Lightning Bug: « A Color of the Sky »

Lightning Bug crée un art calmement confiant, capable de modifier les perspectives. A Color of the Sky, la première sortie du groupe sur un label majeur, est une sucette d’été qui brille de mille feux. Des guitares acoustiques légèrement pincées et en écho donnent l’impression que l’expérience entière est destinée à être écoutée en regardant un lever de soleil, dans le calme de son jardin. Les pianos doux et ambiants semblent refléter ces rayons comme des brins d’herbe couverts de rosée. La voix d’Audrey Kang, légère mais sûre d’elle, suffit juste à faire bruisser les arbres, à faire connaître sa présence dans ce magnifique paysage sonore sans jamais essayer d’en dominer la beauté naturelle. C’est un album plein d’atmosphères et de textures à couper le souffle, un morceau de musique prêt à transporter votre esprit et votre âme.

Mais il n’y a pas que des songes éthérés, et c’est ce qui donne à A Color of the Sky des teintes plus définies, plus faciles à saisir et plus faciles à comprendre que la moyenne des sorties dream-pop/shoegaze/indie-rock. Il y a une passion naissante dans chaque chanson – une passion qui a tendance à commencer modestement, presque timidement – mais qui parvient toujours à percer de manière impressionnante. Sur «  September Song, pt. ii « , ce sont les guitares splendides et effervescentes et cet éclatement mi-creux, mi-autoritaire des percussions qui rendent la destination aussi belle que le voyage. « I Lie Awake «  est tout aussi éruptif, avec une batterie en cascade qui se fond dans des riffs électriques brûlants et des synthés criards. Il ne s’agit pas d’une série de montées en puissance post-rock génériques, cependant – les progressions sont bien trop fluides et peu fiables pour être décrites comme des montées en puissance et des « climax ». Il y a ici une approche languissante qui permet au disque de couler sans effort là où il le souhaite. Sur l’étonnant morceau-titre, par exemple, Lightning Bug s’écarte à mi-chemin de la trajectoire de ballade acoustique de la chanson pour nous offrir un mouvement de cordes et de synthés ascendants et descendants ; c’est une sérénade si sincèrement poignante et pénétrante pour l’âme qu’elle semble réparatrice. Les moments de clarté émotionnelle comme celui-ci ne sont pas constamment recherchés, mais sont au contraire laissés se développer de manière organique. C’est en partie ce qui rend cette expérience si magique : Lightning Bug n’essaie pas de vous faire ressentir quelque chose, mais crée un espace pour que vous le fassiez vous-même.

Bien sûr, si l’on s’attache aux paroles, il est facile de créer des liens personnels forts. Lang est un poète tout au long de A Color of the Sky, déplorant l’amour perdu tout en s’interrogeant sur sa place dans l’univers. L’un de ses vers les plus frappants se trouve dans « Song of the Bell », où l’on réalise peu à peu qu’elle chante sur elle-même : « Si je me vide de tout mon moi, me sentirai-je creuse ? Me sentirai-je libre ? La vérité résonnera-t-elle en moi ? L’entendrai-je ? » (f I empty me of all my self, will I feel hollow? Will I feel free? Will the truth echo through me? Will I hear it?).

Les thèmes de la perte et du deuil font fréquemment surface, qu’il s’agisse d’un regard introspectif ou de la nostalgie d’une personne qui ne fait plus partie de votre vie : « Les couleurs brûlent plus fort et les sentiments brûlent vrai / Et même les fleurs sentent plus comme toi. » ( The colors burn stronger and the feelings burn true / And even the flowers smell more like you). L’écriture ici suggère que Lang a enduré beaucoup de choses récemment, un sentiment enveloppé par l’une des premières lignes de l’album – une expression d’épuisement pur et simple, ou même de dégoût total : « Je pense que je vais apprendre à vivre ma vie aussi sagement qu’un moine / Éteindre mon téléphone et vivre seul dans une paix éternelle » (I think I’ll learn to live my life as wisely as a monk / Turn off my phone and live alone in everlasting peace). Ce ne sont pas des idées qui vous passent par la tête un soir. Lang a souffert pour elles, et un sentiment de catharsis en résulte, émanant de ce chef-d’œuvre esthétique, émotionnel et lyrique.

Lightning Bug existe depuis un certain temps – depuis leur premier album Floaters en 2015, pour être précis – mais ils ont rarement semblé aussi en phase les uns avec les autres ou aussi certains de leur objectif. C’est magnifiquement arrangé, étonnamment texturé, et évocateur d’une manière que seule la musique patiente peut être. A Color of the Sky n’est pas pressé, et son but semble être de vous ralentir également. Il vous invite à prendre conscience de ce qui vous entoure, à respirer et à trouver un certain niveau de paix intérieure. Si vous êtes un participant volontaire, Lightning Bug vous en montrera le chemin.

***1/2

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