Leila Abdul-Rauf: « Phantasiai »

Pouvez-vous entendre ce bruit lointain ? Est-ce un oiseau ? C’est un avion ? Non. C’est… une trompette modulée. Wdiante !. Pourquoi aurait-on pensé que c’était un oiseau ? Pour être honnête, « trompette modulée » n’est pas exactement une expression qu’on utilise souvent – ou que quiconque le fearait d’ailleurs – à cet égard, on comprendrait aisémentpourquoi ce ne serait pas notre votre première idée. Pourtant c’est l’étoile brillante de Phantasiai, le quatrième album ambient de la Californienne Leila Abdul-Rauf qui vient à l’esprit. Armée d’un peu plus de mélodies vocales, d’un glockenspiel et de la trompette susmentionnée, Leila Abdul-Rauf est prête à créer des atmosphères inquiétantes et des voyages énigmatiques. Comment l’auditeur se débrouille-t-il dans ces carrefours brumeux ?

Phantasiai est divisé en deux grands morceaux, comportant chacun quatre pistes. Chacune est juste assez éloignée de son mouvement parent pour être autonome en cas de besoin, mais elle est suffisamment similaire pour qu’il soit facile de considérer l’album comme l’expression de deux idées ou histoires distinctes, explorées dans leur intégralité au cours d’un peu moins de quarante minutes. Les instruments sont lourdement chargés d’effets : réverbération, distorsion, modulation transforment de simples coups de glockenspiel en échos perçants et tremblants qui portent des mélodies frémissantes de malaise, et donnent à la trompette une portée comparable à celle des synthés superposés. Par conséquent, malgré le nombre relativement restreint d’instruments utilisés pour ce projet, Phantasiai est capable de créer des atmosphères inquiétantes et troublantes. « Distortions in Phantasy III : Suspension » est le premier morceau de l’album à incorporer des voix dans le mixage, combinant des cloches lointaines avec le bourdon de la trompette et réussissant à créer une arène lugubre dans laquelle la musique se construit, une arène qui s’infiltre dans « Distortions in Phantasy IV : Disembodiment » pour renforcer le froid et le malaise. C’est dans ces morceaux que la mission de l’album est la plus claire : des impressions sombres et ambiantes de douleur, de perte ou de monotonie, racontées comme une histoire ouverte à l’interprétation.

Des morceaux comme ces deux-là, avec des constructions lentes sur des thèmes répétitifs, sont les points culminants de l’album, mais il est difficile de ne pas avoir l’impression que Fantasiai se laisse emporter par l’instant et fait des méandres. Bien sûr, il s’agit de musique d’ambiance, donc une certaine quantité de méandres est attendue, mais lorsque « The I Emerges » démarre avec « Rebirth », il est surprenant de voir à quel point il se passe peu de choses. Il y a beaucoup de drone sinistre, la trompette chante une mélodie lugubre, et puis tout se désintègre dans un trop long grognement de morosité et de malheur qui, bien qu’agréable sur le moment, est oublié presque aussitôt qu’il se termine. On trouve un peu difficile d’expliquer les nuances de l’album qui font que certains morceaux intéressants et d’autres oubliables, mais l’album passe tellement de temps à me faire passer d’un côté à l’autre qu’il devient rapidement difficile de garder la trace des parties que l’on a aimées et de celles à coté desquelles nous sommes passés

Ainsi, Phantasiai ressemble moins à huit titres issus de deux mouvements pour former un seul album qu’à une seule entité informe, à l’aise dans son arène et peu désireuse de s’éloigner de son idée initiale. Prenez le dernier morceau « The I Emerges IV : Cell » – ce titre innove en incorporant un piano pour donner au moment un sentiment de drôlerie, ce qui correspond bien à l’idée de « cellule ». Le problème, c’est qu’il fait la même chose, encore et encore, pendant les cinq minutes que dure le morceau, ce qui donne l’impression qu’il n’est pas très inspiré comme conclusion. On ne m’attend pas à ce que le style soit excitant, mais perdure l’impression qu’Abdul-Rauf essaie de raconter une histoire qui est souvent prise dans son propre élan sur son album. L’ensemble se déplace et tourne constamment sur lui-même, oscillant entre le fascinant, les méandres, l’agréable et l’oubliable, d’une manière qui rend difficile de le juger correctement.

Parfois, on l’appréciere donc, parfois non. Ce que Leila Abdul-Rauf a construit avec Phantasiai est une expérience narrative immersive, mais, pour moi, elle manque d’impact. Le facteur de mémorisation qui me donne envie de revenir à l’album et de creuser plus profondément dans la morosité est absent de Phantasiai, ce qui le rend un peu difficile à recommander. On ne déteste jamais une lecture de l’album – en fait, jon est même impressionné par la quantité de sentiments qu’Abdul-Rauf est capable de glaner à partir d’une gamme relativement simple d’instruments – mais on peut craindre que le style de Phantasiai ne soit tout simplement pas fait pour toutes les oreilles.

***1/2

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