Orlando Weeks: « Hop Up »

19 janvier 2022

Tout juste sorti de son premier album solo, A Quickening, Orlando Weeks revient avec une suite qui se penche beaucoup plus sur le côté empli de béatitude par lequel envisage e sa vie. Comme un bain dans la joie et le bonheur. Hop Up est, en effet, une magnifique réflexion sur la vie et l’amour. Il n’y a pas de rires pour l’accompagner, mais on y trouve quelques sifflements enjoués et une lueur chaleureuse qui l’entoure.

Dès l’ouverture de «  Deep Down Way Out » et le terriblemznt doux « Look Who’s Talking Now » nous sommes confrontés à un disque pop magnifiquement suave qui est aussi beau que de tomber amoureux. Comme sur A Quickening , les thèmes de l’amour abondent, que ce soit en tant que mari ou en tant que père. C’est, une fois de plus, l’œuvre rafraîchissante d’un artiste qui ne court pas après les ombres musicales de son ancien groupe mais qui se forge plutôt une nouvelle voie.

Nous avons ici l’archétype de ce genre de pop mature que très peu d’artistes parviennent à réaliser sans paraître un peu trop mature (c’est-à-dire ennuyeux), mais cet album est une réussite. Katy J Pearson et Willie J Healey (un grand fan des deuxièmes prénoms J apparemment) se glissent presque inaperçus pour ajouter de nouvelles saveurs délicates, mais c’est toujours le spectacle que nous offre Orlando Weeks.

Opus magnifique et doux, qui réussit à être à la fois super-libre en termes de vibes et immaculé en termes de son, Hop Up est probablement le meilleur travail de l’ex-frontman des Maccabees – et soyons honnêtes, ce n’est pas peu dire. Il n’y a peut-être pas les bangers d’antan, mais cette époque est révolue pour l’instant. Au lieu de cela, il baigne dans une rêverie paisible qui est comme nager dans le velours, et est un baume parfait pour ces sombres nuits d’hiver.

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The Wombats: « Fix Yourself, Not The World »

19 janvier 2022

The Wombats, un groupe indie britannique qui a rempli les salles de concert de tout le pays pendant 15 ans, est de retour avec un nouvel album hautement addictif, Fix Yourself, Not The World. On paurait pu penser que les Wombats avaient disparu avec le reste des groupes du début des années 2000, mais, 15 ans plus tard, le charme et le talent de trois improbables garçons de Liverpool (et de Norvège) ont influencé des générations de fans qualités qui se manifestent sur le cinquième album du groupe, un opus aussi brillant et audacieux que jamais, rempli qu’il est d’hymnes accrocheurs qui repoussent les limites de ce qu’une chanson pop est censée être.

En effat, et dès le début « You Flip Me Upside Down », la voix de Murph, immédiatement reconnaissable, se pose sur des changements de tonalité addictifs, un pré-chorus sautillant et des rythmes forts qui donneraient envie de danser même aux personnes les plus réservées.

Le premier « single », « If You Ever Leave, I’m Coming With You » fait montre d’une énergie rauque et son refrain facile rappelleront aux auditeurs pourquoi les Wombats ne sont jamais passés au second plan. D’un point de vue sonore, le morceau entre immédiatement dans le refrain, ralentissant légèrement alors que les synthétiseurs se superposent aux battements de batterie de Dan et à la guitare basse fougueuse de Tord. Une fois de plus, un morceau plein de confiance est créé.

Les autres « singles » de l’album comprennent « Ready For The High », « Method to the Madness » et « Everything I Love Is Going To Die » » qui nous rappelle de vivre plutôt que de simplement exister, en appréciant tout ce que la vie a à offrir. 

Sur l’avant-dernière chomposition,  « Worry », Murph insiste : « ce n’est pas de la paranoïa si c’est vraiment là », un morceau détendu mais hymnique aborde les thèmes de l’anxiété, comme une grande partie de leur catalogue. Les paroles « multiples of three keep me warm, keep me stable » f les multiples de trois me tiennent bien au chaud, me gardent stable-ont sans doute ainsi référence au confort de Murph au sein du groupe. « Worry » est doux et réconfortant, tout en restant dans la tradition des Wombats avec un refrain rapide et infectieux que les fans peuvent réciter.

Le morceau de clôture, brumeux et fantaisiste, « Fix Yourself, Then The World (Reach Beyond Your Fingertips » , conclut un album aussi addictif qu’une montée de sucre dans un magasin de bonbons. Non seulement Fix Yourself, Not The World a pour but de remplir les grandes salles, mais The Wombats a montré ce qu’il est possible de faire lorsque des chansons pop énergiques et des paroles pleines de sens se combinent pour garder la main sur une génération de fans indie et gagner des hordes de nouveaux venus à la chose indé en cours de route.

***1/2


Alicia Walker: « I Am Alicia »

17 janvier 2022

I Am Alicia, le premier album de l’ancienne leader du groupe d’art-rock Oshwa, basé à Chicago, est un récit audacieux de la découverte de soi où Walter encourage l’auditeur à s’enraciner dans ses vérités universelles ; une bande sonore pour vous aider à surmonter les obstacles de la vie lorsque vous avez l’impression d’être votre seul supporter. Embrassant des influences allant du jazz et de la composition classique des standards américains au hip-hop et à la new wave pour construire sa propre marque d’éclecti-pop, Walter trace un chemin vers l’actualisation, l’acceptation et l’amour qui est sans peur dans son son et ses paroles.

Connue pour sa « voix quasi-cosmique » (Wired) et sa « stratosphère d’écriture de chansons bien à elle » (Consequence of Sound), elle vous invite dans l’itération la plus dynamique de son monde tel qu’elle le connaît. Inspiré par une vie en mouvement et né d’une passion sans fin pour la création, I Am Alicia est à la fois un exercice de mythologie personnelle et un appel à « se libérer » et à rejoindre Walter dans son odyssée. Ce qui s’est développé dans une période de changement intense alors qu’elle a déménagé de Chicago à New York en 2016, où la seule constante était le temps passé avec elle-même, l’artiste voit cette collection de 10 titres comme « un voyage du héros à travers l’inconscient, conduit par mon désir d’expérimenter qui je suis, à l’intérieur, et ce que je fais dans cette vie, à l’extérieur. »

« Je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent comme elles se sont passées avec mon groupe. Je ne m’attendais pas à devoir me trouver de la manière dont j’ai trouvé que je devais me trouver avec cet album », explique Walter. « Je me suis beaucoup demandé comment j’étais arrivé là. Pourquoi est-ce que je suis en train de vivre ce processus maintenant ? Il y a cet élément d’essai – et d’essai et d’essai – et puis vous êtes tout simplement. Vous réalisez que vous l’êtes, tout simplement. C’est là où cet album m’a mené, personnellement. En allant de l’avant, une toute nouvelle porte s’ouvre à moi pour être moi-même. »

Dès le début du morceau d’ouverture « Prelude », la voix puissante de Walter exprime sa soif d’expériences et de compréhension plus conscientes. Alors qu’une voix manipulée se retrouve coincée dans une boucle, elle chante ce que ce serait, ce que l’on ressentirait en se libérant des croyances limitatives qui nous collent à la peau au fil du temps. Elle suggère qu’elle a trouvé une réponse, en livrant le refrain retentissant, qui fait presque tourner la langue : « Je pensais que je savais, je pensais que j’étais au courant, mais tu ne peux pas savoir, je pense, jusqu’à ce que tu l’oublies, tout ce que tu fais est aussi tout ce que tu ne fais pas, tu ne tiendras rien si tu ne le laisses pas partir ».

Avec une force d’un autre monde qui la guide, l’artiste s’est imposé une date limite pour achever ce qui la présenterait correctement comme un acte solo, prenant pour la première fois sur elle tous les éléments de la production. De mars à octobre 2018, le défi de donner vie à un projet aussi ambitieux l’a menée de son nouvel environnement à New York au calme des Catskills, au nord de l’État, au rythme frénétique de salles de concert historiques comme le Village Vanguard de New York (comme on l’entend sur « Who Am I ? ») et à certains appartements des 18 musiciens qu’elle a rencontrés et avec lesquels elle a collaboré tout au long du processus d’enregistrement.

Face à l’épuisement professionnel, deux semaines avant la fin de l’enregistrement, elle a rencontré le producteur et ingénieur du son Devin Greenwood (Sufjan Stevens, Steve Reich, Norah Jones), qui lui a rappelé que le voyage est tout aussi important, sinon plus, que la destination. Ensemble, les deux hommes ont retravaillé la version de Walter de l’album terminé pendant une autre année complète au studio de Greenwood à Brookyln, The Honey Jar – testant la gamme et la texture de sa voix tout en magnifiant la vibration émotionnelle au cœur de chaque chanson par des prises supplémentaires.

Le résultat ? Un château de cartes musical délicatement équilibré, transcendant les genres et prouvant ce qu’il est possible de faire lorsqu’un artiste suit son instinct. Ce que Walter considère comme de nouveaux personnages » – ces parties d’elle-même nouvellement découvertes qu’elle a rencontrées sur le chemin de I Am Alicia – sont incarnés dans chaque morceau successif qui explore davantage les thèmes de l’attente, de l’identité et de l’ego, et de l’appartenance à travers une variété de sons et d’attitudes.

Sur « House of Yes », une ode libre au lieu de danse bien-aimé du même nom à Brooklyn, notre protagoniste prête pour le club nous défie de la rencontrer au centre de la piste de danse, nous tentant avec la liberté qui vient en se sentant en sécurité – et sauvé par le DJ. Le riff funk familier de « Suit Yourself » amortit les exigences de diva de Walter et sa façon ludique de faire face à sa propre mortalité et de choisir d’en tirer le meilleur parti, tandis que la lettre d’amour à sa nouvelle personnalité, « A Toast », habilement criblée de références aux comédies romantiques new-yorkaises, et « Standing at your Doorstep » détaillent l’optimisme et la promesse des nouveaux départs.

Avec le morceau de clôture « I Am » » Alicia Walter se trouve à la fin d’un voyage tout en sachant qu’un autre pourrait être juste au coin de la rue. Pour la prochaine fois, elle est mieux équipée. Elle se connaît. Une déclaration puissante, presque orchestrale, qui se situe quelque part entre Carole King et Diana Ross, tout en restant bien à elle, notre héroïne trouve sa vérité : « Je suis moi/Unéquivoquement/Qui d’autre serait-ce ? et hey, c’est un plaisir de vous rencontrer » (I am me/Unequivocally/Who else would it be?/And hey, it’s so nice to meet ya).

Que vous le vouliez ou non, tout le monde est jeté dans le feu de tant de façons différentes. On est forcé de changer et de réaliser des choses sur soi-même dont on n’aurait jamais pensé qu’elles faisaient partie de nous. Walter dit ainsi : « Cela va continuer à se produire, et je pense que ce sera le même sentiment dans 10 ans – que j’ai tellement changé depuis le début de cet album. Mais je ne changerais rien maintenant. C’était l’expérience du phénix surgi des cendres et, pour cette raison, c’en est magnifique. »

***1/2


Elvis Costello & The Imposters: « The Boy Named If »

15 janvier 2022

Malgré ses débuts prometteurs en tant qu’incendiaire punk, Elvis Costello a, au cours des dernières décennies, délaissé le rock au profit du piano jazz, des ballades de Tin Pan Alley et de divers autres idiomes pop pour adultes. Même le travail de studio de l’auteur-compositeur-interprète avec les Imposters – essentiellement les Attractions, mais avec Davey Faragher de Cracker à la place de Bruce Thomas, qui n’est plus là – est rarement aussi solide que les concerts du groupe. Mais si The Boy Named If, le 32e album studio de Costello et le quatrième crédité à lui et aux Imposters, est une indication, il a délibérément attendu. Dans ses meilleurs moments, l’album rivalise avec l’énergie fracassante et la verve mélodique de la période classique du chanteur.

Le dernier projet de Costello, Spanish Model, était une réimagination de son album de 1978 This Year’s Model, avec un ensemble d’artistes latins chantant des versions en espagnol des chansons sur les pistes originales. Il semble concevable que le processus d’excavation et de refonte de ses anciens titres ait influencé la façon dont Costello a abordé The Boy Named If. The Imposters jouent ici avec un sens comparable de l’énergie nerveuse – impressionnant étant donné que le groupe a enregistré ses parties séparément dans leurs maisons respectives en raison de la pandémie.

Costello a décrit les chansons de The Boy Named If comme décrivant les derniers jours d’une enfance déboussolée jusqu’à ce moment mortifiant où l’on vous dit d’arrêter d’agir comme un enfant. C’est peut-être ce sentiment d’adolescence fugace qui a fait de Costello le jeune homme en colère, blasé sur le plan romantique, qui a réalisé This Year’s Model et My Aim Is True en 1977.

Sur « Magnificent Hurt », Costello proclame : « Mais la douleur que j’ai ressentie me permet de savoir que je suis en vie et j’ai ouvert mon cœur à ce que tu me fais ressentir » (But the pain that I felt/Lеt me know I’m alive/And I openеd my heart/To the way you make me feel ). C’est un sentiment vulnérable, tragiquement romantique, qui n’a rien à voir avec ce que le Costello d’antan professerait. De même, sur la délicieusement ludique « Penelope Halfpenny », il s’émerveille d’une amourette plus âgée, là où le Costello de la fin des années 70 n’aurait fait que ricaner.

Tout au long de The Boy Named If, Costello souligne ces thèmes de jeunesse avec un mélodisme si vif qu’on pourrait croire qu’il s’est remis à écrire des chansons avec Paul McCartney. La chanson-titre blues-pop, une ode à un ami imaginaire malicieux, se balance de façon tour à tour démente et étourdie, tandis que « The Difference » et « Mistook Me for a Friend » s’enchaînent avec des rythmes radieux.

Avec « What If I Can’t Give You Anything but Love » et « My Most Beautiful Mistake », Costello propose des chansons en roue libre aux accents country, tout en laissant aux Imposters la liberté de créer leur groove nerveux habituel. C’est quelque chose que l’on pourrait rarement dire des incursions plus formelles des Attractions dans le genre pendant leur apogée dans les années 80. Ailleurs, les traits d’orgue de Steve Nieve jouent habilement avec la voix de Costello sur « Magnificent Hurt » et le boogie de « Farewell, OK ».

Après tout cela, la fin de The Boy Named If trouve Costello soudainement de retour en mode crooner avec le swing des chaussures souples de « Trick Out the Truth » et le lunatique « Mr. Crescent ». Les deux morceaux sont tranquillement exquis et permettent de se détendre après les montées d’adrénaline de la première moitié de l’album. Ils soulignent les façons dont The Boy Named If est aussi complet et souvent passionnant que tout ce que Costello a enregistré depuis des années.

***1/2


TV Smith: « Lockdown Holiday »

13 janvier 2022

TV Smith,, ou Tim comme peru de personne ne peuvent le prénommer, faisait partie de la première vague de punks formant The Adverts en 1976 – vous vous souvenez de « Gary Gilmore’s Eyes » ? ,TV n’est jamais resté hors des radars , comme le démontre amplement son dernier album, Lockdown Holiday. À l’instar de nombreux artistes, il a vu 2020 disparaître et a même succombé au Covid-19 dans les premiers jours de la pandémie.

Lockdown Holiday est une sorte de journal de l’année qui s’ouvre sur l’histoire d’une tournée annulée et de l’infection par le virus. Cette chanson s’intitule, de manière surprenante, « The Lucky Ones » et lorsque TV fait basculer le récit dans la misère d’un camp de réfugiés, cela prend tout son sens. Avant cela, il parle d’achats à la sauvette et « d’entendre les mots de la Gauche jaillir de la bouche de la Droite » (hearing the words of the Left spouting out of the mouths of the Right). Le deuxième titre, « Bounce Back », se réjouit de la fin de la pandémie tout en commentant les vicissitudes de la vie sous les verrous.

L’album a été enregistré avec une seule guitare solo dans le home studio de TV et il n’y a rien de très subtil. Il n’y a rien de très subtil dans cet album, mais on ne veut pas de subtilité, et les cibles sont bien indiquées dans les titres. « Artificial Flowers » méprise le plus petit dominateur commun que la société a atteint avec une précision médico-légale : «  quand tu as regardé tous les coffrets, qu’est-ce qu’il y a après ? » (when you’ve watched all the box sets what’s next?). Quoi en effet ?

« Fake News » » et « Send In The Clow » » visent les cibles évidentes et entre les deux, « Lockdown Holiday » commente la nouvelle réalité et demande qui paiera quand tout sera fini. Smith n’a aucun doute à ce sujet. Les trois titres suivants, «  The Race For Last Place », «  Join The Mainstream » et « Let’s Go Back To The Good Old Days » pointent du doigt le gouvernement et ses efforts pour nous coincer et nous faire nous conformer à sa vision : regarder de l’autre côté, suivre le troupeau, ne pas faire de vagues. Malheureusement, il prêche à ceux qui sont déjà convertis.

« I Surf The Second Wave » », dont le titre est un jeu de mots, est vraiment une chanson de défi, mais la dernière composition,  « Going Nowhere Fas » », nous ramène à la dure réalité de la vie. Lockdown Holiday est un disque à écouter lorsque vous vous sentez abattu par la corvée et que vous avez besoin qu’on vous rappelle de rester en colère. Et ceci n’est pas difficile.

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Gospelbeach: « Jam Jam »

12 janvier 2022

Les membres de GospelbeacH ont des CV aussi longs que l’envergure de Wilt Chamberlain, mais aucun d’entre eux n’a participé à un projet comme celui-ci. Le partenaire de Brent Rademaker au sein de Curation Records est l’heureux propriétaire d’une énorme réserve de « singles » bubblegum et glitter pop, et après avoir fouillé dans certains d’entre eux, Rademaker a eu l’idée de donner à quelques chansons le traitement GospelbeacH. Sur le EP Jam Jam, le groupe et les chansons se rencontrent à mi-chemin dans une collision glorieuse de mélodies sucrées et d’accroches loufoques, de voix traînantes et de country-rock chaleureux. Le groupe a extrait de vraies valeurs sûres et les a remises au goût du jour. L’obscurité scintillante dégagée par « Jam Jam » de l’American Jam Band reçoit un coup de fouet, le très Badfinger-eque « Lovin’ You Ain’t Easy » de Michel Pagliaro fait un pas moelleux vers le paradis du soft rock, et le classique bubblegum « Gimme Gimme Good Lovin » n’est pas vraiment une chanson, mais le groupe la traverse avec juste ce qu’il faut d’énergie et de gaieté.

Les points forts de ce trop court EP sont la reprise par GospelbeacH de « Albatross » »de Chunky, qui s’accompagne d’un rythme glam joyeusement trépidant et de quelques synthétiseurs sérieusement ringards, ainsi qu’une adorable version du joyau pop ensoleillé de Sandy Salisbury, « Do Unto Others ».

Le groupe la fait sonner comme une chanson perdue de Tom Petty au début de sa carrière, tout en ajoutant des harmonies vocales assez jolies pour un album des Beach Boys. Ce n’est pas une surprise puisqu’elles sont assurées par Nelson Bragg, un membre de longue date du groupe de Brian Wilson. Jam Jam est une petite diversion amusante pour GospelbeacH, montrant qu’ils peuvent faire de la légèreté et de la brise comme si c’était une seconde nature. C’est également un bon point de départ pour quiconque souhaite découvrir le bubblegum et les paillettes en remontant à la source des excellents choix du groupe.

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Songs for Snakes: « Forced Pleasantries »

11 janvier 2022

Quand on atteint un certain âge, on a besoin de temps en temps d’une bouffée de nostalgie bien exécutée, et le trio de San Francisco Songs for Snakes est la machine à remonter le temps musicale parfaite pour un voyage dans les années 1990. En mettant l’aiguille sur l’édition vinyle bleue et transparente, vous entendrez une bonne dose de post-hardcore à la Jawbox, et une tonne de Sugar, le groupe de Bob Mould qui a succédé à Husker Du, étalée sur tout, jusqu’aux virages d’accords occasionnellement adaptés au shoegaze.

Le chanteur Bill Taylor aime beaucoup le timbre de voix de Mould, bien qu’il le mélange à 80/20 avec le râle de Richard Butler. Le groupe a clairement ses influences, mais il a aussi des mélodies qui tuent, des refrains géniaux ; ne soyez pas surpris si vous vous retrouvez à jouer de la batterie avec le batteur Steve Delany. Si vous cherchez un point de départ, vous ne vous tromperez pas avec l’un de ces huit morceaux, mais le morceau d’ouverture, « Confusion Is Control », à la fois percutant et mélodique, est la meilleure expression des talents du combo.

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Spector: « Now or Whenever »

11 janvier 2022

Now or Whenever est le premier album studio de Spector en six ans, et il valait vraiment la peine d’attendre. Sorti sur le propre label du groupe, Moth Noise, les réflexions et les moments instantanés de l’album créenten effet un désir de nostalgie du passé. Mais n’ayez crainte, l’obscurité de cet album est compensée par des éclats ensoleillés de guitare électrique et des paroles infectieuses que les fans toujours fidèles de Spector chantent sans doute mieux lors d’un concert.

L’ouverture du disque, « When Saturday Comes », s’enfoncera dans la réverbération et les cordes traînantes, imitant le sentiment d’anticipation dans une foule lorsque les lumières s’éteignent. Jusqu’à ce qu’éclate le premier « single » du LP ,  « Catch You On The Way Back In », une explosion de guitare électrique hurlante rapidement rejointe par une batterie head-banger. La voix caractéristique du frontman Fred MacPherson est chaleureuse à côté de la sonorité agressive du morceau, malgré la juxtaposition de ses paroles mélancoliques et accrocheuses. La quintessence du combo.

« No One Know Better » et « Bad Summer » seront d’autres titres classiques des géants de l’indie, avec une instrumentation live convaincante et des détails étrangement méticuleux. Il en ira de même pour « Funny Way Of Showing It », qui s’en prend à un amant peu performant refusant de se contenter d’un entre-deux – « est-ce une plaisanterie ou as-tu pris ta décision ? » (is this a wind up, or have you made your mind up ?). Un solo de guitare insolent sur le pont attire l’attention ; choisissez-moi ! soupire la chanson, et nous sommes plus qu’heureux de nous y plier.

Un côté plus doux sur le plan sonore, « Norwegian Air » offre un délice au synthé qui ressemble à la scène new-yorkaise ( le projet Black Marble), mais les paroles émotives caractéristiques de Spector restent inébranlables. Des nouvelles vagues plus électroniques arrivent avec « I’m Not Crying You’re Crying » – une réflexion au clavier, avec de l’argot Internet et les rimes parfaites du groupe. L’intérêt réside ici, un ajout frais à la discographie de Spector qui gagne en nuance.

Les auditeurs prendront une grande inspiration devant la beauté de « An American Warehouse in London » ; gardant le meilleur pour la fin, les synthés éparpillés sur le LP se cristallisent pour produire ce qui ressemble au générique de fin poignant d’un très bon film, et la conclusion parfaite pour un concert. Alors que le protagoniste réfléchit sur cette dernière piste, les auditeurs font de même, avec une guitare réverbérante et un goût merveilleusement doux dans la bouche.

Spector nous montre le côté plus doux de l’indie, tout en conservant la guitare claquante que nous avons appris à connaître et à aimer. C’est le genre d’album dans lequel il vaut mieux se glisser comme dans un bain chaud – guitare électrique pétillante, bulles d’air, et contemplation de vieilles flammes. Now or Whenever est plus un album de croissance qu’un album de spectacle, mais il a beaucoup à montrer.

***1/2


The Chills: « Scatterbrain »

10 janvier 2022

Le groupe néo-zélandais The Chills a sorti son premier album, Kaleidoscope World, en 1986. Plein de mélodies rythmées et de thèmes cultes, il a bouleversé le monde. Près de quarante ans plus tard, en 2021, leur septième album studio, Scatterbrain, témoigne de la longévité du groupe et de sa capacité à conserver son style, sans être trop terne ou ancré dans des rythmes ou des bruits répétitifs. Martin Phillipps, le moteur du groupe, écrit des chansons à la thématique puissante comme « Monolith » et « Worlds Within Worlds » avec des textes squelettiques au sein de cet opus.

Laissez donc à un groupe basé en Nouvelle-Zélande le soin d’écrire un disque débordant de sonorités uniques. Chaque chanson fait appel à des instruments différents, ce qui évite à l’album de se reposer sur un son particulier. Des cuivres et des tambours de « You’re Immortal » aux percussions douces de « Safe and Sound », Scatterbrain offre une collection de paysages sonores différents, dans le plus pur style de Dunedin. Les Chills sont considérés comme l’un des groupes fondateurs du Dunedin sound, un style de pop indé bourdonnant et sautillant originaire de la ville de Dunedin, dans le sud de la Nouvelle-Zélande. La chanson titre « Scatterbrain » est un chef-d’œuvre psychédélique et réverbérant qui porte bien son nom, tandis que le morceau suivant, « The Walls Beyond Abandon », mêlera trompettes triomphales et paroles désespérées comme du miel et du citron.

« Et je me fiche de savoir à quel point tu es courageux / Personne n’échappe aux murs au-delà de l’abandon » (And I don’t care how brave you are / No one escapes the walls beyond abandon), chante Phillipps. La plus grande caractéristique de l’album, comme c’est l’habitude pour ce groupe kiwi, ce sont peut-être les thèmes. Les paroles sont souvent sombres et cultissimes, ce qui les rapproche d’autres groupes comme Arcade Fire. « Dark times, nothing left to say / Black holes, draining all the light away » (Périodes sombres, rien à dire / Des trous noirs, qui drainent toute la lumière) introduit l’acoustique « Hourglass » ; Phillipps et compagnie présentent les thèmes de la perte et du désespoir tout en restant constamment optimistes. La répétition des refrains rend l’écoute sombre, mais Phillipps parvient toujours à reprendre le dessus avec un couplet hors des sentiers battus ou en laissant les instruments parler.

À la première écoute, il est facile de ne pas considérer l’album comme une tentative de recréer des éléments de titres et de formules passés, mais c’est très simpliste. Oui, Scatterbrain nécessite une certaine dose de ver d’oreille pour que les répétitions s’accrochent ; une fois que cela se produit, cependant, tout le reste ne fait que rebondir et bourdonner dans votre tête comme des lucioles la nuit. Avec ses 31 minutes sur 10 pistes, cet album n’est pas aussi grandiose que la plupart des autres albums de la discographie du groupe, mais chaque seconde est chargée d’intensité, passant de la confusion à la sensibilité et à l’énergie positive. « La logique est terminée, la simplification / pas de place pour la répétition, et pas d’illustration » So logic is over, simplification / no room for repeating, and no illustration), chante Phillipps sur « Scatterbrain », associé aux drones endiablés comme un avertissement sur l’expérience de la rêverie.

En tant que personne ayant connu de nombreuses luttes et tragédies dans sa vie, personne ne peut reprocher à Phillipps d’avoir créé un album si timidement positif qu’il en est sinistre et sombre – Phillipps a perdu un ami à cause d’une leucémie et a lutté contre l’hépatite C. La vérité est que c’est un album brillamment singulier, qui correspond parfaitement au style de The Chills tout en étant frais et vibrant. Scatterbrain est un testament de l’intemporalité du groupe et de sa capacité à créer des œuvres d’art sur plusieurs décennies sans jamais perdre le contact avec qui ils sont ou s’étioler.

***1/2


The Reds, Pinks & Purples: « Uncommon Weather »

10 janvier 2022

Le troisième album de Glenn Donaldson sous le nom de Reds, Pinks & Purples distille une pop mélancolique dans une pureté lucide. Des lignes de guitare enrobées de fuzz s’élèvent de statiques brouillards de sifflements et de bourdonnements. Les mélodies ondulantes se frayent un chemin prudemment vers le haut, puis retombent doucement dans la plus douce des résignations élégiaques. Il y a une grâce et un rayonnement dans ces chansons qui pourraient vous rappeler les meilleurs janglers lo-fi – The Bats, David Kilgour, Kelley Stoltz – et un humour sournois qui rappelle les Television Personalities.

Donaldson a commencé Reds, Pinks & Purples en 2019, après que la mort à vélo de Josh Alper ait mis fin à la magnifique clameur d’Art Museums. Jusqu’à présent, ses trois albums sont des artefacts faits à la main, par un seul homme, avec des couches étincelantes de guitares, un peu de claviers, le cliquetis sourd de tambours organiques et mécaniques et des mélodies nostalgiques aux bords doux, teintées de regrets en clé mineure.

Sur le plan lyrique, les chansons de Uncommon Weather font le deuil de deux grandes obsessions insatisfaisantes : la romantique et l’artistique. « J’espère ne plus jamais tomber amoureux » (I hope I never fall in love again), confie Donaldson dans la chanson du même nom, et quelques chansons plus loin, il observe : « Un coup de pied au visage qui est l’amour/ou un coup de poing dans la bouche » (a kick in the face that’s love/or a punch in the mouth). Plus tard encore, il promet de rencontrer une ex et son nouvel amour (une promesse à laquelle il ne semble pas vraiment tenir) en soupirant : « Je suis sûr que ce serait bien » ( I’m sure that would be nice). Pourtant, ces chansons sont à l’opposé de l’amertume, un haussement d’épaules et un « c’est comme ça » » les imprégnant de la moindre couleur de mélancolie.

Donaldson tire plus de mordant et d’énergie de ses frustrations professionnelles. « Biggest Fan » fait ainsi la satire des rabatteurs à la table de merchandising qui n’ont pas encore acheté de disque. « Mais avez-vous acheté les disques, pouvez-vous citer trois de leurs chansons ? » (But did you even buy the records, could you, name three songs by them ?), insiste-t-il, tout en douceur, avec un esprit vif mais pas méchant. La chanson la plus émouvante, la plus excitante sera « The Record Player and the Damage Done » avec ses voix qui s’entrecroisent et ses harmonies froissées ; un titre qui parle, assez symboliquement, de musique et non d’amour.

Les compositionss ont toutes une certaine beauté ébouriffée, comme si elles ne s’étaient qu’à moitié réveillées, les yeux encore marqués par le mascara de la nuit dernière, mais elles sont tout de même à couper le souffle. Uncommon Weather est sans aucun doute le meilleur des disques Red, Pinks & Purples jusqu’à présent, un album qui est presque parfait sans avoir l’air d’en faire trop.

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