M G Boulter: « Clifftown »

Avec un son et une vision qui rappellent Paul Simon, et un paysage narratif qui se déroule dans le paysage balnéaire délavé d’un Clifftown fictif, le nouvel album de M G Boulter est une écoute totalement enivrante.

Bien qu’il s’agisse d’un nom encore relativement peu familier pour beaucoup, M G Boulter s’est fait un nom considérable ces dernières années. Ses premiers travaux avec The Lucky Strikes, Simone Felice, Blue Rose Code et Emily Portman se sont révélés être une expérience fructueuse et ont sans aucun doute contribué à colorer le folk suburbain et l’Americana de Boulter.

Le premier album de Boulter, The Water or the Wave, est sorti en 2013, avec le légendaire batteur Pick Withers (Dire Straits, Bob Dylan et Bert Jansch), tandis que le suivant, With Wolves the Lamb will Lie, est sorti en 2016. Son dernier album, Clifftown, raconte une série de récits qui se déroulent dans le paysage du titre et s’inspire vaguement de Southend-on-Sea, la ville natale de Boulter. Clifftown se déroule dans un paysage aromatisé par la mode des années 1950 aux États-Unis, mais au lieu d’une vision lumineuse au néon, pensez à l’univers intime et splendidement terne du photographe britannique Martin Parr.

Clifftown a été un peu en gestation. L’album a été enregistré à l’origine en mai 2019, tandis que le titre « Pilate » a été enregistré en 2016 comme une session de studio et, essentiellement, a fourni l’étincelle pour la formation de Hudson Records. L’album a peut-être pris un peu de temps pour arriver jusqu’ici, mais l’attente en valait vraiment la peine.

C’est une station balnéaire quelque peu blasée que Boulter nous présente, bien au-delà de ses jours de gloire et toujours imprégnée de la culture de la banlieue balnéaire britannique. Le paysage de Boulter est écaillé, froid et délabré. Malgré sa mélancolie, il s’agit cependant d’un décor toujours plein d’espoir.

Joliment produit par Andy Bell, Clifftown offre un son magnifiquement évocateur, et Boulter y est bien accompagné par quelques noms notables, dont Pete Flood (Bellowhead) à la batterie et aux percussions, Lizzy O’Connor à la mandoline et à la guitare, Paul Ambrose à la basse, Tom Lenthall au synthé, Helen Bell au violon et Lucy Farrell (Furrow Collective) et Neil McSweeney au chant. Boulter lui-même n’est pas en reste ici, fournissant voix, guitare et mandoline.

« Midnight Movies » ouvre e disque avec une guitare douce et hypnotique, avant que d’introduire la voix douce duchanteur. Dans sa poésie réfléchie, elle rappelle les visions lyriques de Boo Hewerdine ou peut-être Justin Currie et constitue une introduction tout à fait enchanteresse à ce qui est une écoute plutôt passionnante.

« Soft White Belly » est une chanson plus rock, plus belliqueuse, même si son combat est enrobé d’illusions. C’est une chanson douce-amère, qui évoque des temps révolus et des souvenirs heureux. Une chanson qui pleure le passé tout en attendant un avenir incertain.

Ce sentiment du temps qui passe, des opportunités manquées et regrettées est certainement ressenti dans le titre « Clifftown ». Boulter chante que « les enfants vieillissent et quittent la maison », que les chauffeurs de taxi « ont faim » et que le Co-op est le seul magasin ouvert le dimanche. Le disque s’écoute nimbé d’une belle rougeur. C’est une image authentique du monde silencieux et frustré des stations balnéaires hors saison, du fait de grandir dans un monde de promesses et de ne jamais y parvenir. C’est une chanson sur la résignation morne face à notre destin.

Dans ses paroles et sa musicalité, Paul Simon est, naturellement, une influence qui vient à l’esprit ici. On peut l’entendre dans la voix douce et chantante de Boulter, et dans les rimes de son écriture. « Nights At the Aquarium » rappelle certainement la poésie et la conscience de soi de Simon.

La chanson met en contraste la magie transformatrice d’une visite à l’aquarium local, de « bleu aqua, rêves souterrains. Tu vois les poissons sont magnifiques, si colorés et innocents » (aqua blue, dreams subterranean. You see the fishes look magnificent, so colourful and innocent). La joie de l’expérience est contrastée par l’image de filles pleurant dans un train, du travail du narrateur qui nettoie des maisons, d’individus ne sachant pas ce qu’ils veulent de leur vie et du temps qui passe, de lamentation sur la perte d’espoir et de rêves : « Je pensais que je serais tellement plus. Pas vieux avec des dettes que je ne peux pas payer »(I thought I would be so much more. Not older with debts I cannot afford)(. Il y a aussi de l’espoir ici, même s’il est désespéré, comme le chante Boulter : « Je pense que je pourrais être imprégné de couleurs et innocent aussi » ( think I could be colourful and innocent too).

L’ombre de Simon est également présente dans « The Slow Decline » ; « Elle voulait être actrice, mais a fini par se divertir dans un parc d’attractions «  (She wanted to be an actress, but ended up entertainment in a theme park instead), chante Boulter dans une chanson axée sur les rêves perdus, la tristesse inhérente et le lent déclin. Il n’y a pas de pastiche ici cependant, le monde de Boulter est aussi riche et engageant que celui de Simon et fournit une voix magnifiquement sincère et connaissante. L’artiste possède son propre monde, et c’est un monde honnête et déchirant de vérité.

« Simon of Sudbury » sera une brève escapade hors de Clifftown. C’est l’histoire d’une visite à l’église St Gregory de Sudbury dans le Suffolk, où est conservée la tête de Simon Sudbury, archevêque de Canterbury de 1375 à 1381. La chanson réfléchit à l’histoire de Sudbury, en la mettant en contraste avec la nôtre. Elle s’interroge sur nos propres destins et sur ce que nous pourrions faire.

Le dernier morceau, « Pilate », est né d’une session collective. C’est le plus gros morceau de l’album et il comporte des invités assez spéciaux, dont d’autres membres de l’écurie Hudson, comme Sam Sweeney au violon et Rob Harbron à la basse. C’est une conclusion plutôt rêveuse.

Tout au long de l’album, on trouve des clins d’œil à l’expérience authentique de grandir et de vivre dans une ville balnéaire assoupie. Boulter chante les sorties nocturnes, le néon et les arcades. Malgré la forte saveur de l’Americana, il s’agit sans aucun doute d’une expérience de bord de mer pluvieuse, un peu déprimée et très britannique dans son langage. Boulter chante, par exemple, la visite des magasins plutôt que celle de l’épicerie.

Mais il n’y a pas de cynisme ici. Malgré l’acquiescement du narrateur, il est clair qu’il y a un amour de leur maison. Ecoutez « Night Worker » avec son récit d’un trajet pour aller travailler dans la ville au clair de lune, en passant devant des filles ivres avec des talons aiguilles à la main ; « Et personne ne vous aime et peut-être que personne ne vous entend » (And nobody loves you and maybe nobody hears). C’est, malgré sa mélancolie, une chanson sur l’amour, l’affection et l’appartenance. « Vous aimez chacun d’entre eux comme votre enfant et vous les chérissez » (You love each like your child and you hold them dear). A bien des égards, ceci est à la base de la superbe écriture de Boulter. C’est peut-être un monde stagnant, mourant, mais c’est un monde qui appartient au narrateur. C’est son monde, et il capture parfaitement la poésie de la vie quotidienne dans cette ville muette et en déclin.

Superbement interprété par Boulter et ses invités, avec des mélodies plutôt magnifiques et une écriture poétique, Boulter a livré un album assez spécial, qui mérite l’attention. Clifftown nous offre une écoute obsédante ; il suffit de se laisser envahir par son côté poignant pour que sa grandeur tranquille s’infiltrera doucement dans votre âme si elle est prête à l’accueillir.

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