Lake Mary: « Once It’s All On the Ground »

Comme beaucoup d’entre nous, on rêve depuis presque deux ans d’une vie sans frontières, sans attaches. Il y a beaucoup de gens que l’on a pas vus depuis longtemps et beaucoup de choses qui n’ont pas été faites depuis tout aussi longtemps. Parfois, on le remarque à peine. La plupart du temps, c’est l’épée de Damoclès qui ne demande qu’à tomber. La musique a toujours été un répit et sur ce dernier album du toujours excellent Lake Mary, Chaz Prymek et une équipe de vedettes (dont Yasmin Williams, Patrick Shiroishi et M. Sage, entre autres) tirent le rideau pour un moment et laissent l’air entrer.

La musique de Prymek donne toujours l’impression qu’elle peut se transformer en ce dont on a besoin à ce moment-là. C’est comme un élixir psychique puissant qui peut changer sa constitution pour le mal qui est le plus présent à ce moment-là. C’est une musique qui a puisé dans une veine cachée de l’éther conjonctif où il est capable de tisser ces toiles chaudes et spectrales qui nous rencontrent là où nous sommes. Once It’s All On the Ground est stupéfiant à cet égard, car les bords y sont si doux, mais le sentiment sous-jacent reste lourd.

Sur la chanson titre, des éclats de lumière percent un à un les petits trous d’un cocon de tissu. J’aime quand le morceau le plus long d’un album est le premier, car les intentions deviennent claires. Once It’s All On the Ground est un livre ouvert rempli de pages blanches et les mémoires émotives de Prymek sur le premier morceau chantent la vie dans des nuages de néant. Une silhouette lointaine se profile, mais nous restons immobiles dans cette lueur matinale alors que les drones s’étendent et que chaque note plaintive s’attarde un peu plus longtemps que prévu. Il y a dans ce morceau un air qui s’étend sur toute la longueur de l’album et qui fredonne tranquillement un hymne rassurant, une voix qui murmure : « Je serai toujours là ».

C’est lorsque Prymek collabore avec ses amis que les sentiments d’éloignement et de retrouvailles sont les plus forts. Les contemplations du piano en boucle de Yasmin Williams percent le brouillard résonnant de « The Flowers Above You Are Blooming This Time of Year ». Les houles contenues du lapsteel grimpent dans un ciel rétroéclairé, la concentration sanguine du piano poussant toujours le mouvement en avant. La tendresse s’épanouit en une détermination totale à retrouver le chemin de la descente. C’est un peu mélancolique mais baigné d’une lumière diaphane. Chaque répétition est un point sur une carte où le X est la maison.

Ailleurs, Patrick Shiroishi continue de faire en sorte que chaque moment de 2021 compte, en ajoutant d’éloquents étirements lyriques à la fin de la berceuse enchanteresse « Only Angels, No Masters ». Once It’s All On the Ground est un monde sonore peuplé de fantômes en voie de disparition où l’on peut prendre ce dont on a besoin et laisser ce dont on n’a pas besoin. Il n’y a pas de bagage émotionnel dans ce monde, il n’y a que des traumatismes et des inquiétudes que nous n’avons pas encore traités. Lorsque Shiroishi revient sur le morceau le plus proche, « My Sweet Pup », la joie et le soulagement inondent les volutes de son saxophone. Des accords de piano flottants soulèvent les pincements de la guitare de Prymek vers le jour radieux qui s’annonce, les voix sans paroles d’Anna Wilson nous invitent. Once It’s All On the Ground est un album cousu ensemble par le chagrin, la perte, la catharsis, l’isolement et le plaisir resplendissant de survivre pour revoir le soleil.

***1/2

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