Idles: « Crawler »

Un phénomène qui continue de croître de force en force. Il a peut-être fallu près d’une décennie à Idles pour se faire connaître en dehors de son Bristol natal, mais depuis que Brutalism, leur premier album de 2017, leur a offert une plateforme insoupçonnée et implacable vers le monde extérieur, on peut dire qu’ils n’ont pas regardé en arrière. L’album Joy as an Act of Resistance en 2018 a consolidé leur statut de groupe de rock britannique le plus excitant de la dernière décennie.

Néanmoins, tout n’a pas été un long fleuve tranquille. Ultra Mono, sorti l’année dernière, a reçu des critiques mitigées bien qu’il soit le premier disque numéro un du groupe au Royaume-Uni, tandis que les luttes personnelles du frontman Joe Talbot contre la dépendance ont été bien documentées. Ce qui nous amène à Crawler, le quatrième album du groupe en autant d’années.

Si son prédécesseur était une sorte d’unité de changement du quintet pour la radio, Crawler prend un virage à gauche et ne s’arrête pas pour respirer jusqu’à la fin. Littéralement. Alors que les thèmes lyriques du traumatisme, du chagrin d’amour et de la perte restent une influence omniprésente, les 13 morceaux qui composent Crawler représentent le quintet dans sa forme la plus expérimentale sur le plan musical. Si l’ajout d’un orgue d’église et d’un saxophone à divers intervalles n’est pas vraiment synonyme de Godspeed ! You Black Emperor au plus fervent des auditeurs, il y a des éléments qui se recoupent.

Ainsi, le premier « single », « The Beachland Ballroom », est un hommage à la soul des années 60. En effet, l’annonce de l’album et l’arrivée du « single » en septembre ont été quelque peu surprenantes, d’autant plus que le groupe avait à peine pu tourner Ultra Mono. Idles a une fois de plus fait appel aux services de Kenny Beats, qui a coproduit l’album avec Mark Bowen, membre du groupe. Beats ne surcharge pas le mixage, mais fournit plutôt la colle qui relie les différents éléments de l’album.

Ce qui est évident dès le départ, c’est que Crawler n’a pas été conçu pour séduire les programmateurs de playlists radio, comme l’écoute malaisée de « MTT 420 RR » introduit l’album, son maelström de sons infusés de pédale un peu comme le classique incendiaire de Yeah Yeah Yeahs « Maps ». Mais ici, Talbot demande avec curiosité : « Êtes-vous prêts pour la tempête ? » (Are you ready for the storm?)

A partir de là, Crawler peut être décrit comme une tempête qui ne montre aucun signe d’apaisement. Alors que le morceau « The Wheel » (« Can I get a hallelujah ? »), porté par les basses, cède la place à l’inquiétant « When the Lights Come On », avant qu’un bruit blanc et une batterie caustique n’introduisent « Car Crash », il devient vite évident que Crawler n’est pas une promenade de santé. « The New Sensation » et « Stockholm Syndrome » dépeignent deux facettes très différentes de l’arsenal d’Idles, sans que l’une ou l’autre ne révèle grand-chose. Pendant ce temps, l’effacé « Crawl ! » et son pendant « Meds » décrivent les luttes personnelles de Talbot contre la dépendance de manière aussi graphique que possible en un peu moins de huit minutes.

Pris en sandwich entre deux morceaux de 30 secondes – l’interlude ambiant « Kelechi » et le thrash punk hardcore de « Wizz » – « Progress » entreprend un voyage implacable qui lui est propre. Des guitares en couches chatoyantes tandis que Talbot répète sans cesse le mantra Aussi lourd que mes os étaient/je ne veux pas me sentir défoncé, défoncé, défoncé/je ne veux pas rentrer à la maison » ( As heavy as my bones were/I don’t wanna feel myself get high, high, high/Don’t come home, as good as your grace was/I don’t wanna feel myself come down, come home to). Aussi troublant que subtil, c’est le son de la catharsis et très peu parviennent à relayer de tels sentiments de manière aussi poignante que Idles.

Musicalement, « King Snake » est sans doute ce qui se rapproche le plus de l’ancien disque d’Idles. Son introduction et sa structure ne sont pas très différentes de celles de « Mother », extrait de Brutalism en 2017, même si le contenu lyrique est légèrement plus autodérisoire : « Je suis le journal d’hier, le journal de demain » (I’m yesterday’s news, tomorrow’s chip paper).

Pour conclure, « The End », dont le refrain « Coupe comme un couteau, pique comme une tique, donne un coup de pied comme une mule » (Cuts like a knife/Stings like a tick/Kicks like a mule/Acts like a prick) est assez tranchant, alors que la musique se construit et s’accélère comme les dernières pages d’un journal intime, ce qui est essentiellement le but de Crawler. Il s’agit d’un final des plus brutaux qui devrait permettre aux détracteurs d’Idles de ne plus douter de l’efficacité du groupe. Crawler est, à ce titre, le son d’un combo qui regarde intensément vers l’avant, même si cela signifie revisiter ses démons du passé.

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