Sharon Van Etten: « We’ve Been Going About This All Wrong »

Les deux dernières années ont dû être sombres pour Sharon Van Etten si l’on en croit son nouvel album, We’ve Been Going About This All Wrong. Avant la pandémie, il semblait que tout lui réussissait. En 2016, elle a joué dans The OA et est apparue dans Twin Peaks : The Return en 2017. Remind Me Tomorrow en 2019 aavait même trouvé Van Etten avec une voix plus forte que jamais, avec des chansons comme « Seventeen ».

Elle est retournée à l’université pour étudier la psychologie et a également eu un bébé. Elle fait une sorte de tour d’honneur en 2021 avec la sortie d’Epic Ten, une collection de reprises par d’autres artistes des chansons de son album de 2010, Epic. La pandémie l’a cependant déstabilisée, comme la plupart des gens dans le monde. Désormais mère d’un jeune enfant, elle et son compagnon (anciennement son batteur) se sont retrouvés coincés dans leur nouvelle maison de Los Angeles, dont les cartons n’étaient pas encore remplis, leur mariage ayant été annulé et le monde s’étant pratiquement arrêté.

Van Etten a travaillé sur des chansons dans son nouveau studio et a essayé d’utiliser l’écriture de chansons comme un moyen de faire face. We’ve Been Going About This All Wrong est mystérieux et discret, mais parfois parsemé de sons synthétiques qui étaient nouveaux pour elle sur Remind Me Tomorrow. Ses paroles ont toujours été cryptiques et, bien qu’elles le soient encore ici, des thèmes émergent : la domesticité qui étouffe la flamme de l’amour, l’inquiétude d’être une bonne mère, boire et fumer trop et perdre le sens de soi.

Commencer l’album avec « Darkness Fades » est presque un avertissement pour les auditeurs que c’est un album sombre, mais, à la fin, l’obscurité s’estompe. Le son rappelle les premiers travaux de Van Etten avec ses voix rêveuses, son rythme lent et sa guitare acoustique.

Le fait d’avoir fait la première partie de Nick Cave il y a quelques années a peut-être un peu déteint sur elle, à en juger par le deuxième titre « Home to Me ». Les accords de piano réguliers mais dramatiques rappellent l’époque de The Boatman’s Call de Cave, tandis que Van Etten chante des paroles auxquelles toute mère qui travaille peut s’identifier : « Tu es dans mon esprit, tu ne vois pas, j’ai besoin de mon travail, ne m’en veux pas, tu es ma vie » (You’re on my mind/ Do you not see?/ I need my job/ Please don’t hold that against me/ You are my life).

Elle fait presque du New Order sur « I’ll Try », avec des percussions électroniques et des synthés aigus qui s’entrechoquent alors que sa voix s’élève au-dessus d’eux dans le refrainéfiant qu’est : « C’est trop/ Mais je vais essayer/ Je vais essayer » ( It’s too much/ But I’ll try/ I’ll try).

Pendant la pandémie, les jours se suivent et se ressemblent ; parfois, toutes les mauvaises nouvelles du monde peuvent rendre une personne insensible. « Anything » ressemble à l’une de ces nombreuses périodes de la pandémie, avec des guitares et des harmonies dignes d’Elliott-Smith. Van Etten chante qu’elle était « debout toute la nuit » parce qu’elle ne pouvait pas « arrêter de penser à la paix et à la guerre ». Le lendemain, elle fume à la chaîne et boit une bière dans l’après-midi, en se lamentant encore et encore qu’elle « ne ressentait rien ».

Commençant dans un registre très bas, puis montant vers des notes élevées angéliques, elle semble sombre sur « Born ». Le titre n’a pas la structure traditionnelle couplet-refrain ; les paroles se lisent comme un poème : « Je voulais briser/ Quelque chose comme un enfant innocent/ Marchant près du feu/ Pas une autre balle en vain » ( wanted to break/ Something like an innocent child/ Walking by fire/ Not another bullet in vain). Sur le plan musical, la chanson atteint une beauté douloureuse aux deux tiers de son parcours, avec des cordes de deuil et la voix de Van Etten qui gémit au loin comme une banshee ; c’est un moment transcendant qui tire les auditeurs de la fange émotionnelle du reste de l’album.

« Headspace » arrive en trombe avec un rythme industriel et des guitares distordues, alors que Sharon Van Etten tente de distraire son partenaire de son téléphone. « Tu vois à peine ce qu’il y a à côté de toi/ Tu ne vois pas que j’essaie de passer ? » (Hardly see what’s next to you/ Can’t you see I’m trying to get throug??). Elle aspire à l’intimité mais se voit refuser ce moment. « Baby don’t turn your back to me », supplie-t-elle à plusieurs reprises, alors que les basses s’élèvent sinistrement.

Peut-être à propos du manque de la version plus jeune de soi-même, « Come Back » commence comme une chanson calme mais devient bruyante pendant le refrain : « Reviens/ J’étais sauvage et incertaine/ Et nue et pure/ Reviens » (Come back/ Was wild and unsure/ And naked and pure/ Come back). ( « Darkish » est la seule chanson de l’album qui ne comporte que la voix de Van Etten et une guitare acoustique. Réfléchissant aux mystères de la vie, elle note que « Tout est harmonie/ Juste une fois. C’est tout. C’est fait/ Et aussi fou que possible/ Ce n’est pas sombre/ C’est seulement sombre »). C’est ce qui passe pour de l’optimisme sur cet album – parce que « darkish » est sûrement mieux que « dark ».

« Mistakes » a un super rythme avec une basse de synthé alors qu’elle se délecte de la façon dont les faux pas apparents ont quand même fonctionné pour elle : « All is harmony/ Just once. It’s all. It’s done/ And crazy as can be/ It’s not dark/ It’s only darkish » ( Même quand je fais une erreur, une erreur/ Il s’avère que c’est génial). Avec humour, elle chante aussi : I dance like Elaine/ But my baby takes me to the floor/ Says ‘more, more’…”(Je danse comme Elaine/ Mais mon bébé m’emmène sur le sol/ Il dit ‘plus, plus’…)..

« Far Away » est la fin emphatique d’un album qui a commencé avec « Darkness Fades ». L’album semble dire à travers son ordre que l’obscurité va s’estomper, et que Van Etten sera loin de là où elle était émotionnellement. « Been down on myself/ Said won’t go back » (Je m’en suis voulu/ J’ai dit que je ne reviendrais pas en arrière), commence-t-elle, traçant une ligne et la tenant fermement. « Long gone I’ll see you far away » (Partie depuis longtems je te verrai de loin), chante-t-elle rêveusement alors que le disque touche à sa fin.

Sharon Van Etten n’a pas sorti de singles avant We’ve Been Going About This All Wrong. Elle a dit qu’elle voulait le présenter comme un ensemble d’œuvres. Le résultat est un album profond et puissant qui arrive entièrement formé.

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