Chad VanGaalen: « World’s Most Stressed Out Gardener »

Chad VanGaalen, auteur-compositeur-interprète de Calgary, n’est pas à l’abri du stress de notre époque. Par moments, sur World’s Most Stressed Out Gardener, il porte cet épuisement ouvertement, mais seulement parfois. À d’autres moments, il joue sur le cosmique à travers des paysages synthétiques et des effets extraterrestres. Le résultat est une poussée et une traction palpables qui rendent son dernier album particulièrement actuel, alors que la fin d’une pandémie d’un an est en vue et qu’il y a encore beaucoup de raisons de perdre le sommeil.

Les auditeurs saisiront cette dichotomie dès la deuxième chanson. Le premier morceau, « Spider Milk », commence par un falsetto obsédant sur une trame squelettique de grattage de guitare et de percussion décalée (« And I don’t know how we go on and on. » (Et je ne sais pas comment on peut continuer encore et encore) Pourtant, à mi-chemin, la chanson se jette dans un accès de distorsion ancré dans des rythmes indéniables et dansants qui se terminent par une allure pompette. Vient ensuite « Flute Peace », un soliste à la flûte de 45 secondes – aidé par des percussions douces qui font écho – qui semble signifier le désir de VanGaalen de faire une pause, et que seules quelques secondes suffiront.

Comme il se doit, cette pause est de courte durée : sur « Starlight », il commence par un paysage sonore sinistre à la Microphones, qui s’installe rapidement dans un rythme roulant qui évoque néanmoins quelque chose d’inconnu et de sinistre. Who knows how the oracle came to be light/What good does it possibly do us to know it? » (Qui sait comment l’oracle s’est transformé en lumière, et à quoi bon le connaître ?) demande-t-il. Parfois, les transitions entre les morceaux sont si courtes qu’elles se parlent presque les unes aux autres (prenez, par exemple, le passage de « Where Is It All Going ? » à « Earth From a Distance »). Dans d’autres mains, le résultat pourrait être choquant et distrayant. Pourtant, ici, ils imitent parfaitement la mission de VanGaalen qui consiste à traiter toutes ses pensées, aussi disparates soient-elles.

Parfois, il y parvient grâce aux effets vocaux déformés que l’on attend du musicien, comme sur « Where Is It All Going ». Ici, la voix de VanGaalen donne l’impression d’un homme qui se promène dans les bois, mais qui est tellement enveloppé dans ses pensées qu’il risque de se perdre. Sa voix sur le « single » « Nightwaves » est noyée dans une telle réverbération qu’il est parfois difficile de comprendre ce qu’il dit, et cette approche est doublée d’effets vocaux sur « Nothing Is Strange ». Encore une fois, ces choix n’ont rien de nouveau, mais leur déploiement ici prend une signification supplémentaire étant donné l’esthétique troublante de cet album.

Les fois où VanGaalen veut être ailleurs que sur Terre, il y parvient également. Sur « Earth From a Distance », un paysage sonore instrumental de quatre minutes et demie brille de synthétiseurs et d’effets stridents. Pourtant, c’est la tentative ultérieure Inner Fire qui s’avère la plus efficace. Le dernier tiers de la chanson s’articule autour d’une mélodie sinistre aux allures de laser qui rappelle les bandes sonores des jeux vidéo 16 bits, quelque chose qui pourrait véritablement servir de bande sonore à une catastrophe imminente. Ce choix est à la fois ludique et troublant.

Pourtant, malgré toute cette variété, personne d’autre n’aurait pu créer ce disque. Le dépouillé et délicieusement idiosyncrasique « Golden Pear, » agrémenté de carillons et de coups de clochettes, est une marque de fabrique de VanGaalen. « Samurai Sword », sans doute le morceau le plus enjoué de l’album, n’en est pas moins lancé sur les enjeux de sa mission : « Well I really need it back to fight my way to the end / Plus it’s only on loan from a friend » (J’en ai vraiment besoin pour me battre jusqu’à la fin / En plus, c’est seulement un prêt d’un ami.).

World’s Most Stressed Out Gardener a connu plusieurs itérations : un disque de flûte, un disque électronique, « un tas d’ordures », peut-on lire sur la page Bandcamp de l’album. Pourtant, de ces origines fracturées est né un album intriguant qui s’assemble de manière inattendue. VanGaalen, comme tout le monde, tire le meilleur parti du désordre actuel.

***1/2

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