Bell Orchestre: « House Music »

À bien des égards, House Music ressemble à un reboot de Bell Orchestre. Ayant débuté de manière informelle au début des années 2000 en tant que groupe de musiciens qui fournissaient occasionnellement des partitions pour les projets artistiques de divers amis, ce n’est qu’en 2003 qu’ils ont atteint un point de cohésion et ont entrepris l’enregistrement de leur premier album. Mais quelque chose d’important s’est alors produit. Ce quelque chose était, bien sûr, Arcade Fire. Et comme ce projet en pleine ascension partageait Richard Reed Parry et Sarah Neufeld avec Bell Orchestre, le groupe a été plus ou moins mis en pause.

Le premier album de 2003, Recording a Tape the Colour of the Light, est finalement sorti en 2005 chez Rough Trade. Bien qu’il ait été assez bien accueilli, de même que la suite As Seen Through Windows produite par John McEntire en 2009, le profil du groupe a bénéficié et souffert de qualifications critiques comme étant soit un post-scriptum à Arcade Fire, soit des partenaires juniors de la scène post-rock montréalaise en plein essor, avec des groupes comme Godspeed You ! Black Emperor et Silver Mt. Zion au sommet de leur art.

Après un peu plus d’une décennie de séparation, alors que les membres Pietro Amato et Stefan Schneider se concentraient sur les Luyas et que Michael Feuerstack sortait un nombre constant d’albums sous le nom de Snailhouse et finalement sous son propre nom, ils se sont retrouvés pour une escapade de deux semaines dans la maison de Neufeld dans le Vermont. Ce qui est maintenant House Music est né de sessions de groupe improvisées, enregistrées en direct et montées en un morceau de musique continu divisé en 10 mouvements.

Le catalyseur musical du projet est une boucle rythmique que Parry a apportée avec lui et qu’il joue à la contrebasse dans le déchirant « I : Opening » » puis dans « II : House », pour finalement réapparaître comme une pierre de touche dans les sections suivantes. Ni exactement funky ni mécanique, la boucle rappelle toujours la pulsation qui traverse le Bitches Brew de Miles Davis et le rythme motorisé qui traverse le Krautrock des années 70, renforcé par le jeu de batterie inventif de Schneider. L’espace à l’intérieur de la maison est transmis par la pedal steel à la dérive de Feuerstack et le cor d’Amato aux côtés de la trompette de Kaveh Nabatian.

Le violon de Neufeld finit par prendre le dessus avec une introduction cinglante de style mi-européen et folklorique québécois sur « III : Dark Steel ». Il finit par se fondre dans un flot de sons générés par les claviers et l’électronique qui mutent et enveloppent les sons organiques, préparant ainsi « V : Movement », la pièce maîtresse et le point fort de l’album. On y retrouve le retour de la boucle de basse et l’énoncé le plus direct de quelque chose qui ressemble à un thème cohérent passant avec agilité de la pédale d’acier à la trompette, au violon et vice-versa. Le contrecoup de ces moments forts et gracieux se fait sentir dans les trois morceaux suivants, comme les rides d’une éclaboussure importante.

L’album se résout avec quelque chose comme un coucher de soleil, un crépuscule, puis une obscurité totale, alors que les éléments percussifs s’effacent et laissent les instruments restants s’écouler les uns sur les autres en de longues lignes liquides. On s’attend presque à des grillons après que le violon de Neufeld ait glissé dans le silence à la fin. Il s’agit d’une expérience magistrale, riche en détails, réalisée par un sextuor d’artistes qui sont non seulement des joueurs de haut niveau, mais aussi d’excellents auditeurs et (« ré)écoutants ».

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