Jonathan Richman: « Want To Visit My Inner House? »

Faites confiance à Jonathan Richman pour vous inviter dans sa maison intérieure (inner house) et passer la plupart du temps à parler du monde extérieur. Cet auteur-compositeur-interprète de soixante-dix ans s’est taillé une place à part en chantant sur les plages, les gaz d’échappement des bus, les étangs, les ruelles, les pelouses tondues, les fontaines, les autoroutes, les étoiles, les lys des champs et les emballages de chewing-gum jetés – la beauté vibrante et délabrée du monde. Il est l’une des figures les plus singulières et les plus durables de l’histoire récente du rock’n’roll. Et son dix-huitième album studio est, sans surprise, tout à fait charmant.

« Connaissez-vous quelqu’un qui aime la vie plus que moi ? » (Do you know anybody who loves life more than I do?) chante Richman sur « This Is One Sad World ». « Probablement pas ! », conclut-il, et sa discographie jovialement expérimentale en atteste. Depuis près de cinquante ans, le musicien du Massachusetts est à la recherche de sons pour exprimer à la fois le monde intérieur et le monde extérieur, cherchant à faire tomber la barrière entre les deux. Il s’agit, inutile de le dire, d’une entreprise incroyablement ambitieuse, mais Richman s’en acquitte avec humour et humilité.

Cet album fait suite à SA, sorti en 2018, où Richman a collaboré avec le claviériste et producteur Jerry Harrison (The Modern Lovers, Talking Heads) et la tambourinaire Nicole Montalbano pour incorporer les qualités hypnotiques et bourdonnantes des ragas indiens. Le tamboura est parfois présent aux extrémités de ce nouveau disque, et le jeu de Harrison ajoute de la couleur au canevas des premiers et derniers morceaux de l’album, bien qu’il soit progressivement relégué au second plan par l’alchimie musicale partagée par Richman et le batteur Tommy Larkin. Ainsi, l’enchaînement du disque invite l’auditeur à un état d’intimité dépouillé, qui culmine dans la dernière chanson de contrition de Richman, « I Had To See The Harm I’d Done Before I Could Change ». L’instrumentation supplémentaire revient en fin d’album. Nous avons visité sa maison intérieure, vous voyez ?

Le titre de l’album fait référence à un poème du poète indien Padmalochan, et Sento, Sento est également basé sur une poésie traduite de Paramahansa Yogananda. « Mère, j’entends ta voix dans les fleurs » (Mother, I hear your voice in the flowers), murmure Richman sur l’avant-dernière chanson. La spiritualité a toujours été un élément de sa musique, et sa quête de connexion va au-delà de celle de l’interprète et du public, cherchant la communion avec toutes choses. C’est cet englobement de la vie qui rend les dichotomies comme intérieur/extérieur sans intérêt pour Richman, car le désir de proximité le fait avancer sans cesse. « Jusqu’à quel point puis-je être proche ? » (How close can I be ?) demande-t-il, « Jusqu’à quel point cela devient-il proche ? » (How close does it get?). Personne ne le sait avec certitude, mais Richman nous aide à approcher une réponse, et nous inspire à le découvrir par nous-mêmes.

***1/2

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