The Reds, Pinks & Purples: « Uncommon Weather »

Le troisième album de Glenn Donaldson sous le nom de Reds, Pinks & Purples distille une pop mélancolique dans une pureté lucide. Des lignes de guitare enrobées de fuzz s’élèvent de statiques brouillards de sifflements et de bourdonnements. Les mélodies ondulantes se frayent un chemin prudemment vers le haut, puis retombent doucement dans la plus douce des résignations élégiaques. Il y a une grâce et un rayonnement dans ces chansons qui pourraient vous rappeler les meilleurs janglers lo-fi – The Bats, David Kilgour, Kelley Stoltz – et un humour sournois qui rappelle les Television Personalities.

Donaldson a commencé Reds, Pinks & Purples en 2019, après que la mort à vélo de Josh Alper ait mis fin à la magnifique clameur d’Art Museums. Jusqu’à présent, ses trois albums sont des artefacts faits à la main, par un seul homme, avec des couches étincelantes de guitares, un peu de claviers, le cliquetis sourd de tambours organiques et mécaniques et des mélodies nostalgiques aux bords doux, teintées de regrets en clé mineure.

Sur le plan lyrique, les chansons de Uncommon Weather font le deuil de deux grandes obsessions insatisfaisantes : la romantique et l’artistique. « J’espère ne plus jamais tomber amoureux » (I hope I never fall in love again), confie Donaldson dans la chanson du même nom, et quelques chansons plus loin, il observe : « Un coup de pied au visage qui est l’amour/ou un coup de poing dans la bouche » (a kick in the face that’s love/or a punch in the mouth). Plus tard encore, il promet de rencontrer une ex et son nouvel amour (une promesse à laquelle il ne semble pas vraiment tenir) en soupirant : « Je suis sûr que ce serait bien » ( I’m sure that would be nice). Pourtant, ces chansons sont à l’opposé de l’amertume, un haussement d’épaules et un « c’est comme ça » » les imprégnant de la moindre couleur de mélancolie.

Donaldson tire plus de mordant et d’énergie de ses frustrations professionnelles. « Biggest Fan » fait ainsi la satire des rabatteurs à la table de merchandising qui n’ont pas encore acheté de disque. « Mais avez-vous acheté les disques, pouvez-vous citer trois de leurs chansons ? » (But did you even buy the records, could you, name three songs by them ?), insiste-t-il, tout en douceur, avec un esprit vif mais pas méchant. La chanson la plus émouvante, la plus excitante sera « The Record Player and the Damage Done » avec ses voix qui s’entrecroisent et ses harmonies froissées ; un titre qui parle, assez symboliquement, de musique et non d’amour.

Les compositionss ont toutes une certaine beauté ébouriffée, comme si elles ne s’étaient qu’à moitié réveillées, les yeux encore marqués par le mascara de la nuit dernière, mais elles sont tout de même à couper le souffle. Uncommon Weather est sans aucun doute le meilleur des disques Red, Pinks & Purples jusqu’à présent, un album qui est presque parfait sans avoir l’air d’en faire trop.

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