grandson: « Death Of An Optimist »

28 janvier 2021

Selon Jordan Benjamin, le premier album de grandson est une juxtaposition. À la fois une « histoire d’origine » et une « nécrologie », c’est cette esthétique des deux côtés d’une pièce de monnaie qui domine Death of an Optimist à tout moment. 

Un disque qui parvient à faire la lumière sur les ombres ou à trouver une ombre lyrique dans l’optimisme le plus vif, il peut être audacieux et fanfaron à un moment donné (comme sur le disque « Dirty », un disque radiophonique qui a un rythme soutenu), puis en colère et direct à l’instant suivant (« Identity »). 

Mais surtout, ce n’est jamais ennuyeux. Il s’agit plutôt d’un rôle de meneur dans son propre cirque de fous ; un dialogue interne qui se déroule à cent à l’heure mais qui est d’un sens impeccable. Ne jamais rester immobile assez longtemps pour empêcher le monde autour de lui de tourner, c’est de la musique rock – mais pas telle que nous la connaissons.

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Christopher Bailey: « Rain Infinity »

20 janvier 2021

Les six mouvements du Duo pour violon et violoncelle sont tissés à travers Rain Infinity, la nouvelle monographie de l’œuvre du compositeur Christopher Bailey. Les duos, qui sont intercalés entre des œuvres d’instrumentation et de sonorités différentes, offrent une continuité qui sert de tissu conjonctif reliant l’album dans sa totalité.

La pièce qui suit le premier duo est Retreat (2016), une composition pour l’électronique réalisée par le compositeur. Bailey ouvre la piste avec un chaos de voix humaines enregistrées, puis passe à des passages microtonaux pour les instruments acoustiques échantillonnés ; l’accent structurel de l’œuvre est mis sur les densités changeantes, alors que la texture s’épaissit et s’amincit dans un flux de changement constant.

Contrairement à Retreat, Timelash (1999), brusquement fragmentaire, est un quatuor acoustique pour piano, violoncelle, clarinette et violon, dont les sonorités sont essentiellement celles d’un violoncelle agressif et brut et d’un piano strident. Une autre œuvre pour petit ensemble de chambre acoustique, la Passacaglia, d’après Hall et Oates 2 pour piano, flûte et violon, alterne des variations timbrales sur une seule note avec des dissonances pulsatives de quelques secondes qui finissent par aboutir à un dénouement lyrique improbable. L’album est complété par la piste titre, une œuvre microtonale composée pour Jacob Barton et son instrument à vent maison, le pis, et « Arc of Infinity », une œuvre pour guitare électrique solo dont l’interprétation ici par Daniel Lippel est apparue plus tôt dans la superbe collection solo de Lippel, Mirrored Spaces. Quant aux duos, ils constituent le point culminant de l’album. La violoniste Miranda Cuckson et la violoncelliste Mariel Roberts se déplacent sans effort entre un geste robuste et une nuance délicate tout en jouant leurs parties avec une coordination presque télépathique.

***1/2


More Eaze & Claire Rousay: « If I Don’t Let Myself Be Happy Now Then When? »

19 janvier 2021

More Eaze (Mari Maurice) et Claire Rousay sont des expérimentalistes au sens propre du terme, et cet album illustre bien leur étendue. Sorti le 10 mars 2020, If I Don’t Let Myself Be Happy Now Then When ? est un ensemble de trois collages sonores avec des percussions d’objets trouvés, des manipulations électroacoustiques, des breaks de guitare et de voix avant-pop et une bizarrerie générale. Ce ne sont pas tant des chansons ou des compositions, mais des bruits structurés avec des textures variées qui mutent et se transforment tout au long de leur durée.

Par exemple, l’avant-pop a un fond plus ou moins en évolution constante, composé de percussions sans rythme et d’électronique, avec des voix traitées qui montent de temps en temps. Mais il se termine par un mur de bruits dense et liquide, sculpté à partir d’une grande variété de sources. La post-op suit avec un ensemble de drones qui se chevauchent et quelques voix éparses, avec des crépitements électroniques en arrière-plan. Ce dernier se construit pour dominer le morceau dans sa seconde moitié.

Ces morceaux présentent une vulnérabilité fragile et une mélancolie plus que nostalgique. Il est difficile de les classer autrement – peut-être à cause de leurs similitudes avec William Basinski – mais Maurice et Rousay sont sur leur propre tangente, étrangement addictive et entropique.

***1


Valotihkuu & Dynastor: « Midnight Fairytales »

5 janvier 2021

Un enchantement nocturne d’un peu plus de quarante minutes est le résultat de la première collaboration entre Denis Davydov (Valotihkuu) et Maurits Nieuwenhuis (Dynastor). Les contemplations atmosphériques de l’artiste russe et l’ambiance visionnaire du néerlandais sont condensées en huit morceaux, précédés d’une courte introduction, qui dispensent un large éventail de suggestions de magie fragile, en pleine cohérence avec l’imagerie suggérée par le titre.

Avec ses fréquences extatiques, l’imbrication ludique entre les carreaux acoustiques scintillants et les sons synthétiques liquides et les harmonies vaporeuses qui se déploient lentement, Midnight Fairytales est vraiment un son de conte de fées, une parenthèse d’abstraction hivernale lumineuse, à absorber avec le véritable émerveillement d’un enfant qui abandonne le monde des rêves.

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Twist Helix: « Machinery »

4 janvier 2021

Ces pourvoyeurs de hits issus du Nord-Est de l’Angleterre font à nouveau parler d’eux avec leur très attendu deuxième album Machinery.Le trio est certainement l’un des seuls groupes à être sortis de Newcastle upon Tyne ces dernières années, avec une alt-pop magnifiquement mélangée à une touche espagnole qui leur a valu un certain succès depuis leur premier album Ouseburn, un opus qui leur a permis de taillr leur propre son. 

Ce qui est clair dans ce combo, c’est qu’il aime son métier et qu’il fait preuve d’ne soif de créer quelque chose de vraiment individuel dontMachinery est la parfaite illustration ne serait-ce que dans la mesure où aucun morceau n’est identique à un autre. Men outre, sous la lueur contagieuse de la pop et du disco indie, se cache un message important sur « l’expérience de Twist Helix en tant que groupe » et sur la façon dont l’industrie fonctionne et contribue à la culture générale.

Il convient d’ajouter que Machinery voit ce groupe trouver sa voix, exploser en action a avec, par exemple, l’ouverture « Louder ») et ne s’arrêter pour rien au fait que Twist Helix détruit les frontières du genre et apporte sa propre touche unique à la pop et au post-punk des années 80 sur les titres comme « Vultures » et « Exposure ».

Ce deuxième opus n’est pas seulement un triomphe pour Twist Helix ; il l’est également pour la scène dans son ensemble, montrant qu’il y a encore de l’espoir et que l’excellence peut être atteinte grâce à un travail acharné et à l’amour du métier.

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Iker Ormazabal: « The Oscillation »

3 décembre 2020

Iker Ormazabal est un musicien basé au Royaume-Uni et il offre, sur The Oscillation, un opus constitué de drones établis en mutiples couches. La répétition est ici un élément clé de son style, avec des motifs récurrents qui peuvent avoir été mis en boucle ou en séquence. Les textures de ces ondes sont lisses avec une certaine rugosité sur les bords. Habituellement, deux ou trois voix distinctes sont présentes et, à l’occasion, l’une d’entre elles peut jouer un rôle ressemblant à celui d’une mélodie. L’impression générale n’est pas désagréable, bien que la certitude l’interdise.

A près de 90 minutes, The Oscillation peut être une écoute active, mais elle peut aussi servir d’ambiance – elle contient une psychédélie hypnogène qui vous berce dans un état d’anxiété tranquille. Il y a un rappel constant que les rêves peuvent facilement se transformer en cauchemars, mais l’album ne va jamais aussi loin et vous laisse plutôt dans un état indéterminé. Ormazabal affirme que ses influences incluent les pionniers du GRM ainsi que Pauline Oliveros. On peut les entendre tous les deux dans The Oscillation, surtout cette dernière.

***1/2


Tired Lion: « Breakfast For Pathetics »

1 décembre 2020

Pour les fans de ce comboalt-rock australien, la sortie de Breakfast For Pathetics est enfin terminée après une longue attente. Bien qu’il s’agisse du deuxième album studio de Tired Lion, c’est le premier à être sorti avec Sophie Hopes comme seule membre restante. Ne vous inquiétez pas ! Cette sensation de grunge, d’épopée et de guitare fougueuse qui a permis au groupe de prendre son envol est le moteur de l’album. Il est clair que Hopes peut tout clouer sur place ; c’est donc exactement ce qu’elle a fait.

Il y a toujours eu un sentiment de semi-nostalgie avec Tired Lion, mais Breakfast For Pathetics rappelle particulièrement la bande originale d’un film intemporel des années 90 – pensez à Ten Things I Hate About You ou Clueless. La vivacité d’esprit qui se dégage de ce disque est tout à fait contagieuse. C’est un album de rock très énergique qui vous donnera envie de crier et de hurler ; à l’exception de « Screw You, Man » le « closer » à combustion lente qui en est un surprenant point fort qui sere certainement un hymne pour tous ceux qui couvent cette années tempêtueuse qu’a été 2020.

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Rupert Wates: »Lamentations »

1 décembre 2020

Avec ce Lamentations, nous sommes gratifiés par d’adorables chansons folkloriques sur le dixième album de l’auteur-compositeur-interprète Rupert Wates. Né à Londres, il vit aux États-Unis depuis 2007 mais ne peut et ne veut pas renier ses racines britanniques.

Le choix de la guitare et le style vocal sont souvent dus à d’illustres prédécesseurs britanniques comme Bert Jansch ou John Martyn, pour n’en citer que quelques-uns. Rupert Wates a cependant rompu avec la « tradition ». Et a grandi avec Bob Dylan, Paul Simon et Joni Mitchell. Sur ses précédents albums et concerts, il a osé proposer des chansons jazzy ou de cabaret. Il s’inspire de la vie elle-même : douloureuse mais nécessaire au bonheur.

Lamentations, il explore le carrousel de la naissance et de la mort, vu à travers les yeux d’un enfant. N’abandonnez pas, il y a aussi beaucoup d’amour et d’espoir cachés en elle. Et surtout beaucoup d’intimité dans des interprétations chaleureuses. Rupert Wates est un conteur d’histoires. Et ces histoires et sa guitare ont suffi à enregistrer l’album en une soirée. Pas d’overdubs, pas d’arrangements, juste lui et sa guitare acoustique. La classe à l’état pur !

***1/2


Landshapes: « Contact »

26 novembre 2020

La musique du quatuor londonien Landshapes n’est pas facile à classer. On y touve en effet des morceaux qui sont principalement percutants, et d’autres qui sont ancrés par la voix claire du leader Jemma Freeman. Mais dans l’ensemble, le nouvel album Contact est un disque passionnant, surtout si l’on considère les chansons prises une par une.

« Drama » adopte un contre-courant rythmique qui semble se balancer sous le chant de Freeman, tandis que « Siberia » est à la fois porté par les percussions jazzy de Dan Blackett et ponctué par les frappes des percussions. Le chant de Jemma Freeman rappelle ici à peine celui de Shirley Manson ou d’Alison Goldfrapp, mais la prestation semble plutôt improvisée, ce qui donne une sensation qui ressemble étrangement à ce que vous avez pu entendre lors du boom de l’art rock britannique il y a quelques décennies. Le jeu est impressionnant tout au long de l’album, mais les différentes sélections doivent leur succès à la performance de Freeman sur chacune d’entre elles.

Contact fonctionne mieux en mordant, car ces petits éclats de créativité donnent à l’auditeur l’impression d’entendre quelque chose de vraiment révolutionnaire. Au total, c’est plus difficile à discerner, bien que le rugissant et euphorique « Let Me Be » séduira certainement par une certaine puissance surnaturelle. Une grande partie du succès de ce groupe est due à Jemma Freeman, et c’est sa voix claire qui transperce ces morceaux, de ceux qui éclatent et claquent, à ceux qui se transforment en de formidables excursions post-punk.

***1/2


Sabaturin: « Kenemglev »

22 novembre 2020

Avant même que le monde ne s’habitue à la distanciation sociale, l’Anglais Simon Crab et le Canadien Charles-Emile Beullac créaient de la musique sans jamais s’être rencontrés physiquement.

C’est ainsi que Sabaturin est né. Le matériel qui composeKenemglev a été travaillé par les deux hommes entre 2017-2019 dans le vieil esprit d’échange de sons par le biais de cassettes, très populaire dans les années 80. « Kenemglev » signifie « consensus » en breton et c’est le mot clé pour comprendre comment cet album a été pensé et réalisé. Kenemglev est, par conséquent, la musique qu’il fallait pour l’époque où nous vivons ; une année 2020 qui nous a appris à comprendre, à apprendre et à communiquer à distance, et à donner lmportance à la notion de consensus.

Beullac conserve une partie de l’identité de son projet dans lequel l’album Nothing Down-To-Earth a vait récolté la note de 8,7 chez Pitchfork en 2002, faisant tourner la tête des fans de Boards Of Canada.

En revanche,Kenemglev n’est jamais défini par une formule et la musique reste alors libre, que ce soit l‘échantillonnage radio classique à ondes courtes (souvent utilisée dans la scène industrielle) ou le dub. Le tout est mélangé en une seule entité qui coule sans interruption et où les pistes sont collées ou légèrement superposées, dans une sorte de représentation de l’art qui orne la couverture, générée par Simon Crab à partir d’une simulation de motifs de Chladni.

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