Kumi Takahara: « See-Through »

Sur « Nostalgia », le troisième morceau du premier album de Takahara, deux mains pianistiques se croisent comme des étrangers dans les escaliers. Elles semblent avoir une conscience périphérique l’une de l’autre, mais sont emportées dans leurs propres trajectoires de rêverie, tandis qu’une main descend et que l’autre monte. La pièce dépeint ce moment et rien d’autre. Les deux lignes mélodiques apparaissent comme les personnages d’une photographie non étiquetée, présentée hors contexte et profondément suggestive d’une histoire et d’un sentiment qui s’étendent bien au-delà du cadre.

See-Through est construit sur des scènes comme celle-ci. Les mélodies sont modestes et spacieuses – s’installant dans des répétitions de trois notes, s’effondrant dans la résolution avec une luxuriante inévitabilité – mais la nuance et la contradiction sont convoquées par la façon dont ces mélodies sont jouées : comment les cordes se tiennent sur le bord du piano, balançant leurs pieds et buvant la vue devant elles, ou comment les vocalisations sans paroles glissent comme de la soie sur les pentes des gammes majeures mélancoliques. Lors d’un passage particulièrement frappant de « Chime », Takahara joue le carillon de Big Ben, sorti de nulle part : Londres apparaît comme si elle émergeait d’un brouillard, la douce mélancolie de son jeu plongeant la scène dans une bruine de 5 heures du matin.

Le véritable coup de maître de See-Through est la façon dont il se retient. Les indices sont laissés en suspens et l’auditeur ne peut s’empêcher de les dévider. Une brève apothéose sur « Tide » illustre ce qui est intentionnellement absent du reste du disque, remplissant chaque centimètre de l’image avec des voix, des cordes et des effets visuels scintillants, rendant sans équivoque l’océan en panorama. Cette déclaration grandiose ne fait que rendre encore plus riche la retenue qui règne ailleurs ; Takahara comprend le potentiel qu’il y a à n’offrir que des pages de journal intime déchirées, des cartes postales gribouillées et de faibles flashbacks, permettant à l’auditeur d’encadrer ces images partielles avec ses propres souvenirs et désirs.

***1/2

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