Catherine Graindorge: « Eldorado »

Cette violoniste et compositrice belgeexplore, sur ce deuxième album, explore les dommages collatéraux du Covid : les sons justement sombres qui y sont produits véhiculent ainsi une beauté étrange mais ils affleurent à peine d’une sinistrose aussi dense que les brumes des peintures fin de siècle de Bruges, la sombre et judicieusement surnommée « Venise du Nord ».

Graindorge a écrit pour le cinéma et le théâtre, et cela, ici, est plus que flagrant : ses paysages sonores évoquent des humeurs et des images, en évitant les formes linéaires de la narration. Il y a, en effet, des drones mais on y trouve aussi une approche bruitiste. Son violon, lorsqu’il est autorisé à se faire entendre au-dessus du vacarme atmosphérique, n’est pas joué avec virtuosité, mais contribue plutôt à l’ambiance funèbre de morceaux comme « Lockdown » peut l’être. C’est la claustrophobie du deuil – Graindorge, qui a travaillé avec Nick Cave, entre autres, et qui n’est pas étrangère à l’exorcisme de la perte, pleure la mort de son père, et Eldorado est, à cet gard, un journal intime fortement assumé donnant libre cours à ses émotions les plus profondes.

John Parish a produit l’album d’une artiste qui a, en outre été collaboratrice de Nick Cave, Warren Ellis, Debbie Harry, Mark Lannegan et il a été le producteur et le collègue musicien le plus constant de PJ Harvey. Les deux femmes ne se ressemblent pas, pourtant elles sont toutes deux des cousines éloignées – des musiciennes qui creusent en profondeur, parlent avec leur âme et ne font pas de prisonniers. Parish est un partenaire idéal, attentif qu’il est aux humeurs sombres de la violoniste belge, tout en lui offrant un soutien complémentaire, comme il le fait sur Eno – un hommage à l’ex Roxy Music, dont l’esprit ambiant hante le son de Graindorge. Le travail de Parish à la guitare sonnera à la fois lyrique et doucement générique, tout en s’intégrant comme un gant à la musique drone qui traverse l’ensemble de l’album dont dernier morceau est le seul qui laisse entrevoir une sorte de paix et de résolution, une conclusion bienvenue et émouvante pour opus qui flotte lourdement dans une exhalaison de bleus, de gris et de noirs.

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