Blankenberge: « Everything »

Les musiciens de Blankenberge, originaires de Saint-Pétersbourg, capturent l’essence de ce qui rend le shoegaze extraordinaire et nécessaire sur leur troisième album, un Everything qui est à la fois planant et cinématographique.

On se souviendra peut-être de 2021 pour avoir été l’année qui a lancé le mouvement art-punk gothique (Squid and Black Country, New Road) et ravivé l’histoire d’amour avec le shoegaze. En ce qui concerne ce dernier, les albums de Flyying Colours, Wednesday, Makthaverskan et Deafheaven ont montré que le genre pouvait encore être réinventé sans perdre l’euphorie surnaturelle et souvent cataclysmique qui lui est associée. Alors que l’année touche à sa fin, un groupe de plus nous rappelle pourquoi le shoegaze avance qu’il « vivra pour l’éternité ». 

Blankenberge, qui ne s’est jamais plié aux règles conventionnelles, a sorti son troisième album dimanche dernier. Everything est tout ce qui définit la grandeur cinématographique du shoegaze. Il s’agit, en d’autres termes, d’un spectacle éblouissant qui capture la puissance et les émotions de la musique créée il y a trois décennies. Le morceau d’ouverture « Time to Live » s’envole avec la spiritualité époustouflante de Slowdive à son apogée. À travers les guitares carillonnées et réverbérées et les rythmes martelés, la voix de Yana Guselnikova, qui ressemble à celle d’un lutin, s’élève pour nous dire de vivre l’instant présent. « Il n’y a pas de meilleur moment pour vivre / Qu’ici et maintenant » (There is no better time to live / Than here and now) chante-t-elle avec un effet hallucinant.  

Ce thème de la vie dans l’ici et maintenant est répété sur leplus que rêveur « No Sense » ; un sentiment de paix et de calme s’installe d’abord avant que la chanson ne s’intensifie progressivement. Alors qu’elle atteint son apogée cosmique, Guselnikova donne quelques conseils à suivre : « La vie est si belle/ Je le sais avec certitude/ Parfois, elle semble être une perte de temps/ Mais ce n’est pas vrai » (Life is so beautiful/ I know it for sure/ Sometimes it seems like a waste of time/ But it’s not true).

« Different » est, en son préalable,un séduisant morceau shoegaze qui se transforme en une explosion sonore à la Cocteau Twins. Cette approche turbulente reflète l’histoire de deux personnes qui prennent des chemins différents après avoir réalisé qu’elles n’étaient pas faites l’une pour l’autre. Un effet céleste srta obtenu avec « Forget », sur lequel les rythmes adroits mais probants du batteur Sergey Vorontsov et du bassiste Dmitriy Marakov ajoutent une qualité austère. Ils apportent l’élément de désespoir aux guitares lumineuses de Danill Levshin, et, ainsi, élèvent l’anxiété de Guselnikova. :« Je ne peux rien faire / Et même si je le pouvais / Je n’ai pas assez d’énergie / Pour me faire comprendre » (I can not do anything / And even if I could / I have not enough energy / To make myself be understood), chante-t-elle de manière on ne peut plus vulnérable.

Alors qu’il semble que le groupe ne pourrait pas atteindre des sommets plus élevés, il dévoile « Everything ». La pièce maîtresse de l’album est un voyage dans le cosmos, intégrant des tonalités post-rock à la Explosions in the Sky et la vision dramatique du shoegaze de Deafheaven. C’est aussi une démonstration magistrale de la façon dont des percussions urgentes peuvent transformer un son familier en pure catharsis. Alors que ses camarades de groupe s’approchent de l’oubli, Guselnikova garde les pieds sur terre avec ses mots : « Veux-tu vraiment être heureux/ N’aie pas peur de perdre/ N’essaye pas si fort d’obtenir plus/ Ne vois-tu pas que tu as tout ? » (Do you really want to be happy/Then don’t be afraid of losing/ Don’t you try so hard to get more/ Don’t you see you have everything ?).

« Summer Morning » est plus hivernal dans son effet, les guitares de Levshin perçant avec la réverbération cinglante de My Bloody Valentine. L’histoire de Guselnikova, elle aussi, est à la fois une fantaisie et un conte de fées post-apocalyptique, puisqu’elle raconte avoir ressenti la chaleur du soleil après une période dévastatrice. Le sursis instrumental, « Kites », offrira une pause momentanée, les guitares luxuriantes créant un sentiment de tranquillité. Elles se transforment ensuite en « So Hig » ». A l’instar de la production de Lush, le morceau alterne entre une atmosphère magnifique et une réverbération écrasante. L’approche imite l’image d’un cerf-volant tourbillonnant dans le vent, ce qui est une analogie pour rêver grand et croire en l’impossible. 

Sur « Fragile », Blankenberge livre un final épique. Il monte et descend, il est céleste et écrasant, et il capture l’essence de ce qui rend le shoegaze extraordinaire et nécessaire. Ou comme le dit Guselnikova dans ses derniers mots, « Mais nous avons tous besoin de quelqu’un / Pour nous aider à comprendre cette vie » (But all we need someone / To help us understand this life). Et c’est, aussi et ainsi, pour cette raison que le shoegaze, suivant la formule établie, « ne mourra jamais ». 

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