de lui, que mes chansons puissent être en dialogue avec les siennes. Et je n’étais pas encore à ce niveau en fait. Maintenant c’est le cas, il m’appelle pour des conseils, je suis dans une entreprise familiale et j’ai un poste qui est digne d’une conversation avaec lui. Ça m’aura pris toute ma vie.

Est-ce une manière de tuer le père comme chez Dolto qui disait qu’on ne se construit qu’en s’opposant ?

Pas du tout mais je peux comprendre la question. Je crois que c’est le contraire au fond. C’est plutôt vouloir honorer le père au sens biblique et historique.

Vous abordez le thème de l’Amour sur « So Real » en disant qu’il est difficile d’échapper aux clichés. Puis il y a « Love Is » ; n’est-ce pas une manière de vouloir monter que l’on veut que son état amoureux est unique et transcende tous les autres ?

Tout ce que je peux dire à propos de l’Amour est beaucoup plus convaincant à travers une chanson ; je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Quand j’écris, je réfléchis, j’essaie d’être généreux, d’être clair, de toucher les clichés sans tomber dedans. C’est pour ça qu’on fait de la musique, qu’on est artiste.

Musicalement, comment tentez-vous justement de ne pas tomber dans les clichés ? Par exemple les cordes de nylon c’est assez original dans le domaine du folk-rock ou des « singer songwriters ».

Le nylon est plus doux. Pour moi ça évoque le son d’un matin où je me lève, tranquillement, où je vais à la cuisine et trouve mon père en caleçon dans la maison. Pour moi, ça évoque ce qu’est la musique de MA maison. C’est donc un outil familial. C’était assez inattendu mais j’ai trouvé que ma muse était ma famille. Ce qui m’inspire le plus aujourd’hui c’est qui je suis, d’où je viens, qui j’ai toujours voulu devenir. Les obstacles que j’ai rencontrés, la myopie dont j’ai souffert mais que j’ai pu vaincre.

À quoi faites-vous allusion ?

Le manque de courage à faire ce que je voulais vraiment faire et la confusion par rapport à ce que je voulais devenir. Je savais que je voulais devenir quelque chose (sic!) d’important, quelqu’un qui valait quelque chose. Mais c’était toujours par rapport à ce que je connaissais comme exemple de succès. Mais les jeans serrés, une bonne coupe de cheveux, les femmes, des succès au hit-parade ça aussi ça m’a beaucoup séduit. J’ai déraillé et il m’a fallu beaucoup de temps pour remettre mon wagon sur les bons rails.

Et avez-vous jamais songé à aborder un registre plus rock ?

Oui, bien sûr. J’ai tout fait, même un album en Français et mon premier disque était plutôtdu R & B assez soigné. Je crois avoir cherché partout en fait et j’aurais bien aimé faire ça quand j’avais 15, 16 ou 18 ans au lieu de le faire à 26, 32 ou 39.

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Et pourquoi cet album en Français d’ailleurs ?

Ma démarche a toujours été de trouver une certaine vérité et le Français n’est pas ma langue principale. Mon quotidien est en Anglais et les gens ne s’y intéressent pas d’ailleurs. Si c’est un gimmick, c’est pas mon truc non plus. Au moment où je l’ai fait, j’avais quelque chose à prouver, prouver mon appartenance à quelque chose puisque je suis Québécois et que j’ai un peu vécu en France. C’était comme un costume qu’on veut porter quand on vient de l’acheter.

We Go Home a été enregistré dans une île grecque.

La moitié dans la maison familiale que mon père a acheté en 61 à Hydra. C’est un endroit important car j’y ai grandi et l’autre moitié à Montréal. Ces deux lieux représentent les deux domiciles fixes que j’ai toujours eus car on a beaucoup voyagé.

Le titre de l’album vous est venu pour cette raison ?

Et parce que ma source d’inspiration était d’où je viens et qui je suis devenu. Ce sont mes racines, ma connexion avec ma famille.

Il y a ce titre, « I Swear I Was There » où il y a un sens de déplacement, de désespoir presque.

J’adore cette chanson. J’essaie de vous y raconter ce qui s’est passé réellement et, avec la cadence et l’architecture de la mélodie, vous transporter et de toucher l’universel à partir de ma petite histoire très personnelle. C’est un exercice très commun mais quand c’est bien fait…

Quand on entend « The radio is on but the signal is weak » ou « Everyone feels unprepared, everyone is feeling scared » il y a quand même un sentiment d’insécurité.

C’est un sentiment que tout le monde peut ressentir, voilà tout. Je préfère ne pas raconter mes textes ou les contextualiser. Je crois que la démystification d’un texte c’est un virus. Je mets beaucoup de temps et de réflexion à écrire et, quand tout est achevé, j’aimerais ne plus avoir à les expliquer.

Il y a toute une palette d’émotions dans ce disque, sérénité, inquiétude… Est-ce que, durant sa conception, vous vous êtes dit que la voie était dure ?

Il y a une chose qu’il faut savoir en termes de protection. Le disque d’avant a été mon premier succès. J’ai 42 ans et je fais ça depuis longtemps. J’ai vu des sales remplies et j’ai eu la sensation que j’avais trouvé ma voie. J’étais angoissé de fournir un « follow up » à Like A Man. Je me suis planté en fait, je suis allé à Los Angeles. Je pensais avoir du vent dans les voiles, que tout allait être facile, que j’avais appris de mes leçons et que j’allais tout pouvoir mettre en place. En fait j’ai été humilié, j’ai dépensé tout le budget et j’ai fait un disque qui était mauvais ! Il puait l’angoisse, comme un mec qui porte trop de gel dans les cheveux ou une femme trop maquillée. J’avais tellement envie de séduire et plaire et j’ai pris des mesures assez drastiques. Je ne pensais pas pouvoir retourner chez moi , m’hypnotiser dans les endroits qui m’ont vu grandir protégé par le confort et la peluche. Home c’est donc aussi une protection ; imaginez un dîner familial, on ne peut pas y entrer avec des airs, une attitude. On sait exactement qui vous êtes et il me fallait aussi me protéger contre mes airs avant de renaître.

Avez-vous jamais pensé abandonner la musique ?

Bien sûr d’autant que j’avais déclaré à tout le monde que j’avais trouvé ma voie et que je m’étais exonéré d’une certaine responsabilité. Je me suis donc remis en taule et me suis dit que peut-être je subissais un pardon divin pour me prouver de quoi j’étais capable, mais une fois seulement ! Quelques semaines plus tard j’ai décidé de ne pas accepter ce constat d’échec et de continuer à travailler.

Est-ce que ça peut être un fardeau d’être le fils de…. ?

C’est une question qui est un peu chargée et je ne suis peut-être pas la bonne personne pour vous répondre. Je comprends ce que j’ai vécu moi, je ne connais pas l’autre côté, celui qui vous permet d’être libre de cette influence. J’ai toujours eu ce besoin mais je ne connais pas l’autre versant en fait. Je n’ai pas vécu cet héritage comme une ombre, une tyrannie. Je l’ai vue comme une lumière et une inspiration. Je n’ai pas toujours pu la suivre comme je le voulais mais je l’ai trouvée finalement, et ce avec beaucoup plus de fidélité.

« En tout engouement »: Interview de The Wytches.

The Wytches dont le premier disque, Annabel Dream Reader , enregistré avec Bill Ryder-Jones vient de sortir a travaillé beaucoup (2 ans) ainsi que tourné (The Cribs, Future Of The Left, White Family) pour acquérir une expérience qui semble avoir porté ses fruits sur le disque. Formé autour de Kristian Bell (vocaux, guitare), du batteur Gianni Honey et du bassiste Daniel Rumsey, le trio s’est installé à Brighton. Le groupe brille par ses concerts explosifs  ; il en parle tout autant que de ce «  debut album  » et de l’investissement qui y a été mis.

Vous avez cette particularité d’avoir participé à de nombreux festivals

Kristian Bell: Tout à fait, j’ai beaucoup aimé celui de Beacons, l’affiche était imposante et stimulante du coup.

Daniel Rumsey: Metz sont passés juste après nous. On est très fans et nous sommes de bons amis alors ca avait une charge émotionnelle supplémentaire.

Depuis deux ans vous avez construit une réputation basée sur le fait de jouer « live » et vous avez désormais beaucoup de fans qui vous suivent. Comment mesurez-vous votre réputation en la comparant à ce qu’elle aurait été en étant présents dans les médias ?

Kristian Bell: C’est sans commune mesure. On a beaucoup joué et sur une période de temps assez courte. On a quelques vidéos également mais il est évident que si on n’avait pas accumulé tant de concerts, on ne serait pas là où nous en sommes aujourd’hui. Avec l’album, npous espérons que d’autres personnes viendront nous voir jouer après l’avoir entendu.

Au départ on vous associait àa la scène psyche londonienne ; vous avez joué avec des groupes comme Bad Vibrations et Fuzz Club for example. En quoi cela vous a-t-il aidé à vous faire connaître ?

Kristian Bell: Ça a été utile dans la mesure où nous ne somme pas un groupe psyche. Je comprends pourquoi certaines personnes le pensent d’autant que notre idéal s’intègre assez bien avec celui d’autres groupes qui y appartiennent. On a apprécié cette période et on a toujours été bien accueilli par les autres combos.

Vous avez signé chez Heavenly ; pour quelle raison ?

Kristian Bell: J’ai rencontré Jeff Barrett et Danny Mitchell qui représentaient le label.Le courant est passé et ils assurent la promotion de leurs groupes d’une manière qui me convenanit. En autre, c’est un label qui a une grosse base de fans.
Daniel Rumsey: C’est même presque un culte !

Avez-vous des affinités avec d’autres artistes de leur catalogue ?

Daniel Rumsey: Je ne pense pas, pas en termes de style en tous cas.

Kristian Bell: On peut nous lier à eux mais de façons très différentes. J’aime beaucoup Temples et aussi la bande-son de Charlie Boyer pour Belladonna Of Sadness.

Il devait y avoir un certain nombre de labels qui voulaient vous signer.

Daniel Rumsey: Peut-être 3 ou 4 mais je ne me souviens pas qui. On suscitait pas mal d’intérêt mais Heavenly semblait nous comprendre et le contact avec eux était bon. Ça dépassait le côté financier et on savait qu’ils seraient derrière nous pendant longtemps.

Annabel Dream Reader a été très bien reçu par les critiques. Cela vous inquiétait-il ?

Kristian Bell: Oui. J’ai toujours peur que l’on ne nous aime pas.

Pour quelle raison ?

Kristian Bell: Parce que si la qualité de la production me convient parfaitement, il se peut que certains la trouvent trop violente, râpeuse et viscéral En même temps je trouve que cela apporte une réelle beauté aux compositions.Disons que, en ce qui me concerne, je suis heureux de la manière dont le disque sonne. Et je suis ravi qu’on en dise du bien…

Bill Ryder-Jones a travaillé avec vous sur la production de l’album with you. Est-ce que c’est son goût pour l’analogique qui a contribué à crer la violence sonore que vous décrivez ?

Kristian Bell: Non, c’est le fait de le mixer numériquement. C’était à nous de me faire car on avait déjà enregistré quelques « singles » de cette manière. C’est ce dont nous sommes le plus satisfait et Bill a ajouté de très jolies lignes mélodique sur un grand nombre des morceaux. Il a joué de l’orgue sur « Summer Again » et a réalisé des parties de claviers très subtiles sur « Weights And Ties ». Il a assuré l’orgue et la batterie sur le dernier titre, « Track 13 » qui était avant tout un exercice expérimental.

C’est quelque chose qui est arrivé pendant que vous enregistriez le disque ?

Kristian Bell: Oui, tout ce qui est plus doux et mélodique n’étaient pas prévus. On a enregistré tout un tas de titres plus « heavy » avant et quelques uns étaient censés être des faces B. « Gravedweller » par exemple ; même après l’avoir écouté on ne pensait pas le mettre sur l’album.

C’est un morceau qui semble assez bien reçu pendant vos concerts.

Daniel Rumsey: Oui pour certaines raisons il déclenche ce genre de réaction quand on le joue sur scène.

Kristian Bell: C’est parce que beaucoup des morceaux sont « downtempos » et que celui-ci est très rapide. On aime jouer des titres rapides en fait, surtout si on considère que peu de nos chansons le sont. La plupart ont une autre façon d’être rapides…

Vous voyez-vous plutôt comme un groupe « live » ?

Kristian Bell: J’aimerais qu’on nous perçoive plus comme un combo de studio. J’ai plein d’idées audios qui ne demandent qu’à être mises en boîte.

Daniel Rumsey: On a tendance à nous voir comme un groupe de scsène car on a beaucoup tourné.C’est nous-mêmes qui essayons de trouver des concert ; on est devenus assez bons et nous en sommes très fiers.

Vous avez ouvert pour Future of the Left, The Cribs, The Growlers, etc. En est-il qui ont été mémorables ou vous ont inspirés ?

Kristian Bell: Metz. Ils sont séreiux et consitents dans ce qu’ils font.
Daniel Rumsey: Pulled Apart By Horses également.

Kristian Bell: J’adore The Growlers. C’était une super tournée. Fat White Family sont également un excellent groupe « live ». Leur album est excellent et il est dommage qu’il soit négligé. Ims se sont construits comme nous, sans prêter attention aux médias.

Ils y a peu, on prédisait la fin des g »uitar bands ». Pensez-vous qqu’il y a pourtant une nouvelle génération qui va à l’encontre de ce qu’on dit ?

Kristian Bell: Il n’y a qu’à regarder les affiches de festivals. IL y a de plus en plus de groupes de rock « heavy » et violents qui sont en tête d’affiche et certains d’entre eux ont moins d’un an. Drenge est devenu une attraction et je ne peux m’imaginer jouer notre répertoire à une audience venue pour des groupes de indie disco.

Daniel Rumsey: The Horrors y sont parvenus mais ils ne sont pas aussi « heavy » que ça.

Kristian Bell: J’adorais The Horrors à cette époque car ils faisaient le contraire de ce que tout le monde faisait.

Y-a-t-il une scène pour des groupes comme vous à Brighton ?

Kristian Bell: Il y en a toujours eu je crois. La musique psychédélique n’a jamais quitté Brighton. Quand j’y suis arrivé il y a plus de deux ans, on comptait déjà beaucoup de groupes psych/garage. C’est même un trop-plein parfois.

Le problème est que beaucoup partent ensuite à Londres…

Kristian Bell: Je discutais avec un type de Manchester récemment et il me disait qu’il n’y avait pas grand chose en ce moment. Ça me semble incongru quand on pense à touts les groupes qui en sont venus. Temple Songs sont de Manchester et ils sont excellents. On a joué avec eux récemment mais c’est vrai que Londres est devenu le salut pour beaucoup.

« Une Belle Union » (Interview de Simon Raymonde).

Simon Raymonde est un ancien membre de Cocteau Twins mais aussi le fondateur de Bella Union, un des labels indépendants véritablement indépendant de par la qualité de ses signaures (il admet être accro au fait de signer des groupes) mais aussi par l’enthousiasme etérnel qui semble animer ce jeune homme de 51 ans , qui évoque sans détours et avec franchise sa vie et celle de son label.

« Je suis allé voir un docteur à New York et il m’a dit que je devrais être mort. » Raymonde reste très factuel : « J’étais juste venu chercher un inhalateur pour mon asthme et ils ont vérifié ma tension. Je n’avais pas réalisé l’état où j’en étais car je ne me sens stressé par rien. »

Il ne ressemble pas en effet à à un homme vivant sur le fil du rasoir. Il boit du thé, sourit et paraît assez content de lui. « Je me suis marié et ai déménagé à Brighton l’année dernière ; les vieux chausson et la pipe. Duand je regarde la mer et vais promener le chein sur la plage j’ai ccette impression. »

Raymonde fait tout sauf s’installer pourtant. Il raconte qu’il refait de la musique pour la première fois depuis un bon moment : « J’ai un studio d’enregistrement à Hackney qui reçoit des groupe et j’ai un show radio chaque semaine. Cela fait de moi un homme occupé d’autant que ma femme est Américaine et que, vivant à New York, je suis constamment en mouvement. »

Malgré des décennies dans l’industrie du disque, Simon Raymonde est toujours aussi convivial et ne semble vouloir dne donner aucun signe de lassitude. Depuis ses débuts avec Cocteau Twins jusqu’à la direction de Bella Union et nous a aidés à donner forme à la manière dont nous percevions ce que c’est que d’être indépendant. « Je ne suis pas un bâtisseur d’empire, je ne suis pas quelqu’un comme Martin Mills (le fondateur de Beggars Banquet, autre label indépendant renommé) mais je trouve qu’il est génial dans ce qu’il fait. C’est un vrai fan de musique et sur ce plan nous sommes semblables. »

Mills dirige 150 employés chez Beggars, Raymond simplement quatre. « C’est très petit je sais. Nous avons une sorte d’équipe étendue chez PIAS qui nous aide à exécuter ce que nous prévoyons. J’ai vais donc souvent mais c’est vrai nous sommes comme une petite famille. » Faut-il en déduire que la maison Bella Union est cosy avec Simon en charge de préparer le café ? « Je ne suis jamais à mon bureau, je suis toujours à l’extérieur pour rencontrer des gens, voir des groupes ou partir à l’étranger. Je n’ai jamais aimé rester assis à mon bureua du reste. On a un grand meeting du label chaque lundi et je parle à tout le monde tous les jours mais je suis incapable de rester longtemps en place. »

Bella Union est peut-être une petite entreprise mais c’est un label qui pense en grand avec des groupes comme The Flaming Lips et Fleet Foxes dans son catalogue. Le plus remarquable est l’étendue et la qualité des musiciens qui sont signés chez lui. Simon sourit quand on lui parle de ça : « L’industrie ne cesse de me répéter que nous avons beaucoup et que nous devrions ralentir un peu. Je crois que chacun a sa propre manière de faire et je ne prétends pas que ma méthode est la meilleure ou que Richard Russell (le patron d’un autre label, XL Recordings) a raison ou tort.

Je fais remarquer que XL est peut-être un peu désinvolte alors que le succès de The xx et de Adele n’a pas été suivi de beaucoup de sorties alors que le succès financier que les Fleet Foxes ont donné à Bella Union a été une bouffée d’oxygène bien utilisée. « Eh bien, XL ne signe qu’un ou deux groupes par an, un modèle sur lequel vous n’avez rien à redire si on tient compte de leur incroyable succès. Moi, je suis plutôt du genre remuant dans la façon dont je suis obsédé par la musique. Je l’aime tellement que parfois je dois un peu tempérer cette passion. »

Il est difficile de ne pas adhérer à ce bel enthousiasme et c’est dans cet état d’esprit qu’on peut alors discuter des récentes signatures du label, Hosre Thief ou Xiu. ‘est une conversation détendue dont le résumé est celui de l’état d’esprit : « I faut vraiment être cinglé pour faire ce boulot, il faut vraiment que vous soyez un obsessionnel de la musique, que vous aimiez en découvrir et souhaitiez aider les gens. Ce sont mes trois commandements. »

Il est aisé de comprendre pourquoi tant de groupes succombe à ses arguments tels qu’ils sont véhiculé. Il a un côté philanthropique qui, associé à ses expériences passées, doit peser un certain poids dans la décision d’un artiste. « Soyons honnête, j’ai fait partie de plusieurs labels dans le passé en tant que musicien et j’ai toujours dit que Bella Union représentait le label avec qui j’aurais aimé signer à cette époque. »

L’atmosphère familiale est indubitablement le moteur de Bella Union, elle fait d’ailleurs partie de chaque label mais quand vous avez été vous-même au charbon, un combo peut y être sensible. « Vous savez, quand je faisais partie de Cocteau Twins, il y avait toujours une distance entre le label et l’artiste ; elle n’était pas mentionnée mais elle existait. Peut-être était-ce parce que nous étions antagonistes mais il y avait toujours une légère tension dans nos conversation su style : « Ils nous prennent notre argent, ils nous arnaquent, on est des artistes cool et on fait ce qu’ils devraient faire à notre place, on ne peut pas leur faire confiance, etc. » C’est en général ce que beaucoup d’artistes ressentent mais je ne trouve pas que ce soit productif. »

Pour un label si peu fourni en main d’oeuvre, Bella Union reste très présent. Raymonde le reconnaît plus que tout autre est sa réponses quant aux questions de « management » est la patience : « Il y a tellement de groupes un peu partout qu’il est impossible d’obtenir le même degré d’attention qu’il y a 5 ou 6 ans si le groupe ne vous informe pas un peu de ce qu’il fait. C’est un grand monde, parfois il se rétrécit mais il est véritablement gigantesque. » On comprend la contradiction dans laquelle il est mais l’important est ailleurs.. Dans un monde obsédé par l’instant, Simon croit profondément en l’art du mûrissement : « C’est en grande partie ce en quoi consiste mon job, essayer d’expliquer aux gens pourquoi vous prcédez qu’une manière plutôt que d’une autre. Money en est un excellent exemple : ce sont des jeunes incroyables avec un talent énorme et « The Shadow of Heaven » est leur première sortie discographique. Ça n’est pas parce qu’on ne les voit pas dans les journaux toutes les cinq minutes que rien ne se passe pour eux. Nous faisons, au contraire, le maximum pour nous assurer que ce soit un groupe qui reste pendant un sacré bout de temps. »

Beach House est un exemple similaire. Ce duo de Baltimore a percé avec son troisième album, Teen Dream, en 2010. « On peut voir des choses semblables avec Money ; ils sont très intelligents et ils connaissent suffisamment bien comment tout fonctionne pour qu’on les laisse gérer leurs tournées et leurs concerts. Il sont en tournée avec Wild Beasts et c’est impeccable pour eux car c’est un groupe qui a évolué doucement et organiquement. »

Ce traitement respectable des groupes est sans doute inchangé depuis la fondation du label en 1997 mais la façon de signer des artistes a profondément changé depuis 17 ans. « La façon dont vous écoutez et découvrez la musique est totalement différente.  Je pourrais signer un groupe pratiquement chaque jour ! (Rires) Je fais un nouveau show pour Amazing Radio et c’est très « fun ». On ne peut jouer que ce qui existe sur catalogue aussi, si vous êtes un groupe, un attaché de presse ou un label vous pouvez récupérer une plage et une bio sur internet et en cinq minutes je peux le mettre dans mon show. J’ai plus appris en tant A&R de cette manière que je ne l’avais fait précédemment. »

« Pour être honnête, être A&R est le job le plus facile du monde ; tant que vous avez confiance en vis goûts c’est très simple ! » Quand il parle de sa passion, il est difficile de l’interrompre : «  Je vais vous dire un truc, on se moque de la compétition, on a tendance à ne pas aller aux concerts où tout le monde sera. Par exemple au festival South by Southwest vous entendez parler d’une concert pour l’industrie du disque ou quelque chose comme ça. Tous les A&Rs vont y être, je préfère aller à l’autre bout de la ville. Avant, on n’avait pas assez d’argent pour signer un groupe : il y avait Beggars, 4AD, Domino et nous. À votre avis, avec qui signaient-ils ? Tout ça avant Fleet Foxes. Sinon ils seraient allés vers les autres labels alors à quoi bon entrer dans ce jeu ? C’est à nous de trouver nos propres artistes ! »

Ce sont cinq types de Seattle qui ont tout changé pour Bella Union en 2008 : « On a été sur un autre braquet, cela a coïncidé avec beaucoup de changements et, en toute franchise, avant de signer Fleet Foxes je pensais vraiment tout plaquer car je n’étais plus très heureus dans ce que je faisais. J’étais vraiment frustré par le manque d’investissement que j’aurais pu faire pour des super artistes comme Midlake ou Laura Veirs. Il est extrêmement difficile de vendre 10 000 disques, ensuite, de 10 000 à 30 000, c’est un peu moins dur. Une fois que ça démarre et que le groupe remplit les salles vous vous dites que vous pouvez vraiment arriver à quelque chose et que vous êtes vraiment idiot de ne pas vouloir passer à 40, 50 ou 100 000. Ça n’arrivait pas et j’en étais vraiment frustré. Ensuite notre distributeur a fait faillite et on a perdu beaucoup d’argent. »

Sauvé par Co-Op, un distributeur formé en 2005 des cendres de V2 (un des plus gros labels indie à l’époque), le label de Raymond a été à nouveau en mesure de retrouver une certaine amplitude mais c’était toujours ric-rac : « Vous devez vraiment être résolu et déterminé et prêt à prendre des coups », dit-il. « Je crois que j’ai travaillé comme un malade pour ça et très longtemps et je ne vais donc pas abandonner juste parce que quelqu’un ne peut pas bien faire son job. Heureusement je me suis fait de bons amis dans le business. »

Simon a désormais décidé de travailler avec un véritable indépendant, PIAS, chose assez facile étant donné son itinéraire. « Vous devez y penser en vous plaçant dans le perspective de l’artiste et les majors sont incapables de fonctionner comme ça. ; elle ont pour tâche de faire les choses su point de vue du business. »

Les Cocteau Twins ont pourtant signé pour Capitol après avoir été sur 4AD si longtemps ce à quoi Simon répond : « Eh bien signer pour une major a été une des choses les plus stupides que nous ayons faites. » Il réfléchit puis reprend : « À l’époque notre relation avec 4AD était strès claustrophobe et personnelle. Robin Guthrie et Liz Fraser vivaient avec Ivo Watts Russell le cofondateur de 4AD pendant un petit bout de temps et ils étaient comme nos meilleurs amis et notre famille, un peu comme ce qu’est Bella Union aujourd’hui. Mais vous savez avec tous ces trucs financiers et ces contrats tout a commencé à se désagréger et on s’est dit qu’il valait mieux ne plus avoir de relations avec notre label car tout ce qu’on voulait désormais c’était être payé. C »était assez naïf et trois moi après on s’est dit : « Mon Dieu, quelle connerie on a faite ! » C’est une longue histoire et vous devez vous rappeler qu’il y avait pas mal de drogue à l’époque. »

Raymond en rit désormais mais il insiste que ça a changé sa façon de voir les choses : « Personne n’est venu en studio pour voir comment était fait un disque des Cocteau Twins, jamais. C’est chouette en un sens mais une major ne peut pas comprendre ce qu’on traficotait. Il faut quand même saisir que si un label vous donne 300 000 dollars, ils ont le droit d’essayer de voir comment ils vont récupérer leur investissement. On ne voyait pas les choses comme ça, on comprenait juste l’art, on voulait faire notre truc et qu’on nous laisse tranquilles. »

Le groupe est-il encore dans la mémoire musicale pourtant, est-il vrai qu’on leur a offert £1,5 million pour jouer au festival artistique de Coachella ? « C’est la première fois où ça nous a semblé être une possibilité, plus sérieuse qu’un simple e-mail nous demandant si on le souhaitait. La seule raison pour laquelle ça nous semblait difficile était le fait que le type qui organisait tout ça était un de nos très anciens agents et qu’il travaille maintenant pour l’agence artistique William Morris. Il avait réussi à faire en sorte que les Pixies se réunissent aussi il savait que ce serait introduire dans la même cours une galerie de dépravés. On était à quelques semaines de commencer les répétitions, à parler des morceaux mais, au bout du compte, je suis assez heureux que ça ne se soit pas produit. On ne peut pas effacer le drame émotionnel des 15 ans passés à faire partie d’un groupe et de tout ce qui s’était passé avant même que je sois dans un combo. » L’évocation de la somme proposée renvoie cette réponse : « On ne peut pas tout oublier en agitant un bon gros chèque devant le visage de quelqu’un, mais vous pouvez toujours essayer ! J’aurais pris ma retraite, aurais ralenti mon rythme, acheté un appartement quelque part plutôt que d’avoir à louer un deux pièces à Brighton. »

Mais ralentir n’est pas une option pour Simon Raymonde, il aurait certainement mis la moitié de cet argent dans sa passion pour la musique, à savoir Bella Union.

Conversations: L’Impertinence de l’Art (Interview de Tori Amos)

Une rencontre avec Tori Amos est toujours un plaisir ; non seulement par la grâce intrinsèque qui semble l’animer mais aussi par l’inspiration qui donne à cette artiste une approche unique dans laquelle rien ne paraît vouloir l’effrayer. Que ce soit par ses incursions vers la musique classique, « ses concept albums » où mythologie se mêle à une observation de la condition féminine qui n’est jamais vindicative, Amos a le don d’éclairer, d’expliquer, quand onscandales gouvernementaux ne seront pas épargnés. privilège rare de se retrouver en sa compagnie pour nous parler de son nouvel album Unrepentant Geraldines ; un retour à un son plus pop-rock qui ne l’empêche pourtant pas d’être toujours aussi articulée et de continuer à suivre cette dédicace un jour gentiment apposée sur une de ses pochettes de disques : « Keep on thinking ! »

« Je ne suis allée nulle part », précise-t-elle quand on aborde cxe nouvel opus. Comme si, cinq ans durant ses albums prestigieux (Midwinter Graces en 2009, Night of Hunters en 2011 ou Gold Lights, une collection de réarrangements classiques de certains hits alternatifs en 2012), se retrouver à 50 ans et retrouver l’inspiration pour se reconnecter à la pop n’était même pas un défi, mais juste une chose naturelle.

Le disque s’éloigne de ses canons thématiques, d’ailleurs, et apparaît comme une suite de morceaux indépendants les uns des autres même si le titre se réfère à une esquisse d’une femme en repentance prénommée Geraldine, peinte par Daniel Maclise, un artiste du 19° siècle. Pour ceux qui sont familiers avec l’oeuvre de Tori Amos, en particulier à ses allusions Marie Madeleine, cette référence à l’iconographie chrétienne ne sera pas une surprise;ce sera une autre manière pour elle d’aborder des thèmes plus contemporains et actuels dans lesquels la NSA ou autres scandales gouvernementaux ne seraient pas épargnés.

Unrepentant Geraldine nous fait donc retrouver une Tori Amos dont l’esprit est toujours aussi insoumis et dont la confiance ne se démentira jamais tout au long de cet entretien.

Tout au long des années précédentes, celles qui ont suivi Abnormally Attracted To Sin, vous avez travaillé avec des masses de gens différents : des orchestres, des musicologues, des écrivains, des acteurs ; ici vous êtes, non seulement retourné à la pop contemporaine, mais avez enregistré dans cotre propre studio en Cornouailles. Comment s’est passé la transition ?

C’était je crois inattendu. Les titres de cet album ont été composés pour répondre à des choses que je ressentais. Je sais que ça peut sonner vague mais ça n’a pas été calculé. Les morceaux ont commencé à apparaître sans doute en réponse à des choses qui se passaient à l’époque et je ne savais absolument pas que je ferai un nouvel album pop. Bien sûr ça pouvait être possible car dans votre tête il y a toujours ce désir inconscient de changer (Rires). Et puis ces éléments sont devenus de plus en plus personnels voire privés. Je ne les jouais pour personne mais ils venaient à moi et j’ai commencé à les monter à mon mari (Mark Hawley). Il m’a alors dit que c’était ce que j’avais besoin de faire. En même temps j’étais en plein dans mon projet avec le Metropole Orchestra et les répétitions allaient commencer. ll a été décidé de les enregistrer quand j’aurai du temps et que, par conséquent, l’approche allait être différente. Je n’avais pas le tmps ni assez d’espace pour faire venir tout le monde par avion en Cornouailles aussi je prenais le train et m’y rendais dès que j’avais un moment. Mark et moi avons tout fait et tout joué, sur la pochette il est remercié sous le nom de Mac Aladdin. On a travaillé sur les guitares, le piano et tout ce qui se passait dans le registre du milieu de gamme et ensuite nous avons construit les morceaux autour de ces derniers éléments.

Quand on entend le mot « repentance » on l’associe à confession ? Et on a souvent dit que votre œuvre était confessionnelle. Ici il n’y a rien de cette nature ; que signifie pour vous « unrepentance » ?

C‘est une chose pour laquelle il fait se forcer si on veut l’atteindre. Le faire c’est s’ouvrir aux autres, mûrir . Il vous faut également savoir où vous êtes et ne pas sentir obligé de s’excuser pour y être. Vous ne le devez pas et ne le pouvez pas ! Si vous pensez que vous avez besoin de changer, faites-le maintenant ! Cela ne veut pas dire que plus tard vous ne ferez pas quelque chose de différent ; il s’agit de ne pas être dans la repentance (« unrepentant ») » au moment voulu. A contrario ça ne signifie pas qu’on ne peut rien changer et de se résigner ; il s’agit juste de prendre en compte là où on se situe à un moment donné. Quand on est un artiste qui explore des tas de choses, ça peut varier d’une semaine à l’autre en outre. Mais en ce moment, je suis avec vous, nous avons cette nouvelle conversation et c’est là que se situe la magie des choses. C’est à partir d’instants divers que les idées prennent forme et il faut en être conscient car si vous n’êtes pas vraiment concentré elles vont s’évanouir et vous n’aurez fait que les effleurer. C’est cela qui peut vous faire dire qu’en tant que musicien vous être capable d’autre chose que de répéter huit éternelles mesures. C’est ainsi qu’est venu « Oysters » : comme des petite gouttelettes ici et là et j’ai vraiment dû me coller à elle pour les comprendre et en faire un tout. Cela m’a pris presque deux ans mais elles me trouvaient partout où j’étais.

Sur « 16 Shades of Blue » en particulier vous explorez le vieillissement. Il y a cette phrase : « Tu as bousillé ma vie avant même qu’elle ne commence. » Comment vous situez-vous par rapport aux générations plus jeunes ?

La première ligne en est : « Ainsi tu penses que c’est fini. » Quel que soit votre âge cela impacte votre vie, vos rêves, ce sur quoi vous travaillez et ce que vous pensiez être votre avenir cinq ans avant. Si vous retournez cinq ans en arrière et que vous vous regardez, vous ne verriez pas ce que vous voyez aujourd’hui. À l’époque je discutais avec des gens entre 20 et 30 ans et ils étaient malheureux de la tournure que prenait leur vie. Ils avaient des qualifications, ne pouvaient trouver aucun travail aussi il faisaient d’autres choses. Ils se posaient des tas de questions : « J’ai payé pour cet apprentissage et je ne me vois aucun futur avec ce que j’ai pu apprendre. » Ils se disaient au fond qu’ils avaient tout foiré. Leur idée était : « Je suis responsable de cette erreur et c’est ce mauvais choix qui m’a fait dérailler. » Chaque jour ils étaient un peu plus minés si bien qu’à la fin ils n’avaient plus aucune énergie pour se battre. Il vous faut pourtant le faire mais comment ? C’est de cela que traite ce morceau et de la pression que tout le monde oeut subir à tout âge. « 16 Shades » est un cri, un désir, un manque une expression de désespoir face au besoin que tout change. C’est pour ces gens que je chante dans ce morceau.

Vous ne serez pas surprise si je vous dis qu’il y a une qualité cinématographique semblable à celle de Thelma & Louise dans « Trouble’s Lament ».

Je suis heureuse que nous voyons l’histoire de ces deux filles sur la route de cette manière. J’espère que ce sera la cas quand on verra la vidéo. J’y conduis une vieille Cadillac et j’adorais l’idée que le morceau était personnifié par une jeune femme qui essayait de fuir ce personnage satanique. Ça peut être un Satan très puissant appartenant au monde de la finance par exemple mais, quel qu’il soit, elle n’a aucune idée de la raison pour laquelle il la poursuit. Je raconte donc l’histoire et elle et moi nous réunissons nos forces pour nous en sortir C’est très vraisemblablement un Satan issu du monde des affaires, ça remonte à très longtemps dans mon esprit. Je souhaite que chacun y voit la même chose.

Puisque l’on parle des personnages féminins, toujours intéressants chez vous, (Rires) « Promise » est un nouveau duo avec votre fille Tash. Comment a-t-elle mûri en tant que chanteuse ces dernières années et qu’est-ce que représente pour vous le fait de chanter avec elle à ce niveau ?

Eh bien elle a beaucoup travaillé sa voix, surtout le côté « soul » qu’elle possède. Elle s’est immergée dans ce type de musique , en outre elle est autant britannique qu’américaine et elle me frappe comme étant semblable à toutes ces chanteuses anglaises qui embrassent la soul américaine comme si c’était génétique. Je l’observe et vois la chose se produire d’autant que ça n’est pas du tout mon orientation. J’adore la soul mais si j’essayais d’en chanter je sonnerais comme une sorcière sur son balai. Il faut se rendre à ce que votre voix vous permet. Quand je l’ai écourtée je me suis aperçue que la chanson était axées sur son registre. On en a donc beaucoup parlé et on a décidé de lui donner vie. Je suis la mère, elle la fille on s’est dit : « Partons de cela. » Ceci dit, parfois, il lui arrive de me dire en regardant une vidéo sur youtube : « Maman c’est plus de ton âge, il est temps d’aller au lit. » (Rires)

On a donc parlé de cette mère et de cette fille se faisant des promesses vant que cette dernière n’aille dans une sorte de pensionnat à Londres. C’est d’ailleurs elle qui nous a laissés tomber et pas le contraire. Elle nous a dit : « Tu sais je vous aime tous les deux mais je dois vivre ma propre vie. » Et c’éiitt quand elle avait 11 ans. Elle avait appris que certaines filles n’entretenaient pas de bons rapports avec leurs mères et on parlait de ça. Pourquoi ? La dynamique d’une relation mère-fille est bien complexe. Il fallait qu’on s’écoute l’une l’autre et ne pas faire des choix pour l’autre personne. C’est une question de respect que de savoir que personne ne peut avoir réponse à tout. Il doit y avoir un endroit où on permet à l’autre de nous apprendre quelque chose.

À l’époque de American Doll Posse vous avez déclaré qu’après quelques années de « paix et de calme » vous étiez prête à « reprendre la tomahawk » car votre fille pouvait désormais faire la différence entre Tori la Mère et Tori l’Artiste. Elle semble assez impliquée dans les décisions aujourd’hui.

Tout à fait, oui ! Elle est très présente pour son âge. A 13 ans et demi elle m’expose à des choses dont je ne peux avoir conscience ; la scène, les concerts, c’est difficile à décrire. Ça m’oblige à sortir d’une bulle dans laquelle je suis susceptible d’entrer assez facilement. Donc quand quelqu’un vous secoue et vous révèle à d’autres choses, fatalement vous commencez à penser différemment. Ça affecte aussi votre façon de communiquer. Elle est donc très active par rapport à ce que je fais mais elle reste indépendante et conserve ses propres points de vues.

Vous avez, dirait-on, bien réfléchi à ce que représentait le fait d’être encore « présente » à 50 ans. Comment peut-on, selon vous, déconstruire le cliché de la chanteuse-compositrice atteignant un âge comme le vôtre ?

À 49 ans ça me préoccupait, on commence à penser à des tas de choses. Tash m’a même dit : « Il faut que tu t’y fasses, maman, parce que si tu n’y arrives pas ça voudra dire qu’il n’y a plus rien de réjouissant passé un certain âge ». Nos deux grands-mères, 85 et 86 ans sont encore en vie. Elle a continué ainsi : « En fait, tout ce que tu me dis est que tout va peu à peu se décomposer. » Alors quand vous êtes dans l’industrie du disque et que vous êtes un « songwriter » vous imaginez le choc que ça peut avoir. N’importe quel compositeur vous le dira : ce que vous écrivez doit rester pertinent. C’est une carrière qui suit une trajectoire différente de celle de quelqu’un qui est juste un interprète. Ce que vous écrivez dot résonner chez les gens de tous âges. Vous devez être dans le monde de la musique pour être un « songwriter » ; peut-être que dans la country vous pouvez aborder d’autres thèmes mais dans la pop et le rock vous devez être capable de chanter à propos de n’importe quoi si vous voulez durer. Dans le cinéma, certains rôles très spécifiques sont créées pour vous. Dans la pop-rock je dois, moi-même, me frayer mon propre chemin pour demeurer en phase. Ainsi me sont venues toutes ces idées de chansons, elles sont issues d’un endroit qui n’est pas celui où j’étais à l’époque. Quand j’ai commencé à écrire, je ne savais pas ce qu’il en adviendrait; je n’y trouvais aucune chaleur, aucun intérêt. J’ai essayé d’en parler à d’autres personnes mais ils étaient tous focalisés sur mes autres projets. Vous vous rendez compte ? Ils me parlaient de tout sauf de ça ! Ça n’a jamais été mis sur le tapis, comme si ça n’avait jamais fait partie de mon passé ou de mon présent. J’ai donc dû générer ce courant et je l’ai fait grâce à Mark. Il n’y a jamais eu beaucoup d’intensité dedans ; je crois que tout ce que je faisais autour avait drainé toute mon énergie et m’a conduite à ça.

C’était comme si vous deviez vous réinventer plutôt que de faire un « come back ».

Exactement ; je n’allais nulle part. J’ai sorti des disques sur Dutsche Grammophon ces cinq dernières années mais c’était un genre totalement différent et je ne contribuais en rien à la pop. Aussi pour ré-entrer dans ce champ, il me fallait être claire à propos de mes intentions et où je puisais l’énergie. Je l’gnorais jusqu’à ce que mes compositions me le montrent car, au bout du compte, ce sont elles qui ont été le moteur. Si j’avais été dans les abysses elles ne seraient pas arrivées pourtant. C’était une situation inextricable assez étrange.

Nous en avons déjà parlé mais pourquoi pensez-vous que votre âge est important ou intéressant pour les gens qui composent votre audience ?

Vous savez comment fonctionne l’industrie de la musique.Tout comme votre question, c’est une réalité à laquelle je ne sais pas répondre. La vérité est que il y a plus d’hommes de 50 ans qui voient leurs contrats renouvelés que de femmes. J’en ai encore un, cela me motive et m’excite. Avec cette opportunité que j’ai saisie, il était important que j’affûte mon stylo durant ces trois dernières années dans l’optique d’un disque. Un peu comme si ce serait le dernier que vous feriez. Il y a une concentration énorme et passionnelle quand vous atteignez l’âge de 50 ans, que vous sentez encore votre puissance et que vous pouvez la combiner à la sagesse. Pour un homme, il s’agit juste de continuer dans son statut de mâle, il en est tout autre pour une femme. Culturellement, ça n’est pas ainsi qu’on voit les femmes. Je voulais donc devenir mon propre « leader » de femme de 50 ans et ne pas me protéger derrière l’excuse culturelle. Tash m’a dit : « Empare-toi de ça avec tes deux mains et rock ! » Je lui ai dit : « One woman show », elle m’a répondu « one woman show ». (Rires)

Dans votre oeuvre vous avez toujours semblé posé la problématique de l’hégémonie masculine plutôt que l’attaquer.Sur Strange Little Girls vous avez même fait un album de reprises de chansons toutes écrites et interprétées par des hommes. Quel image ont-ils selon vous dans Unrepentant Geraldines ? Ils semblent si…

romantiques n’est-ce-pas ?J’ai toujours affirmé que mes compositions étaient féminines par essence. Ce sont des chansons qui ont leurs propres formes et couleurs ; elles véhiculent cette énergie propre à l’amour profond. L’essence masculine est différente mais il y a toujours une connexion. Sur « Wheatherman » le morceau parle de cet espace qui existe pour tous et qui nous pousse à aimer, peu importe qui. Dans la chanson l’amour qu’il portait à son amant est si fort que je le nomme, métaphoriquement, sa promise (« bride »). À cause de la mortt, il ne peut pas continuer ; il n’y est pas prêt. C’est donc la nature qui va décider de lui rapporter une part de l’essence de sa promise et lui permettre d’avancer. Ce morceau révèle la compassion qui peut régner dans le monde du spirituel mais il l’autorise à conserver cette romance. Il y a d’autres titres, « Selkie » par exemple, où l’essence masculine se montre très romantique. Ce sont des compositions qui étaient très spécifiques à un certain moment et où les mélodies étaient si fortes qu’elles exigeaient une narration qui soit à la hauteur. Parfois je m’en éloignais et me disais que j’allais écrire autre chose mais le morceau me rattrapait et me disait : « Non ! Il s’agit de  « Weatherman » ! Tu n’écoutes pas, tu n’entends pas l’histoire ! » J’en étais tétanisée et puis je me mettais à jouer, à jouer et à jouer. Mark m’y poussait et me disait : « Il faut que tu permettes à cette chanson d’exister. » Pareil pour « Invisible Boy », il fallait que le compassion et non la pitié puisse être racontée. Il y a des hommes dans cet album, des hommes forts, tous. Même si ils sont vulnérables et qu’il y a un espace fragile en eux, il y a une grande force dans leur vulnérabilité.

« Wild Way » capture vraiment la complexité et l’intensité d’une relation qui dure longtemps ; cette ligne ténue entre amour et haine. Qu’est-ce qui maintient votre état amoureux ? T apportez-vous toujours des perspectives nouvelles à ce sujet ?

C’est une bonne question, mais être amoureux signifie tant de choses. Être profondément amoureux signifie que vous avez vu tous les aspects de l’autre. Ou que vous n’en êtes pas loin (Rires). Vous devez alors prendre du recul par rapport à ttoute cette palette et vous demander si ça n’est pas trop intense, ou tendu. C’est le bon côté d’une relation durable ; vous explorez toutes les facettes de l’autre, toutes les situations et les expériences. Cela vous met tous les deux au défi mais cela vous permet aussi d’être encore plus amoureux.

Pouvez-vous nous dire comment vous avez abordé vos « backing vocals » sur Unrepentant Geraldines ?

C’est vrai que beaucoup de temps est passé avec eux et encore plus dans cet album. C’est un travail lourd, il fait les dessiner, créer, pour eux, des personnages qui vont être en soutien des vocaux principaux mais lui apportent aussi quelque chose. Sur « Rose Dover » je me suis même un peu servie d’un « nègre » pour les « lead vocals ». Nous avons beaucoup travaillé sur les fréquences basses, c’est pour cette raison qu’on croit entendre un homme sur « Wedding Day » ou « 16 Shades » où je force sur les octaves.

Voilà environ 20 ans vous avez fait une interview retentissante avec P.J. Harvey et Björk sur le chauvinisme mâle dans l’industrie du disque où vous avez déclaré : « Les « songwriters » sont le conscience de l’inconscient de l’époque. » Que diriez-vous aujourd’hui si vous deviez aborder un sujet pressant ?

Nous avons une responsabilité, nous devons briser cette sorte de mur à propos de l’a^ge qui existe dans l’industrie de la musique pop-rock. En tant qu’auteurs, je parle d’auteurs et non d’interprètes, nous devons être puissants, trouver et créer notre propre chemin et, avec un peu d’espoir, nous inspirer les uns les autres afin de continuer dans cette voie. Vous savez, même si il y a des générations au-dessus de nous qui le font, c’est vraiment très dur d’obtenir des contrats quand vous êtes un auteur solo et de rester d’actualité. Je parle de notre travail de maintenant, pas seulement de cleui appartenant au passé. Il faut que nous restions pertinents et impertinents aujourd’hui encore, année après année. Ce serait le sujet que j’aborderais, ce serait aussi mon objectif.