No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Lonely Robot: « Under Stars »

John Mitchell, à l’instar d’un Neal Morse ou d’un Steven Wilson, aura beaucoup œuvré pour redorer le blason du rock progressif auprès du « grand public ». Même si ce style musical tant décrié opère dans les marges de la musique mainstream, certains artistes (ou groupes) essaient de percer le plafond de verre qui sépare le statut d’un Coldplay ou d’un Muse ou d’un Marillionn .John Mitchell, investi dans de multiples formations pérennes ou projets ponctuels, aura vraiment tout fait pour gagner le meilleur des deux mondes.

Pour cela, il possède de solides atouts. Producteur rigoureux, guitariste doué, très bon chanteur, le bonhomme peut compter sur un solide réseau d’amis musiciens toujours prêts à venir lui donner un coup de main. Le batteur de Steven Wilson, Craig Blundell, porte l’édifice du haut de sa virtuosité, aidé par le bassiste de Fish, Steve Vantsis, également leader de l’excellent TILT. Tout le reste, Michell le prend en charge. Et ce, avec une classecertaine. Ceux qui connaissent Arena savent déjà à quel point les soli de Johnny sont splendide. Ceux qui écoutent It Bites avouent adorer le côté « poppy » des compositions. Les fous fondus de Frost* se pâmenrot devant la complexité infernale de certaines structures de morceaux. Enfin, les cinéphiles, (amourde Kino, retrouveront la qualité soutenue des compositions. Et les nostalgiques du dernier Genesis s’étonneront du timbre de voix de Mitchell, très cousin de celui de Ray Wilson. Bref, tout concourt à faire de ce troisième album de Lonely Robot une véritable bête de course progressive digne de drainer très loin.

Ainsi, les onze titres de Under Stars restent irréprochables, parfaitement produits et pas si éloignés de ce que proposait Yes lors de sa période « commerciale » (90125, Big Generator ou l’insurpassable Talk de 1994). D’ailleurs, John Mitchell ne s’est jamais départi de son admiration sans bornes pour le génial guitariste et chanteur sud-africain, le malheureusement sous-estimé Trevor Rabin. Evidemment que l’on pourra reprocher à cette dernière. On pourra aruguer que c’est ce que l’on appelle le style, avec sa propre identité, mais surtout sa patte magistrale. Celle-ci est suffisamment rare pour mériter d’être mentionnée et, comme elle ne se retrouve pas sous les sabots d’un cheval, il serait opportun de ne pas changer de monture.

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6 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Peter Bjärgö: « Structures And Downfall »

Le Suédois Peter Bjärgö – bien connu des amateurs de darkwave neo-classique en tant que tête pensante de la formation Arcana (sous le nom de Peter Pettersson) – mais également du projet plus industriel Sophia, propose un nouvel album solo : le troisième à paraître sur le label allemand spécialisé en musiques ambiantes Cyclic Law.
Cet album, intégralement écrit, mixé et masterisé par Peter Bjärgö est une œuvre d’une grande sensibilité. Dès la première écoute, et cette sensation est confirmée lors des suivantes, un sentiment d’apaisement saisit l’auditeur. Les amateurs d’Arcana vont évidemment être comblés par cette nouvelle sortie, mais il n’en paraît pas moins impératif que les non initiés tentent l’aventure.
Peter nous emmène avec lui dans un monde parallèle, fait de quiétude et de sérénité. Le chemin quasi sacré qu’il nous fait emprunter n’est pas pour autant apathique. Certes, l’ensemble est extrêmement retenu et les rares apports percussifs ne viennent guère troubler la quiétude de ces quarante minutes de pureté.


Le chant de Bjärgö est lui aussi parcimonieux et distillé par bribes. Beaucoup de réserve. Cela ne signifie en rien qu’il soit mal assumé ou assuré et que son utilité soit relative : le chant est définitivement vecteur d’émotion supplémentaire et la voix sereine et profonde de Peter convainc pleinement.
Beaucoup de clarté, de spiritualité dans cet album même si les textes, certes peu abondants, apportent des nuances sombres : il est ici question de la beauté des mondes intérieurs, de victoires sur la médiocrité mais aussi de trahison, d’effondrement de l’esprit. L’intention générale diaphane vient cependant, in fine, clôturer l’album
arguant du fait que les plaies sont cicatrisées.
Il est des œuvres dont la modération cache le manque d’inspiration, la pauvreté dans le propos.
Structures And Downfall reflète tout l’inverse : puissance en filigrane, intensité contenue, acmé d’une expression artistique pour un embrasement émotionnel assuré.

***1/2

6 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Michael Kiwanuka: « Kiwanuka »

Le Londonien Michael Kiwanuka bénéficize d’un buzz puissant et justifié pour les raisons suivantes : il a une voix chaude, singulière, magnifique, il sait marier le folk acoustique à la soul des années 60-70, étiquettes Stax Records et Motown réunies, et l’assortit d’une touche afro-européenne qui ne fait pas mentir ses origines ougandaises.

Le propos de ses chansons dépeint la condition de la souche africaine au Royaume-Uni, mais atteint aussi l’universel lorsqu’il est question d’intimité. Zéro frime à l’ordre du jour ! Michael Kiwanuka n’est certes pas le copy cat d’Otis Redding, Bobby Womack, Sly Stone et autre Bill Withers, mais il s’inspire assurément de leurs savoirs et accomplissements sans en vraiment transcender le legs.

Pour son troisième album studio, il a travaillé de concert avec l’Américain Danger Mouse, réalisateur et artiste-musicien devenu célèbre pour son « mashup » du Black Album de Jay-Z et du White Album des Beatles avant de constituer le duo Gnarls Barkley avec CeeLo Green et de multiplier les collaborations – Gorillaz, Adele, The Black Keys, Norah Jones, etc.

L’instrumentation choisie est à la fois prévisible et léchée : section de cordes, guitares acoustiques et électriques, piano, chœurs, batterie, percussions, menus ornements de notre époque, jeu vintage, mixage vintage.

À la fois conformiste et incarné, Michael Kiwanuka doit ainsi être considéré comme artiste du classicisme pop. Certes l’un des meilleurs de la période actuelle.

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6 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Anna Meredith: « FIBS »

Anna Meredith est une musicienne londonienne qui assure plusieurs casquettes et arrive à être versatile à l’occasion. Une fois de plus, elle continue de brouiller les pistes sur son second album intitulé FIBS.

Partagé entre plusieurs genres musicaux, Anna Meredith nous offre quelque chose de plus immédiat. FIBS est partagé entre allures électroniques expérimentales et pop viscérale. Il suffira d’instrumentaux audacieux nous faisant perdre la tête sur « Sawbones » en guise d’introduction ayant de quoi concurrencer une certaine Jenny Hval dans sa démarche mais également sur « Calion » entre autres.

Combinant les instruments acoustiques et plus électroniques, la voix de la chanteusse fait retentir nous enveloppe dans une jungle musicale avec entre autres « Inhale Exhale » et « moonmoons ».

L’inspiration musicale d’Anna Meredith est sans faille. Ce n’est donc pas une surprise que l’on passe des moments de PC Music (« Limpet », « Ribbons ») à des influences opéra-rock sur le viscéral « Killjoy » et glam-rock sur l’électrique « Bump » toutes guitares dehors. FIBS reste un disque sacrément étonnant, complexe mais totalement renversant montrant l’artiste londonienne sous un nouveau jour. Nul doute qu’elle fera parti du nouveau courant de la pop expérimentale du futur.

***1/2

4 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jan Akkerman: « Close Beauty »

Close Beauty est le premier album de Jan Akkerman depuis 2011 et c’est, une fois de plus, avec une musique qui se suffit amplement. On rencontre ici douze pépites ciselées de guitares tantôt puissantes, tantôt caressantes.
Il sera difficile de mettre une étiquette sur ce disque tant les chansons sont différentes les unes des autres. L’orientalisant titre « Spiritual Privacy », la mélancolie de « Passagaglia » ou l’étrangeté de « Retrospection (Emotional Debris-The Power Behind The Throne-Hear The Trees Whistle For The Dog-Euridice) » marquée par des accents synthétiques et progressifs ; toutes ces compositions sont les facettes de cet ensemble protéiforme.

Une seule constante la guitare qui combine et conjugue tout cet opus en quelques accords. Du blues langoureux au rock plus classique (les premiers accords de « Reunion », à tomber de beauté et de maîtrise), Jan Akkerman nous propose un péventail de couleurs et d’émotions. Le très très progressif »“French Pride » est finalement le titre le plus difficile à appréhender. Tout comme « Fromage », trop lié au précédent pour avoir son propre univers.

Certes, le guitariste est mis en avant sur toutes les compositions mais n’oublions pas le reste du groupe ! Le soutien de la batterie, des autres guitares et de la basse est impeccable. On sent une formation soudée, habituée aux bœufs et aux improvisations du maître. Les musiciens savent en tout cas travailler autour de cela.

Là où nous pouvons être ébahis, c’est que Jan Akkerman semble toujours dégager une certaine fraîcheur et naïveté dans ses morceaux. La douceur groovy de « Don Giovanni » et le blues ensoleillé de « Meanwhile In St Trope” »sont de jolis morceaux que l’on s’imagine écouter sans que l’essentiel ne tourne à la démonstration de force.

Close Beauty n’est pas forcément un album facile d’accès mais la pureté des compositions et des techniques permettra à un néophyte comme à un familier du jazz d’apprécier le style. A réserver à un public averti ou à tout amateur de guitare et d’improvisation.

***1/2

4 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Nico Guerrero: « The Nordic Intimate Sessions »

Encore trop peu connu, Nico Guerrero a marqué les esprits avec le projet Vortex fondé avec Sonia Cohen-Skalli dès le début des années 1990. Leur premier album, Eksaïphnès en 2000, posait déjà les bases de l’univers glacé, cosmique et noisy que le guitariste/compositeur allait explorer par la suite. Même si le duo est toujours en activité, c’est en solo qu’on retrouve le musicien pour un album enregistré en conditions live à la Nordic House de Reykjavik le 9 novembre 2018.
Totalement inspiré par l’atmosphère froide de l’Islande, le disque rend aussi hommage à deux artistes essentiels : Coil tout d’abord avec une reprise d’ « A Cold Cell » »et la chanteuse-compositrice Nico, dont on sent le spectre à peine voilé sur « Clepsydra ». Dès ce premier titre, on est d’ailleurs époustouflé par l’ampleur du son – il ne faut pas oublier que Nico Guerrero est tout seul à produire tout ce que l’on entend. La guitare, traitée par de nombreux filtres électroniques, crée un espace très dense, riche en harmonies.

Elle pourra, à cet égard, se rapprocher de l’orgue et rappellera en cela le jeu très reconnaissable de Justin Jones (And Also The Trees). Elle devient un mur d’échos, tantôt frigorifique et incantatoire (« Clepsydr » »), tantôt plus épique et paysagiste (« Blackburn ») ou plus sombre et menaçant (« Montagne Inquiétante »). Le summum est atteint avec la pièce de bravoure, « Materiae Melancholia », qui clôt le périple, évoquant la dévastation et toujours cette persistance du froid, encore et toujours.
Cold ambient pourrait être un bon terme pour définir ce son. Par moments, c’est aussi aux guitares de Robin Guthrie (Cocteau Twins) que l’on pense (« Ekpyrosis ») et le chant pourrait être une version shoegaze hallucinée de Dominique A (« Montagne Inquiétante »). L’ensemble est profond, proche du cérémonial, à la fois abstrait et émotionnel. On est donc surpris quand les applaudissements retentissent, nous ramenant à une réalité tangible. Nico Guerrero arrive à un certain gigantisme sonore avec au final une instrumentation assez minimaliste. Chapeau bas pour ce beau voyage mélancolique.

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3 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Medecine: « Scarred For Life »

Medicine revient avec un album de reprises. C’est un moyen comme un autre de ne pas mettre réellement fin à un groupe peu productif et qui a passé son apogée, mais conserve de beaux restes pour la sortie de To The Happy Few.
Tout comme le Through The Looking-Glass de Siouxsie And The Banshees, et d’autres avant ou après, cette compilation-hommage rend grâce aux amis de cœur et donne à entendre un son et une approche à travers l’exercice périlleux de la reprise. Les morceaux sonnent différemment, les compositions laissant voir d’autres aspects que ceux déjà connus et sifflotés. Bob Welch et les Monkees se retrouvent mazoutés sous des couches de guitares noires et grasses, collantes et viciées. Les lointaines années folk sont ressuscitées dans une veine plus garage cabossée, non dénuée de finesse (« Dead Time Bummer Blues »), quand bien même « Sally go’ round to Roses » reste anecdotique ou que le jazz free de Miles Davis se mue en final noise no-wave assez éreintant. Les chansons les plus psychédéliques prennent un vernis shoegaze qui sonne naturel (pour le titre du Buffalo Springfield, c’est frappant !).


Brad Laner et sa troupe regroupée pour l’occasion (Jim Goodall, Annette Zilinskas au chant, Matt Devine) défouraillent et s’amusent des possibilités sans souci de l’homogénéité (qui peut faire sonner un titre de Zappa et l’assagir comme les autres ? Pourquoi ne pas mettre un clavier en avant sur « The Green Country » et assumer la notion d’interlude ? Et puis, pourquoi pas du Codeine au milieu des dinosaures ?). Sous une pochette en lien avec les anciennes compilations K-Tel (Philip Kives, spécialisé dans le Television Advertising) qui sélectionnaient des titres de la bande FM américaine, le groupe de Los Angeles lance un album sympathique, comme un retour sur soi et une ouverture vers les fans.

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1 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Marcus Fischer: « On Falling »

Les compositions de Marcus Fischer sont de celles qui se dérobent à la compréhension pour mieux irriguer les sens. Le natif de l’Oregon peaufine ainsi depuis une dizaine d’années un ambient magnifiquement minimaliste et a déjà livré une poignée d’albums de haute volée.

Une certaine poésie abstraite se dégage des environnements sonores créés par Fischer, dans ce qu’ils donnent à entendre bien sûr mais aussi dans leur process, soit une exécution particulière. Il y a dans tous ces bidouillages savants une maîtrise quasi totale des éléments. Quasi totale car, au-delà de sa capacité à reconnecter brillamment ces derniers entre eux, à les faire apparaître, transiter puis disparaître dans une danse d’électrons fascinante, l’Américain laisse finalement beaucoup de place à l’improvisation donc aux incidents et à des imprévus accidentels remodelant sans cesse mais imperceptiblement sa musique évanescente.

 

On Falling était initialement une cassette seulement disponible lors de la dernière tournée de Marcus Fischer. L’album se divise en deux parties : la première présente quatre nouvelles pièces travaillées en studio tandis que la seconde offre une captation live soit une composition hautement immersive de 30 minutes livrée d’un bloc (« On April 29th »). Cependant il est difficile de distinguer une réelle différence entre ces deux parties n’en faisant qu’une puisque les performances improvisées et méditatives de l’Américain reste fidèles à elles-même, dans son studio autant que devant une audience. On Falling se frotte à sa manière au style cosmique (« While Sleeping ») mais dans une forme plus introvertie, élaborant des loops de guitares hypnotiques en vue de les noyer dans des nappes synthétiques profondes et étendues faisant perdre toutes notions du temps. Essentiel.

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1 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Anthony Reynolds: « A Painter’s Life »

L’idée de l’outsider est un concept pour lequel tout le monde éprouve de la sympathie l’outsider. Par exemple, le jeune footballeur qui est l’homme du match ou, dans un domaine plus musical, Anthony Reynolds, un amusicien qui mériterait plus de considération.

Cet homme est, en effet, un véritable artiste : signé sur un label indépendant reconnu par le puissant Warner Chappell pour ses talents d’auteur-compositeur, il a sorti de nombreux albums, écrit des biographies, produit, écrit et collaboré avec de nombreux artistes et même chanté avec le Moscow Philharmonic.

Chose dite, nous passons de l’Hadès au Mont Olympe, des ténèbres à la lumière. Le morceau d’ouverture, « Was Born », juxtapose la bande originale d’un thriller d’espionnage des années soixante avec les détails factuels de la naissance de l’artiste. Les paroles sont factuelles, drôles et voûtées, exactement ce que l’on peut attendre d’un maître orfèvre.

Lorsque Reynolds ouvre ses cordes vocales, un riche baryton se dévoile agréablement.

La production est fantastique, et avec des collaborateurs volontaires comme Rob Dean, Fiona Brice et Carl Bevan, c’est un album formidable qu’il faut absolument rechercher.

A Painter’s Life est une vie idiosyncrasique, chaleureuse, drôle et tendre. Un ensemble de compositions musicales à chérir. Un vrai maestro est à porté de nos tympans et il est temps que le reste du monde le sache.

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30 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Meemo Comma: « Sleepmoss »

Ambiance sinistre, évocatrice, inspirée de l’automne et de l’hiver, à la fois isolante et belle. Sleepmoss, le deuxième album de Lara Rix-Martin sous le nom de Meemo Comma, arrive délibérément au cœur de l’automne. L’artiste de Brighton, qui dirige également le label expérimental Objects Limited, affirme que le disque s’inspire de la descente de l’hémisphère Nord en hiver et, surtout, de la façon dont ces mois d’obscurité affectent son état de conscience. Ce n’est pas la première fois que Rix-Martin explore les espaces liminaux. L’EP Cyclizine de 2016 (sous le nom de Lux E Tenebris) a été réalisé en réponse à la prise de médicaments contre l’hyperémèse, ou nausées matinales extrêmes, pendant la grossesse, tandis que le LP Ghost On The Stairs de 2017 évoquait l’expérience modifiée de l’artiste dans le traitement des troubles auditifs. Ces cadres conceptuels, aussi abstraits soient-ils, contribuent peut-être à l’étrangeté stylistique de la musique de Rix-Martin. Sleepmoss, à travers la planète Mu, est aussi étrange et onirique que tout ce qu’elle a jamais fait.

Mêlant nature et saisons, Rix-Martin réalise un album d’ambiance luxuriant, régnant dans ses précédentes expériences de jeu de pieds en faveur de quelque chose de plus classique. Il y a des violons romantiques (« Sleepmoss »), des roulements de tambour orageux (« Meadhead ») et des bois flottants (« Murmur »), souvent associés à des échantillons de vent, de pluie et d’appeaux. Bien que cela donne une atmosphère douce et mystique, la caractéristique distinctive de Sleepmoss est le sentiment sinistre qui se cache en dessous.

Chaque plage a tendance à se décomposer au fil du temps, comme des artefacts laissés de côté dans les éléments, en commençant par une qualité de soufflage ou de lueur, puis en finissant par être discordants et obsédants. La conception sonore, aussi, a un sens de l’ironie. Aussi apaisant que cela puisse paraître, il y a généralement quelque chose d’inquiétant dans les cris d’animaux fantômes de « Night Rain », les bourdonnements d’acouphène de « Amethyst Deceiver alors que « Windross », avec sa distorsion boueuse, sonne comme un chœur d’anges noyés dans une tourbière.

Ces ambiances et ces textures font de Sleepmoss Rix-Martin le disque le plus évocateur à ce jour. Son boisé éthéré est facile à évoquer, tout comme son sentiment de s’installer dans l’obscurité de l’hiver. Elle peut être à la fois isolante et belle. Alors que cet album est un développement prometteur de la part d’un producteur dont les disques passés ont chassé des idées difficiles et abstraites, Sleepmoss ne parvient pas à livrer une certaine fraîcheur vocale. En prélude à cet album, Rix-Martin a sorti un mix FACT, où une poignée de ses titres, nouveaux et anciens, côtoyaient des contemporains comme Puce Mary, Caterina Barbieri et l’artiste Objects Limited RUI HO. La musique de ces femmes constitue le point culminant stylistique et émotionnel du mélange. Les productions de Rix-Martin semblaient moins lourdes, se contentant d’ombrager les espaces intermédiaires. Pourtant, ils sont essentiels pour faire flotter la vision plus large de l’artiste, l’univers sombre et onirique de Sleepmoss évoque aussi.

***1/2

30 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire