Kings of Convenience: « Peace or Love »

Depuis le début de leur carrière, Kings of Convenience ont abordé la romance avec méfiance. Il était donc naturel que le quatrième album tant attendu du duo folk-pop norvégien, Peace or Love, situe l’amour comme l’antithèse de la paix, comme une force qui travaille essentiellement pour apporter le trouble et la douleur. Vingt ans après leur premier album, Quiet Is the New Loud, Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe chantent comme s’ils avaient atteint une certaine sagesse – beaucoup de leurs chansons sont centrées sur des conseils donnés à la deuxième personne – mais la tache d’un cœur brisé les laisse largement ancrés dans le pessimisme distant qui définissait beaucoup de leurs premières chansons. L’une de ces chansons, « Toxic Girl » (2001), parle d’un homme qui en veut à une femme qui semble vouloir tous les hommes sauf lui. Le cynisme de la chanson incarne une position d’autoprotection durable dans les chansons du groupe, et dans leurs moments les plus incisifs, il se dissipe juste assez longtemps pour laisser entrevoir un désir et une vulnérabilité réels.

La chanson la plus sombre de Peace or Love est le titre « Love Is a Lonely Thing », dont le titre résume bien le mode d’expression par défaut de Kings of Convenience, à savoir des admonestations contre l’amour. Encore plus révélateur est le texte « love is pain and suffering » qui est si audacieux dans son défaitisme et sa simplicité qu’il en est presque cathartique. Cette chanson fait écho à la composition reggae « Love Is No Big Truth » tirée de l’album Riot on an Empty Street de 2004, qui, comme cet opus, représentait une impulsion à intellectualiser les sentiments romantiques naissants plutôt que de les poursuivre.

Bien sûr, Kings of Convenience présente cet effort comme une défense, une défense qui est plus libératrice quand elle est moins efficace, surtout dans les affres d’un chagrin d’amour. Le morceau phare de l’album, « Rocky Trail », orchestré et cinétique, utilise une route longue et sinueuse pour illustrer les défis d’une relation à long terme, en particulier lorsqu’un partenaire doit prendre le relais de l’autre. La chanson jette les bases des méditations ultérieures sur la futilité de l’amour, et des moments de ressentiment qui agissent comme une poussée à l’attraction de l’amour.

Cette tension définit une grande partie de Peace or Love, retraçant l’état mental familier de quelqu’un qui trébuche sur les aléas d’une relation amoureuse ou d’un mariage. Contrairement à leurs premiers travaux, le duo abandonne parfois la possessivité qu’il avait exprimée dans « Toxic Girl », comme sur la légère « Angel » » : « She’s an angel though she might be slightly promiscuous » (C’est un ange, bien qu’elle puisse être légèrement encline à la mromiscuité) et « Catholic Country » : « The more I know about you/The more I know I want you/The less I care about who/Was there before I found you » (Plus j’en sais sur toi/Le plus je sais que je te veux/Le moins je me soucie de qui/était là avant que je te trouve.). Sur l’avant-dernier titre de l’album, « Song About It », ils se posent en philosophes nuancés de l’amour, chantant «  Who’s to say it’s right or it’s wrong?/All we know is that the feelings are strong » (Qui peut dire si c’est bien ou si c’est mal ? Tout ce que nous savons est que lessentiments sont forts). Mais, juste au moment où Peace or Love semble prêt à s’installer dans cette maturité, il se termine par « Washing Machine », une longue métaphore sur le sentiment d’être utilisé et maltraité par un amant – métaphore employée avec plus de subtilité par « Washing Machine Heart » de Mitski. «  Go find somebody else » (Allez trouver quelqu’un d’autre), chantent Øye et Bøe, clôturant l’album sur une note amère inattendue, mais peut-être non résolue de manière appropriée.

Même dans cette tourmente émotionnelle, Kings of Convenience a conservé non seulement son humour, mais aussi son son tranquille, centré sur la guitare. Un courant stylistique agréablement surprenant qui traverse Peace or Love est la bossa nova, mais son instrumentation acoustique toujours sereine peut rendre difficile la distinction entre les chansons les plus disparates de l’album. Pourtant, les différences subtiles entre l’atmosphère nuageuse de « Killers », les cordes dynamiques de « Fever » et les douces harmonies de « Comb My Hair » mettent en évidence les prouesses techniques de Øye et Bøe. Un point de comparaison évident est l’artiste folk-pop scandinave Jens Lekman, qui transmet le chagrin d’amour avec la même franchise et sincérité. Lekman, cependant, imprègne ses chansons de clarté narrative, de douceur larmoyante et d’accroches pop revigorantes que Kings of Convenience continue d’éviter au profit d’un calme réfléchi.

Bien que peu de chansons de cet album se rapprochent de l’enthousiasme du morceau « I’d Rather Dance with You » datant de 2004, une incurion dans l’oreille se produit, tout à fait charmante qui est aussi coquette qu’autodérisoire, Kings of Convenience n’a pas conçu Peace or Love simplement pour être accrocheur. Leur mission est mieux illustrée par « Ask for Help », qui renverse la morosité du morceau précédent, « Killers », avec un message de confiance et de soutien ; il est loin de la méchanceté que Øye et Bøe véhiculent dans la plupart de leur musique, et il ouvre l’album conceptuellement à un sentiment significatif d’amour platonique. S’appuyant sur des années d’expérience, de croissance et de collaboration, Kings of Convenience tendent une main réconfortante à travers le calme chaleureux de leur musique.

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