Lord Huron: « Long Lost »

Être critique musical c’est pouvoir écrire avec ferveur et conviction sur tout ce qui touche profondément, mais c’est aussi être capable de tempérer cet enthousiasme pour tenir compte de toutes les choses qui diminuent naturellement l’impact d’un album avec le temps. Pour nous, la musique a toujours été liée au moment présent : la valeur d’un album ne réside pas dans ses prouesses instrumentales, mais dans l’investissement émotionnel qu’il suscite. Quand on regarde ses albums préférés, ils sont le produit de souvenirs à la fois déchirants et joyeux que chacun pourra emporter jusqu’à son lit de mort. Peu importe qu’il s’agisse de métal complexe/progressif ou de pop-punk simplement accrocheur, si on peut y associer un souvenir essentiel qu’aucun autre morceau de musique ne peut revendiquer, alors il s’est taillé une place permanente dans notre cœur. Quand on regarde en arrière et que j’additionne ses expériences, elles sont nombreuses : la preuve d’une vie avec de nombreux hauts et bas que l’on peut feuilleter comme un album photo en cliquant simplement sur « play ».

Long Lost pourrait bien êtrela dernière photo de cet album, une image légèrement décolorée par le soleil associée à d’autres s’éclipsant de notre tourne-disque presque constamment le week-end.Plus jeune, on avait l’habitude de définir la vie par ses plus grands moments ; maintenant, on trouve du réconfort dans le quotidien. Dans cette veine, Long Lost va être un autre album de ces albums qui tournera en boucle les week-ends… c’est chose indéniable. C’est en partie parce que certains partagent une affinité pour le folk mélodique, et aussi parce que le nouveau Iosonouncane n’est pas exactement propice à des journées placides. Aujourd’hui, la musique ne se limite plus à soi, mais plus à vouloir partager un album avec son entourage et à le regarder avec tendresse. Après tout, il n’y a qu’un nombre limité de souvenirs que l’on peut se forger seul dans sa voiture, ou confiné au PC de sa cave à jouer quelque chose de sombre/dissonant/profane pendant que la vie continue savec ou sans vous.

Le dernier album de Lord Huron est tout le contraire de cela. Ce n’est pas seulement leur meilleur album (oui, encore meilleur que « Lonesome Dreams) », mais aussi le plus riche et le plus absorbant sur le plan émotionnel. Les guitares acoustiques scintillent comme des diamants à la surface d’un lac tranquille, tandis que les couplets mélodiques de Ben Schneider font écho à un mélange magique de nostalgie et de romance. Au milieu de toute cette beauté, des cordes passionnées se mêlent à chaque note comme une brise légère qui s’empare de ses mots et les emporte dans les airs. Long Lost possède la beauté terrestre de Helplessness Blues de Fleet Foxes, mais elle est encore plus sereine – la campagne ouverte aux forêts brevetées de Pecknold. Dans ces plaines, Schneider alterne entre la contemplation de chaque brin d’herbe et le fait de baisser la tête, de tout laisser tomber, et de simplement abandonner son âme au dôme bleu qui l’entoure.

D’un point de vue atmosphérique, Long Lost incarne le genre de beauté à couper le souffle que nous avons tendance à percevoir comme commune (en partie grâce aux pionniers du genre qui, il y a des décennies, ont établi le son dans le courant dominant) ; pourtant, on peut compter sur une main le nombre d’artistes contemporains qui écrivent un folk aussi esthétiquement magnifique et simultanément mémorable que Lord Huron. On ne peut qu’être complètement conquis par cet album, qui s’est immédiatement imprimé dans l’esprit lors de la première écoute, entouré d’une fdans l’environnement le plus agréable qui soit comme pour nous tirer de ce beau rêve qu’est le déroulement de cet album.

« Drops in the Lake »est, à cet égard, un titre dont on adore chaque moment – tout comme la teneur hilarante et désynchronisée d’un morcea comme eMine Forever ». En ces momenst, tout semble baigner dans cette brume surréaliste. Tout brille dans la lumière du matin, et notre esprit est en ébullition. « Where Did The Time Go » fait ainsi écho à nos propres pensées » « C’était délicieux / Puisses-tu rire et chanter toute ta vie / Puisses-tu apprendre les raisons pour lesquelles / Puisses-tu vivre jusqu’à ta mort. »( It’s been delightful / May you laugh and sing your life full / May you learn the reasons why / May you live until you die) Le moment est si parfait qu’il peut donner presque envie de pleurer.

Peut-être que la musique ne devrait pas être aussi importante. Mais elle l’est. On ne peut pas écrire sur la musique sans être proche et personnel, et la vie est dépourvue de couleur sans la musique pour la remplir. C’est la raison pour laquelle Long Lost est vecteur de t’ant d’inspiration (et d’aspirations) ; c’est un album si étonnant à tous égards que mon esprit ne peut s’empêcher de dériver vers toutes les choses qui comptent le plus pour moi. Il n’y a pas si longtemps, la musique était un canot de sauvetage pour me délivrer de la solitude et de la dépression ; aujourd’hui, elle est une représentation de tout ce qui est à sa place – la preuve que les choses s’améliorent, la preuve que la vie s’arrange, et la preuve qu’on peut être une personne suffisamment chanceuse pour sortir de son introversion paralysante et trouver accidentellement le bonheur. L’avant-dernière chanson « What Do It Mean » chante alors telle une sérénade en fond sonore, et ses mots flottent dans les oreilles et le cerveau : « Toute la joie que j’ai connue / Les façons dont j’ai grandi / Les amours auxquels j’ai montré mon cœur / Je vais me ressaisir et vivre pour toujours » (All of the joy I’ve known / The ways I’ve grown / The loves I’ve shown my heart to / I’m going to get it together and live forevеr). Long Lost nous parle d’une manière presque intangible dès le moment qui s’appelrait la « première fois » et où, maintenant, plus on s‘attarde sur les paroles et les thèmes de l’album, plus on se rend compte, ou on fantasme, qu’il a été écrit pour nous – maintenant, dans ce moment précis de bonheur que l’on n’oublieracertainement jamais – même s’il provient de la banalité de son chez soi. Les quatorze minutes de cette magnifique ambiance qu’est « Time’s Blur » viennent de commencer, et la seule chose que l’on peut penser à dire maintenant est la suivante : la vie est courte – aime ce que tu aimes. Pour nous, Long Lost sera le rappel constant de faire exactement ce que nous dictent ces émois.

****1/2

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