Tom Petty: « Finding Wildflowers (Alternate Version) »

Initialement inclus dans l’édition Super Deluxe de l’album Wildflowers & All the Rest de l’automne dernier, le CD unique Finding Wildflowers (Alternate Versions) est désormais disponible en tant qu’article indépendant, et ce à juste titre. Cette « image miroir » du deuxième album solo de Tom Petty est sans doute supérieure à la version originale sortie en 1994.

Et ce, même avec l’inclusion de l’ostensiblement légère et (in)célèbre « Girl on LSD ». L’interprétation sans nuances de TP fait de ce titre un soulagement comique qui met en évidence la bonne humeur sournoise qui imprègne ces seize titres. L’addition par soustraction se produit avec l’omission de « You Don’t Know How It Feels », le non-sequitur d’apitoiement iconique dans le canon du rockeur décédé. À sa place (plus ou moins) se trouve un titre inédit, « You Saw Me Comin’ », qui sert ici de conclusion appropriée à la déclaration la plus personnelle que Petty ait jamais créée. En fait, ce morceau a une résonance si intime qu’il aurait pu remplacer le machisme forcé de « Honey Bee ». 

Comme le coffret Playback en 1995, Finding Wildflowers est composé de prises alternatives, d’arrangements étendus et d’interprétations improvisées de chansons connues. En conséquence, des morceaux tels que « You Wreck Me », dominé par la guitare à douze cordes, donnent un aperçu dramatique de l’approche méticuleuse que Tom a appliquée à ce matériel en compagnie d’âmes soeurs, dont le groupe entier des Heartbreakers et le producteur Rick Rubin. Pourtant, au lieu de l’air trop prudent qui imprègne le LP dans sa forme originale, il y a une spontanéité libre dans ces enregistrements qui font que cette collection sonne comme un éclat prolongé d’inspiration qui se concrétise en temps réel.

Dans cette optique, il est intéressant de se demander (une fois de plus) comment Petty et Rubin ont initialement conçu Wildflowers comme un double album, avant que la maison de disques ne leur conseille le contraire (le double CD sorti l’automne dernier, All The Rest, est en fait ce même recueil de matériel). Dans son flux et reflux d’intensité, la logique derrière cet enchaînement de pistes est aussi évidente que celle de n’importe quel long-player soigneusement conçu et exécuté. Et dans le même ordre d’idées, l’inclusion de « Cabin Down Below » dans les versions alternative et acoustique est révélatrice de la production prolifique de Petty à cette époque (sans parler de la référence directe à l’endroit où il vivait) : même si cette dernière offre une continuité stylistique avec la chanson-titre, comparativement tendre, la rockeuse de la première, comme « Back to You », est totalement dépourvue de la conscience de soi qui a entravé tant de choix antérieurs pour le « disque officiel » d’il y a plus d’un quart de siècle.

« A Higher Place » sonne de la même manière, alors que la batterie autoritaire de Kenny Aronoff, l’extraordinaire homme de session, soutient les guitares de Mike Campbell et le piano de Benmont Tench (il n’es, à cet égard, guère surprenant que Tom déclare que c’est « très bon » lorsque linterprétation se termine). Les listes piste par piste de tous les musiciens comprennent plusieurs batteurs en plus du percussionniste susmentionné : outre le Heartbreaker original Stan Lynch, on trouve le réfugié de l’Average White Band Steve Ferrone (bientôt le successeur de Lynch) ainsi que Ringo Starr : il n’est pas étonnant que la monotonie rampante qui afflige le Wildflowers original ne se retrouve nulle part ici. 

La longue section instrumentale de « House In The Woods » illustre encore mieux la nature impromptue des contributions des musiciens. Mais l’allure insistante de la performance fonctionne également comme une mise en place idéale pour le rythme plus délibéré et le ton réfléchi du morceau suivant ; pour « Hard On Me », le phrasé vocal vulnérable et las du monde de l’auteur accentue la nature confessionnelle des paroles. De même, l’ambivalence de l’interprétation de Tom Petty sur « It’s Good to Be King » la rend plus vraie que nature. Un contraste supplémentaire apparaît ensuite sous la forme de la sensation libératrice émanant du galop du groupe sur « Driving Down to Georgia ».

Le livret inclus dans Finding Wildflowers présente un graphisme relativement sobre, à l’image du digipak qui le contient. Pourtant, cette apparence dément la pléthore d’informations qu’il contient, avec tous les crédits nécessaires (et même plus) pour la production, par le gourou du son de TP de longue date, Ryan Ulyate, ainsi que le travail technique expert de Jim Scott à l’enregistrement et de Chris Bellman au mastering. Le son pur mais sans fioritures qu’ils ont créé révèle non seulement l’influence nuancée de Dylan et des derniers Beatles (en particulier George Harrison) dans l’écriture et l’arrangement des chansons, mais dévoile également les détails d’une musicalité complexe telle qu’elle apparaît sur « Don’t Fade On Me ».

Étant donné la surabondance d’informations fournies sur ces huit pages, l’omission des paroles est quelque peu surprenante. Pourtant, comme l’indique le commentaire relatif à cette dernière composition, les mots ont souvent changé au début des vingt-quatre mois d’enregistrement. Compte tenu de ce laps de temps, il n’est pas surprenant que le résultat final de ces efforts soit devenu si proche du cœur de Tom Petty que, plus tard, il a souvent parlé de consacrer des tournées exclusivement à ce morceau. À cette fin, le regretté rocker, tout comme les membres de sa famille qui ont participé à la préparation de l’album, pourrait bien approuver Finding Wildflowers et se demander sérieusement s’il mérite de supplanter son antécédent de près de trente ans.

****1/2

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