Yes/And: « Yes/And »

La guitariste expérimentale Meg Duffy (Hand Habits) et le producteur Joel Ford (Oneohtrix Point Never, North Americans) ont commencé leur collaboration à Los Angeles. Leurs sessions de studio ont eu lieu alors que le reste de la Californie et le pays dans son ensemble se débattaient sous la totalité de Covid-19, en proie à l’obscurité permanente de la pandémie.

Enregistré à une époque où la maladie se propageait rapidement et où le nombre de décès s’accumulait, on pourrait penser que la musique qui en résulte est une pilule amère à avaler. En réalité, c’est l’inverse qui se produit : elle est pleine de couleurs, de chaleur et de vie, positive dans tous les domaines. Calme et claire, la guitare est portée par une pensée positive, regardant l’extérieur avec une bonne dose d’optimisme. Les textures de Ford se trouvent à l’arrière-plan, couchées mais aussi actives, touchant et balayant les notes de la guitare comme un tissu léger, transformant sa teinte et influençant sa tonalité. Les textures créent beaucoup de distance, élargissant le son global jusqu’à ce qu’il surplombe une vue ouverte et spacieuse, sans fin. Learning About Who You Are » est particulièrement doué pour la dérive, et ses textures colorées s’écoulent sans effort dans une progression floue, dissimulée dans des niveaux de réverbération montagneux, tandis qu’un déclin grésillant ronge ses bords, décomposant la musique au moment même où elle s’apprêtait à se construire.

Ce disque est un collage cohésif, à mi-chemin entre l’épanouissement et la dissolution. L’alias du duo, yes/and, « embrasse un élan insaisissable et curieux », et en l’espace de dix morceaux, la musique bouillonnante est capable de parler clairement malgré son âme expérimentale. Elle n’a aucun poids par rapport au monde réel et à ses récents problèmes. Si l’on regarde à l’extérieur, au-delà de la sécurité des murs du studio, le monde est bien différent. La musique a toujours été un moyen d’évasion, mais cela semble d’autant plus évident ici, car la déconnexion entre la musique optimiste et les événements du monde réel est mise en évidence. Mais c’est exactement ce dont on avait besoin… c’est un remède. La composition « In My Heaven All Faucets Are Fountains », qui clôt leur album éponyme, dégouline de notes lumineuses ; elles chassent la peur, la négativité, la puanteur de la maladie, purifiant l’air grâce au pouvoir de leur musique et à celui d’une amitié durable.

***1/2

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