Forrest Fang: « Forever Cascades »

27 janvier 2022

La musique de Forrest Fang refuse de se résumer et invite à la contemplation. Personne ne possède ou n’habite le son comme le fait cet homme. Fruit d’une réflexion sur les significations pures, Forever Cascades (67:12) stimule une catégorie de pensée qui se passe de mots, d’images ou de symboles d’aucune sorte – et qui peut pourtant converser parfaitement avec les mécanismes intérieurs de chaque auditeur. Fang, le multi-instrumentiste, a produit ici dix morceaux qui imaginent un royaume juste au-delà de celui du quotidien. Ces environnements sonores détaillés sont stimulants pour les connaisseurs et invitants pour les non-initiés. Pourtant, nous devrions renoncer à nous trouver représentés quelque part dans la complexité de cette musique, et plutôt nous concentrer sur ce qu’elle nous fait ressentir.

Aussi diversifiés que soient les tons, les textures, les atmosphères et les paramètres énergétiques, il devrait être évident que ces dix compositions, bien qu’empruntant toutes des routes différentes, se dirigent vers la même destination. Là où une composition se déplace comme un rapide fantôme argenté, la suivante sera aussi calme qu’un murmure. Passant par des tons tamisés, l’arc expressif de Forever Cascades s’élève vers un registre plus lumineux, ou tout aussi facilement, il peut nous submerger comme une tempête. Sans cesse en éveil, absorbant et se déplaçant vers l’intérieur, cet album s’illumine aussi dans des envolées expressives et fantaisistes. Qu’il repousse les limites de la musique ambiante ou qu’il évoque un monde perdu du Nouvel Âge, ce travail excite les oreilles autant qu’il soigne l’esprit. Si l’art de la musique consiste à transporter le public, alors Forrest Fang est un guide incomparable. Ses talents élèvent Forever Cascades à un niveau nettement supérieur à celui de la musique instrumentale contemporaine ordinaire, car sa force d’humilité aspire à transformer les distances entre les gens en une intimité avec le monde entier.

***1/2


Silverbacks: « Archive Material »

27 janvier 2022

Silverbacks, groupe de art-rock basé à Dublin, reviennent ici avec leur deuxième album Archive Material, qui fait suite à Fad, sorti en 2020. Dans cenouvel opus, ils tentent d’exprimer la nature absurde et confuse de notre monde post-pandémique dans un disque qui atteint des sommets punk foudroyants et des creux mélancoliques et introspectifs.

Archive Material s’ouvre sur le morceau titre une composition qui prépare habilement l’auditeur à la cacophonie qui l’attend. Avec une batterie qui martèle et des guitares teintées de surf qui sonnent comme un « California Uber Alles » actualisé pour les temps modernes, le chant a un air de menace, hurlant la monotonie du monde moderne et quotidien. Des paroles telles que « J’ai des amis en cravate, en creusant dans les archives. Même la mort ne te ramènera pas » (I got friends in a necktie, while digging in the archive. Even death won’t take you back) soulignent le sentiment de frustration qui imprègne la majorité du disque.

Ce sentiment d’exaspération se poursuit sur des morceaux tels que « A Job Worth Something », « Rolodex City » et « Recycle Culture », ce dernier étant le plus direct dans son sentiment de frustration. Dès le début du morceau, le bruit des guitares enfle et s’amplifie, ne demandant qu’à jaillir des haut-parleurs et à vous attraper par le col. Le morceau se transforme en un cri cathartique, Silverbacks s’en prenant à la culture du « faux-sauveur. » C’est le message politique le plus direct et le plus précis de l’album et c’est une sortie dont on avait bien besoin.

Archive Material n’est pas seulement un album de punk exaspéré : c’est un disque qui n’oublie pas de mettre son âme à nu de temps en temps, de couper les commentaires et d’aller à l’essentiel tout en gardant un côté hargneux. On peut le constater sur « They Were Never Our People », qui ralentit le tempo et minimise la structure mélodique. Avec un simple riff de guitare et un battement de tambour soutenant les voix dans les couplets, il a une qualité presque parlée avec une intimité qui est à la fois captivante et troublante. Il saisit l’auditeur et refuse de le lâcher pendant toute la durée du morceau, et c’est peut-être le morceau le plus captivant de tout l’album.

Avec leur deuxième album studio, Silverbacks a mûri et grandi, mais ne s’est certainement pas reposé sur ses lauriers. Plus rapide, plus dur et plus direct que sur son premierdisque, Archive Material est un album beaucoup plus complet. Pour votre dose quotidienne d’agressivité brute, punk, avec un côté école d’art, ne cherchez pas plus loin quenos Dublinois.

***1/2


Miles Kane: « Change The Show »

26 janvier 2022

Miles Kane revient avec son album le plus abouti à ce jour dans la mesure où il représente une habile fusion des genres. Change The Show est, en effet, une plongée profonde dans ses réflexions sur la vie, l’amour et tout ce qui se trouve entre les deux, et démontre une approche plus réfléchie de la vie de la part de Kane.

Réenregistré après une collaboration impromptue avec les voisins de son duo psycho-rock Sunglasses for Jaws, Change The Show ressemble à une version musicale de Kane en train de muer et à l’album que Miles attendait depuis longtemps.

Oui, il y a encore des flashs de son passé indé, mais il s’agit davantage d’un son poli, sophistiqué, plus mature et plein d’âme qui semble correspondre à son approche plus détendue de la vie. Cependant, il ne faut pas croire que c’est un album pour se détendre. Il y a toujours beaucoup d’ardeur, surtout dans « Don’t Let It Get You Down », où Paul O’Grady fait une apparition inattendue.

Des sentiments et de l’amitié à la politique et au vieillissement, Miles Kane navigue comme un pro dans son quatrième album, avec sa propension à faire des écarts et à s’adapter. Bien qu’il se livre à un examen de conscience assez poussé, on retrouve aussi l’humour d’observation qui a fait la réputation de Miles. Chaque titre de Change The Show démontre son amour de la Motown / northern soul et son influence sur l’écriture de ses chansons. Le titre « Tell Me What You’re Feeling » est un titre véritablement époustouflannt à même de faire vibrer la foule des concerts festivaliers.

Le morceau d’ouverture «  Tears Are Falling » donne le ton et fait allusion à son penchant pour la théâtralité «  …Tired of breaking all the rules ». En parlant de briser les règles, Miles fournit des commentaires et ses idées sur la politique dans le morceau titre qui a été écrit en regardant les nouvelles un matin, sur le canapé après avoir été continuellement désenchanté par l’injustice et la négativité qui entoure l’agenda politique.

L’un des titres les plus marquants, « Nothing’s Ever Gonna Be Good Enough », en duo avec l’exemplaire Corinne Bailey Rae, est un morceau délicieux, inspiré des années 60, qui mettra tout le monde sur la piste de danse.

Si vous êtes à la recherche de sensations fortes par une froide matinée d’hiver, Change The Show vous réchauffera le cœur et vous fera regretter l’insouciance et la brume qui présidaient aux festivals d’été.

***1/2


Blood Red Shoes: « Ghosts On Tape »

26 janvier 2022

Blood Red Shoes est vraiment en forme en ce moment, réussissant à faire sonner son nouvel album, Ghosts On Tape, comme l’enfer à de nombreux endroits, mais aussi à faire sonner l’enfer comme un endroit hautement désirable ! Quand il ne sonne pas comme l’enfer, c’est comme si le paradis avait entendu parler des fêtes folles qui se déroulent dans le monde souterrain et avait décidé d’organiser la mère de toutes les raves euphoriques. On dirait que les deux cosmologies religieuses s’affrontent, avec un effet remarquable. Eh bien, laissez-nous vous expliquer. Un peu cela.

Dès le début, « Comply », avec son motif de piano dépouillé et obsédant et le chant plutôt torturé de Steven Ansell, vous vous rendez compte qu’il s’agit d’un album de Blood Red Shoes pas comme les autres. En effet, la narration – car Ghosts On Tape se rapproche certainement de l’album conceptuel – a été inspirée, selon le texte de présentation fourni : « des podcasts de crimes et de meurtres réels, de nombreuses chansons du disque sont racontées en tant que personnages et explorent la psyché sombre de ceux qui sont au sommet de l’exclusion ».  Pas étonnant donc que ça sonne si sombre !

Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas très amusant – la voix de Laura Mary Carter sur le brillant « Morbid Fascination » rappelle Kylie Minogue ou peut-être Alison Goldfrapp dans un sleazefest dancefloor (je dis cela de manière extrêmement positive), tandis que « Murder Me » fait un clin d’œil à PJ Harvey.

La pulsation de « Give Up » possède une forme, celle d’une chanson en deux parties – la voix urgente et furieuse d’Ansell fait sonner le morceau comme un croisement entre The Prodigy et Asian Dub Foundation pendant ses deux premières minutes. C’est la seconde moitié qui nous conduit à créer la sous-intrigue (probablement incorrecte) Paradis contre Enfer si on veut schématiser. Ce qui ressemble à un battement de cœur rapide séparant les deux parties, mène à une ascension euphorique, d’un autre monde, vers les nuages et au-delà. C’est totalement inattendu, et c’est quelque chose que l’on trouverait plus facilement sur un morceau de, disons, A Winged Victory For The Sullen par exemple.

« Sucker » a une accroche qui tue (sans mauvais jeu de mots) et incorpore des éléments de glam pour relever son aspect autrement troublant. Le résultat est assez beau et constitue un véritable point fort. I » Am Not You » arborera, lui, le genre de bord tordu que vous auriez trouvé sur le fabuleux album Violent Silences de Rico en 2004, alors que «  Dig A Hole » est merveilleusement théâtral et dramatique, avant que le son glam ne soit revisité avec un effet splendide st dantesque sur «  I Lose Whatever I Own » , grâce à son rythme similaire à celui de «  Gold On The Ceiling » » des Black Keys.

Il n’y a pas de ratés ici, et pour clore Ghosts On Tape, « Four Two Seven » mous fera penser d’abord à Britt Ekland, qui frappait avec flirt sur le mur du pub dans The Wicker Man, puis aux débuts d’Ultravox. On adore, pour conclure, la variété des influences sur ce disque, qu’elles soient réelles ou simplement imaginées, mais, quoi qu’il en soit, une chose est sûre : Blood Red Shoes, quelque 17 ans après sa formation, vient de sortir le meilleur disque de toute sa carrière.

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Randal Collier-Ford: « The Architects »

24 janvier 2022

Un facteur déterminant dans la musique de Randal Collier-Ford est la façon dont il parvient à chevaucher la ligne entre l’ambient sombre / drone et les sons électroacoustiques traités. En effet, on y trouve plus qu’un clin d’œil aux pionniers de l’acousmatique et de la musique concrète. Bien que The Architects soit l’un de ses plus anciens albums, il est un excellent exemple de la manière dont cette approche non conventionnelle peut être écoutée.

Chacun des huit morceaux, dont la durée varie de 4 à plus de 13 minutes, explore différents points de cet axe. À cette fin, « Eye of the Watches » propose des couches de synthétiseurs qui couvrent lentement et sont accompagnées de sons complexes à caractère mécanique. Et ailleurs « Construction of a Demon » se concentre principalement sur des échantillons sculptés, des objets trouvés et des éléments percussifs électroacoustiques, représentant peut-être les outils et les processus d’un atelier infernal.

Mais là où Collier-Ford brille vraiment, c’est dans l’utilisation d’explosions de bruits étouffants et déchirants comme élément récurrent sur plusieurs pistes. Ces explosions de batterie et de synthétiseur se présentent comme des ondes de choc staccato lentes dans « A New Age et The Return ». Ils accentuent les drones et les percussions susmentionnés d’une manière résolument cinématographique. Alors que certains des autres morceaux pourraient être décrits comme étant au moins un peu ambiants, ces morceaux ne le sont absolument pas. The Architects représente, de ce fait, un effort hautement recommandé venu d’une source injustement sous-estimée.

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Chiron: « The Sun Goes Down »

21 janvier 2022

D’Australie, nous entendons régulièrement la voix de Michael Aliani, le frontman et inspirateur de Chiron, dans des morceaux sombres et dansants. Le groupe vient de terminer son nouvel album, The Sun Goes Down. Probablement la chose la plus sombre qu’ils aient jamais envoyée à nos oreilles.

Fortement influencés par Joy Division et plus tard par New Order, Chris McCarter, Michael Aliani (alias Carrodus) et Dino Molinaro créent le groupe Death In Dark, qu’ils rebaptisent Ikon en 1991. Michael Carrodus a quitté Ikon en 1997 et a lancé ce projet Chiron. Ce qui a commencé comme un projet d’un seul homme s’est cependant rapidement transformé en un groupe permanent, avec le bassiste Dino Molinaro (Ikon), Shura Bi-2 et Lyova Bi-2, deux membres du groupe de rock russe B2.

Avec des thèmes tels que l’isolement, la solitude et la perte, il s’agit certainement de leur version la plus sombre en termes de contenu. Sur The Sun Goes Down, Michael est à nouveau rejoint par Molinaro à la basse et au violoncelle et pour la première fois par Leanne Coe au saxophone.

Lentement, le rythme se fraye un chemin à travers « Surrender » dans un paysage sonore bruyant avec un synthétiseur tranchant. Sur le fait d’être victime de sa propre captivité, alors que l’on a tout pour s’en sortir. La chanson elle-même ne s’éclate à aucun moment, mais flotte sur une beauté sombre et désolée et nous rappelle les morceaux résignés que Gary Numan pose parfois. La valeur ajoutée des accents chaleureux du saxophone est immédiatement évidente. En effet, dans l’intro de « Rage », il prend un rôle principal profondément menaçant, tandis que des influences folkloriques peuvent également être entendues dans cet intermezzo instrumental.

Des rythmes dansants prennent immédiatement le dessus sur « Sadly », tandis que les voix dégagent une dureté sinistr, stricte et intouchable. Les rythmes de « Darker Days » sont beaucoup plus sensuels et stimulants, bien que les synthés flottants soulignent la menace. La voix de Michael Aliani, telle qu’elle apparaît dans ce morceau, chantant avec douceur et mélancolie, est merveilleusement touchante. Vers la fin, on entend quelques éléments synthétiques surprenants. Une valeur ajoutée ? Pas vraiment. Après quelques secondes, on a l’impression d’écouter un autre morceau – moins bon -. « Let Us Begi »n commence de manière industrielle, avec de fortes percussions et une atmosphère brute et sans fioritures dans le chant.

« Deep Inside » exhibe des rythmes mécaniques dans un paysage sonore sombre sur lequel les mots parlés sonnent gris, jusqu’à ce qu’ils se glissent dans une atmosphère douce et hypnotique, avec des cordes chaudes. Un morceau intelligemment construit avec beaucoup de contraste, mais qui ne sort pourtant pas de cette obscurité.

Amère et mauvaise, « Frantic » sera la piste de l’âme brisée. Désolée et grise, avec une ligne de saxophone solitaire qui surgit de temps en temps. Alors que le vent hurle avec les sons du saxophone, la ligne de synthétiseur prend un caractère rétro dans « Forsaken ». Les sons grinçants et abrasifs, ainsi que la voix gémissante, transforment cette chanson plutôt minimaliste en un morceau mystérieux et menaçant. Cela s’adoucit sur « Decline », avec ses paysages sonores et ses rythmes arqués, comme s’il s’agissait d’enregistrements de terrain provenant de quelque endroit exotique. Après une minute et demie, nous entendons des mots parlés. Très rudes et en fait très laids, mais après quelques secondes, ils se déforment en voix douces et fines que nous aimons et qui étaient en fait trop peu présentes sur cet album. Malheureusement, cela se répète à plusieurs reprises. Il est incompréhensible que ce type de contraste ait été choisi, car il n’a aucune valeur esthétique ; elle a seulement un effet.

« That Feeling » s’ouvre sur des sons cauchemardesques, qui s’étirent et s’enflamment dans un chaos de scintillements, un bois, une batterie menaçante en arrière-plan ou un rythme de bleeping. Un instrumental très cinématographique !

« Torn » présente, lui, quelques éléments industriels sur un tourbillon électronique intéressant. Un titre qui nous plaît énormément, mais qui nous laisse en même temps un sentiment de déchirement à l’écoute, à cause du ton menaçant et de la déception presque palpable dans la voix émotionnelle de Michael.

Chiron se termine par une contribution belge, puisque nous avons droit à un remix de « Darker Days » par Jean Marc Lederman, qui a adouci le titre de manière vulnérable dans un arrangement au piano et a ajouté des rythmes pétillants et des détails exceptionnellement beaux au son, comme lui seul sait le faire.

Pour les fans de post-punk qui aiment le son typique de Joy Division, mais aussi les premiers travaux de Clock DVA (nous avons pensé à leur premier album Thirst à plusieurs reprises). Un bon son gothique et new wave.

***1/2


Natasha Barrett: « Heterotopia »

21 janvier 2022

Le monde de « acousmatique » entre en 2022 avec une autre merveilleuse sortie de Natasha Barrett, cette fois avec un album sur le label Persistence of Sound.  Heterotopia nous présente trois pièces d’art sonore enchanteresses, toutes dotées des qualités typiques d’écoute répétée que l’on attend d’une telle sa musique.

L’hétérotopie, du grec héteros (autre) et tópos (lieu), est un concept philosophique développé par Michel Foucault dans les années 1960.  Comme tout champ d’étude philosophique, il peut rapidement se transformer en un terrier de lapin très profond, mais on peut subodorer que la direction prise par le compositeur est mise en évidence par cette citation décrivant la première iste de l’album, « Speaking Spaces No. 1 : Heterotopia » :

« Je ne me souviens plus du moment où j’ai réalisé : plutôt que d’entendre l’aboiement du chien, le cri de l’épervier, la circulation ou l’enfant, j’entendais plutôt la forêt, la montagne, la paroi rocheuse, la ville. C’était quelque chose de plus que les espaces qui parlaient dans leurs réflexions acoustiques. Ces rencontres ont contredit la perception normale et sont devenues des expériences transformatrices au cours de mes promenades dans le paysage. Les espaces contenaient maintenant plus de couches de signification que ce qui était immédiatement évident à l’œil et à l’oreille. « Speaking Spaces » est une série d’œuvres qui explorent ces conceptions alternatives de l’espace commun. »

« Speaking Spaces No. 1 : Heterotopia », une promenade sonore de 24 minutes, est une nouvelle exploration par Barrett de la spectromorphologie de Smalley (analyse des sons en fonction du temps) qui transporte l’auditeur vers, eh bien… un autre endroit.  Commençant de manière relativement directe, sans traitement, par un « field recording », le morceau se modifie lentement et organiquement jusqu’à ce que l’auditeur ait inévitablement l’impression de ne plus être au Kansas.  Où cela peut-il être ?  Quelle portée extraterrestre est atteinte ?  C’est à l’auditeur d’en faire l’expérience.  Pour en revenir à la qualité d’écoute répétée de sa musique, les lieux/dimensions/étendues visités seront certainement en évolution à chaque visite de ce paysage sonore. D’autres indices de ce concept hétérotopique sont révélés dans ses notes sur le deuxième morceau de l’album, « Urban Melt in Park Palais Meran ».

À partir de son blog, elle explicite à nouveau : L’été 2018 a été plutôt chaud. Les villes que j’ai visitées et dont la température estivale est normalement agréable fondaient. Est-ce le signe des étés à venir ? Expérimentant comment une chaleur excessive peut conduire à la fois à des mirages et à un état de délire, Urban Melt transporte une partie de tennis de table ordinaire, en plein air, au Park Palais Meran, à Graz, vers un monde plus fou de l’autre côté du mirage. Cette œuvre fait partie d’une série de pièces qui visitent des scènes sonores « normales » de tous les jours et qui explorent les façons dont nous pouvons évoquer et provoquer une nouvelle prise de conscience d’environnements que nous ignorons facilement. »

Nous avons utilisé le terme inventé « Dunsany-esque » dans d’autres articles sur sa musique, mais cet exemple d’un trope de musique acousmatique très utilisé, celui des balles de ping-pong qui rebondissent, porte ces sons à des extrêmes hors normes.  En fait, jon peut dire sans me tromper que les « lieux » hétérotopiques visités ici sont sûrement à proximité des « champs au-delà des champs que nous connaissons » du livre The King of Elfland’s Daughter de Lord Dunsany.

Le dernier morceau, « Growth », d’une durée de 6 minutes, est une composition récente qui, d’un point de vue dynamique, est assez agressive… osons dire à la limite de l’industriel par endroits.  Il n’y a pas beaucoup de détails discrets et tranquilles ici (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas), mais Barrett choisit plutôt de jeter l’auditeur dans un maelström de sons violents qui s’organisent en une brillante narration mentale à tendance apocalyptique.  Mais, même dans ce chaos naturel et électronique, Barrett fait ressortir des détails subtils.  Au lieu de se sentir matraqué pour me soumettre, on en ressort en voulant plus ; aAu point de se demander si cette agression à grande échelle sera explorée dans d’autres œuvres.  Si c’est le cas,n’hésitez !

Quoi qu’il en soit, c’était une excellente façon de quitter cet album.  Comme pour Leap Seconds l’année dernière, Barrett livre une fois de plus ce qui pourrait être un de nos albums favoris de l’année.  Espérons que certains lui donneront une chance.  Ceci étant recommandation extrêmement forte !

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Yard Act: « The Overload »

21 janvier 2022

Une fois de temps en temps, un album qui résume une période de temps sort et le premier LP de Yard Act, The Overload, en est un pour les années 2020. Allons droit au but : le quatuor de Leeds a créé une œuvre très, très spéciale qui s’inscrit dans la lignée de la riche histoire musicale du Royaume-Uni. Je vous laisse le soin d’établir vos propres comparaisons avec l’indie-rock de Yard Act, avec ses paroles acérées, son esprit sec et son caractère anglais particulier – amusez-vous à tracer ce diagramme de Venn.

The Overload est un disque conceptuel en quelque sorte, il retrace les méandres d’un personnage anonyme (une figure construite à partir d’un mélange de différentes personnalités observées par le chanteur James Smith), alors qu’il navigue dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui ; le travail de bureau qui détruit l’âme, le fardeau des affaires courantes et le flux constant d’informations, l’activisme fatigué et la dichotomie écrasante de vouloir faire la bonne chose mais aussi le confort de la conformité ne sont que quelques-uns des nids de poule que notre protagoniste sans visage traverse. Tout cela est lié à l’interminable discours de Smith et à une tapisserie sonore qui puise dans le post-punk, la new wave, l’indie-rock, le hip-hop et tout ce qui se trouve entre les deux. Même en faisant référence à ces genres, on ne peut pas dire que la personnalité auditive du quatuor soit parfaite. Il faut un ensemble unique pour que la musique à la guitare sonne fraiche, semblable à des pistolets faits de doigts pointés sur vous,.

Le groupe de Leeds donne le ton avec le titre éponyme qui ouvre le LP, une chanson pleine d’énergie, où la voix rapide de Smith converge avec la basse de Ryan Needham, la batterie de Jay Russell et la guitare de Sam Shjipstone. A bout de souffle, Smith documente la vie en Angleterre, le tout enveloppé dans son large accent du Yorkshire « la surcharge de mécontentement/le fardeau constant de donner du sens » (the overload of discontent/the constant burden of making sens) comme quelqu’un qui est devenu frustré par les comportements dont il est régulièrement témoin. Comme pour la plupart des compositions de l’album, une pointe d’humour n’est pas loin, comme Smith qui raconte comment obtenir des concerts dans la région «  si tu as l’intention de gagner de l’argent, tu ferais mieux de virer cette tête de noeud de chanteur que tu as eu dans le groupe » avant d’être encouragé à parler à « Fat Andy » au pub local le Dead Horse » s’annonçant avec un refrain sombre et une sorte de fanfare hip-hop qui s’en prend directement à la jugulaire malavisée de l’Angleterre, alors que Smith qualifie son île de «  pays de cinglés plein de cons ». Le chanteur poursuit en expliquant comment le pays a détruit ses derniers bastions d’espoir : la musique et l’humour.

C’est une sorte d’observation « meta » à l’envers étant donné que la musique de Yard Act est brillante et hilarante ; en s’en prenant aux défauts de la société, Smith n’a pas peur de jeter de l’ombre quand il voit quelque chose contre laquelle il faut se rallier, à savoir le sectarisme « Je n’ai pas peur des gens qui ne me ressemblent pas/ne te ressemblent pas » et « l’idée que le racisme est quelque chose que nous devrions faire de l’humour » n’a pas besoin de plus de commentaires. L’excellent et pourtant excessivement triste « England my heart bleeds/you’ve abandoned me/but I’ve abandoned you too » (Angleterre mon cœur saigne/ tu m’as abandonné/mais je t’ai abandonnée aussi) en dit long sur la description d’une nation fracturée, divisée par la politique, la richesse et la classe. Plus tard dans l’album, « Land of the Blind » jette un autre regard désobligeant sur un pays qui a perdu son chemin ; par le biais d’une rythmique de basse sautillante et d’un rythme soutenu, Smith déclare :   « ne vous méprenez pas/nous vivons nos derniers jours dans le pays des aveugles ». « Tall Poppies » est un exemple du matériel au sein de The Overload, alors que Smith et Co tracent la vie d’un jeune homme qui est le classique gros poisson dans une petite mare. Il est doué pour le football, il a du succès auprès des femmes, mais il ne s’est jamais aventuré loin du village (ou plutôt de la petite ville), il finit par trouver un emploi, fonder une famille, etc. Une vie confortable de modernité protégée est décrite en détail par Smith, qui affirme calmement à la fin : « Si j’étais lui, je n’aurais pas quitté le village non plus, mais je l’ai fait ».

L’inspiration lyrique de Yard Act ne se limite pas à la chronique des nombreuses fissures sur les trottoirs britanniques, mais peut être interprétée d’une manière plus générale ; le sifflement de la boîte à rythmes et le galop mécanique de « Pour Another » alimentent une pop excentrique, tandis qu’un synthétiseur enjoué agit comme un joli contrepoint au chant de Smith : «  whilst we stand around/hand in hand/watching the world burn » (tandis que nous nous tenons là/main dans la main/regardant le monde brûler). « The Incident » se tortille et se tord, Smith nous régale d’une histoire d’affaires tordues, tandis qu’un motif de guitare serpentant, une ligne de basse lancinante et un coup de batterie ferme s’enroulent autour des paroles choisies et édifiantes : « everybody has dirt on everybody else nowadays » (tout le monde raconte des ragots sur tout le monde de nos jours).

Le côté baggy de « Payday » est un autre exemple de l’utilisation exemplaire de la juxtaposition par Yard Act, alors qu’un paysage sonore excentrique documente le carcan de l’austérité. Si l’on peut considérer The Overload comme un album qui démolit sauvagement les temps modernes, à travers les larmes et les rires, il se termine par l’appel aux armes de « 100% Endurance ». C’est comme si le groupe et son personnage sans nom étaient parvenus à une épiphanie : tant que nous sommes sur cette terre, faites de votre mieux pour vivre bien et être bon envers les autres. Smith incarne cela par « donne tout ce que tu as/savoir que tu ne peux pas l’emporter avec toi » et « donne-lui un peu de cette bonne chose/donne-lui un peu de cet esprit humain/et coupe-le avec 100% d’endurance » (ive it some of that good stuff/give it some of that human spirit/and cut it with 100% endurance) avant que la chanson n’éclate en une explosion colorée et joyeuse de positivité.

Plus vous écoutez The Overload, plus vous découvrez que c’est un disque doté de beaucoup de recoins et de fissures ; écoutez-le, aimez-le et ne le laissez jamais partir.

****1/2


Eels: « Extreme Witchcraft »

19 janvier 2022

Si on considère que les Beatles jouaient du blues distordu et ajoutaient toutes leurs touches magiques, ce serait est un peu le cas quand il s’agit d’écouter Eels. La voix grave de Mark Oliver Everett et ses paroles sardoniques qui ont toujours un bon côté sont sur les ondes radio et sur les étagères des magasins de disques depuis 1991. Il s’agit de leur quatorzième véritable album, produit par Everett et John Parish (PJ Harvey), et il ne couvre pas nécessairement beaucoup de terrain nouveau. Mais si vous aimez Eels, si vous voulez être apaisé, si, comme E, vous vous sentez la cible d’une blague cosmique, mais que vous avez besoin d’une bande sonore pour vous défendre, ce disque est peut-être pour vous.

Il commence un peu sur le ton de la dérision, à la manière d’Everett, avec Amateur Hour, une chanson sur le fait qu’il faut devenir pro un jour. Voici un titre concernant sur la façon dont les Eels peuvent se sentir plus de deux décennies après, comme s’ils étaient encore au début de leur jeu. L’industrie de la musique est une ascension difficile, après tout, il faut tourner et promouvoir chaque nouveau disque, comme si c’était le premier. Mais c’est aussi une chanson de compassion et d’encouragement, pour tous ces gens qui ont pris la guitare à cause des Eels, et qui ont besoin de cette petite reconnaissance et d’un coup de pouce dans la bonne direction. Ou peut-être est-ce un commentaire sur la façon dont les gens considèrent les musiciens comme les Eels, comme si ce n’était pas un choix réputé de ce qu’il faut faire de sa vie. Cela fonctionne à plusieurs niveaux, et fournit un choc d’introduction à un disque plutôt conscient de lui-même.

Pour aller de pair avec cela, Everett chante sur le deuxième morceau super bluesy, « Everyone’s a critic / ‘I can’t stand eels’ / So says Colin Firth / Rain on my parade / Then the clouds fade / It’s a good night on earth » ( Tout le monde est critique / Je ne supporte pas les anguilles / C’est ce que dit Colin Firth / Il pleut sur ma parade / Puis les nuages s’évanouissent / C’est une belle nuit sur terre ). Un certain nombre de titres de l’album traitent du fait d’être moins qu’admirable aux yeux des autres. Comme le premier « single », « The Magic » », sur lequel Everett chante : «  I get it, don’t sweat it / I’m not your cup of tea / Believe it or not / Not everyone loves me » (J’ai compris, ne t’en fais pas / Je ne suis pas ta tasse de thé / Crois-le ou non / Tout le monde ne m’aime pas). C’est une bonne dose de réalité, surtout venant d’une célébrité mineure, dans ce monde où Jimmy Fallon dit à toutes les célébrités tous les soirs, « Nous vous aimons tous tellement ! » et où les célébrités semblent ne pouvoir faire aucun mal.

Voici le blues implicite dans le travail des Eel, et il fonctionne si bien, dans leur discographie tout comme sur chaque piste de ce disque. Mais c’est aussi la façon dont ils plient le blues, introduisent des sons jolis et étranges, à la Beck ou façon Flaming Lips. Pour une personne qui ne peut supporter qu’une quantité limitée de musique blues, ils représentent la quantité parfaite de musique indie-alternative pour que l’on puisse vraiment apprécier le voyage dans lequel ils nous emmènent.

Il y a également quelques chansons d’amour sur le disque ; la slow jam » »So Anyway », centrée sur le clavier, la batterie et la guitare principale. « Sweetest heart / where do I start / To let you know how glad I am you’re here » (Mon cœur le plus doux / par où commencer / Pour te faire savoir combien je suis heuerux que tu sois là ?). En outre, la dernière chanson est une chanson d’amour blues sur le fait qu’il est fort d’admettre que l’on a tort parfois dans une relation. La dernière chanson, la plus proche, a la signature des Eels, et sonne comme quelque chose que vous avez peut-être déjà entendu de leur part, se terminant sur une note familière.

« I’m a goddamn fool », Everett termine l’album. Et ce que ce disque accomplit le mieux, hormis son excellente composition et sa musicalité, c’est de faire en sorte que le solitaire, le perdant, le raté (ou du moins ceux d’entre nous qui se sentent ainsi parfois), se sente compris et ait hâte de sortir du marasme. Ils mettent en scène nos moments les moins agréables de la vie, avec espoir, humour et compréhension. Parfois, ils insistent même pour que nous changions les choses nous-mêmes, comme dans le morceau paisible/raucide « What It Isn’t », qui parle de ne pas accepter la phrase nauséabonde « It is what it is », mais (en nous criant) « Make it what it isn’t! / Shut up » (Fais-en ce qu’il n’est pas ! / Ferme-la).

Dans l’ensemble, l’album contient l’humour, le pathos, les riffs et les grooves que l’on attend d’un disque des Eels. Il y a certainement une « magie » chez Everett et ses sbires, quelque chose qui peut sembler être de la sorcellerie pour certains, mais qui n’est que de la très bonne écriture de chansons, tout simplement. On espère que leurs nouvelles chansons seront bien accueillies, mais bien sûr, certaines personnes n’aimeront pas, et les Eels sont d’accord avec cela. Il y a suffisamment de paix pour apaiser l’agitation de cette vie, et les chansons des Eels ont de quoi nous réconforter et plaire à tous.

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Cat Power: « Covers »

19 janvier 2022

Les reprises font partie intégrante de l’évolution de la musique. Lorsque différents musiciens interprètent des chansons, ils laissent une empreinte sous la forme de paroles modifiées ou d’une mélodie légèrement différente. Ces mises à jour peuvent modifier l’essence d’une chanson – ou même, dans le cas de reprises radicales, la transformer – et, dans d’autres cas, faire ressortir des nuances inédites.

Au cours d’une carrière marquée par des dizaines de reprises transformatrices, Chan Marshall, alias Cat Power, a fait tout ce qui précède, et même plus. Elle excelle à creuser dans les sables mouvants émotionnels de chaque chanson pour en faire ressortir des thèmes et des angles surprenants. Sa reprise en 2000 de la chanson « I Can’t Get No) Satisfaction » des Rolling Stones, d’une sobriété trompeuse, est un mélange puissant d’agitation et de nostalgie, tandis que sa reprise en 2008 sur « Lost Someone » de James Brown & The Famous Flames ressemble à une chanson douce-amère, faite à parts égales de chagrin et de désespoir.

Plus récemment, sa version de 2018 de « Stay » de Rihanna réduit la chanson déjà usée à un piano dépouillé et à une voix sombre au cœur brisé. Alors que l’original ressemble à une supplique adressée à un amant, l’implorant de revenir, la version de Marshall est une catharsis solitaire, une performance destinée uniquement à son propre chagrin.

L’objectif de son nouvel album de reprises, Covers, semble être de documenter l’histoire partagée tout en favorisant la connexion. Je joue des reprises tout le temps », écrit Marshall dans sa biographie jointe à l’album. Et il est important pour moi de les enregistrer parce que c’est ce que mes auditeurs et moi-même obtenons ».

À cette fin, Covers – sa troisième collection de ce type, après The Covers Record en 2000 et Jukebox en 2008 – équilibre une fois de plus l’introspection avec des manifestations extérieures d’émotion commune. Sa version plus lente et sombre de « Here Comes A Regular » des Replacements, en particulier, ressemble à un éloge funèbre d’une vie antérieure, soulignée par la phrase suivante : « I used to live at home, now I stay at the house » (J’avais l’habitude de vivre à chez moi, maintenant je reste à la maison). En revanche, la reprise par Marshall de « Bad Religion » de Frank Ocean, qui ouvre l’album, modifie légèrement les paroles pour décrire un moment spontané de conversation significative. Le chauffeur de taxi de la chanson devient un confident (« He said, ‘Praise the Lord-hallelujah. Little girl, you need freedom ») – Il a dit : « Louez le Seigneur, alléluia ». Petite fille, tu as besoin de liberté  » – pour récupérer l’oppression et la tristesse de la composition originale.

Comme ces deux chansons l’indiquent, l’album présente la sélection habituelle de reprises intéressantes et inattendues de Marshall. Cette fois-ci, elle a élaboré un mélange intriguant et sombre de pop moderne, de country vintage et de rock classique, avec des chansons reconnaissables (« Against The Wind » de Bob Seger, « These Days » de Jackson Browne, qu’elle a déjà repris sur scène) et des choix plus obscurs (« Pa Pa Power » de Dead Man’s Bones, le groupe de l’acteur Ryan Gosling, et « The Endless Sea » d’Iggy Popp en 1979). Marshall a également produit les sessions d’enregistrement de Covers, à la tête d’un groupe comprenant son bassiste de longue date, Erik Paparazzi, et d’autres personnes.

En plus d’offrir une toile de fond plus riche à sa voix, l’album dispose d’une palette instrumentale plus large que son précédent album, le minimaliste Wanderer datant de 2018. « Unhate » – une nouvelle version de son propre « Hate », tiré de The Greatest en 2006 – est plus lustré que l’original, avec un clavier flottant, une batterie à sec et une guitare turbulente. « I Had A Dream Joe » est immédiatement reconnaissable comme une reprise de Nick Cave – c’est un blues gothique sinistre et agité – tandis que « White Mustang » de Lana Del Rey emontrera sa capacité à exercer un twang tordu et ensoleillé. Toutefois, Covers laisse aussi la place aux transformations plus subtiles de Marshall : le titre « t Wasn’t God Who Made Honky Tonk Angels » de Kitty Wells suinte un jazz-lounge cool et sobre, tandis que « A Pair Of Brown Eyes » des Pogues, lui, s‘annonce comme un hymne funèbre.

S’il y a un fil conducteur, tant sur cet album que sur les précédentes reprises de Marshall, c’est la révérence. « Quand je fais des reprises, je ressens une telle responsabilité envers les artistes que j’aime – certains que je n’ai jamais rencontrés, d’autres que j’ai rencontrés « , dit Marshall. Cette attention permet de s’assurer que même les chansons familières sont fraîches. À cet égard, sa version studio de « These Days » sur le disque sera plus proche de l’interprétation hantée et tranquille de Nico, en y ménageant, en revanche, un peu plus d’optimisme.

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