The Witching Tale: « The Witching Tale »

Katharine Blake et Michael J. York font équipe  sous le patronyme de The Witching Tale pour une étrange et éponyme tranche de bizarrerie rurale. Alors que nous étions tous préoccupés par les masques, les tests et les temps de latence, quelque chose de sauvage et de libre a poussé dans les bois. Katharine Blake est une chanteuse connue pour sa voix envoûtante, utilisée de manière très contrastée dans Mediæval Bæbes et Miranda Sex Garden. Michael J. York est présent dans de nombreuses formations pionnières de la musique alternative, de Coil à Utopia Strong, en passant par Urthona et Téléplasmiste. Ensemble, ils ont fusionné leurs intérêts musicaux en quelque chose de sombre, magique et étrange (ou peut-être strænge). Derrière une pochette d’album où ils arborent des cagoules et des robes sacrificielles, ils ont enregistré un ensemble de chansons qu’ils décrivent comme une célébration noire du pouvoir magique de l’érotisme – et de son péril. C’est comme si l’on était transporté dans une ligne temporelle parallèle où le chant grégorien, l’acid-folk et la musique classique arabe ont fusionné pour donner naissance à la musique la plus crue que l’on puisse imaginer.

Si nous avions le moindre doute sur ce que Blake et York canalisent, une bribe chantante de « Fire Tale » de Magnet, tirée de la bande originale de Wicker Man, fait une apparition taquine sur « Roundelay », un oeuvre qui glisse dans un brouillard de couches musicales déconcertantes, comme une brume enivrante. York joue d’un éventail remarquable d’instruments sur The Witching Tale, dont le tanpura d’Inde, le begena éthiopien et le rebab arabe (tous des instruments à cordes), ainsi qu’un instrument à vent du Moyen-Orient appelé duduk. Charlie Cawood joue de la lyre, de la cithare et du guzheng (une sorte de cithare chinoise). Robin Blick ajoute une gamme complète de cors, du saxophone au bugle. Le générique comprend également la fille de Blake, âgée de douze ans, qui possède une voix soprano inquiétante ainsi que celle du musicien iranien Kavus Torabi.

Quelle que soit la recette, la musique qu’ils ont produite est enveloppante et devient de plus en plus étrange à chaque écoute. La production intensément stratifiée et les instruments inconnus créent un puissant sentiment d’étrangeté. On ne peut pas dire ce qui va suivre, et on n’a pas d’autre choix que de s’abandonner à la puissance des chansons. Le morceau d’ouverture, « The Beckoning », nous fait entrer dans le cercle avec un tourbillon de sons qui implique certains de ces instruments, voire tous, et montre Blake chantant ce qui semble être un vers érotique du huitième siècle, en arabe, écrit par une ancienne poétesse, comme elle le fait aussi dans « Dahna », sur un rythme creux de danse macabre. Plus tard, elle raconte à nouveau l’histoire – en anglais – des envoûtements d’une créature tandis qu’un synthétiseur, apparemment enregistré en écho autour d’une coquille de nautile, se transforme en une sorte de flûte à bec médiévale. Sur « The Falling Garden », dans une langue que je ne suis pas en mesure d’identifier, Blake évoque un enchantement dans des tonalités mineures qui luttent de façon alarmante avec des cordes séduisantes et bourdonnantes.

L’association de la voix dominante de Blake, semblable à celle d’une sirène, et des univers sonores méticuleusement désordonnés de York est vraiment magique. Bien que l’album rappelle le son des pionniers du renouveau folk comme Mellow Candle et Trees, il va bien au-delà de tout ce qui a été tenté dans les années 1970 dans sa fusion des musiques et des cultures. La comparaison la plus proche est avec Comus, qui était souvent terrifiant et certainement pas féerique. The Witching Tale présente des niveaux similaires de menace et d’allure. Il se situe sur un plan différent, musicalement et astralement, et habite un espace qui lui est propre. Ce sont des chansons inspirées, qui demandent une écoute répétée pour décoder leurs messages et démêler leurs écheveaux emmêlés. Elles sont aussi immensément agréables, garantissant l’ouverture des portes d’une autre dimension.

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