No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Clutch: « Book of Bad Decisions »

Clutch est un combo de « alternative metal » qui vieillit mais ne perd pas de sa saveur (Book of Bad Decisions doit être son douzième album).

Usant toujours des sonorités old school (l’orgue Hammond !) pour rappeler combien les seventies étaient cools et n’hésitant pas à sortir des cuivres pour apporter un peu de funk (« In walks Barbarella »), les gars du Maryland assument leurs idées et sortent des sentiers rabattus par le stoner pour tâter du boogie (« Vision Quest »), augmenter la vitesse (« Weird Times ») ou la réduire considérablement (« Lorelei »).

Quinze titres, pas moins, quinze ambiances, quinze plages qui explorent un rock respectueux des aînés et démontrent qu’on peut être une institution et ne pas se reposer sur ses lauriers. Clutch nous livre ici un opus sans aucune mauvaise décision, un opus, tel son aigle, impérial.

***1/2

13 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur, On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Red Rum Club: « Matador »

Red Rum Club, c’est un combo composé de six musiciens originaires de Liverpool, ayant sorti un premier album original, mêlant rock et sonorités hispaniques. Original, Matador est pétri d’influences rares et de sonorités travaillées. Dans son line-up on trouve, chose rare, un trompettiste solo qui, dès le premier titre, donne un avant-goût de la puissance sonore, pour le moins survitaminée, du sextet.

« Angeline » combine ainsi riffs 60s et cuivres mais ce qui rend Red Rum Club intéressant, c’est aussi sa capacité à produire des morceaux variés tout en restant cohérent avec cette patte si spéciale.

À cet égard, « Would You Rather Be Lonely ? « pourrait presque nous faire penser aux Kooks, un titre pop et accessible où la trompette joue les premiers rôles. Red Rum Club par ses choix musicaux forts se démarque d’une scène alternative déjà très fournie. Et il semblerait que ces choix soient payants puisque le groupe a déjà entamé plusieurs tournées en Angleterre.

« V Said So « est dans la même veine, hymne pop ensoleill, en vanche, « Honey » est plus agressif. Red Rum Club navigue habilement entre rock nerveux et de l’alternatif plus abordable. Un des « singles » les plus en vogue de cet album, « Calexico », donne une belle image et résume parfaitement le style de ces garçons de Liverpool. Un beau clip, totalement dans l’esprit, illustre d’ailleurs le titre.

De par son originalité, Red Rum Club divisera. Mais la prise de risque est telle, leurs sonorités si spéciales, que le groupe apporte un nouveau souffle sur la scène alternative britannique. « Remedy (To A Dirty Soul) » et « Matador » fermront cet opus de façon assez impressionnante, avace une montée en puissance plutôt rare. . Une montée en puissance rare. On mentionnera par ailleurs, la qualité de la voix Francis Doran, leader de la formation, sur ce dernier morceau.

Red Rum Club fait un superbe démarrage ; il serait bien dommage de ne pas se laisser le temps d’écouter un tel « debut album ».

****

13 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Frankie and the Wich Fingers

Frankie and the Wich Fingers est un combo de quatre Américains que le sort a voulu réunis par la même passion : une certaine vision du psychédélisme, tout droit héritée des pères fondateurs du genre, à savoir 13th Floor Elevators, The Byrds ou encore Love.

Avec un style gravitant quelque part à la croisée des chemins de Temples ou de Tame Impala caractérisé par un savant mélange de pop psyché lo-fi, le groupe ne tarde pas à se frayer un chemin au travers de la jungle néo-psychedelique moderne, à grands coups de tubes lumineux aux influences sophistiquées fleurant bon la Californie des sixties.

À force d’hommages répétés à la mouvance hippie californienne, l’année 2017 est pour eux l’occasion de sauter le pas pour de bon. Le groupe s’installe alors dans la Mecque du psyché US, Los Angeles, et y enregistre After Glow, suivi l’année suivante par Visitors.

Seulement voilà, alors que les deux fondateurs du groupe (Dylan Sizemore et Glenn Brigman) en étaient encore à leurs balbutiements dans le midwest, l’idée d’un projet parallèle à Triptides, leur nom d’origine, germa progressivement dans l’esprit fécond des deux protagonistes. Étrangement baptisé Frankie and The Witch Fingers, celui-ci fut d’abord un prétexte pour délaisser quelque peu la pop délicate et raffinée qui les définissait, au profit d’un rock plus garage et instinctif, dont les rythmiques très soutenues et les éléments de surf rock ne sont pas sans faire écho à la tornade Oh Sees s’abattant sur la côte ouest au même moment.

En découle un album éponyme en 2015 et, trois opus plus tard, arrive Zam. Si l’on retrouvait dans ses prédécesseurs un côté garage lo-fi assez singulier, ce nouvel album se veut de manière générale beaucoup moins brouillon que les anciens. Les éléments garage/psyché/surf, bien que toujours présents, se voient ainsi plus contrastés, notamment par un chant moins noyé dans les distorsions et autre fuzz qu’auparavant. De la même manière, les basses sont plus rondes et la batterie plus percutante que jamais, tout cela contribuant à apporter plus de relief et d’équilibre au rendu final. L’entame « Dracula Drugs » pose à elle seule de solides bases : une introduction des plus progressives où l’on distingue à peine quelques notes de guitares semblant flotter en apesanteur, avant que la batterie nous fasse glisser avec elle sur un terrain de plus en plus mouvant, le tout débouchant sur un refrain carnassier à la rythmique diablement efficace sans que l’on ait le temps de se douter de quoi que ce soit.

Rarement une entrée en matière aura été aussi réussie : on en redemande et on engloutit l’album comme si de rien n’était. « Work », « Pleasure », « Underneath You » ; autant de pépites qui n’ont rien à envier à la bande de John Dwyer. Frankie And The Witch Fingers marque ici un tournant majeur dans l’évolution de son rendu, en se hissant encore un peu plus haut dans la maîtrise de la technique et des rythmes. Tornades de guitares électriques, envolées de basse stratosphériques, synthétiseurs totalement barrés, batterie explosive… Force est de constater que le groupe réalise ici un véritable exploit, et l’on espère qu’il continuera sur cette lancée en nous propulsant avec lui dans son univers déjanté dorénavant à des années lumières de celui de Triptides.

****

12 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Mark Morton: « Anesthetic »

Lamb Of God est un groupe majeur de la scène metal qu’il n’est plus nécessaire de présenter. Ses membres, que cela soit les frères Willie et Chris Adler ou encore Randy Byrthe, bénéficient également d’une renommée certaine. Plus en retrait, Mark Morton n’en demeure pas moins talentueux. Désireux de délivrer ses propres compositions, le guitariste se lance dans l’aventure solo avec son premier album : Anesthetic.

Pour ce disque, Mark Morton a fait appel à une belle brochette d’invités qui laisse rêveur. Tout d’abord avec des interprètes de tous horizons : Chester Bennington (Linkin Park), Jacoby Shadix (Papa Roach), Mark Lanegan, Chuck Billy (Testament), Jake Oni, Myles Kennedy (Alter Bidge), Mark Morales, Josh Todd, Naeemah Maddox, Alissa White-Gluz (Arch Enemy) et enfin son comparse de Lamb Of God, Randy Blythe.

Les musiciens ne sont pas en reste puisque l’on voit apparaître des artistes de renoms tels que David Ellefson (Megadeth), Roy Mayorga (Stone Sour), Ray Luzier (Korn), Paolo Gregoletto (Trivium) ou encore Mike Inez (Alice In Chains).

La force de cet album réside dans la capacité qu’à Mark Morton de balayer un large éventail de styles tout en utilisant au mieux les qualités des artistes à qui il a fait appel. Il n’est pas donc étonnant de retrouver des morceaux dans une veine purement metal. “Truth Is Dead » possède une énergie folle qui est cependant bien canalisée par la maîtrise de la chanteuse Alissa White-Gluz. « The Neve »” joue la même carte en délivrant une intensité qui ravira les fans de Lamb Of God.

Mark Morton, même s’il ne délaisse pas les compositions agitées, s’aventure vers des horizons plus hard rock. « Back From The Dead », « Sworn Apart » ou encore « Save Defiance » (avec la performance magistrale de Myles Kennedy) montre le guitariste sous un jour plus assagi. Il est donc encore plus surprenant de le voir se tourner vers un registre teinté blues avec « Axis », bien épaulé par le talentueux Mark Lanegan ou un « Reveal » qui va également en ce sens.

Une autre particularité de Anesthesic est de pouvoir voir à l’œuvre Mark Morton derrière le micro sur « Imaginary Days ». Si sa prestation n’est pas à la hauteur de ses compères interprètes, l’Américain délivre une performance honnête et sincère qui s’imbrique parfaitement avec les autres morceaux. Enfin, ce disque est frappé du sceau de l’émotion avec « Cross Off » et la participation du regretté Chester Bennington

Anesthesic est un premier essai qui a tout du coup de maître de la part de Mark Morton, un artiste dont, outre sa maestria à la six codes, nous pfait entrevoir un indéniable talent de songwriter.

****

11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Light Conductor: « Sequence One »

« Une soupe cosmqiue ; c’est ainsi qu’est décrit le nouveau projet le Jace Lasek (The Besnard Lakes) et de Stephen Ramsey (Young Galaxy) réunis sous le nom de Light Conductor qui nous arrivent avec un premier album intitulé Sequence One, une œuvre contemplative qui combine adroitement lambient, l’expérimentation électronique et le space-rock.

S’il y a un mot pour décrire la musique de Light Conductor, c’est la patience. En effet, Lasek et Ramsey prennent tout leur temps pour développer des morceaux qui se caractérisent par des structures très simples et volontairement répétitives. Les deux musiciens se connaissent très bien et s’amusent depuis quelques années à créer des « improvisations lentes » en utilisant des synthétiseurs modulaires.

La première face du disque est composée de deux plages qui, en réalité, n’en forment qu’une seule. D’une durée de plus de onze minutes, « A Bright Resemblance » est basée sur une mélodie de six notes répétée en boucle. Le rythme est lent, avec de subtiles variations de textures : ici une basse pour asseoir la pulsation, ici un thérémine qu’on dirait sorti d’un vieux film de science-fiction. L’ensemble peut rappeler un groupe comme Tangerine Dream, mais aussi la musique minimaliste dans la tradition de Steve Reich, Terry Riley, La Monte Young ou alors Philip Glass.

S’enchaîne ensuite « Chapel of the Snows », elle aussi construite selon le même motif de six notes mais qui se désagrège en un long drone. De ce bruit blanc émergent finalement des notes vers la fin du morceau, avec des sonorités de synthétiseurs qui ressemblent presque à des violons. La musique s’éteint comme elle a commencé au début du disque, doucement et sans qu’il n’y ait eu vraiment de pic d’intensité. L’important ici n’est pas la destination, mais le voyage.

La face B s’ouvre sur la composition la plus monocorde de l’album, intitulée « Far from the Warming Sun », qui s’articule autour d’une lente pulsation électronique. L’absence de mélodie ou d’harmonie crée forcément une impression de vide, même si on se doute bien que c’était là l’effet recherché par Lasek et Ramsey. Il n’eb demeure pas moins que, sur une durée de plus de dix minutes, le tout s’avère parfois un peu trop statique.

Les deux dernières compositions de l’album forment elles aussi une sorte de diptyque. « When the Robot Hits the Water » marque un changement de tempo vers une pulsation plus rapide, avec des effets électroniques à façon « On The Run » du Pink Floyd mais on pense surtout au travail de Boards of Canada pour le côté très rétro de ce mélange entre électronique et psychédélique.

Tout cela n’est pas là par hasard. Lasek est un partisan de la bonne vieille technologie analogue dans son travail de réalisateur et « Sequence One », enregistré au studio Breakglass, témoigne de cette quête d’une sonorité imparfaite, comme altérée par le temps.

L’album atteint son point culminant sur l’éponyme « Light Conductor », le seul titre qui évoque de loin l’univers sonore des Besnard Lakes. C’est dû entre autres à l’entrée en scène d’une guitare électrique mais aussi à la présence de la voix de Catherine McCandless, la femme de Ramsey et sa partenaire dans Young Galaxy. On comprend alors que cet opus doit être perçu comme un tout, avec cette lente progression nous menant jusqu’à cette finale krautrock explosive.

Sequence One est un album un peu déroutant pour quiconque s’attend à retrouver quelque chose qui s’apparenterait de près ou de loin au psych-rock teinté de shoegaze des Besnard Lakes ou à la dream pop de Young Galaxy. Mais il s’agit d’une œuvre cohérente, un peu en-dehors de son époque, qui s’apprécie davantage avec une paire d’écouteurs ou plongé dans une obscurité complète.

****

11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Whitechapel: « The Valley »

Depuis 2006, les Américains de Whitechapel n’ont eu de cesse de remuer la scène Deathcore à travers leurs six albums, le dernier en date étant Mark of the Blade (2016). Trois ans plus tard, c’est avec The Valley qu’ils reviennent à la charge avec une énergie débordante et une maîtrise musicale incontestable.
D’abord atmosphérique, le titre d’ouverture « When A Demon Defiles A Witch » ne tarde pas à se transformer en tourmente infernale qui emporte presque de force l’auditeur dans l’univers multiple de Whitechapel proposant une alliance scream-chant clair sur une ligne de batterie effrénée signée Ben Harclerode. Frénétique et fou, « Forgiveness Is Weaknes »’ nous rappelle que ces envolées mélodiques ne sont pas ce sur quoi le groupe s’est forgé une réputation. En effet, c’est un déferlement de violence pure agrémentée d’un groove très efficace qui s’abat sur nous ; l’effet en live promet d’être dévastateur !

Lancinant et hypnotique, « Brimstone » apportera son atmosphère glauque et grouillante avec une maîtrise et une expérience qui ne sont jamais prises en défaut prouvant, en outre, qu’un morceau lent peut être bien plus violent, à sa façon certes, qu’un titre fougueux. Whitechapel est dans la démonstration de ses capacités, flirtant avec le brutal, sans pour autant déroger aux règles du Deathcore : guitare et distortion.


Plus loin, ce seront les guitares de Ben Savage, Zach Householder et Alex Wade qu’on retrouvera sur l’introduction planante de « Hickory Creek ». La proposition en chant clair du frontman a des accents de Slipknot dans leurs titres les plus doux et on salue cette performance en retenue et d’une grande pureté. Malgré son apparence simple, « Black Bear » mettra sous couvercle ce qui s’avèrera être un déchaînement de violence nourri en grande partie par une ligne de basse groove et entraînante. Plus sec, « We Are One » convaincra les amateurs d’un genre plus old school et moins préoccupé par l’aspect mélodique puisque c’est bien la rythmique, entre break et rapidité militaire, qui guide toute la proposition musicale. Le scream joue entre les aigus et les graves avec une facilité déconcertante. Arrivera ensuite « The Other Side », composition plus complexe et nuancée, encore une fois servie sur un plateau d’argent par un combo qui l’exécute sans faille.
Introduction dans les graves, à la basse, et réponse vocale en douceur de Phil Bozeman qui se contrôle pour mieux se laisser aller par la suite sur « Third Depth ». La qualité du morceau passera en grande partie par ce contraste permanent entre une ligne instrumentale sobre et des vocaux éructés. Retour à une ambiance plus sombre et chaotique où la batterie domine des guitares et une basse bourdonnantes sur « Lovelace » ; le hurlement laisse sa place à une demande d’aide à la scansion brutal et un groupe totalement absorbé par sa performance, entièrement investi et engagé avec une énergie ancore plus vraie que vraie.

« Doom Wood »’, la dernière chanson de l’album, arrive amors bien trop tôt, un constat qui impose cette conclusion que Whaitechapel n’a pas oeuvré en vain et que The Valley est le disque le plus abouti d’un combo qui défie les règles du genre avec intelligence, inspiration et créativité.

****

10 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Hozier: « Wasteland ,Baby! »

Hozier n’est pas l’auteur de Take Me To Church pour rien. L’homme chante comme d’autres prieraient. avec ferveur, transport et passion comme ce duo Nina Cried Power », avec Mavis Staples.
Le « single » « Almost (Sweet Music) » et sa rythmique tout en contretemps perpétuent ce même registre avec sat sa rythmique tout en contretemps rendraiet fou un métronome. C’est un nouveau succès, porté par des orgues gras et des chœurs. Un morceau qui confirme que l’inspiration de Hozier, loin de s’être tarie, semble s’être régénérée en puisant directement à la source du blues, du jazz et de la pop. Bien lui en a pris, de prendre un temps de quatre ans  et d’éviter de s’afadir.
La ballade « Movement » affichera une subtilité renversante ; démarrant comme une ballade au beat R&B lourd, elle explosera dans un final à faire pleurer. La très réussie « No Plan » et son riff quasi-stoner évoqueront des Arctic Monkeys qui se seraient acoquinés avec des schémas groove.

Plus loin, on retrouvera ce goût pour un blues lourd avec « Talk », l’épuré et gospel sur un « To Noise Making (Sing) » à l’élévation quaisment mystique.

Ailleurs, ce seront des ballades acoustiques en accords ouverts, la cinématographie avec « As It Was », « Shrike », » Would That I » et « Wasteland, Baby! », qui emprunteront au folk anglais et sonnerontt comme du John Martyn ou un Bert Jansch sous stéroïdes. Le tout semble joué par un groupe de soul mutant et est produit avec bon goût et une puissance sonique indispensable capables de déchirer toutes les étiquettes.
Le talent de Hozier est de proposer une musique complexe sans jamais être cérébrale, généreuse sans jamais être outrancière, référencée mais qui n’oublie jamais d’être originale. Il confirme, avec « Wasteland, Baby! « qu’on a affaire avec lui à un oiseau rare, chanteur à l’organe grand comme un orgue polyphonique et songwriter intelligent et idiosyncratique. Si l’ensemble est plus convaincant que son premier album, peut-être aurait-il fallu laisser de côté deux ou trois chansons un léger cran en dessous (« Nobody, Be », « Dinner & Diatribes ») pour ne pas casser le momentum de la deuxième partie d’un album par ailleurs franchement réussi.

****1/2

10 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Vola: « Applause of a Distant Crowd »

Tool ayant retardé la sortie d’un nouvel album, pourquoi ne pas se pencher sur un de ses épigones, à savoir Vola et son opus Applause of a Distant Crowd ? De groupe « à suivre » il y a 2 ans lors de la sortie de Inmazes ils sont devenus les rois du genre « progressif » ce qui se fait de mieux dans le domaine du rock/métal/alternatif qui joue avec les structures et les sons.
Pour cela, il faut plonger en apnée dans un monde où tout est maîtrisé ; les moindres coups de baguette ou de médiator, les plus petits mots, chaque tonalité, chacun des effets, tous les arrangements, rien n’est dû au hasard, tous les sons s’assemblent pour nous emmener au-delà de simples morceaux de musique.

Très rares sont les albums qui procurent autant cette sensation de bien-être,Applause of a Distant Crowd est de ceux-là. Les silences, les relances, les distorsions, les breaks, les samples, les éclaircies, les choix d’instrumentation, tout s’y emboîte comme dans un rêve, comme s’il n’y avait pas d’autres moyens, d’autres notes possibles à enchaîner,ets qu’on ne ne puisse signaler rien d’autre que ce sentiment de perfection absolue qui anime les dix plages composées par les Danois.

Chaque écoute permet de vivre et savourer ces moments, que ce soit l’introduction de « Ghosts » ou la lumière que porte la voix d’Auger Mygind qui se mêle avec toutes les parties instrumentales. Elle y apparaît douce, limpide, cristalline, toujours harmonieuse même quand sa guitare se déchaîne( « Smartfriend », « Whaler » ») ou quand l’ambiance est marquée par l’électronique (« Alien shivers »), elle agit comme un phare dans la tempête, toujours droite et lumineuse (« Applause of a Distant Crowd »).
On est , ici, au-delà du coup de cœur pour cet opus ; le langage, la traduction en sont essentielles, nécessaires… Ne reste plus alors que l’écouter avec ce qu’il faut sur les oreilles pour en saisir toutes les nuances.

10 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sopor Aeternus: « Death & Flamingos »

À peine un an après le copieux (et réussi) Spiral Sacrifice, Sopor Aeternus est déjà de retour.
Alors que quatre années séparaient Mitternacht (2014) et Spiral (2018), ce nouvel album arrive de façon presque inattendue, comme dans une sorte d’urgence, que l’on retrouve d’ailleurs dans son format relativement court et la sobriété noire de ses compositions.
Tous les grands thèmes du mythe Sopor sont explorés dans une manière plus deathrock – on sait l’amour d’Anna Varney pour Rozz Williams, et ce que l’existence de son œuvre peut devoir au premier Christian Death –, mais un deathrock passé au ralenti, où les guitares rampantes typiques du genre et les roulements de batterie tournoieraient comme des voiles de fantômes.

Plus dépouillé au niveau des orchestrations que bon nombre de ses prédécesseurs, Death and Flamingos se montre plus froid, plus intimiste aussi, et a le don de faire ressortir à la perfection ses moments d’orgue et de thérémine. Toujours magistralement interprétés par Anna Varney, ces treize titres signent pour Sopor une étape particulière, car ils opèrent une fusion entre le style de ses débuts et la chamber pop funèbre développée par la suite (fusion parfaitement incarnée par le magnifique « The Boy must die », lent et douloureux, peut-être le point culminant de l’album). Ici, ils perdent en beauté plastique ce qu’ils gagnent en brutalité émotionnelle, s’éloignant résolument de l’esthétique sucre glace des Fleurs du Mal (tournant majoritaire dans l’histoire du groupe) pour déployer tout ce qu’ils ont en eux de rituel et mortifère (« Mephistophlilia »). On dirait qu’Anna Varney y plonge dans son inconscient sans retenue aucune, développant avec une puissance assez étonnante son propre symbolisme. Voici donc un album fascinant, de danse et de douleur, triste et gracieux comme un flamant rose qui errerait seul dans des plaines foudroyées.

****

9 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Foals: « Everything Not Saved Will Be Lost, Pt. 1 »

Foals continuent leur métamorphose avec le premier opus d’un diptyque d’ores et déjà mémorable, Everything Not Saved Will Be Lost. On les avait laissés au sommet avec un What Went Down poursuivant à merveille l’exploration des territoires musicaux défrichés sur Holy Fire. Une tournée qui a amené le quintet en tête d’affiche des plus grands festivals du monde. Puis le départ de leur bassiste , la nécessité d’introspection et le challenge complexe de revenir à ce sommet, dans une industrie digérant la musique à une vitesse folle ont forcé le groupe à remodeler son approche.

Enregistrant dans un studio à deux pas de leurs domiciles, les musiciens ont abordé l’identité sonore de Foals sous un nouvel angle, retravaillant leur processus créatif, composant titre sur titre, élaguant, jusqu’à un constat évident : cet album sera en deux parties. Se présente alors ce Everything Not Saved Will Be Lost, Pt. 1, expérience que le groupe nous invite à apprécier, à digérer; mais dont nous savons que la vraie ampleur ne sera révélée qu’avec l’écoute, différente et complémentaire, de sa seconde partie.

Ce Everything Not Saved Will Be Lost premier du nom révèle des sonorités ambitieuses et inédites, facettes insoupçonnables d’un groupe affinant des compositions toujours plus inspirées. Une impression évidente dès l’aérienne introduction « Moonlight », renforcée de nappes électroniques synthétiques évidemment séduisantes. « Be lightweight », répète un ensemble qui survole le titre avec une apparente aisance, aisance à laquelle nous ne pouvons que nous plier.

De là, Foals dévoilent petit à petit un kaléidoscope sonore frappant de sincérité et de puissance. Que ce soit sur un « Exits » toujours aussi palpitant, partageant un rythme irrésistible avec un « In Degree »s aux basses trépidantes, ou au détour d’un rock et implacable « White Onions », nous sommes voués à laisser Foals se déchaîner et propulser ses compositions de plus an plus haut, sachant tout aussi bien construire la tension (« In Degrees » et son climax insoutenable) que la maintenir constamment (« White Onions », qui ne décolère pas à un seul instant).

Si ces morceaux se tiennent aussi bien musicalement, ils sont évidemment aidés par une production incroyablement raffinée, profitant des expériences tentées sur What Went Down. On le perçoit notamment sur un « Cafe d’Athens » brillant et regorgeant de subtiles sonorités, à la signature rythmique évoquant les heures les plus expérimentales de Radiohead. Une expérimentation qui vient se fracasser contre un hit évident, « On the Luna », expérimentation améliorée qu’on jurerait issue de Total Life Forever, ou encore sur un « Syrups » jouant la carte de l’apaisement et de la délicatesse pour finalement s’emballer dans une outro des plus apocalyptiques.

Si soniquement, Foals s’amusent à jouer sur deux vitesses, les paroles de Yannis Philippakis se révèlent plus mélancoliques que jamais. Des visions de destruction de la conclusion de « Syrups « au combat désespéré de « White Onion »s en passant par la succession de vibrants souvenirs de « On the Luna », le parolier livre ici des textes bruts, personnels et forcément touchants, qui traversent leur coquille sonore pour éclater aux oreilles de l’auditeur. Une émotion dévastatrice synthétisée dans la conclusion « I’m Done With the World (& It’s Done With Me »), ballade piano voix dépareillée de toutes fioritures, sonnant comme la fin d’une ère.

Cet adieu au monde ne se fait pas, comme espéré, sans une ultime célébration; « Sunday » sera une ultime ode à la félicité emplie d’espoir et de puissance. Une dernière danse avant l’apocalypse, un dernier climax instrumental et vocal avant de quitter la civilisation. Le ciel peut bien prendre feu, l’océan peut bien nous engloutir, la nature peut bien se rebeller contre l’espèce humaine, les « oiseaux continuenet de chanter »,; d’ici là, Foals s’affirment encore et toujours comme un combo essantiel pour mainres générations et pas seulement la sienne. Rendez-vous pour la partie 2.

****1/2

9 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire