Ben Varian: « One Hundred Breakfasts With The Book »

Le dernier album de Ben Varian se termine par une affirmation surprenante : il n’y a pas de Ben Varian. « Bonne nouvelle / Il n’y a pas de Ben Varian / Bonne nouvelle / Il n’y a pas de cheveux de Ben Varian / Bonne nouvelle / Il n’y a pas de page de discographie de Ben Varian », chante la personne qu’on supposait être Ben Varian. Il s’agit ici une embardée surprenante et drôle qui résume parfaitement les charmes de la musique de Varian. One Hundred Breakfasts With The Book est, à cet égard, un album pop caméléon, tour à tour séduisant, irrévérencieux et beau. C’est une musique qui éclaire la condition humaine sans se prendre trop au sérieux.

Il y a une certaine agitation sonore dans ce disque, et elle ressemble à un voyage dans le monde de la radio, Varian essayant tout, de la country tordante (« Goodbye Scoundrels ») au psychédélisme à la Beatles (« Spend Some Time (With Your Mind » ») en passant par le disco (« Teardrops ») et l’électro-funk (« I’m Listening »). Plutôt que d’encombrer l’album, Varian utilise ces modèles sonores pour compléter les histoires de ses textes. Les moments disco de « Teardrops » accompagnent les souvenirs du narrateur d’une nuit d’abandon. « Après le spectacle, il y a du boogie et de la transe / Je fais face à la musique et je danse même / Il y a de la musique après la musique et je ne peux pas rentrer chez moi » ( After the show there’s boogie and trance / I face the music and I even dance / There’s music after the music and I can’t go home) se souvient-il. Le message introspectif de « Spend Some Time (With Your Mind) » est renforcé par sa piste d’accompagnement légèrement sinistre et psychédélique. Chaque note semble avoir un but précis.

Mais ce qui fait vraiment briller ces chansons, c’est l’écriture. La spécificité des textes de Varian donne vie à ses sujets. Dans « Jonie », le septuagénaire en question chante Peter, Paul et Mary dans le train et essaie des Doritos pour la première fois. « Period Chart » raconte l’histoire d’une relation depuis ses débuts. Le couple passe des journées entières à traverser Richmond et Berkeley dans une Volvo et à s’endormir tôt en regardant Long Island Medium. Il trouve la beauté dans la banalité, transformant l’acte de cuisiner en une danse sur « I’m Listening ». Varian a le don de se concentrer sur ce genre de petits détails, ceux qui dessinent instantanément une image ou évoquent un sentiment dans votre esprit.

Ce qui nous ramène à la dernière piste et on ne sait pas pas s’il y a une seule interprétation correcte de ces dernières minutes. Au début, jon peut penser qu’il s’agissait d’un moment d’autodérision effronté ; Varian chante « il n’y a pas de Ben Varian pour que ce soit incomplet » (there is no Ben Varian to make it incomplete) mais il n’y a clairement rien d’incomplet dans ce que fait Varian ici. Il est un observateur avisé de la condition humaine, et ces chansons sont pensées jusqu’à la dernière note. La diversité sonore que Varian et son groupe offrent sur cet album prouve peut-être qu’il n’existe pas une seule version de Ben Varian. C’est peut-être une déclaration sur la fragilité de la vie. Ou peut-être s’agit-il d’une blague idiote que jl’on interprète trop (on rit, n’est-ce pas ? à chaque fois qu’on entend « Il n’y a pas de page de discographie de Ben Varian »). Là réside magie de cet album. Peut-être que c’est drôle, peut-être que c’est profond, ou peut-être que ça ne l’est pas. Mais quand la musique est aussi agréable, cela n’a pas vraiment d’importance.

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