Feeder: Torpedo »

Pour de nombreux fans de musique, Feeder sera à jamais associé à leur « single » « Buck Rogers ». Il va sans dire que leur passé est bien plus compliqué que cela. Avec son premier album, Polythene, en 1997, le groupe gallois était en désaccord avec la scène Britpop alors en plein essor, offrant plutôt une réponse britannique attachante au son post-grunge plus lourd. Un succès modéré a suivi au cours des années suivantes, mais ce n’est qu’en avril 2001 qu’ils ont fait irruption dans le courant de la musique britannique. Produit par Gil Norton, collaborateur des Pixies, le troisième album Echo Park dépasse toutes les attentes en atteignant la cinquième place du classement des albums britanniques et, peu de temps après, le dit « single » devient leur premier tube.

Dans cette histoire merveilleusement spirituelle, le protagoniste était jaloux du nouveau partenaire de son ex : « il a des sièges en cuir/il a un lecteur de CD… mais je ne veux plus en parler… » (he’s got leather seats/he’s got a CD player…but I don’t want to talk about it anymore…) et l’amenait – dans une phrase excentrique et mémorable – à boire « du cidre dans un melo » (cider from a melon). Malgré le caractère peu sérieux de la chanson, c’est un hymne qui a complètement changé la perception du public à leur égard. Ensuite, ils ont enchaîné avec « Just a Day », un morceau radiophonique au rythme endiablé et un autre tube du top 20. Puis, en janvier 2002, tout change quand le batteur Jon Lee se suicide.   

Ne sachant pas comment réagir à la nouvelle, le leader Grant Nicholas se consacre à la musique et retrouve le bassiste d’origine japonaise Taka Hirose pour remettre en question l’existence du groupe. Ils se sont jurés de rester un groupe de deux et, coincés dans une douloureuse période de deuil, ils ont produit Comfort In Sound. Sorti en octobre de la même année, les chansons sont empreintes d’émotion, les airs insouciants étant remplacés par le deuil et la mélancolie. Là où d’autres auraient pu s’effondrer, Feeder a survécu à une telle tragédie, ce qui témoigne de sa persévérance. Deux décennies plus tard, après avoir produit six autres albums studio et deux compilations des plus grands succès, le groupe arrive avec la même ténacité.

Inspiré par les événements des deux dernières années, leur dixième album Torpedo est sans conteste le plus lourd et le plus sombre à ce jour. Cependant, le chemin vers sa sortie n’a pas été de tout repos. Avec COVID qui a mis le pays à l’arrêt en mars 2020, le groupe a eu du mal à trouver son étincelle. « Pour la première fois, je n’avais plus envie d’écrire parce qu’il n’y avait pas vraiment de plan, pas de concerts » admet Nicholas, « puis après quelques mois, j’ai soudainement pris ma guitare et commencé à écrire et les chansons ont jailli de moi ».

L’ouverture, « The Healing », tire sur la corde sensible, la guitare acoustique et les cordes se transforment en un hymne rock de stade. Dans un virage à excentique imprévisible, il se dirige momentanément vers le territoire du métal apocalyptique, mais pour l’auditeur, l’intrigue l’emporte sur le sentiment d’être artificiel. Décrite par Nicholas comme une » chanson universelle de rétablissement, elle est porteuse des mêmes émotions que les « singles » précédents, « Just The Way I’m Feeling » et » Feeling A Moment » », embrassant l’auditeur avec la chaleur et la compassion que l’on peut imaginer qu’ils recherchaient. 

Le titre «  Torpedo «  résume parfaitement l’intention plus lourde de Feeder, serpentant entre un métal menaçant et un refrain plus lumineux inspiré des Smashing Pumpkins : «Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout va s’arranger/Le poids que nous portions a été enlevé de notre vie »  (Today it feels like everything will be alright/The weight we carried lifted from our lives). En bref, le contraste est géré avec l’excellente expertise d’un groupe qui approche de sa troisième décennie. « Magpie » les révèle sous leur jour le plus intransigeant, les riffs inquiets et sombres soutenant un récit sur la façon dont les médias sociaux peuvent affecter les croyances, les rêves et le bien-être général des gens ».  

On retrouve des échos du classique alternatif de Grandaddy de 1997,  « A.M. 180 » dans l’intro de « Wall Of Silence », Nicholas montrant à nouveau un sentiment de guérison et de frustration : « Faites taire ces mots/Si vous pouvez dire quelque chose de positif ; Bien/Pourquoi devons-nous faire du mal/Nous cherchons simplement une meilleure voie » (Silence those words/If you can say something positive ; Good/Why must we hurt/We’re just looking for a better way ). Avec son grand refrain et ses perspectives plus lumineuses, c’est l’un des morceaux les plus agréables de Torpedo. « Born To Love You » laissera, lui, échapper un rare moment de vulnérabilité : « Est-ce que je t’ai déjà dit que j’avais peur pendant tout ce temps ? » (Did I ever tell you I was afraid all this time ?), tandis que « Submission » va élargi le paysage sonore en lui donnant une conclusion qui fait froid dans le dos.   

Un lourd sentiment de conflit se dégage de ce dixième album de Feeder, le contraste entre frustration et espoir résumant les émotions de beaucoup de gens au cours des deux dernières années. Préparez-vous à ressentir un pincement au cœur et à taper du pied, un groupe canalisant son mécontentement dans un modèle alternatif des années 90 plus lourd et plus familier. Ce qui est clair dès le départ, c’est que Torpedo procure un plaisir qui dépassera de loin vos premières attentes, les chansons s’entrechoquant de façon haletante pour nous rappeler leur attrait pour le grand public.

Ce n’est, certe pas, témoignage d’un groupe qui innove, mais le style sans compromis des rockeurs gallois leur permet de se démarquer de la masse. Il obligera ceux qui ont eu un intérêt passager à renouer avec l’attention qy’il accordait au combo.

***1/2

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