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The Love Language: « Baby Grand »

The Love Language fête ses 10 ans d’existence et, durant ce long périple musical, le projet mené par Stuart McLamb a su traverser les époques et les tendances avec une discographie infaillible qu’il étaie ici avec Baby Grand.

Pour ce quatrième album, Stuart McLamb continue de faire valoir sa plume tout au long de ces onze nouvelles composition aux arrangements quasi-baroques par lequels The Love Language continue de fasciner.

L’euphorique « Frames » n’aura d’euphorique que la musique, en effet, notre hôte a essuyé une rupture amoureuse des plus douloureuses et il tente d’en guérir en musique avec « New Amsterdam », les allures yacht rock de « Juiceboxx » et d’autres plus dansantes avec « Shared Spaces ».

Ce sera une explosion de saveurs qui se dégagera tout au long de ce Baby Grand. Entre épopées psychédéliques avec « Paraty » et « Independence Day » et autres plus en crescendo sur « Castle In The Sky » et « Let Your Hair Down » aux allures dignes de Beach Boys, The Love Language fait passer la pilule en parlant de sa rupture et nous livrer un moment d’extase sonique. Ne serait-ce que pour ceci, Stuart McLamb rméritera d’être loué.

***1/2

12 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Pouya Pour-Amin: « Prison Episodes »

Collaborateur aux cotés de Sara Bigdeli Shamloo et Nima Aghiani ( 9T Antiope) au sein de la formation Migrain Sq., l’artiste multi-instrumentiste iranien Pouya Pour-Amin nous met face à l’horreur de la prison, avec ses moments de trouble, de torture, de douleur, d’espoir et de cassure.

Prison Episodes est une plongée viscérale dans un monde qui parait inimaginable pour ceux qui n’ont pas vécu l’incarcération, monde à part où tout semble se dérober sous nos pieds, avec ses quatre murs pour toute forme de compagnie.

Pouya Pour-Amin met en musique l’impensable, comblant le vide par des litanies à l’intériorité pleine d’humanité, l’écho n’étant que le son du souffle que l’on attend de l’autre, source de communication et d’interaction. Les sept titres résonnent sur des débris de chair enroulés dans un amas de pierre, avec ses instants suspendus et ses spasmes emplis de tragédie et de peur, de douleur infectieuse et de beauté menaçante.

Les instruments déversent dans le vide des mélodies cherchant à éveiller ce quelque chose qui échapperait à la folie des hommes, monde tragique aux destinées prises entre les maillons de forces obscures. Prison Episodes ne sombre jamais dans le cliché, flirtant avec l’abstraction et la poésie, la méditation et le divin. Sublime.

***1/2

10 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Purple Mountains: « Purple Mountains »

l y a des disques auxquels on ne croyait plus. Celui des Purple Mountains est de cette trempe. David Berman, qui avait tiré le rideau des Silver Jews en 2008 revient avec un nouveau nom, des nouveaux musiciens et toujours les mêmes états d’âme.
La dégaine
et la voix sont toujours identiques depuis que, dès 1994 David Berman s’était acoquiné avec Stephen Malkmus et Bob Nastanovich pour écrire des merveilles dont on ne s’est à vrai dire jamais remis.
En 2008, Berman a brusquement sifflé la fin de la partie. Le revoilà donc pour son nouveau projet. Onze ans d’absence pour onze morceaux touchés par la grâce divine, par la grâce de
Lou Reed. Se livrant à un autoportrait au vitriol, David Berman dégaine encore des chansons qui éclairent toute la concurrence par leur simplicité apparente et leur beauté implacable.

La preuve encore avec « Margaritas at the Mall », une chanson existentialiste qui évoque le Purgatoire. Berman, qui s’est assuré une place au paradis avec ses disques, disserte sur le monde et sa vie tel un John Fante qui aurait rencontré John Cale dans un bar. L’artiste n’a pas changé. On va donc continuer d’écouter religieusement ce disque nous raconter sa vie.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jane Weaver: « Loops In The Secret Society »

Jane Weaver a commencé à faire parler d’elle il y a une dizaine d’années avec son album The Fallen By Watchbird qui avait auguré d’un des parcours féminins et électroniques les plus riches et singuliers de l’ère moderne. La compositrice de Liverpool officie désormais depuis quasiment vingt ans, dans un registre qu’elle recompose et décentre au gré de ses expériences en studio. Jane Weaver est tantôt folk, psychédélique, rock. Elle habite un territoire électro où on a le sentiment souvent d’évoluer dans un futur proche, une succession de bandes son exotiques et passionnantes où affleure toujours une féminité sensuelle et en permanente recherche de vérité.

Loops In The Secret Society est venu d’une série de « lives » que l’artiste a donnés en s’imposant la contrainte de ne pas utiliser de bandes et donc de tout jouer en direct. Le défi est immense quand on connaît un peu sa manière de composer qui consiste à empiler les couches de musique et à assembler une structure monstrueusement compliquée et éphémère, autour d’un squelette ou d’une mélodie à deux doigts. Jane Weaver a profité de ces concerts pour revisiter des morceaux venus de toute sa discographie. C’est cette expérience que prolonge Loops In The Secret Society, un album aussi déroutant que somptueux.

La recomposition des morceaux leur donne une saveur nouvelle. Le ton est spatial à l’entame avec les grandioses « Element » et « Milk Loop ». Mais c’est l’incroyable « Arrows » qui donne le ton et la mesure du dépouillement à l’œuvre. La chanson est ramenée à sa plus simple expression : une voix d’ange, posée sur une pulsation élémentaire. Jane Weaver met un reverb sur sa voix et nous propulse dans une sorte d’outre-monde futuriste, nébuleux et nuageux. On a clairement ici le sentiment d’évoluer en apesanteur. Jane Weaver expérimente au point d’effrayer.

On pensera à Can et aux grands expérimentateurs. Le krautrock cotoye le spacerock mais aussi la synthpop (« Did you see Butterflies ») sans aucune trace d’effort. Avec ses 22 titres qui alternent les instrumentaux et les passages chantés, mais évoluent aussi dans des genres très différents, Loops in the Secret Society est un album roboratif mais aussi étonnamment homogène. « Mission Desire » fait office de tube à la Kraftwerk et fait le grand écart avec le quasi gothique et sépulcral « Found Birds ». La balade est prodigieuse et hypnotique. Il y a dans cette électro une vie propre, des parfums naturels (Majic Milk, par exemple, qui est à tomber) et biologiques qui émeuvent et transforment ce qui est d’essence technologique en un monument de sensibilité organique. Jane Weaver continue après quasiment deux décennies de musique à surprendre et à fasciner par sa capacité à animer des structures électroniques qui relèvent à la fois de la pop et de la musique classique. On marche dans les pas de Debussy, en même temps qu’on entend les machines qui respirent et discutent entre elles.

La musique de Jane Weaver s’adresse autant à ses fans de longue date qu’à ceux et surtout celles qui veulent découvrir une nouvelle facette des musiques électro, féminine et habitée. La musique de Jane Weaver donne parfois l’impression d’une culture scientifique, comme si on avait prélevé quelques cellules d’une partie de son corps et qu’on avait laissé le soin à des machines d’en assurer la croissance et l’éducation. La femme électronique. L’enfant louve, nourrie par des synthétiseurs. C’est d’une beauté sidérante et d’un charme troublant.

****

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Cradle: « Bag of Holding »

Cela fait un petit bout de temps que Paco Cathcart qui officie sous le pseudonyme The Cradle poursuit son bonhomme de chemin. Le musicien natif de Brooklyn possède au moins plus d’une trentaine de sorties sur son Bandcamp et reste productif dans son coin. Le voici donc de retour avec un nouvel album intitulé Bag of Holding.

Finies les expérimentations qui lui sont propres, The Cradle a décidé d’opter pour des arrangements les plus épurés et organiques sur ce dernier opus. Il en résulte un disque indie folk orchestral où les compositions sont peaufinés à l’os telles que le titre introductif « Sweet Dreams » qui donne le ton mais encore « Rememberer’s Heaven » et « That Place Unique » où l’on peut trouver la patte de son éternel acolyte Sammy Weissberg qui signe les plus beaux arrangements.

Mais on ne sera d’ailleurs pas au bout de nos surprises car d’autres titres somptueux à l’image de « Holding and Holding » et « A Thought That Deletes » viendront compléter le tableau. Très loin de l’aspect abstrait auquel nous a habitué The Cradle, Bag of Holding qui comprend également la participation discrète de pas mal d’invités comme Lily Konigsberg de Palberta, Nina Ryser ou bien même Anina Ivry-Block est sans doute le plus bel ouvrage de son auteur depuis des lustres.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jill Tracy: « Diabolical Streak »

Jill Tracy est une artiste américaine oeuvrant dans un genre nommé neo-cabaret. Autant dire qu’on se situe ici dans une niche de niche, quelque part entre entre la pop baroque, le dark jazz et la country gothique. Piano, voix et cordes se partagent la vedette. c’est peu mais c’est largement assez pour installer une ambiance unique, noire et décadente. C’est la plusieurs fois récompensée « Evil night together » qui entame la marche (funèbre), mais l’ordre ne revêt ici que peu d’importance ; chaque titre est bon.

Diabolical Streak aurait très bien pu constituer la bande son de la série Twin Peaks, ou celle d’un film noir mêlant empoisonnement, trahison et meurtre crapuleux. Jill Tracy est un peu une Tori Amos née du mauvais côté de la barrière ; celle qui sépare les chanteuses pop un peu déjantées des amantes de la nuit s’abreuvant d’histoires macabres. Pour la première fois sur ce disque accompagnée de son Malcontent Orchestra, elle signe une œuvre homogène, belle et vénéneuse, à l’élégance inspirée des années 30 imparable. Bref, une curiosité à découvrir.

****1/2

8 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Visage Pâle: « Holistic Love »

Le Suisse Visage Pâle offre sur son premier album Holistic Love, un disque à la fois original, superbement écrit (en français et en anglais) et qui évolue sans repère évident dans une chanson française qui n’avait pas connu une telle audace poétique et vocale depuis Michel Polnareff (sic!). Lars-Martin Isker (l’homme qui se cache derrière le maquillage mortuaire de Visage Pale) avait, auparavant, officié dans un groupe suédois-anglais-suisse appelé Tim Patience Watch qui joussaitt d’un mini-statut culte dans sa mère-patrie. La mise au point de Visage Pale n’en reste pas moins quelque chose de fondamentalement surprenant et qui tient du miracle.

L’album est une fantaisie irréelle et sublime qui rappelle l’apparition, il y a quelques années, du chanteur Cascadeur. On ressent la même sensation d’équilibrisme, celle d’avoir affaire à un artiste à la fois singulier et d’une grande fragilité mais en même temps plein d’assurance et sûr de ses moyens et de la direction qu’il s’est donnée. Holistic Love est un album clair, aéré (8 morceaux dont un ne fait qu’une minute) et spatial. « Empire », à l’entame, s’appuie sur une electronica élémentaire qui rappelle les crépitements mélancoliques de Radiohead mais repose quasi exclusivement sur l’irruption de la voix du chanteur. Celle-ci est le principal atout du disque, comme une révélation relevant du sacré. L’organe évolue en voix de tête, parfois à la limite de la justesse, et confère à l’ensemble des titres une patine fantastique. Le texte est abstrait, d’une beauté vaguement imperméable mais fascinant et l’ambiance, crépusculaire. On traîne dans une ville de bord de mer. Le chanteur décrit une femme, prisonnière de l’ancienne civilisation.

On a l’impression avec Visage Pâle de partir à l’assaut d’une nouvelle frontière, d’être installé malgré nous dans un poste avancé d’une humanité à venir. La sensation se prolonge avec le remarquable « Ether » à la texture électro d’une richesse tout à fait extraordinaire. On pense à Archive, à l’école trip-hop mais aussi plus près de nous aux expérimentations sonores de Vanishing Twin.

Il y a une amplitude incroyable dans le minimalisme de Visage Pâle qui est tout à fait prodigieuse et qui se prolonge tout au long des huit titres. Les morceaux chantés en anglais sont paradoxalement moins séduisants. C’est le cas d’Holistic Love qui repose pourtant sur une production sous-marine assez géniale mais sur lequel l’accent du Suisse tend à banaliser la composition et à sonner un peu faux.

Visage Pâle évolue sur le fil et dépouille les morceaux jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’ossature électronique et la voix frémissante. « Open Source » est un morceau délicieusement immersif et d’une beauté déchirante. On pense au « Undersea » de The Antlers, alors qu’il s’agit d’une variation presque monstrueuse sur le célèbre « My Funny Valentine » qui se prolongera (sans aucun lien direct) avec une autre plage intitulée juste après…. « Little Valentine ». Avec ses deux minutes et trente secondes, « Open Source » aura tout juste le temps de s’éveiller et s’éteindra comme il était venu. Holistic Love nous donne le sentiment d’être installé dans le noir et d’assister à un feu d’artifices ou à un lancer d’étoiles filantes. Les morceaux scintillent et s’évanouissent laissant sur nos oreilles une trace subjective de leur passage fugace.

Cet opus respire la fragilité, la mortalité mais aussi l’immanence de l’univers. Waves est une curiosité cristalline et qui fait penser à une sculpture en sucre. La voix est déséquilibrée et placée comme en opposition avec la musique. L’album se referme comme une évidence sur un « I Leave The Night » joué par un piano seul et souverain, dernière touche de magie dans un album proche de la perfection.

***1/2

5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Paul Den Heyer: « Everything So Far »

Autrefois aux commandes de Fishmonkeyman, formation oubliée du début des années 90 qui connut un bref et relatif moment de gloire avec le « single » « I Told You Once » , Paul Den Heyer avait plus ou moins disparu du circuit de la pop britannique. Ce n’est qu’à partir de 2011 que le nom de cet enfant des sixties, grandi au son des Beatles, de Bowie ou de King Crimson, recommence à circuler dans les milieux autorisés. A cette époque, le musicien de Liverpool est en effet devenu membre de Red-Sided Garter Snakes (projet d’ex-Chameleons, Puressence et Inspiral Carpets), et il a surtout commencé à produire les disques d’un jeune groupe local baptisé Sumstack Jones. Partageant avec ses jeunes concitoyens une obsession pour les arpèges cristallins des Byrds et la langueur du psychédélisme West Coast, Paul Den Heyer a donc fait logiquement appel à eux en les invitant à lui servir de backing band lors de l’enregistrement de ce qui sera son premier album solo.

Paul Den Heyer qualifie sa musique de « Britanicana ». Les neuf titres de Everything So Far lui donnent raison, en se situant précisément à la jonction du folk britannique et de la pop US hallucinogène des années 60 et 70. Logiquement, on se remémore ici les merveilleux londoniens américanophiles de Mojave 3, pour cette capacité à donner corps à la rencontre fantasmatique de Nick Drake et des Flying Burrito Brothers. C’est particulièrement vrai pour une première partie d’album à l’atmosphère cotonneuse, qui pourrait être l’oeuvre de shoegazers déguisés en cowboys, contemplant leurs  boots poussiéreuses en s’attaquant au répertoire de Neil Young (« Technicolor Summer Sunshine »). Ce ne sera qu’à partir de « Money Cloud » que le naturel pop de Paul Den Heyer commencera à refaire surface, trahissant les origines géographiques de ce beau disque de saison. Il va même jusqu’à titiller le grand Michael Head (The Pale Fountains, Shack), champion toute catégorie du songwriting de Liverpool, sur l’accueillant « Home Song ». Captivant et paisible comme une aube estivale, Everything So Far s’ajoute alors à la très longue liste des pépites discographiques charriées par les eaux troubles de la Mersey.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Imposition Man: « Imposition Man »

Le premier album d’Imposition Man, un groupe partagé entre Berlin et Graz (Autriche), reste fidèle à un credo ; celui de naviquer sous les eaux lourdes du post-punk et du synth-punk qui le réchauffe un peu et l’arrache des abysses froides en le propulsant droit devant. Les claviers désespérés et parfois très envahissants, comme sur l’ultime et conlusif « Promise Of Salvation ». Lla batterie en plastique martiale, les lignes de basse suicidaires, la guitare écorchée majoritairement maussade et le chant vindicatif ramènent à un temps qui ressuscite le vert et le glauque, le punk d’après le punk tendance oscillations disloquées et tout un contexte socio-politique durant lequel le mur de Berlin était encore debout.
La musique d’
Imposition Man a donc quelque chose de morose et d’inquiet. Elle a aussi quelque chose de très accrocheur qui séduit immédiatement. C’est que l’album file vite : les morceaux dépassent rarement les deux minutes et si jamais ils s’éternisent, le trio décide de toute façon de les achever brutalement (la fin brusque de « Plate ») voire de les couper en deux (« Crawler I » et « Crawler II »). Ils renferment également une forme d’évidence mélodique tout à la fois rageuse et fiévreuse qui a tôt fait de nous enfermer dans ses filets. Pour le reste, le florilège d’ondes congelées, les énormes lignes de basse ou la guitare ténue savent très bien s’y prendre pour flinguer les degrés excédentaires et fortement tamiser la lumière. Pas franchement taillé pour la gaudriole mais pas non plus drastiquement atone donc.

Bien sûr, tout cela est très connoté mais le côté racé et l’énergie déployée finissent par emporter la mise : du carillon renfrogné de l’introductif « Fill A Void » aux nappes cold de « No Exile » jusqu’au prototypique « Sysi » en passant par la minute strictement instrumentale de « Scupper », on reste très accroché à l’éponyme qui réveille l’ancien, lui injecte une forme d’exaspération très contemporaine qui ressemble à s’y méprendre à celle d’alors. Ce qu’on veut dire par là, c’est qu’Imposition Man n’a rien d’un exercice de style et que leur colère réfléchie est toutefois loin d’être feinte. On sent bien que s’ils sonnent comme ça, ce n’est nullement pour rendre hommage mais bien parce que c’est comme ça qu’ils sonnent.
Le tout a été enregistré sur un antique 8 pistes à cassette et montre un goût prononcé pour l’évacuation de toute forme de fioriture, pour le moribond fuselé aussi, mais les morceaux sont néanmoins loin de ressembler à ceux des
ensemblent qui les influencent. Imposition Man perpétue l’esprit certes mais a suffisamment de personnalité pour s’habiller avec ses propres frusques sans revêtir celles des autres. Bref, même si la pochette a tout d’un mausolée, ce deuxième album existe pour lui-même et montre au final beaucoup d’atouts : malin, conceptuel et porté par une poignée de morceaux tout simplement très bien agencés.

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5 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Daniela Savoldi: « Ragnatel »

On sait peu de choses sur l’italo-brésilienne Daniela Savoldi ; autant les pianos en solo sont légion, parfois inspirés, parfois moins, autant le violoncelle a peu de place dans la musique néo-classique ou contemporaine en instrument soliste. On pourrait bien sûr citer David Darling croisé régulièrement aux côtés du pianiste Ketil Bjornstad (superbe Epigraphs chez ECM en 2000) ou encore de Chris Hooson et de Quentin Sirjac pour Vallisa (2010), ou aussi de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir remarquée aux côtés de Johann Johannsson ou encore pour la B.O de Chernoby.

La démarche de Daniela Savoldi est à la fois plus radicale et moins volontiers mélodique.  Ne s’estompant jamais totalement dans l’abstraction, elle privilégie un entre-deux un peu douloureux, aisément inconfortable, oscillant entre des drones grinçants et glaçants, une voix distante comme sur « Ragnatele » qui ressemble finalement à une tarentelle asséchée et neurasthénique.  S’ouvrant parfois à quelque chose de plus expérimental voire noise, Daniela Savoldi n’oublie jamais la grâce, cet « Improvviso » à la fois nerveux, fébrile et tremblant. Des tapotements fugaces, une palpitation organique.  Une chair à l’os, une pulsion qui hésite entre torpeur, menace et douceur.

Radical, le geste musical de Daniela Savoldi l’est assurément mais jamais délesté d’une belle part de délicatesse. Le jeu de violoncelle de la dame va à l’essentiel, ne s’égarant jamais et profitant d’une concision bien acquise, « Storia Di Un Attentato » enchantera par son choix des ruptures comme une ligne continue qui se diviserait.

Mais là où l’italo-brésilienne se révèle la plus pertinente c’est dans son savant calcul de l’espace et du jeu de la durée d’un son, ce minuscule intervalle que l’on appelle le silence, cette prudente combinaison de notes qui forme un lieu, un abri. « Space » prouve une fois encore que le silence est la plus harmonieuse des notes, on retrouve dans cette pièce-là l’irradiation ressentie à l’écoute des disques d’Arvo Part, le sommet d’un disque qui s’élève haut, très haut.

Ni vraiment post-Rock, ni seulement contemporaine, la musique de la violoncelliste résiste au classement. Elle échafaude des structures qui pourraient sembler fragiles, comme des châteaux de cartes qui fuiraient le vent mais à bien y regarder, en se rapprochant, on se rend vite compte malgré le caractère impalpable des lignes mélodiques d’une cohérence pleine et modeste à l’image de « Dada », mi-collage, mi déambulation sans but. En clôture du disque, « Modulator » propose d’autres voies plus électroniques pour l’auditeur de Daniela Savoldi.

Une musique somptueuse, viscéralement savante mais d’une empathie folle ; un troisième album qui s’affranchit des cofes et flirte avec la marge, la dissonance, la poésie.

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