Godspeed You! Black Emperor: « G_d’s Pee at State’s End! »

Godspeed You ! Black Emperor a toujours été en avance sur son temps. LCes légendes du post-rock montréalais ont repoussé les limites du genre alors naissant avec leurs premières sorties, et ont utilisé leurs notes de pochette comme missives ouvertement politiques il y a deux décennies. Lorsqu’ils ont reçu le Prix de la musique Polaris en 2013 pour leur disque de retour, Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend !, ils ont critiqué le faste du gala et ont fait don du prix de 50 000 $ à des organismes de bienfaisance qui se consacrent à donner des instruments de musique aux détenus des prisons du Québec.

Les revendications de longue date du groupe en faveur d’une réforme des prisons et de la police, ainsi que le besoin urgent d’unité, sont depuis devenus des positions populaires parmi un chœur croissant de croyants en l’existence d’un monde meilleur. Godspeed a utilisé sa musique et sa plateforme pour faire campagne en faveur de ses convictions – des idées qui, avec ou sans son influence, ont gagné en popularité ces dernières années.

À une époque où le sous-texte politique du groupe a plus de résonance que jamais, ils regardent curieusement en arrière, à bien des égards, sur leur dernier album, G_d’s Pee AT STATE’S END ! Alors que chaque album a joué avec des structures et des compositions uniques, comme les longues suites latérales des premiers travaux, l’alternance entre les disques 12″ et 7″ d’Allelujah ! ou l’unique composition de 40 minutes d’Asunder, Sweet and Other Distress, G_d’s Pee est – de manière atypique – un amalgame d’idées précédentes, oscillant entre deux longues suites multi-mouvements intitulées et deux pièces plus courtes et plus ambiantes. Qu’ils en aient fini avec cette innovation effrénée ou qu’ils prennent simplement un peu de répit (et peut-on les en blâmer ?), leur dernier album présente un ensemble de choix stylistiques issus de leurs 25 dernières années d’existence : des fragments de sons trouvés absents de leurs deux derniers albums ; une pochette austère à deux images qui rappelle celle de leur deuxième album de 2000, Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven ; le placement de leur surnom de longue date, God’s Pee, préféré des fans, au centre du titre de l’album. Alors que beaucoup ont été contraints de se replier sur eux-mêmes, ils sont allés à l’encontre du modèle et ont rejoint la foule.

Les meilleurs travaux de Godspeed ont toujours été plus axés sur la structure que sur le son, et le retour aux formats précédents a donné des résultats similaires. Comme toujours, le groupe est au sommet de son art lorsqu’il est le plus émouvant. Ces moments sont nombreux sur G_d’s Pee, comme les paysages sonores ondulants de « First of the Last Glaciers », la plainte océanique de « Cliffs Gaze », l’apogée de « ASHES TO SEA or NEARER TO THEE » et les cordes élégiaques qui clôturent le disque, « OUR SIDE HAS TO WIN (for D.H) ». La mélodie a toujours été le point fort du groupe, et il en offre beaucoup ici, qu’il s’agisse de canaliser l’horreur sinistre ou le triomphe du poing levé. Mais lorsqu’on se remémore leurs précédents efforts, on a le sentiment inébranlable qu’ils l’ont déjà fait, mais en mieux – même si on ne peut pas leur reprocher de faire ce que tant de post-rockers ont fait au cours des 20 dernières années.

Avec les modes d’expression et de communication qu’ils ont choisis, l’affect exagéré est devenu la carte de visite de Godspeed, et l’un de leurs traits les plus réussis. Sur G_d’s Pee AT STATE’S END, la plupart des fioritures supplémentaires sont reléguées au second plan, comme les collages de sons de radio amateur qui ouvrent les deux plus longs morceaux. Les tirages menaçants de « ‘GOVERNMENT CAME’ (9980.0kHz 3617.1kHz 4521.0 kHz) » ont disparu avant que le message insurrectionnel puisse être pleinement pris en compte, perdant la puissance de ses prédécesseurs dans « Murray Ostril : ‘. …They Don’t Sleep Anymore on the Beach…' » »de Skinny Fists ou même le refrain en fond sonore similaire de « With his arms outstretched » qui démarre Allelujah.

Contrairement à de nombreux courriers électroniques de l’année dernière, nous ne vivons pas une époque sans précédent, ce dont Godspeed est bien conscient. C’est pourquoi ils font comme d’habitude sur G_d’s Pee AT STATE’S END, même si c’est un mode qu’ils ont typiquement évité auparavant.

***1/2

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