Colorlist: « Full Circle »

Full Circle se présente comme un hommage à la scène Post-rock de Chicago du début des années 2000 (Tortoise, Jim O’rourke….), fortement influencée par le free-jazz, mais aussi par la musique électronique avant-gardiste ou le krautrock.

A la tête du projet Colorlist, les deux membres, Charles Gorczynski et Charles Rumback reprennent le concept à leur manière, improvisant, enregistrant Live avec divers instruments (bois, guitares cuivres, percussions, synthés…) pour un assemblage musical assez impressionnant, fait de morceaux instrumentaux pour la plupart planants, à l’image du dernier titre « When The Time Is Right ».

Pour ce 4e album, le résultat est donc une fois encore très concluant, avec des constructions d’une grande richesse sonore, sur lesquelles ont collaboré Jeff Parker (Tortoise), Josh Eustis (Telefon Tel Aviv / Nine Inch Nails) et John Hughes). A ne pas manquer.

***1/2

Anna Gordon: « Fern Canyon »

Avec ses tourments entrelacés dans un folk sombre et enregistrés dans la solitude d’une forêt de l’Ouest, Fern Canyon met les pieds dans une profondeur inattendue. Il fallait peut-être ce cadre pour qu’Anna Gordon, musicienne émergente de Seattle, puisse explorer avec une conscience aussi aiguë ce que nous sommes, l’étendue de nos ombres.

Aussi jeune soit-elle, Anna Gordon est capable de reculer assez loin pour faire du minuscule de sa vie une occasion de basculer dans le grand tout. Ce premier album déroule ainsi son existence encore inachevée jusqu’aux cendres de sa mort (« Bury Me High »), dévoile la détresse des dépendances (« Addict’s Plight ») et admet la douleur de fermer à l’autre ses portes intérieures (« Please Refrain »).

Musicalement, tout est d’elle : guitare, piano, percussions, violoncelle — d’ailleurs poignant sur l’interlude Fern Canyon. Ses mélodies parfois faites de dentelle, parfois jouées d’une main lourde ont l’émotion brutale, sans exceptions. Ceci n’est pas du folk ; c’est une confession noire, une mue qui s’est habillée de folk.

***1/2

Tom Odell : « Jubilee Road »

Tom Odell nous présente Jubilee Road, son 3ème album ; un disque qui s’avère plus posé et intime que ses prédécesseurs. Il est loin le temps où l’artiste avait trouvé inspiration dans la rue où il habitait. Il récidive pourtant à vouloir draper ses compositions dans un parfum d’authenticité qu’il puise dans son voisinage.

Ce nouvel opus est, comme à l’habitude, fortement dominé par le piano, apportant cette enveloppe de nostalgie et de réconfort qui sied si bien à son répertoire. À cela, Obell ajoute une voix qui renouvelle encore plus sa performance.

En solo ou chantant en duo (Alice Merton sur « Half As Good As You ») ses titres retiennent irrésistiblement notre attention (« Go Tell Her Now » ou « Don’t Belong In Hollywood » en étant les poins forts).

. »Wedding Day » clôturera un album par une ballade douce-amère apportant, sous forme conclusive, cette belle touche d’émotions telles qu’elles sont véhiculées sur Jubilee Road.

***

Throwing Snow: « Loma »

Loma est le troisième opus du producteur anglais Ross Tones, alias, Throwing Snow, qui s’impose comme une des têtes pensantes de la techno avec son approche épurée et ses infra basses grondantes prêtes à vous sauter au visage pour vous coller le cerveau sur le dancefloor.

Ce disque puise dans les genres pour en extraire leur essence et en offrir un substrat singulier, aux rythmiques surprenantes capables de prendre des angles droits pour renverser une ambiance.

Il explose de manière concise sur les bordures de scènes électroniques métissées, gorgées de détails et de sonorités compactes, où techno sombre, pointes drum’n’bass, dusbtep nerveux s’assemblent avec subtilité pour donner naissance à des atmosphères viscérales et poisseuses. qui collent comme une deuxième peau. Un album hypnotique aux senteurs vénéneuses qui collent comme une deuxième peau.

***1/2

Machinefabriek: « Entropia »

Pour leur cinquième collaboration ensemble, ces artistes originaires de Rotterdam, Michel Banabila et Rutger Zuydervelt, à savoir Machinefabriek, transportent l’auditeur sur des territoires aux fluctuations souterraines, faites de drones aux débris indus et de micro sonorités exposées aux souffles de l’improvisation. Entropia est une oeuvre qui accumule les énergies et les renverse sur des zones d’expérimentations hantée.

Ils écorchent ainsi les « field recordings » pour les faire coexister aux cotés de machines indéfinies et de sources sonores floutées par les chemins qui s’ouvrent devant eux, avant de sombrer dans des marécages recouverts de végétation perturbée.

Banabila & Machinefabriek est une oeuvre dense et complexe, faite de résonances chaotiques et de fragments enregistrés, extraits de leur nid pour vriller nos sens et redessiner un monde parallèle, aux dimensions schizophrènes. Annihilant.

****

Gudrun Gut: « Moment »

Artiste incontournable de la scène allemande, Gudrun Gut fait partie de ces personnes qui ont bouleversé la musique dans les années 80, via des formations comme, pour parmi les plus célèbres, Einstürzende Neubauten. C’est dire si Gudrun Gut a suffisamment de talent et qu’elle fait montre, depuis presque 40 ans de sa capacité à évoluer constamment.

Avec Moment, elle conjugue habilement ses multiples facettes, avec une audace qui marque les tympans, alliant zones expérimentales et instants de dancefloor langoureux, à l’urbanité caressante.

Moment est sans conteste son meilleur album de par une diversité toute en subtilité et sa concision artistique, sillonnant des océans électroniques au minimalisme fulgurant et des vocaux quasi susurrés qui agissent comme des décharges sensuelles hypnotiques. Très fortement recommandé.

***1/2

Alison Sudol: « Moon »

Alison Sudol n’en est pas à ses premières musiques : on lui doit trois albums et une certaine vie de scène sous le nom d’emprunt A Fine Frenzy. Mais la musicienne et actrice américaine (Fantastic Beasts) est maintenant loin de ce moi ancien. Moon témoigne en effet d’une période noire marquée par une séparation et un diagnostic de dépression et d’anxiété — lâcher cet album a été, pour elle, un exercice souffrant en plein état de dévastation. Le résultat est impressionnant : avec le producteur Ali Chant (PJ Harvey), l’Américaine a construit une matière intime, lente, longue, légèrement changeante, où ne domine aucun genre.

Avec son piano « ambient », « Escape the Blade » a très peu en commun avec le dream pop percussif de « Lonely Love « ou les traînées récitatives sur « The Quickening ». L’ensemble reste pourtant mystérieusement cohérent. La recette ? Alison Sudol ne s’impose jamais ; elle laisse sa voix forte sciemment sous-joué se faire ampoule , une lueur qui éclaire faiblement mais qui, éclaire… tout en nous incitant à l’écouter patiemment.

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John Mellencamp: « Other People’s Stuff »

Le Great American Songbook ? C’est ce que dit John Mellencamp dans son livret accompagnant les chansons rapatriées ici : on en est pas là, contentons-nous d’évoquer le Great Americana Songbook : des morceaux qui sont la chaux, le sable, les éléments constitutifs de la maison américaine.

Notre vétéran troubadour a ainsi rassemblé et réenregistré les pièces qui l’ont fondé : le country de chez Jimmie Rodgers (« Gambling Bar Room Blues »), du country-soul de chez Mickey Newbury (« Mobile Blue »), du gospel texan de 1927 (« In My Time of Dying »), du reportage country-folk de la même époque (le fameux « Wreck of the Old 97 »), du protest song des années 1960 (« Eyes on the Prize »), et même du soul de chez Stevie Wonder (« I Don’t Know Why I Love You) ». Arrangements purs et durs, intention claire, revisite sincère : tout ça compose un album fait pour inspirer. L’heure peut, en effet, s’y prêter.

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Veronica Maximova: « Computerlove »

L’artiste russe Veronica Maximova sort son premier album Computerlove. Partant du constat que la population actuelle et surtout les nouvelles générations sont hyper connectées, via les différents outils de communication, Veronica Maximova élabore un album à l’intersection des genres, pris entre effluves techno ralenties et vapeurs downtempo enrobées de vapeur d’eau.

Computerlove déploie des atmosphères liquides sur des géographies à l’urbanité dévastée, où le vide se nourrit de silence pour lui offrir une échappatoire mélodique via des chants en suspension, vocaux à la fragilité décharnée ployant sous le poids d’un chaos en devenir.

Veronica Maximova compose des atmosphères éprises de douceur et de froideur, se lovant l’une dans l’autre avec tendresse, colportant avec leurs émotions profondes, des sillages hantés et des ambiances fantomatiques. Malgré l’hyper connection du monde, l’Homme n’a jamais été aussi seul. Très fortement conseillé.

***1/2

The Molochs: « Flowers In The Spring »

Après un premier opus en 2017, America’s Velvet Glory , The Molochs sont retour avec un Flowers In The Spring qui voit le duo californien renouer avec leur garage-pop rétro à travers des titres ultra-romantiques et sucrés comme « A Little Glimpse Of Death », « Shadow Of A Girl » ou autres « Pages Of Your Journal ».

Une fois de plus, Lucas Fitzsimmons reste un fin mélodiste et sait varier les plaisirs comme bon lui semble entre des titres étrangement slacker placés en début d’album (« To Kick In A Lover’s Door », « I Wanna Say To You ») et d’autres plus orientés vers des influences dylanesques et velvetiennes (« And She’s Sleeping Now », « Wade In The Water »).

Rien de révolutionnaire donc mais plutôt une constance dans des influences ici résolument 60’s.

Des morceaux chaloupés et feel-good comme « Too Lost In Love » et « All The Things That Happen To Me » enfonceront ce clou et nous laisseront digérer ces références avec plus ou moins d’appétit selon notre gouverne.

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