Calibro 35: « Momentum »

Cet album démarre sur un titre évoquant un vieux DJ Shadow (« Glory-Fake-Nation »), avant d’embrayer sur un morceau hip-hop old school (« Stan Lee ») en compagnie du rappeur Illa J. La suite présente des musiques quasi toutes instrumentales aux effluves de musiques de films italiens des années 70, comme celles que pouvait composer Ennio Morricone pour des polars de série B dont les musiques sont aujourd’hui devenu cultes.

L’ensemble est tout de suite très accrocheur avec notamment une grosse section rythmique qui imprime le plus souvent un tempo lourd dans des ambiances sombres et forcément très cinématographiques.

Momentum est le 13e album du groupe et il sera sans doute l’occasion pour certains de découvrir l’univers musical de ce passionnant quintet milanais qui mêle hip hop et jazz avec un style assez proche par moment des musiques de films italiens des années 70.

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Arms and Sleepers: « Safe Area Earth »

En parallèle de son projet néoclassique Saigon Would Be Seoul, Mirza Ramic compose depuis près de 13 ans, aux cotés de Max Lewis, sous l’entité Arms and Sleepers. Safe Area Earth est la première partie d’un projet musical basé en partie sur l’enfance et l’adolescence de Ramic et sur ses années de voyage en tant réfugié bosnien.

Musicalement parlant, ça donne des morceaux trip-hop / folktronica aux sonorités éthérées, limite ambient (« Art and Scope) » par endroit, mais avec également des beats assez marqués (« Open The Elements »), rappelant ce qui se faisait de mieux dans le genre au début des années 2000 chez Four Tet, Tunng, Caribou notamment.


Une belle production, lumineuse et assez colorée, aux accents Lounge par endroit (« Don’t Forget ») qui prouve que la laptop music peut encore proposer choses jolies et voluptueuses.

***1/2

Pretty Matty: « Pretty Matty »

Les sonorités power-pop et grunge des années 1990 continuent à inspirer de jeunes talents en devenir. C’est notamment le cas pour Pretty Matty qui est le nom du projet musical de Matthieu Morand un jeune musicien venu tout droit de Toronto qui évoque avec goût son amour pour ces influences qui l’ont forgé à travers un premier album.

Les compositions de Pretty Matty baignent dans les nineties avec des riffs acidulés et une interprétation nonchalante pour accompagner le tout. Pretty Matty plonge dans un spleen post-adolescent comme l’attestent des titres hypnotiques à l’image de « Another Shot »mais encore de « Broken Doorbell » et « F+B ».

Entre brulôts ayant une durée moyenne de plus d’une minute (« I’m Fine », « Kicked Out », « So Down ») et moments plus abrasifs et pesants (« Be A Cop », « Vacay »), Pretty Matty est n’est pas non plus que sensiblerie. Ce premier album qui s’achève avec un « What You Did » est à l’image d’un disque qui capture rage post-adolescente mâtinée de mélancolie déjà désabusée.

**1/2

Plans: « Get The Bad Out »

La scène emo américaine a fait naître un bon nombre de groupes. Plans en fait partie et il vient d’Indianapolis. Son premier album se nomme Get The Bad Out et il se situe dans cette mouvance avec douze titres explosifs, fougues et pleins d’une hargne à peine tempétrée.

On notera l’introductive « The Rent’s Due » ou les morceaux implacables que sont « Rose Island », « Bicycle Club » et « Unholy Medicine » tous riffs de guitare et sythmiques en griffes sorties dehors.

Comme l’indique Get The Bad Out, Plans extériorise ses maux les plus profonds afin de les exorciser une bonne fois pour toutes. Ce n’est pas pour rien que des morceaux explosifs à l’image de « Little Bird », « Warm Hamm’s » et de « Track 3 » viendront remettre le couvert. On appréciera également cette énergie constante du début à la fin avec « Vesuvius » et « Borrowed Time ».

Get The Bad Out offre magma sonique redoutable qui n’est pas loin de friser le remarquable.

***1/2

Gorgeous: « Egg »

Gorgeous est un duo de Brooklyn mené par Dana Lipperman (chant, guitare) et Judd Anderman (batterie) et dont Egg constitue le « debut album ». À mi-chemin entre math-rock et sludge-pop, la musique de Gorgeous est inréressante sans se montrer, toutefois, palpitante. Avec la voix si enchanteresse de Dana Lipperman et les instrumentations denses et complexes du morceau introductif, « There Is No There », ou bien encore « Shed Boys » et « Painted », les deux new-yorkais affichent une attitude quelque peu un peu comme Deerhoof sur, par exemple, le rythme presque boogie de « Metalhead ».

Avec Egg, il ne faut pas s’attendre à quelque chose de simple, mimi et policé.On a droit, en effet, à des riffs quasi-doom et des martèlements de batterie notamment sur le fuzzy « Never Forever » et « Material World ». Gorgeus signifie « joli » ; ici on a plutôt droit à de la véhémence mâtinée d’arpèges plus délicats hélas trop vaporisés.

**1/2

Lrrr: « Whose News ? »

Skyler Lloyd est membre du groupe Tundrastrooper et il présente ici son side-project, Lrrr, et son premier album intitulé Whose News ?. Pas de sludge-rock mais des courtes compositions indie folk psychédéliques telles que « not even u » en guise d’introduction mais également « ez pollen », « no matter the forcefield » et « sumac ».

Avec ces sonorités lo-fi qui possèdent son lot de charmes, Lrrr ne privilégie que le calme et la tranquillité avec ces courtes ballades qui se veulent touchantes. De « fog » à « beams » en passant par « sure », Whose News ? arrivera à émouvoir son auditoire grâce à la sincérité se dégageant de ces plages. À contre-emploi ? Peut-être, en tout cas ces nouvelles-là ne sont pas à négliger.

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Tav Falco: « Cabaret of Daggers »

Tav Falco a tout vu, tout connu, tout fait : du punk au rockabilly au rock garage. Un vétéran à la vie bien remplie mais qui n’a pas toujours joui du crédit qui lui est dû. Aujourd’hui, l’homme incarne un paradoxe. Installé en Europe depuis plus de dix ans maintenant , Falco incarne pourtant, et toujours, une sorte d’idéal musical roots américain, un éternel où blues, rock’n’roll et country se mélangent harmonieusement.

Il agrémente ce cocktail sans âge d’une petite touche personnelle dans laquelle les sonorités latines (à l’instar des démonstrations de tango qui agrémentent régulièrement ses performances scéniques) croisent une forme d’élégance surannée typiquement européenne. Ainsi ce nouvel effort s’écoute comme on savoure un vieux film en noir et blanc, bercé par le piano bastringue et la voix de gorge, gravée par la vie, de Falco qui, à elle seule, incarne le fantasme d’un idéal nostalgique et rétro.

***1/2

Bill Fay: « Countless Branches »

Il est indéniable que la montée en puissance de Bill Fay ces derniers temps est l’une des plus grandes histoires de la musique contemporaine. Sa musique n’a peut-être pas attiré suffisamment l’attention dans les années 1970, mais heureusement, avec ce premier album depuis Who Is the Sender ? de 2015, son statut de pilier de la pop de chambre moderne est fortement confirmé.

Que ce soit le piano de « Will Remain Here » ou la chaleur de « Filled With Wonder Again » qui vous saisit en premier, ce qui est clair c’est que, tout comme son album Life is People qui a été acclamé dans le monde entier en 2012, la marque de Bill Fay de folk populaire simple et pourtant lourd mérite une place dans la bibliothèque de chaque auditeur averti.

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Sea Change: « Inside »

Sea Change a puisé l’énergie de la Norvège, de Berlin et de L.A. pour la canaliser dans de la pop synthétique tout enamalgamant ces cultures de club dans son nouvel opus Inside. L’espace et le temps se plient à la batterie et l’album entier semble réarranger le monde.

Le « singl »e, « Stepping Out », se situe à la limite de l’industriel et fait écho à une soirée glaciale et sombre lors d’une rave hivernale dans un entrepôt abandonné. Vous devrez créer la chaleur par vous-même, donc ce morceau est ici avec la quantité parfaite de friction sonore pour allumer un feu.

« Scratch that Itch », vous donnera l’impression d’être entré dans une autre dimension. La voix d’Ellen Sunde saute alors qu’elle a l’impression que quelqu’un vous appelle à des kilomètres de distance et de toutes les directions. Vous aurez envie de chercher quelque chose tout en écoutant, mais ce que vous y trouverez ne dépendra que de vous.

***1/2

SUSS: « High Line »

Le précédent album de SUSS (Ghost Box) ressemblait à la BO d’une longue balade à travers les paysages de l’Ouest américain, avec ces boucles lancinantes et surtout cette guitare aussi tranquille que céleste qui venait servir de guide, de fil rouge à un ensemble de titres Ambient Country hérités à la fois de Morricone, Daniel Lanois et Brian Eno.


Au final, un album d’ambient country très beau, à écouter dans un style ambient country assez peu abordé habituellement
Sur ce second album, la musique du quintet New Yorkais évolue sensiblement. La guitare dobro, la pedal steel, l’harmonica sont toujours bien présents mais la musique se fait ici plus atmosphérique, plus éthérée, avec une présence de nappes de synthés plus marquée. Mais reste toujours ce sentiments d’évoluer dans des payasses sonores en toute sérénité, avec ce son de basse si caractéristique qui évoquera sur le titre « 
Wetlands » le son de Labraford. Au final, un album d’ambient country très beau, à écouter dans un style ambient country assez peu abordé habituellement.

***1/2